ARTICLE XIV
DES VENTS RÉGLÉS
Pden ne paraît plus irrégulier et plus variable, que la force et la direction des vents dans nos climats ; mais il y a des pays où cette irrégularité n’est pas si grande, et d’autres où le vent souffle constamment dans la même direction et presque avec la même force.
Quoique les mouvements de l’air dépendent d’un grand nombre de causes, il y en a cependant de principales dont on peut estimer les effets, mais il est difficile de juger des modifications que d’autres causes secondaires peuvent y apporter. La plus puissante de toutes ces causes est la chaleur du soleil2, laquelle produit successivement une raréfaction considérable dans les
1. Ainsi, selon Buffon, ce sont, tour à tour, les courants qui creusent nos vallées , qui figurent nos montagnes , et ce sont les montagnes (les montagnes sous-marines ) qui forment les courants.
2. « Tous les phénomènes dont l’ensemble constitue l’état du ciel, doivent être attribués, en
« grande partie , à la puissance calorifique des rayons du soleil. Il en résulte que la direction « des vents, la hauteur du baromètre , les changements de température, l’état hygrométrique « de l’air, sont des phénomènes connexes » ( Cosmos, t. I, p. 374.)
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différentes parties de l'atmosphère, ce qui fait le vent d’est, qui souffle constfynment entre les tropiques, où la raréfaction est la plus grande.
La force d’attraction du soleil, et même celle de la lune sur l’atmosphère, sont des causes dont l’effet est insensible en comparaison de cellg dont nous venons de parler; il est vrai que cette force produit dans l’air un mouvement semblable à celui du flux et du reflux dans la mer, mais ce mouvement n’est rien en comparaison des agitations de l’air qui sont produites par la raréfaction, car il ne faut pas croire que l’air, parce qu’il a du ressort et qu’il est huit cents fois plus léger que l’eau *, doive recevoir par l’action de la lune un mouvement de flux fort considérable : pour peu qu’on y réfléchisse, on verra que ce mouvement n’est guère plus considérable que celui du flux et du reflux des eaux de la mer ; car la distance à la lune étant supposée la même, une mer d’eau ou d’air, ou de telle autre matière fluide qu’on voudra imaginer, aura à peu près le même mouvement, parce que la force qui produit ce mouvement pénètre la matière et est proportionnelle à sa quantité ; ainsi une mer d’eau, d’air ou de vif-argent s’élèverait à peu près à la même hauteur par l’action du soleil et de la lune, et dès lors on voit que le mouvement que l’attraction des astres peut causer dans l’atmosphère n’est pas assez considérable pour produire une grande agitation “ ; et, quoiqu’elle doive causer un léger mouvement de l’air d’orient en occident, ce mouvement est tout à.fait insensible en comparaison de celui que la chaleur du soleil doit produire en raréfiant l’air ; et, comme la raréfaction sera toujours plus grande dans les endroits où le soleil est au zénith, il est clair que le courant d’air doit suivre le soleil et former un vent constant et général d’orient en occident : ce vent souffle continuellemeut sur la mer dans la zone torride et dans la plupart des endroits de la terre entre les tropiques; c’est le même vent que nous sentons au lever du soleil, et en généra! les vents d’est sont bien plus fréquents et bien plus impétueux que les vents d’ouest; ce vent général d’orient en occident s’étend même au delà des tropiques, et il souffle si constamment dans la mer Pacifique, que les navires qui vont d’Acapulco aux Philippines font cette route, qui est de plus de 2,700 lieues, sans aucun risque, et, pour ainsi dire, sans avoir besoin d’être dirigés : il en est de même de la mer Atlantique entre l’Afrique et le Brésil, ce vent général y souffle constamment ; il se fait sentir aussi entre les Philippines et l’Afrique, mais d’une manière moins constante, à cause des îles et des différents obstacles qu’on rencontre dans cette mer, car il souffle pendant les mois de janvier, février, mars et avril, entre la côte de Mozambique et l’Inde; mais pendant les autres mois il cède à d’autres vents; el
a. L’effet de cette cause a été déterminé géométriquement dans différentes hypothèses et calculé par M. d’Alembert. (Voyez Réflexions sur la cause générale des vents. Paris, 1747.)
1. A la température de 0°, l’air pèse 13 décigrammes pour chaque décimètre cube, c’est-à-dire 770 fois moins que l’eau distillée.
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quoique ce vent d’est soit moins sensible sur les côtes qu’en pleine mer, et encore moins dans le milieu des continents que sur les côtes de la mer, cependant il y a des lieux où il souffle presque continuellement, comme sur les côtes orientales du Brésil, sur les côtes de Loango en Afrique, etc.
Ce vent d’est, qui souffle continuellement sous la ligne, fait que, lorsqu’on part d’Europe pour aller en Amérique, on dirige le cours du vaisseau du nord au sud dans la direction des côtes d’Espagne et d’Afrique jusqu’à 20 degrés en deçà de la ligne, où l’on trouve ce vent d’est qui vous porte directement sur les côtes d’Amérique; et de même dans la mer Pacifique l’on fait en deux mois le voyage de Callao ou d’Acapulco aux Philippines à lafaveurde ce vent d’est, qui est continuel ; mais le retour des Philippines à Acapulco est plus long et plus difficile. A 28 ou 30 degrés de ce côté-ci de la ligne, on trouve des vents d’ouest assez constants, et c’est pour cela que les vaisseaux qui reviennent des Indes occidentales en Europe ne prennent pas la même route pour aller et pour revenir; ceux qui viennent de la Nouvelle-Espagne font voile le long des côtes et vers le nord jusqu’à ce qu’ils arrivent à la Havane dans Pile de Cuba, et de là ils gagnent du côté du nord pour trouver les vents d’ouest qui les amènent aux Açores et ensuite en Espagne ; de même, dans la mer du Sud, ceux qui reviennent des Philippines ou de la Chine au Pérou ou au Mexique gagnent le nord jusqu’à la hauteur du Japon, et naviguent sous ce parallèle jusqu’à une certaine distance de Californie, d’où, en suivant la côte de la Nouvelle-Espagne, ils arrivent à Acapulco. Au reste ces vents d’est ne soufflent pas toujours du même point, mais en général ils sont au sud-est depuis le mois d’avril jusqu’au mois de novembre, et ils sont au nord-est depuis novembre jusqu’en avril.
Le vent d’est contribue par son action à augmenter le mouvement général de la mer d’orient en occident; il produit aussi des courants qui sont constants et qui ont leur direction, les uns de l'est à l’ouest, les autres de l’est, au sud-ouest ou au nord-ouest, suivant la direction des éminences et des chaînes de montagnes qui sont au fond de la mer, dont les vallées ou les intervalles qui les séparent servent de canaux à ces courants; de même les vents alternatifs, qui soufflent tantôt de l’est et tantôt de l’ouest, produisent aussi des courants qui changent de direction en même temps que ces vents en changent aussi.
Les vents qui soufflent constamment pendant quelques mois sont ordinairement suivis de vents contraires, et les navigateurs sont obligés d’attendri celui qui leur est favorable; lorsque ces vents viennent à changer, il y £ plusieurs jours, et quelquefois un mois ou deux de calme ou de tempêtes dangereuses.
Ces vents généraux, causés par la raréfaction de l’atmosphère, se combinent différemment par différentes causes dans différents climats 1 : dans
1. « La différence de température, entre les contrées équinoxiales et les contrées polaires,
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la partie de la mer Atlantique, qui est sous la zone tempérée, lèvent du nord souffle presque constamment pendant les mois d’octobre, novembre, décembre et janvier ; c’est pour cela que ces mois sont les plus favorables pour s’embarquer lorsqu’on veut aller de l’Europe aux Indes, afin de passer la ligne à la faveur de ces vents, et l’on sait par expérience que les vaisseaux qui partent au mois de mars d’Europe n’arrivent quelquefois pas plus tôt au Brésil que ceux qui partent au mois d’octobre suivant. Le vent de nord règne presque continuellement pendant l’hiver dans la Nouvelle-Zemble et dans les autres côtes septentrionales : le vent de midi souffle pendant le mois de juillet au cap Yert, c’est alors le temps des pluies, ou l’hiver de ces climats; au cap de Bonne-Espérance le vent de nord-ouest souffle pendant le mois de septembre; à Patna dans l’Inde, ce même vent de nord-ouest souffle pendant les mois de novembre, décembre et janvier, et il produit de grandes pluies ; mais les vents d’est soufflent pendant les neuf autres mois. Dans l’Océan Indien, entre l’Afrique et l’Inde, et jusqu’aux îles Moluques, les vents moussons régnent d’orient en occident depuis janvier jusqu’au commencement de juin, et les vents d’occident commencent aux mois d’août et de septembre, et pendant l’intervalle de juin et de juillet il y a de trèsgrandes tempêtes, ordinairement par des vents de nord ; mais sur ies côtes ces vents varient davantage qu’en pleine mer.
Dans le royaume de Guzarate et sur les côtes de la mer voisine, les vents de nord soufflent depuis le mois de mars jusqu’au mois de septembre, et pendant les autres mois de l’année il règne presque toujours des vents de midi. Les Hollandais, pour revenir de Java, partent ordinairement au mois de janvier et de février par un vent d’est qui se fait sentir jusqu’à 18 degrés de latitude australe, et ensuite ils trouvent des vents de midi qui les portent jusqu’à Sainte-Hélène. (Voyez Varen. Geogr. gener., cap. xx.)
Il y a des vents réglés qui sont produits parla fonte des neiges ; les anciens Grecs les ont observés. Pendant l’été les vents de nord-ouest, et pendant l’hiver ceux de sud-est se font sentir en Grèce, dans la Thrace, dans ia Macédoine, dans la mer Égée et jusqu’en Égypte et en Afrique; on remarque des vents de même espèce dans le Congo, à Guzarate, à l’extrémité de l’Afrique, qui sont tous produits parla fonte des neiges. Le flux et le reflux de la mer produisent aussi des vents réglés qui ne durent que quelques heures ; et dans plusieurs endroits on remarque des vents qui viennent de terre pendant la nuit et de la mer pendant le jour, comme sur les côtes de la Nouvelle-Espagne, sur celles de Congo, à la Havane, etc.
« engendre deux courants opposés , l’un dans les hautes régions de l’atmosphère , l’autre à la
« surface du globe C’est de la lutte de ces deux courants, c’est du lieu où le courant supérieur
« retombe et atteint la surface , c’est de leur pénétration réciproque , que dépendent les plus « importantes variations de la pression atmosphérique , les changements de température dans « les couches d’air, la précipitation des vapeurs aqueuses condensées , et même la formation et « les figures variées que prennent les nuages. » ( Cosmos , t. I , p. 375.)
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Les vents de nord sont assez réglés dans les climats des cercles polaires ; mais plus on approche de l’équateur, plus ces vents de nord sont faibles, ce qui est commun aux deux pôles.
Dans l’Océan Atlantique et Éthiopique, il y a un vent d’est général entre les tropiques, qui dure toute l’année sans aucune variation considérable, à l’exception de quelques petits endroits où il change suivant les circonstances et la position des côtes : 1° auprès de la côte d’Afrique, aussitôt que vous avez passé les îles Canaries, vous êtes sûr de trouver un vent frais de nordest à environ 28 degrés de latitude nord; ce vent passe rarement le nordest ou le nord-nord-est, et il vous accompagne jusqu’à 10 degrés latitude nord, à environ 100 lieues de la côte de Guinée, où l’on trouve au 4e degré latitude nord les calmes et tornados ; 2° ceux qui vont aux îles Caribes trouvent, en approchant de l’Amérique, que ce même vent de nord-est tourne de plus en plus à l’est, à mesure qu’on approche davantage; 3° les limites de ces vents variables dans cet Océan sont plus grandes sur les côtes d’Amérique que sur celles d’Afrique. Il v a dans cet Océan un endroit où les vents de sud et de sud-ouest sont continuels, savoir, tout le long de la côte de Guinée dans un espace d’environ 500 lieues, depuis Sierra-Leona jusqu’à l’île de Saint-Thomas : l’endroit le plus étroit de cette mer est depuis la Guinée jusqu’au Brésil, où il n’y a qu’environ 500 lieues ; cependant les vaisseaux qui partent de la Guinée ne dirigent pas leur cours droit au Brésil, mais ils descendent du côté du sud, surtout lorsqu’ils partent aux mois de juillet et d’août, à cause des vents de sud-est qui régnent dans ce temps. (Voyez Trans. phil. Air., t. Il , p. 129.)
Dans la mer Méditerranée, le vent souffle de la terre vers la mer au coucher du soleil, et au contraire de la mer vers la terre au lever, en sorte que le matin c’est un vent du levant, et le soir un vent du couchant ; le vent du midi qui est pluvieux , et qui souffle ordinairement à Paris, en Bourgogne et en Champagne au commencement de novembre, et qui cède à une bise douce et tempérée, produit le beau temps qu’on appelle vulgairement Tété de la Saint-Martin. (Voyez le Traité des Eaux de M. Mariotte.)
Le docteur Lister, d’ailleurs bon observateur, prétend que le vent d’est général qui se fait sentir entre les tropiques pendant toute l’année n’est produit que par la respiration de la plante appelée lentille de mer, qui est extrêmement abondante dans ces climats, et que la différence des vents sur la terre ne vient que de la différente disposition des arbres et des forêts, et il donne très-sérieusement cette ridicule imagination pour cause des vents, en disant qu’à l’heure de midi le vent est plus fort, parce que les plantes ont plus chaud et respirent l’air plus souvent, et qu’il souffle d’orient en occident, parce que toutes les plantes font un peu le tournesol, et respirent toujours du côté du soleil. (Voyez Trans. philos., n° 156.)
D’autres auteurs, dont les vues étaient plus saines, ont donné pour cause
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de ce vent constant le mouvement de la terre sur son axe ; mais cette opinion n’est que spécieuse, et il est facile de faire comprendre aux gens, même les moins initiés en mécanique, que tout fluide qui environnerait la terre ne pourrait avoir aucun mouvement particulier en vertu de la rotation du globe, que l’atmosphère ne peut avoir d’autre mouvement que celui de cette même rotation, et que, tout tournant ensemble et à la fois, ce mouvement de rotation est aussi insensible dans l’atmosphère qu’il l’est à la surface de la terre.
La principale cause de ce mouvement constant est, comme nous l’avons dit, la chaleur du soleil : on peut voir sur cela le Traité de Halley dans les Trans. philos.; et, en général, toutes les causes qui produiront dans l’air une raréfaction, ou une condensation considérable, produiront des vents dont les directions seront toujours directes ou opposées aux lieux où sera la plus grande raréfaction ou la plus grande condensation.
La pression des nuages, les exhalaisons de la terre, l’inflammation des météores, la résolution des vapeurs en pluies, etc., sont aussi des causes qui toutes produisent des agitations considérables dans l’atmosphère : chacune de ces causes, se combinant de différentes façons, produit des effets différents; il me paraît donc qu’on tenterait vainement de donner une théorie des vents, et qu’il faut se bornera travailler à en faire l’histoire: c’est dans cette vue que j’ai rassemblé des faits qui pourront y servir.
Si nous avions une suite d’observations sur la direction, la force et la variation des vents dans les différents climats, si cette suite d’observations était exacte et assez étendue pour qu’on pût voir d’un coup d’œil le résultat de ces vicissitudes de l’air dans chaque pays, je ne doute pas qu’on n’arrivât à ce degré de connaissance dont nous sommes encore si fort éloignés, à une méthode par laquelle nous pourrions prévoir et prédire les différents états du ciel et la différence des saisons ; mais il n’y a pas assez longtemps qu’on fait des observations météorologiques; il y en a beaucoup moins qu’on les fait avec soin, et il s’en écoulera peut-être beaucoup avant qu’on sache en employer les résultats, qui sont cependant les seuls moyens que nous ayons pour arriver à quelque connaissance positive sur ce sujet1.
Sur la mer les vents sont plus réguliers que sur la terre, parce que la mer est un espace libre, et dans lequel rien ne s’oppose à la direction du vent; sur la terre, au contraire, les montagnes, les forêts, les villes, etc., formen t des obstacles qui font changer la direction des vents, et qui souvent produisent des vents contraires aux premiers. Ces vents réfléchis par les
1 . Dès 1 77 1 , Lambert donna le moyen d’arriver à quelque connaissance positive sur ce sujet. Il se servit du baromètre pour déterminer la pression atmosphérique correspondante à chaque aire de vent. Trente ans plus tard, ce travail fut continué par Burckardt, par Ramond; il l’a été, de nos jours, par MM. de Buch, Dove, Kaemtz, etc. De ces observations réunies ont été formées ces tables, connues sous le nom de roses barométriques des vents.
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montagnes se font sentir dans toutes les provinces qui en sont voisines, avec une impétuosité souvent aussi grande que celle du vent direct qui les produit; ils sont aussi très-irréguliers, parce que leur direction dépend du contour, de la hauteur et de la situation des montagnes qui les réfléchissent. Les vents de mer soufflent avec plus de force et plus de continuité que les vents de terre; ils sont aussi beaucoup moins variables et durent plus longtemps : dans les vents de terre, quelque violents qu’ils soient, il y a des moments de rémission et quelquefois des instants de repos; dans ceux de mer, le courant d’air est constant et continuel sans aucune interruption : la différence de ces effets dépend de la cause que nous venons d’indiquer.
En général, sur la mer les vents d’est et ceux qui viennent des pôles sont plus forts que les vents d’ouest et que ceux qui viennent de l’équateur; dans les terres, au contraire, les vents d’ouest et de sud sont plus ou moins violents que les vents d’est et de nord, suivant la situation des climats. Au printemps et en automne les vents sont plus violents qu’en été ou en hiver, tant sur mer que sur terre; on peut en donner plusieurs raisons : 1° le printemps et l’automne sont les saisons des plus grandes marées, et par conséquent les vents que ces marées produisent, sont plus violents dans ces deux saisons; 2° le mouvement que l’action du soleil et de la lune produit dans l’air, c’est-à-dire le flux et le reflux de l’atmosphère, est aussi plus grand dans la saison des équinoxes; 3° la fonte des neiges au printemps, et la résolution des vapeurs que le soleil a élevées pendant l’été, qui retombent en pluies abondantes pendant l’automne, produisent, ou du moins augmentent les vents; 4° le passage du chaud au froid, ou du froid au chaud, ne peut se faire sans augmenter et diminuer considérablement le volume de l’air, ce qui seul doit produire de très-grands vents.
On remarque souvent dans l’air des courants contraires : on voit des nuages qui se meuvent dans une direction, et d’autres nuages, plus élevés ou plus bas que les premiers, qui se meuvent dans une direction contraire ; mais cette contrariété de mouvement ne dure pas longtemps, et n’est ordinairement produite que par la résistance de quelque nuage à l’action du vent et par la répulsion du vent direct, qui règne seul dès que l’obstacle est dissipé.
Les vents sont plus violents dans les lieux élevés que dans les plaines; et plus on monte dans les hautes montagnes, plus la force du vent augmente jusqu’à ce qu’on soit arrivé à la hauteur ordinaire des nuages, c’est-à-dire à environ un quart ou un tiers de lieue de hauteur perpendiculaire ; au delà de cette hauteur le ciel est ordinairement serein, au moins pendant l’été, et le vent diminue : on prétend même qu’il est tout à fait insensible au sommet des plus hautes montagnes; cependant la plupart de ces sommets, et même les plus élevés, étant couverts de glace et de neige, il est naturel de penser que cette région de l’air est agitée par les vents dans le temps de la chute de
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ces neiges; ainsi ce ne peut être que pendant l’été que les vents ne s’y font pas sentir : ne pourrait-on pas dire qu’en été les vapeurs légères qui s’élèvent au sommet de ces montagnes retombent en rosée, au lieu qu’en hiver elles se condensent, se gèlent et retombent en neige ou en glace, ce qui peut produire en hiver des vents au-dessus de ces montagnes, quoiqu’il n’y en ait point en été? i
Un courant d’air augmente de vitesse comme un courant d’eau lorsque l’espace de son passage se rétrécit; le même vent, qui ne se fait sentir que médiocrement dans une plaine large et découverte, devient violent en passant par une gorge de montagne, ou seulement entre deux bâtiments élevés, et le point de la plus violente action du vent est au-dessus de ces mêmes bâtiments ou de la gorge de la montagne; l'air, étant comprimé parla résistance de ces obstacles, a plus de masse, plus de densité, et, la même vitesse subsistant, l’effort ou le coup du vent, le momentum en devient beaucoup plus fort. C’est ce qui fait qu’auprès d’une église ou d’une tour les vents semblent être beaucoup plus violents qu’ils ne le sont à une certaine distance de ces édifices. J’ai souvent remarqué que le vent réfléchi par un bâtiment isolé ne laissait pas d’être bien plus violent que le vent direct qui produisait ce vent réfléchi, et, lorsque j’en ai cherché la raison, je n’en ai pas trouvé d’autre que celle que je viens de rapporter : l’air chassé se comprime contre le bâtiment et se réfléchit, non-seulement avec la vitesse qu’il avait auparavant, mais encore avec plus de masse, ce qui rend en effet son action beaucoup plus violente.
A ne considérer que la densité de l’air, qui est plus grande à la surface de la terre que dans tout autre point de l’atmosphère, on serait porté à croire que la plus grande action du vent devrait être aussi à la surface de la terre, et je crois que cela est en effet ainsi toutes les fois que le ciel est serein ; mais lorsqu’il est chargé de nuages, la plus violente action du vent est à la hauteur de ces nuages, qui sont plus denses que l’air, puisqu’ils tombent en forme de pluie ou de grêle. On doit donc dire que la force du vent doit s’estimer, non-seulement par sa vitesse, mais aussi par la densité de l’air, de quelque cause que puisse provenir cette densité, et qu’il doit arriver souvent qu’un vent qui n’aura pas plus de vitesse qu’un autre vent, ne laissera pas de renverser des arbres et des édifices, uniquement parce que l’air poussé par ce vent sera plus dense. Ceci fait voir l’imperfection des machines qu’on a imaginées pour mesurer la vitesse du vent.
Les vents particuliers, soit qu’ils soient directs ou réfléchis, sont plus violents que les vents généraux. L’action interrompue des vents de terre dépend de cette compression de l’air, qui rend chaque bouffée beaucoup plus violente qu’elle ne le serait si le vent soufflait uniformément; quelque fort que soit un vent continu, il ne causera jamais les désastres que produit
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la fureur de ces vents qui soufflent, pour ainsi dire, par accès : nous en donnerons des exemples dans l’article qui suit.
On pourrait considérer les vents et leurs différentes directions sous des points de vue généraux, dont on tirerait peut-être des inductions utiles : par exemple, il me paraît qu’on pourrait diviser les vents par zones 4, que le vent d’est, qui s’étend à environ 25 ou 30 degrés de chaque côté de l’équateur, doit être regardé comme exerçant son action tout autour du globe dans la zone torride; le vent de nord souffle presque aussi constamment dans la zone froide que le vent d’est dans la zone torride, et on a reconnu qu’à la Terre-de-Feu et dans les endroits les moins éloignés du pôle austral où l’on est parvenu, le vent vient aussi du pôle; ainsi l’on peut dire que, le vent d’est occupant la zone torride, les vents de nord occupent les zones froides; et à l’égard des zones tempérées, les vents qui y régnent ne sont, pour ainsi dire, que des courants d’air, dont le mouvement est composé de ceux de ces deux vents principaux qui doivent produire tous les vents dont la direction tend à l’occident ; et à l’égard des vents d’ouest, dont la direction tend à l'orient, et qui régnent souvent dans la zone tempérée, soit dans la mer Pacifique, soit dans l’Océan Atlantique, on peut les regarder comme des vents réfléchis par les terres de l’Asie et de l’Amérique, mais dont la première origine est due aux vents d’est et de nord.
Quoique nous ayons dit que, généralement parlant, le vent d’est règne tout autour du globe à environ 25 ou 30 degrés de chaque côté de l’équateur, il est cependant vrai que dans quelques endroits il s’étend à une bien moindre distance, et que sa direction n’est pas partout de l’est à l’ouest; car en deçà de l’équateur il est un peu est-nord-est, et au delà de l’équateur il est est-sud-est, et plus on s’éloigne de l’équateur, soit au nord, soit au sud, plus la direction du vent est oblique : l’équateur est la ligne sous laquelle la direction du vent de l’est à l’ouest est le plus exacte; par exemple, dans l’Océan Indien le vent général d’orient en occident ne s’étend guère au delà de 15 degrés : en allant de Goa au cap de Bonne-Espérance, on ne trouve ce vent d’est qu’au delà de l’équateur, environ au 12e degré de latitude sud, et il ne se fait pas sentir en deçà de l’équateur; mais lorsqu’on est arrivé à ce 12e degré de latitude sud, on a ce vent jusqu’au 28' degré latitude sud. Dans la mer qui sépare l’Afrique de l’Amérique, il y a un intervalle qui est depuis le 4' degré de latitude nord jusqu’au 10' ou 11e degré de latitude nord, où ce vent général n’est pas sensible; mais au delà de ce 10' ou 11e degré ce vent règne et s’étend jusqu’au 30e degré.
Il y a aussi beaucoup d’exceptions à faire au sujet des vents moussons 1 2,