Voyez M. de La Bêche (ouv. cit. ), p
probable qu’ils sont produits par ces vents qui, comme l’on sait, soufflent dans cette mer six mois de l’est à l’ouest, et six mois en sens contraire.
Au reste, nous ne faisons ici mention que des courants dont l’étendue et la rapidité sont fort considérables ; car il y a dans toutes les mers une infinité de courants que les navigateurs ne reconnaissent qu’en comparant la route qu’ils ont faite avec celle qu’ils auraient dû faire, et ils sont souvent obligés d’attribuer à l’action de ces courants la dérive de leur vaisseau. Le flux et le reflux, les vents et toutes les autres causes qui peuvent donner de l’agitation aux eaux de la mer, doivent produire des courants, lesquels seront plus ou moins sensibles dans les différents endroits. Nous avons vu que le fond de la mer est, comme la surface de la terre, hérissé de montagnes, semé d’inégalités et coupé par des bancs de sable : dans tous ces endroits montueux et entrecoupés les courants seront violents ; dans les lieux plats où le fond de la mer se trouvera de niveau, ils seront presque insensibles ; la rapidité du courant augmentera à proportion des obstacles que les eaux trouveront, ou plutôt du rétrécissement des espaces par lesquels elles tendent à passer. Entre deux chaînes de montagnes qui seront dans la mer, il se formera nécessairement un courant qui sera d’autant plus violent que ces deux montagnes seront plus voisines : il en sera de même entre deux bancs de sable ou entre deux îles voisines; aussi remarquet-on dans l’Océan Indien, qui est entrecoupé d’une infinité d’îles et de bancs, qu’il y a partout des courants très-rapides qui rendent la navigation de cette mer fort périlleuse; ces courants ont, en général, des directions semblables à celles des vents ou du flux et du reflux qui les produisent.
Non-seulement toutes les inégalités du fond de la mer doivent former des courants ', mais les côtes mêmes doivent faire un effet en partie semblable. Toutes les côtes font refouler les eaux à des distances plus ou moins considérables, ce refoulement des eaux est une espèce de courant que les circonstances peuvent rendre continuel et violent; la position oblique d’une côte, le voisinage d’un golfe ou de quelque grand fleuve, un promontoire, en un mot tout obstacle particulier qui s’oppose au mouvement général produira toujours un courant : or, comme rien n’est plus irrégulier que le fond et les bords de la mer, on doit donc cesser d’être surpris du grand nombre de courants qu’on y trouve presque partout.
1 Au reste, tous ces courants ont une largeur déterminée et qui ne varie point : cette largeur du courant dépend de celle de l’intervalle qui est entre les deux éminences qui lui servent de lit. Les courants coulent dans la mer comme les fleuves coulent sur la terre, et ils y produisent des effets semblables ; ils forment leur lit, ils donnent aux éminences, entre lesquelles iis coulent, une figure régulière et dont les angles sont correspondants : ce
1. Les inégalités du fond delà mer ne forment pas les courants ; elles ne peuvent avoir qu’un effet : celui de contribuer à les diriger.
DES VENTS RÉGLÉS
sont en un mot ces courants qui ont creusé nos vallées, figuré nos montagnes et donné à la surface de notre terre, lorsqu’elle était sous l’eay de la mer, la forme qu’elle conserve encore aujourd’hui.
Si quelqu’un doutait de cette correspondance des angles des montagnes, j’oserais en appeler aux yeux de tous les hommes, surtout lorsqu’ils auront lu ce qui vient d’être dit : je demande seulement qu’on examine, en voya géant, la position des collines opposées et les avances qu’elles font dans les vallons, on se convaincra par ses yeux que le vallon était le lit, et les collines les bords des courants, car les côtés opposés des collines se correspondent exactement, comme les deux Lords d’un fleuve. Dès que les collines à droite du vallon font une avance, les collines à gauche du vallon font une gorge; ces collines ont aussi, à très-peu près, la même élévation, et il est très-rare de voir une grande inégalité de hauteur dans deux collines opposées et séparées par un vallon : je puis assurer que plus j’ai regardé les contours et les hauteurs des collines, plus j’ai été convaincu de la correspondance des angles, et de cette ressemblance qu’elles ont avec les lits et les bords des rivières, et c’est par des observations réitérées sur cette régularité surprenante et sur cette ressemblance frappante, que mes premières idées sur la théorie de la terre me sont venues : qu’on ajoute à cette observation celle des coûches parallèles et horizontales et celle des coquillages répandus dans toute la terre et incorporés dans toutes les différentes matières, et on verra s’il peut y avoir plus de probabilité dans un sujet de cette espèce. •