Voyez la note 4 de la page
ET DES TREMBLEMENTS DE TERRE
cap. xiv), et cependant il n’y eut aucune montagne élevée par ce grand
tremblement *.
Il est cependant vrai qu’en calculant on pourrait trouver qu’un tremblement de terre assez violent pour élever les plus hautes montagnes ne le serait pas assez pour déplacer le reste du globe.
Car supposons pour un instant que la chaîne des hautes montagnes, qui traverse l’Amérique méridionale depuis la pointe des terres Magellaniques jusqu’aux montagnes de la Nouvelle-Grenade et au golfe de Darien. ait été élevée tout à la fois et produite par un tremblement de terre, et voyons par le calcul l’effet de cette explosion. Cette chaîne de montagnes a environ 1,700 lieues de longueur et communément 40 lieues de largeur, y compris les Sierras, qui sont des montagnes moins élevées que les Andes; la surface de ce terrain est donc de 68,000 lieues carrées; je suppose que l’épaisseur de la matière déplacée par le tremblement est d’une lieue, c’està-dire que la hauteur moyenne de ces montagnes, prise du sommet jusqu’au pied, ou plutôt jusqu’aux cavernes qui dans cette hypothèse doivent les supporter, n’est que d’une lieue, ce qu’on m’accordera facilement, alors je dis que la force de l’explosion ou du tremblement de terre aura élevé, à une lieue de hauteur, une quantité de terre égale à 68,000 lieues cubiques : or, l’action étant égale à la réaction, cette explosion aura communiqué au reste du globe la même quantité de mouvement; mais le globe entier est de 12,310,523,801 lieues cubiques, dont, ôtant 68,000, il reste 12,310,455,801 lieues cubiques dont la quantité de mouvement aura été égale à celle de 68,000 lieues cubiques élevées à une lieue; d’où l’on voit que la force, qui aura été assez grande pour déplacer 68,000 lieues cubiques et les pousser à une lieue, n’aura pas déplacé d’un pouce le reste du globe.
Il n’y aurait donc pas d’impossibilité absolue à supposer que les montagnes ont été élevées par des tremblements de terre2, si leur composition
1. « La puissance volcanique intervient dans les tremblements de terre ; mais cette puissance, « universellement répandue comme la chaleur centrale de la planète, s’élève rarement , et seule- « ment en quelques points isolés, jusqu’à produire des phénomènes d’éruption. Les masses « liquéfiées de basalte , de mélaphyre et de grnnstein qui surgissent de l’intérieur, remplissent « peu à peu les fissures et finissent par fermer toute issue aux vapeurs. Alors ces vapeurs « s’accumulent , leur tension s’accroît , et leur réaction contre l’écorce terrestre peut s’exercer de « trois manières différentes : ou elles ébranlent le sol, ou elles le soulèvent brusquement , ou elles « font varier lentement la différence de niveau entre les continents et les mers. Cette dernière « action ne devient sensible qu’après de longues années ; elle a été observée, pour la première « fois , sur une étendue considérable de la Suède. » ( Cosmos , t. I , p. 242. )
2. Voyez la note de la page 56. « Les tremblements de terre soulèvent, au-dessus de leur « ancien niveau, des pays entiers , tels que la côte du Chili, en novembre 1822, et Ulla-Bund, « en juin 1819, après le tremblement de terre de Cuth. » ( Cosmos , 1. 1 , p. 239.) — « Si l’on admet « que la grande pyramide d’Égypte , considérée comme une masse sans vide intérieur , pèse , « suivant une estimation qui a été déjà donnée , six millions de tonneaux , on arrive à cette « conséquence, que la quantité de roche , ajoutée au continent américain par le tremblement de « terre du Chili, a surpassé 100,000 pyramides. » (M. Lyell : Principes de géologie , t. III, p. 288.)
DES VOLCANS
intérieure aussi bien que leur forme extérieure n’étaient pas évidemment l’ouvrage des eaux de la mer *. L’intérieur est composé de couches régulières et parallèles remplies de coquilles; l’extérieur a une figure dont les angles sont partout correspondants : est-il croyable que cette composition uniforme et cette forme régulière aient été produites par des secousses irrégulières et des explosions subites?
Mais, comme cette opinion a prévalu chez quelques physiciens, et qu'il nous paraît que la nature et les etfets des tremblements de terre ne sont pas bien entendus, nous croyons qu’il est nécessaire de donner sur cela quelques idées qui pourront servir à éclaircir cette matière.
La terre ayant subi de grands changements à sa surface, on trouve, même à des profondeurs considérables, des trous, des cavernes, des ruisseaux souterrains et des endroits vides qui se communiquent quelquefois par des fentes et des boyaux. Il y a de deux espèces de cavernes : les premières sont celles qui sont produites par l’action des feux souterrains et des volcans; l’action du feu soulève, ébranle et jette au loin les matières supérieures, et en même temps elle divise, fend et dérange celles qui sont à côté, et produit ainsi des cavernes, des grottes, des trous et des anfractuosités; mais cela ne se trouve ordinairement qu’aux environs des hautes montagnes où sont les volcans; et ces espèces de cavernes, produites par l’action du feu, sont plus rares que les cavernes de la seconde espèce, qui sont produites par les eaux. Nous avons vu que les différentes couches qui composent le globe terrestre à sa surface, sont toutes interrompues par des fentes perpendiculaires dont nous expliquerons l'origine dans la suite. Les eaux des pluies et des vapeurs, en descendant par ces fentes perpendiculaires, se rassemblent sur la glaise et forment des sources et des ruisseaux ; elles cherchent par leur mouvement naturel toutes les petites cavités et les petits vides, et elles tendent toujours à couler et à s’ouvrir des routes, jusqu’à ce qu’elles trouvent une issue; elles entraînent en même temps les sables, les terres, les graviers et les autres matières qu’elles peuvent diviser, et peu à peu elles se font des chemins ; elles forment dans l’intérieur de la terre des espèces de petites tranchées ou de canaux qui leur servent de lit; elles sortent enfin soit à la surface de la terre, soit dans la mer, en forme de fontaines : les matières qu’elles entraînent laissent des vides dont l’étendue peut être fort considérable, et ces vides forment des grottes et des cavernes dont l’origine est, comme l’on voit, bien différente de celle des cavernes produites par les tremblements de terre.
Il y a deux espèces de tremblements de terre, les uns causés par l’action des feux souterrains et par l’explosion des volcans, qui ne se font sentir qu’à de petites distances et dans les temps que les volcans agissent, ou avant