‹ Œuvres complètes de Buffon avec la nomenclature Linnéenne et la classification de CuvierChapitre 99 sur 251 · Voyez les notes 1 et 2 de la page · texte numérisé non relu

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DES VOLCANS

le sein de la terre, il doit produire des effets très-violents. Supposons donc qu’à une profondeur très-considérable, comme à cent ou deux cents toises, il se trouve des pyrites et d'autres matières sulfureuses, et que, par la fermentation produite par la fdlration des eaux ou par d’autres causes, elles viennent à s’enflammer, et voyons ce qui doit arriver : d’abord ces matières ne sont pas disposées régulièrement par couches horizontales, comme le sont les matières anciennes qui ont été formées par le sédiment des eaux; elles sont, au contraire, dans les fentes perpendiculaires, dans les cavernes au pied de ces fentes et dans les autres endroits où les eaux peuvent agir et pénétrer. Ces matières, venant à s’enflammer, produiront une grande quantité d’air dont le ressort comprimé dans un petit espace, comme celui d’une caverne, non-seulement ébranlera le terrain supérieur, mais cherchera des routes pour s’échapper et se mettre en liberté. Les routes qui se présentent sont les cavernes et les tranchées formées par les eaux et par les ruisseaux souterrains ; l’air raréfié se précipitera avec violence dans tous ces passages qui lui sont ouverts, et il formera un vent furieux dans ces routes souterraines, dont le bruit se fera entendre à la surface de la terre, et en accompagnera l’ébranlement et les secousses. Ce vent souterrain, produit parle feu, s’étendra tout aussi loin que les cavités ou tranchées souterraines, et causera un tremblement plus ou moins violent à mesure qu’il s’éloignera du foyer et qu’il trouvera des passages plus ou moins étroits ; ce mouvement se faisant en longueur, l’ébranlement se fera de même, et le tremblement se fera sentir dans une longue zone de terrain ; cet air ne produira aucune éruption, aucun volcan, parce qu’il aura trouvé assez d’espace pour s’étendre, ou bien parce qu’il aura trouvé des issues et qu’il sera sorti en forme de vent et de vapeur. Et quand même on ne voudrait pas convenir qu’il existe en effet des routes souterraines par lesquelles cet air et ces vapeurs souterraines peuvent passer, on conçoit bien que dans le lieu même où se fait la première explosion, le terrain étant soulevé à une hauteur considérable, il est nécessaire que celui qui avoisine ce lieu se divise et se fende horizontalement pour suivre le mouvement du premier, ce qui suffit pour faire des routes qui, de proche en proche, peuvent communiquer le mouvement à une très-grande distance : cette explication s’accorde avec tous les phénomènes. Ce n’est pas dans le même instant ni à la même heure qu’un tremblement de terre se fait sentir en deux endroits distants, par exemple, de cent ou de deux cents lieues ; il n’y a point de feu ni d’éruption au dehors par ces tremblements qui s’étendent au loin, et le bruit, qui les accompagne presque toujours, marque le mouvement progressif de ce vent souterrain. On peut encore confirmer ce que nous venons de dire, en le liant avec d’autres faits; on sait que les mines exhalent des vapeurs : indépendamment des vents produits par le courant des eaux, on y remarque souvent des courants d’un air malsain et de vapeurs suffocantes; on sait aussi qu’il y

ET DES TREMBLEMENTS DE TERRE

a sur la terre des trous, des abîmes, des lacs profonds, qui produisent des vents, comme le lac de Boleslaw en Bohème, dont nous avons parlé.

Tout ceci bien entendu, je ne vois pas trop comment on peut croire que les tremblements de terre ont pu produire des montagnes, puisque la cause même de ces tremblements sont des matières minérales et sulfureuses qui ne se trouvent ordinairement que dans les fentes perpendiculaires des montagnes et dans les autres cavités de la terre, dont le plus grand nombre a été produit par les eaux ; que ces matières, en s’enflammant, ne produisent qu’une explosion momentanée et des vents violents qui suivent les routes souterraines des eaux; que la durée des tremblements n’est en effet que momentanée à la surface de la terre, et que par conséquent leur cause n’est qu'une explosion et non pas un incendie durable, et qu’enfin ces tremblements qui ébranlent un grand espace, et qui s’étendent à des distances trèsconsidérables, bien loin d'élever des chaînes de montagnes, ne soulèvent pas la terre d’une quantité sensible et ne produisent pas la plus petite colline dans toute la longueur de leur cours.

Les tremblements de terre sont, à la vérité, bien plus fréquents dans les endroits où sont les volcans qu’ ailleurs, comme en Sicile et à Naples. On sait, par les observations faites en différents temps, que les plus violents tremblements de terre arrivent dans le temps des grandes éruptions des volcans ; mais ces tremblements ne sont pas ceux qui s’étendent le plus loin, et ils ne pourraient jamais produire une chaîne de montagnes.

On a quelquefois observé que les matières rejetées de l’Etna, après avoir été refroidies pendant plusieurs années, et ensuite humectées par l’eau des pluies, se sont rallumées et ont jeté des flammes avec une explosion assez violente, qui produisait même une espèce de petit tremblement.

En 1669, dans une furieuse éruption de l’Etna, qui commença le 11 mars, le sommet de la montagne baissa considérablement, comme tous ceux qui avaient vu cette montagne avant cette éruption s’en aperçurent [ voyez Trans. Phil. Abr., vol. II, p. 387), ce qui prouve que le feu du volcan vient plutôt du sommet que de la profondeur intérieure de la montagne. Borelli est du même sentiment, et il dit précisément « que le feu des volcans « ne vient pas du centre ni du pied de la montagne, mais qu’au contraire « il sort du sommet et ne s’allume qu’à une très-petite profondeur. » (Voyez Borelli, de Incendiis viontis Ætnœ. )

Le mont Vésuve a souvent rejeté dans ses éruptions une grande quantité d’eau bouillante. M. Ray, dont le sentiment est que le feu des volcans vient d’une très-grande profondeur, dit que c’est de l’eau de la mer qui communique aux cavernes intérieures du pied de cette montagne; il en donne pour preuve la sécheresse et l’aridité du sommet du Vésuve, et le mouvement de la mer, qui, dans le temps de ces violentes éruptions, s’éloigne des côtes, et diminue au point d’avoir laissé quelquefois à sec le port de Naples; mais,

DES VOLCANS

quand ces faits seraient bien certains, ils ne prouveraient pas d’une manière solide que le feu des volcans vient d’une grande profondeur, car l’eau qu’ils rejettent est certainement l’eau des pluies qui pénètre par les fentes, et qui se ramasse dans les cavités de la montagne 1 : on voit découler des eaux vives et des ruisseaux du sommet des volcans, comme il en découle des autres montagnes élevées; et, comme elles sont creuses et qu’elles ont été plus ébranlées que les autres montagnes, il n’est pas étonnant que les eaux se ramassent dans les cavernes qu’elles contiennent dans leur intérieur, et que ces eaux soient rejetées dans le temps des éruptions avec les antres matières; à l’égard du mouvement de la mer, il provient uniquement de la secousse communiquée aux eaux par l’explosion, ce qui doit les faire affluer ou refluer, suivant les différentes circonstances.

Les matières que rejettent les volcans , sortent le plus souvent sous la forme d’un torrent de minéraux fondus, qui inonde tous les environs de ces montagnes; ces fleuves de matières liquéfiées s’étendent même à des distances considérables, et, en se refroidissant, ces matières, qui sont en fusion, forment des couches horizontales ou inclinées qui, pour la position, sont semblables aux couches formées par les sédiments des eaux; mais il est fort aisé de distinguer ces couches produites par l’expansion des matières rejetées des volcans, de celles qui ont pour origine les sédiments de la mer : 1° parce que ces couches ne sont pas d’égale épaisseur partout; 2° parce qu’elles ne contiennent que des matières qu’on reconnaît évidemment avoir été calcinées, vitrifiées ou fondues; 3° parce qu’elles ne s’étendent pas à une grande distance. Comme il y a au Pérou un grand nombre de volcans, et que le pied de la plupart des montagnes des Cordillères est recouvert de ces matières rejetées par ces volcans, il n’est pas étonnant qu’on ne trouve pas de coquilles marines dans ces couches de terre ; elles ont été calcinées et détruites par l’action du feu, mais je suis persuadé que si l’on creusait dans la terre argileuse qui, selon M. Bouguer, est la terre ordinaire de la vallée de Quito, on y trouverait des coquilles, comme l’on en trouve partout ailleurs, en supposant que cette terre soit vraiment de l’argile, et qu’elle ne soit pas, comme celle qui est au pied des montagnes, un terrain formé par les matières rejetées des volcans.

On a souvent demandé pourquoi les volcans se trouvent tous dans les hautes montagnes2 : je crois avoir satisfait en partie à cette question dans le

1. L’eau des ■pluies qui se ramasse dans les cavités de la montagne. Ce serait une bien petite cause pour un grand effet. La source de l’énorme quantité d'eau vomie par certains volcans , est très-probablement dans les énormes masses d’eaux souterraines, que le feu de ces volcans traverse : « Il est une classe singulière de volcans, tels que le Galunggung de Java, « qui ne vomissent point de lave, mais qui lancent des torrents dévastateurs d’eau bouillante... » ( Cosmos , t. I , p. 281.)

2. « Cette hauteur est si variable, que certains cratères ont à peine les dimensions d’une simple « colline : tel est le volcan de Cosima, l’une des Kouriles japonaises... . Il m’a semblé que

ET DES TREMBLEMENTS DE TERRE

Discours précédent; mais, comme je ne suis pas entré dans un assez grand détail, j’ai cru que je ne devais pas finir cet article sans développer davantage ce que j’ai dit sur ce sujet.

Les pics ou les pointes des montagnes étaient autrefois recouvertes et environnées de sables et de terres que les eaux pluviales ont entraînés dans les vallées; il n’est resté que les rochers et les pierres qui formaient le noyau de la montagne; ce noyau, se trouvant à découvert et déchaussé jusqu’au pied, aura encore été dégradé par les injures de l’air, la gelée en aura détaché de grosses et de petites parties qui auront roulé au bas ; en même temps elle aura fait fendre plusieurs rochers au sommet de la montagne; ceux qui forment la base de ce sommet se trouvant découverts, et n’étant plus appuyés par les terres qui les environnaient, auront un peu cédé, et en s’écartant les uns des autres ils auront formé de petits intervalles : cet ébranlement des rochers inférieurs n’aura pu se faire sans communiquer aux rochers supérieurs un mouvement plus grand, ils se seront fendus ou écartés les uns des autres. Il se sera donc formé dans ce noyau de montagne une infinité de petites et de grandes fentes perpendiculaires, depuis le sommet jusqu’à la base des rochers inférieurs; les pluies auront pénétré dans toutes ces fentes, et elles auront détaché dans l’intérieur de la montagne toutes les parties minérales et toutes les autres matières qu’elles auront pu enlever ou dissoudre ; elles auront formé des pyrites, des soufres et d’autres matières combustibles, et lorsque, parla succession des temps, ces matières se seront accumulées en grande quantité, elles auront fermenté, et en s’enflammant elles auront produit les explosions et les autres elTets des volcans. Peut-être aussi y avait-il dans l’intérieur de la montagne des amas de ces matières minérales déjà formées avant que les pluies pussent y pénétrer; dès qu’il se sera fait des ouvertures et des fentes qui auront donné passage à l’eau et à l’air, ces matières se seront enflammées et auront formé un volcan : aucun de ces mouvements ne pouvant sè faire dans les plaines, puisque tout est en repos et que rien ne peut se déplacer, il n’est pas surprenant qu’il n’y ait aucun volcan dans les plaines1, et qu’ils se trouvent tous en effet dans les hautes montagnes.

Lorsqu’on a ouvert des minières de charbon de terre, que l’on trouve

t l’activité des volcans était en raison inverse de leur hauteur Il ne faut donc pas s’étonner

« si le plus petit de tous , le Stromboli , est en pleine activité depuis le temps d’Homère. » Cosmos, 1. 1, p. 239.)

1. Un volcan n’ést qu’une communication de l’intérieur du globe avec l’atmosphère. Il faut donc, pour que cette communication s’établisse, que la pression, exercée par les couches extérieures , par les couches solides du globe , soit vaincue. Ces couches sont soulevées. La montagne précède le volcan. Les matières intérieures s’ouvrent enfin un passage, et le volcan est formé. Quelquefois, un intervalle plus ou moins long sépare la formation de la montagne de celle du volcan; d’autres fois, la montagne et le volcan font éruption tout ensemble, comme cela s’est vu pour le Jorullo au Mexique : « Le volcan de Jorullo a surgi , le 29 septembre 1759 , à 51 3 mètres « au-dessus des plaines environnantes. » ( Cosmos , 1. 1, p 275. )

ordinairement dans l’argile à une profondeur considérable, il est arrivé quelquefois que le feu s’est mis à ces matières; il y a même des mines de charbon en Écosse, en Flandre, etc., qui brûlent continuellement depuis plusieurs années : la communication de l’air suffit pour produire cet effet; mais ces feux, qui se sont allumés dans ces mines, ne produisent que de légères explosions, et ils ne forment pas des volcans, parce que, tout étant solide et plein dans ces endroits, le feu ne peut pas être excité, comme celui des volcans dans lesquels il y a des cavités et des vides où l’air pénètre, ce qui doit nécessairement étendre l’embrasement et peut augmenter l’action du feu au point où nous la voyons lorsqu’elle produit les terribles effets dont nous avons parlé.

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