‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 95 sur 251 · llerculanum · texte numérisé non relu

llerculanum

DES VOLCANS

altérations quelles ont produites ou souffertes elles-mêmes, à la direction qu’elles ont suivie, à la dureté qu’elles ont acquise, etc.

Il y a apparence que Naples est situé sur un terrain creux et rempli de minéraux brûlants, puisque le Yésuve et la Solfatare semblent avoir des communications intérieures; car, quand le Yésuve brûle, la Solfatare jette des flammes, et lorsqu’il cesse la Solfatare cesse aussi. La ville de Naples est à peu près à égale distance entre les deux.

Une des dernières et des plus violentes éruptions du Yésuve a été celle de l’année 1737; la montagne vomissait par plusieurs bouches de gros torrents de matières métalliques fondues et ardentes qui se répandaient dans la campagne et s’allaient jeter dans la mer. M. de Montealègre, qui communiqua cette relation à l’Académie des Sciences , observa avec horreur un de ces fleuves de feu, et vit que son cours était de 6 ou 7 milles depuis sa source jusqu’à la mer, sa largeur de 50 ou 60 pas, sa profondeur de 25 ou 30 palmes, et dans certains fonds ou vallées de 120 ; la matière qu’il roulait était semblable à l’écume qui sort du fourneau d’une forge, etc. (Yoyez 1 ’Hist. de V Acad., an. 1737, p. 7 et 8.)

En Asie, surtout dans les îles de l’Océan Indien, il y a un grand nombre de volcans : l’un des plus fameux est le mont Albours auprès du mont Taurus à 8 lieues de Hérat; son sommet fume continuellement, et il jette fréquemment des flammes et d’autres matières en si grande abondance que toute la campagne aux environs est couverte de cendres. Dans l’ile de Ternate, il y a un volcan qui rejette beaucoup de matière semblable à la pierre ponce. Quelques voyageurs prétendent que ce volcan est plus enflammé et plus furieux dans le temps des équinoxes que dans les autres saisons de l’année, parce qu’il règne alors de certains vents qui contribuent à embraser la matière qui nourrit ce feu depuis tant d’années. (Yoyez les Voyages d’Argensola, t. I, p. 21.) L’ile de Ternate n’a que sept lieues de tour et n’est qu’un sommet de montagne; on monte toujours depuis le rivage jusqu’au milieu de l’ile, où le volcan s’élève à une hauteur trèsconsidérable et à laquelle il est très-difficile de parvenir. Il coule plusieurs ruisseaux d’eau douce qui descendent sur la croupe de cette même montagne, et, lorsque l’air est calme et que la saison est douce, ce gouffre embrasé est dans une moindre agitation que quand il fait des grands vents et des orages. (Yoyez le Voyage de Schouten.) Ceci confirme ce que j’ai dit dans le Discours précédent, et semble prouver évidemment que le feu qui consume les volcans, ne vient pas de la profondeur de la montagne, mais du sommet, ou du moins d’une profondeur assez petite, et que le foyer de l’embrasement n’est pas éloigné du sommet du volcan1 ; car, si cela n’était pas ainsi, les grands vents ne pourraient pas contribuer à leur embrasement. Il y a quelques autres volcans dans lesMoluques. Dans l’une des îles 1. Voyez, ci-devant, la note delà p. 58.

ET DES TREMBLEMENTS DE TERRE

Maurices, à 70 lieues des Moluques, il y a un volcan dont les effets sont aussi violents que ceux de la montagne de Ternate. L’île de Sorca, l’une des Moluques, était autrefois habitée ; il y avait au milieu de cette île un volcan, qui était une montagne très-élevée. En 1693, ce volcan vomit du bitume et des matières enflammées en si grande quantité qu’il se forma un lac ardent qui s’étendit peu à peu , et toute l’ile fut abîmée et disparut. (Voyez Trans. Phil. Abr., v. II, p. 391.) Au Japon il y a aussi plusieurs volcans, et dans les îles voisines du Japon les navigateurs ont remarqué plusieurs montagnes dont les sommets jettent des flammes pendant la nuit et de la fumée pendant le jour. Aux îles Philippines, il y a aussi plusieurs montagnes ardentes. Un des plus fameux volcans des îles de l’Océan Indien,' et en même temps un des plus nouveaux, est celui qui est près de la ville de Panarucan dans l’ile de Java; il s’est ouvert en 1586, on n’avait pas mémoire qu’il eût brûlé auparavant , et à la première éruption il poussa une énorme quantité de soufre, de bitume et de pierres. La même année le mont Gounapi dans l’île de Banda, qui brûlait seulement depuis dix-sept ans, s’ouvrit et vomit avec un bruit affreux des rochers et des matières de toute espèce. Il y a encore quelques autres volcans dans les Indes, comme à Sumatra et dans le nord de l’Asie au delà du fleuve Jéniscéa et de la rivière de Pésida; mais ces deux derniers volcans ne sont pas bien reconnus.

En Afrique, il y a une montagne, ou plutôt une caverne appelée Beni- Guazeval, auprès de Fez, qui jette toujours de la fumée et quelquefois des flammes. L’une des îles du cap Vert, appelée Plie de Fuogue *, n’est qu’une grosse montagne qui brûle continuellement; ce volcan rejette, comme les autres, beaucoup de cendres et de pierres; et les Portugais, qui ont plusieurs fois tenté de faire des habitations dans cette île, ont été contraints d’abandonner leur projet par la crainte des effets du volcan. Aux Canaries, le pic de Ténériffe, autrement appelé la montagne de Teyde, qui passe pour être l’une des plus hautes montagnes de la terre, jette du feu, des cendres et de grosses pierres; du sommet coulent des ruisseaux de soufre fondu, du côté du sud, à travers les neiges; ce soufre se coagule bientôt et forme des veines dans la neige, qu’on peut distinguer de fort loin.

En Amérique, il y a un très-grand nombre de volcans, et surtout dans les montagnes du Pérou et du Mexique : celui d’Aréquipa est un des plus fameux; il cause souvent des tremblements de terre, plus communs dans le Pérou que dans aucun autre pays du monde. Le volcan de Carrapa et celui de Malahallo sont, au rapport des voyageurs, les plus considérables après celui d’Aréquipa; mais il y en a beaucoup d’autres dont on n’a pas une connaissance exacte. M. Bouguer, dans la relation qu’il a donnée de son voyage au Pérou dans le volume desMémoires de l’Académie de l’année 1744 ,

Page 1