‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémens (volume 2)Chapitre 1 sur 146 · HISTOIRE NATURELLE · texte numérisé non relu

HISTOIRE NATURELLE

QUADRUPÈDES

ANIMAUX DOMESTIQUES

L*HOiii» change l'état naturel des animaïuL en les forçant à lui obéir» et les faisant ^^servir À son usage : un animal domestique ;;, est un esclave dont on s'amuse , dont on se "^ sert, dont on abuse, qu'on altère, qu'on dépayse et que l'on dénature, tandis que Tarnmal sauvage, n'obéissant qu'à la nature, ne connoit d'autres lois que celles du besoin et de la liberté. L'histoire d*im animal sauvage est donc bornée à un petit nombre de faits émanés de la simple nature » au lieu que Thistoire d'un anunal domestique est compliquée de tout ce qui a rapport à l'art que Ton emploie pour l'apprivoiser ou pour le subjuguer; et comme on ne sait pas asses combien l'exemple, la contrainte, la force de l'habitude , peuvent influer sur les animaux et changer leurs mouvemens, leurs déterminations, leurs penchans, le but d'un naturaliste doit être de les observer assez pour pouvoir distinguer les faits qui dépendent de l'instinct, de ceux qui ne viennent que de l'éducation; reoonnoiire ce qui leur appartient et ce cpi'ils ont em<prunté; séparer ce qu'ils font de ce qu'on leur fait faire, et ne jamais confondre l'animal avec l'esclave , la bête de somme avec la créature de Dieu.

L'empire de l'homme sur les animaux est un empire légitime qu'aucune révolution ne peut détruire; c'est l'empire de l'esprit sur la matière; e'est non-seulement un droit de nature , on {wuvoir fondé sur des lois inaltérables , mais c'eit encore un don de Dieu, par lequel l'homme peut recon* noitre à tout instant l'excellence de son être ; car ce n'est pas parce qu'il est le plus par£ut , le plus fort ou le plus adroit des animaux qu'il leur commande : s'il n'étoil que le premier du même ordre, les seconds se réuniroient pour lui disputer l'empire ; mais e'est par supériorité de nature que l'homme règne et commande; il pense, et

BuFFOir. V.

dès lors il est maître des êtres qui ne pensent point.

U est maître des corps bruts, qui ne peuvent opposer à sa volonté qu'une lourde résistance ou qu'une inflexible dureté, que sa main sait toujours surmonter et vaincre en les faisant agir les uns contre les autres ; il est maître des végétaux , que par son industrie il peut augmenter, diminuer, renouveler, dénaturer, déuiiire on multiplier à l'infini; il est maître des animaux, parce que non-seulement il a comme eux du mouvement et du sentiment, mais qu'il a de plus la lumière de la pensée, qu*il connoit les fins et les moyens, qu'il sait diriger ses actions , concerter ses opérations, mesurer ses mouvemens, vaincre la force par l'esprit, et la vitesse par l'emploi du temps.

Cependant parmi les animaux les uns paroissent être plus ou moins familiers, plus ou moins sauvages, plus ou moins doux , plus ou moins féroces : que l'on compare la docilité et la soumission du chien avec la fierté et la férocité du tigre, l'un paroit être l'ami de l'homme et l'autre son ennemi : son empire sur les animaux n'est donc pas absolu ; combien d'espèces savent se sousUaire a sa puissance jpar la rapidité de leur vol , par la légèreté de leur course , par l'obscurité de leur retraite, par la dis^ tance que met entre eux et l'homme l'élément qu'ils habitent ! combien d'autres espèces lui écha|^pent par leur seule netitesse I et enfin combien y en a-t-il qui, bien loin de reconnoitre leur souverain , l'attaquent i force ouverte, sans parler de ces insectes

3UÎ semblent l'insulter par leurs piqûres , e ces serpens dont la morsure porte le poison et la mort, et de tant d'autres bêtes immondes, incommodes, inutiles , qui semblent n'exister que pour fonner la nuance entre le mal et le bien, et faire sentir à

ANIMAUX DOMESTIQUES

l'homme combien, dcpais u chute, il est peu respecté î

Cest qu'il faut distinguer Tempire de Dieu du domaine de Thomme : Dieu, créateur des êtres, est seul maître de la nature : rhonmie ne peut rien sur le produit de la création; il ne peut rien sir les mouvemens des corps célestes, sur 'les rérolutions de ce globe qu'il habite ; il ne peut rien sur les animaux, les végétaux, les minéraux en général ; il ne peut rien sur les espèces , il ne peut que sur les individus ; car les espèces en général et la matière en bloc appartiennent à la nature, ou plutôt la constituent :tout se passe, se suit, se stiocède, se renouvelle et se meut par une puissance irrésistible; l'homme, eatrainé lui-même par le torrent des temps , ne peut rien pour sa propre durée ; lié par son corps i k malière , enveloppé dans le tourbillon des êtres, il est force de subir la loi ooramune; il obéit à la même puissance, et comme tout le reste, il nait , croît et périt

Mais le rayon divin dont l'homme est animé, l'ennoblit et l'élève au-dessos de tons les êtres matériels; cette substance q[>irituelle, loin d'être sujette à la matière, a le droit de la fiûre obéir; et quoiqu'elle ne puisse pas commander à la nature entière, elle domine sur les êtres particuliers : Dieu, source unique de toole lumière et de toute intelligence , régit l'univers et les espèces entières avec oae puâssanoeininie ; l'faonmie, qui n'a qu'un rayon de cette intelligence, n'a de même qu'une puissance limitée à de petites portions de malière, et n'est maître que des individus.

C'est donc par les takns de Feq^rit, et non par la force et par les autres qualités de la matière, que l'homme a su subjuguer les animaux : dons les premiers temps ils

dévoient être tons égalebttt indépendans ; rhomme, devenu criminel* et féroce, éioit peu propre à les apprivoiser; il a fallu du temps pour les approcher, pour les reconnoitre , pour les choisir, pour les dompter ; il a fallu qu'il fût civilisé lui-même pour savoir instruire et commander; et l'empire sur les animaux , comme tous les auti*es empires, n'a été fondé qu'après la société.

C'est d'elle que l'homme tient sa puissance; c'est par elle qu'il a perfectionné sa raison , exercé son esprit et réuni ses forces : auparavant l'homme étoit peut-être l'animal le plus sauvage et le moins redoutable de tous : nu , sans armes et sans abri , la terre n'étoit pour lui qv^rn vaste désert peuplé de mcmstres, dont souvent il devenoit la proie; et même long-tem^ mes, l'histoire BOUS dit que les premiers néros n'ont été que des destructeurs de bêtes»

Mais lorsque avee le temps l'esDèoe hn* maine s'est étendue, multipliée, répandue, et qu'à la faveur des arts et die la société l'homme a pu marcher en force pour conquérir l'iiniv^ers , il a fût reculer peu k peu les bêtes féroces , il a purgé la terre de ces «nioianx gigantesques dont nous trouvons encore les ossemens énormes» il a détruit ou réduit à un petit nond>re d'individus les espèces voraces et nuisibles , il a opposé les animaux {aux animaux , et subjuguant les uns par adresse, domptant les autres nr la force , ou les écartant par le nom^ ore , et les attaquant tous par des moyens raisonnes, il est parvenu k se mettre en sûreté , et à établir un empire qui n'est borné qne par les lieux inaccessibles, les solitudes reculées , les sables brûlans , les montagnes glacées, les cavernes obscures,

2ui servent de retraites au petit nombre 'espèces d'animaux indomptables.

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LE CHEVAL

La. plus noble conquête que l'homme ait jamais faite est ceUe de ce ner et fougueux animal, qui partage avec lui les fatigues de la guerre et k gloire des combats : aussi intrépide que son maître , le cheval voit le péril et l'affronte; il se &it au bruit des armes, il l'aime, il le cherche et s'anime de la même ardeur : il partage aussi ses plaisirs; à lâchasse, aux toorneis, i la course, il brille, il étincelle. Mais, doiâle

autant que courageux, il ne se laisse point emporter k son feu; il sait réprimer ses mouvemens : non-seuleinenl il fléchit sous k main de celui qui le guide, mais il semble consulter ses désàv, et, obéissant toujours aux impressions qu'il en reçoit , il se précipite, se modère ou s'arrête : cNesl une créature qui renonoe à son être pour n'exister qne par to volonté d'un autre, quisait ^même k prévenir; qui, par la

(hifri- //fti- T.whyildiiiPfi . Fiimit/i- iif,r Sullpi-dcs .

LB CTÏEVAL.

promptitude et la préciffion die srs monvcmens, rezprime et l'exécute ; tpA sent autant qu'on le désire , et ne read qu'autant qu'on vent; qui, selivnoit sans réserve, ne .se refuse a rien, sert de toutes ses forées, s'exeède, et mène meurt pour mieux obéir. Yoâà le cheiral dont les talens sont développés , cbni l'art a perfectionné les qualités naturelles, qtri, dès le premier âge, a été soigné et ensuite exercé , dressé au service de rhomme: c'est par la perte de sa liberté que commence son éducation, et c'est par la contrainte qu'elle s'achève. L'esclavage ou la domesticité de ces animaux est même si universelle, ai ancienne, que nous ne les voyons que rarem^it dans leur état naturel : ils sont toujours couverts de harnois dans leurs travaux ; on ne ,les délivre jamais de tous leurs* liens , même dans les temps du repos; et si on les laisse quelquefois errer en liberté dans les pâturages , ils y portent toujours les marques de la servitude , et souvent les empreintes cruelles du travail et de la douleur ; la bouche est déformée par les plis que le mors a produits ;. les flancs sont' entamés par des plaies, ou sillonnés de cicatrices fôites par l'éperon ; la corne des pieds est traversée par des clous. L'attitude du corps est encore gênée

Ear l'impression subsistante des entraves abituelles; on les en délivreroit en vain, ils n'en seroient pas plus libres : ceux mêmes dont l'esdavage est le plus doux , qu'on ne nourrit, qu'on n'entretient que pour le luxe et la magnificence, et dont les chaînes dorées servent moins à leur parure qu'à la vanité de leur maître, sont encore plus déshonorés par l'élégance de leur toupet, par les tresses de leurs crins, par l'or et la soie dont on les couvre , que par les fers qui sont sous leurs pieds.

La nature est plus belle que l'art; et, dans un être animé , la liberté des mouvemens fait la belle nature. Voyez ces chevaux qui se sont multij^és dans les contrées de l'Amérique espagnole, et qui vivent en chevaux libres : leur démai'che, leur course, leurs sauts, ne sont ni gênés, ni mesurés; fiers de leur indépendance, ils fuient la présence de l'homme, ils dédaignent ses soins; ils cherdient et trouvent eux-mêmes la nourriture qui leur convient; ils errent, ils bondissent en liberté dans des prairies immenses, où ils cueillent les promictions nouvelles d'un printemps toujours nouveau ; sans habitation fixe , sans autre abri que celui d'un ciel serein, ils respirent un air plus pur que celui de ces palais voûtes où

nous les renfermons, en pressant les espaces qu'ils doivent occuper : a?issi ces dievaux sauvages sont-its beaucoup plus forts, plus légers, plus nerveux que la plupart des chevaux domestiques; ils ont ce que donne la nature, la force et la noblesse ; les autres n'ont que œ que l'art peut donner, Tadresse et l'agrément.

La nature de ces animaux n'est 'point féroce , ils sont seulement fiers et sauvages. Quoique supérieurs par la force à la plupart des auti'es animaux, jamais ils ne les atta-

Suent; et s'ils en sont attaqués, ils les déalgnent , les écartent , ou les écrasent. Ib vontaussi jpar troupe% et se réunissent pour le seul plaisir d'être ensemble; car ils n'ont aucune crainte , mais ils prennent de l'attachement les uns pour les autres. Comme l'herbe et les vé^taux suffisent à leur nourriture, qu'ils ont abondamment de quoi satisfaire leur appétit, et qu'ils n'ont aucun goût pour la chair des animaux, ils ne leur font point la guerre, ils ne se la font point entre eux , ils ne se disputent pas leur subsistance ; ils n'ont jamais occasion de ravir une proie ou de s'arracher un bien , sources «rdinures de querelles et de combats parmi les autres animaux camassîefs : ils vivent doue en paix, parce que leurs appétits sont simples et modérés , et qu'ils ont assez pour ne se rien envier.

Tout cela peut se remarquer dans les jeunes dievaux qu'on élève ensemble et ou'on mène en troupeaux ; ils ont les mœurs aouces et les qualités sociales; leur force et leur ardeur ne se marquent ordinairement que par des signes d'émulation; ils cherchent à se devancer à la course , à se faire et même s'animer au péril en se défiant à traverser une rivière, sauter un fossé; et ceux qui dans ces exercices naturels donnent l'exemple, ceux qui d'eux-mêmes vont les premiers, sont les plus générenx, les meilleurs , et souvent les plus dociles et les plus souples lorsqu'ils sont unefbis domptés. Quelques anciens auteurs parlent des chevaux sauvages, el citent même les lieux où ils se trouvoient Hérodote dit que, sur les bords de THypanis en Scythie, il y avoit des chevaux sauvages qui etoient blaqes, et que dans la partie s^itentrionale de la Thraoe au-delà du Danidse , il y en avoit d'autres qui avoient le poil long de cinq doigts par tout le corps. Aristote cite hi Syrie, Pline les pays du Nord, Stnd)on les Alpes et l'Espagne , comme des lieux où Ton trouvoit des chevaux sauvages. Parmi les modernes , Cardan dit la même chose de

ANIMAUX DOMESTIQUES

l'Ecosse «t des Orcades , OUiis de la MoscoTÎe, Dapper de Tfle de Chypre , où il ]r avoitt dit-il, des cheyaux sauvages qui étoient beaux et qui avoient de la force et de la vitesse ; Struys de Tile de May au cap Vert , où il y avoit des chevaux sauvages fort petits. Léon rAfiricain rapporte aussi

3u*il y avoit des chevaux sauvages dans les éserts de TAfi^oue et de l'Arabie, et il assure qu*il a vu lui-même, dansies solitudes de Numidie , un poulain dont le poil étoit blanc et la crimère crépue. Marmol confirme ce foit , en disant qu'il y en a quelques-uns dans les déserts de TArabie et de la Libye , qu'ils sont petits et de couleur cendr& ; qu*il y en a aussi de blancs , qu'ils ont la crinière et les crins fort courts et hérissés, et que les chiens ni les chevaux domestiques ne peuvent les atteindre à la course. On trouve aussi dans les Lettres édifiantes qu'à la Chine il y a des chevaux sauvages fort petits.

Comme toutes les parties de l'Europe sont aujovrd'hui peuplées et presque également habitées, on n'y trouve plus de chevaux sauvages, et ceux que l'on voit en Amérique sont des chevaux domestiques et européens d^originci que les Espa^ols y ont transportés, et qui se sont multipliés dans les vastes déserts de ces contrées inhabitées ou dépeuplées; car cette espèce d'animaux manauoit au Nouveau-Monde.

L'étonnemenlel la frayeur que marquèrent les habitans du Mexique et du Pérou à l'aspect des chevaux et des cavaliers, firent assez voir aux Espagnols que ces animaux étoient absolument inconnus dans ces climats ; ils en transportèrent donc un grand nombre , tant pour leur service et leur utilité particulière que pour en propager l'espèce; ils en lâchèrent dans plusieurs iles, et même dans le continent, où ils se sont multipliés comme les autres animaux sauvages. M. de La Salle en a vu en i685 dans l'Amérique septentrionale , près de la baie Saint-Louis; ces chevaux paissoient dans les prairies, et ils étoient si farouches,

2u'on ne pouvoit les approcher. L'auteur e V Histoire des aventuriers /liiustiers dit «qu'on voit quelquefois dans l'île Saint- « Domingue des troupes de plus de cinq « cents ^evaux qui courent tous ensemble, « et que, lorsqu'ils aperçoivent un homme, « ils s'arrêtent tous ; que l'un d'eux s'ap- « proche à une certaine distance , souffle des « naseaux j prend la fuite, et que tous les « autres le suivent. » U ajoute qu'il né sait si ces chevaux ont dégénéré en devenant

sauvaeesy mais qu'il ne les a pas trouvés aussi beaux que ceux d'Espagne, quoiqu'ils soient de cette race. *< Ils ont, dit-u, la « tête fort grosse, aussi bien que les jambes, M qui de plus sont raboteuses; ils ont aussi M les oreilles et le cou longs : les habitans « du pays les apprivoisent aisément, et les « font ensuite travailler; tes chasseurs leur « font porter leurs cuirs. On se sert pour N les prendre de lacs de corde, qu'on tend « dans les endroits où ils fréquentent; ils « s'y engagent aisément; et s'ils se prennent « par le cou , ils s'étranglent eux-mêmes , à « moins qu'on n'arrive assea tôt pour les « secourir; on les arrête par le corps et les « jambes, et on les attache k des arbres , « où on les laisse pendant deux jours sans « boire ni manger: cette épreuve suffit pour M commencer à les rendre dociles , et avec « le temps ils le deviennent autant que «s'ils n'eussent jamais été farouches; et « même , si par quelque hasard ils se re- « trouvent en liberté, ils ne deviennent « pas sauvages une seconde fois , ils recon- « unissent leurs maîtres, et se laissent ap- « procher et reprendre aisément. »

Cela prouve que ces animaux sont naturellement doux et trèsHiisposés à se familiariser avec l'homme et à s'attacher à lui : aussi n'arrive-t-il jamais qu'aucun d'eux quitte nos maisons pour se retirer dans les forêts ou dans les déserts; ils marquent au contraire beaucoup d'empressement pour revenir au gîte, où cependant ils ne trouvent qu'une nourriture grossière, et toujours la même, et ordinairement mesurée sur l'économie beaucoup plus que sur leur appétit; mais la douceur de l'habitude leur tient lieu de ce qu'ils perdent d'ailleurs : après avoir été excédés de fatigue, le lieu du repos est un lieu de^délices; ib le sentent de loin, ils savent le reconnoitre au milieu des plus grandes villes, et semblent préférer en tout l'esclavage à la liberté ; ils se font même une seconde nature des habitudes auxquelles on les a forcés ou soumis, puisqu'on a vu des chevaux , abandonnés dans les bois^ hennh* continuellement Jour se faire entendre , accourir à la voix es hommes, et en même temps maigrir et dépérir en peu de temps, quoiqu'ils eussent abondamment de quoi varier leur nourriture et satbfaire leur appétit

Leurs mœurs viennent donc presque en entier de leur éducation, et cette éducation suppose des soins çt des peines que l'homme ne prend pour aucun autre animal , mais dont il est dédommagé parles services con-

LE CHEVAL

tjnuels que lui rend, oelui-ci. Dès le tempi du premier âge on a soin de séparer les poulains de leur mère : on les laisse téicr pendant dnq, six ou tout au plus sept mois; car Texpériencea fait voir que ceux qu'on laisse téter dix ou onze mois ne valent pas ceux qu'on sèvre plus tôt , quoiqu'ils prennent ordinairement plus de chair et de corps : après ces six ou sept mois de lait , on les sèvre pour leur faire prendre une nourriture plus 8o|ide ^ue le lait; on leur donne du son deux fou par jour et un peu dp foin, dont on augmente la quantité à mesure qtt'iU avancent en âge, et on les garde dans récurie tant qu'ils marquent de rinqtiiétude pour retourner à leur mère ; mais lorsque oette inquiétude est pass^, on les laisse sortir par îe beau temps, et on les conduit aux pâturages; seulement il ^ut prendre garde de les laisser paître à jeun ; il faut leur doimer le son et les fiùre boire une heure avant de les mettre à llierbe, et ne Jamais les exposer au grand froid ni i la pluie. Us passent de oette fa* çon le premier hiver : au mois de mai suivant, non-seulement on leur permettra de pâturer tous les iours , mab on les laissera coucher à Pair dans les pâturages pendant tout Tété et iusqu^à la fin d'octobre , en observant seulement de ne leur pas laisser paître les regains ; s'ils s'accoutumoient à cette herbe trop &ie, ils se dégoûteroient du foin, qui doit cependant faire leur priur cipale nourriture pendant le second hiver avec du son mêlé a'orge ou d*avoine moulus : on les conduit de cette foçon en les laissant pâturer le jour pendant Thiver, et la nuit pendant Tété, jusqu'à l'âge de quatre ans, ^u'on les retire du pâturage pour les noumr à l'herbe sèche. Ce changement de nourriture demande quelques précautions : on ne leur donnera poidant les premiers huit jours que de la paille, et on fera bien de leur £ure prendre quelques breuvages contre les vers » que les mauvaises digestions d'une herbe trop crue peuvent avoir produits. BC de Garsault, qui recommande cette pratique, est sans doute fondé sur l'expénence ; cependant on verra qu'à tout Age et dans tous les temps Vestomac de tous les chevaux est farci d'une si prodigieuse quantité de vers, qu'ils semblent nire partie de leur constitution : nous lei avons trouvés dans les chevaux sains comme dans les chevaux malades , dans ceux qui paissoient Therbe comme dans ceux qui ne mangeoient que de l'avoine et du foin; et l^ ânes, qui de tous les. animaux sont ceux

qui approchent le plus, de la nalure du cheval, ont aussi cette prodigieuse quantité de vers dans l'estomac, et n'en sont pas plus incommodés : ainsi on ne doit pas regarder les vers, du moins ceux dont nous parlons, comme une maladie accidentelle, causée par les mauvaises digestions d'une herbe crue, mais plutôt com^ie un effet dépendant de la n(Hirri|ure et do la djgcsr tion ordinaire de ces animaux.

Il faut fvpir attention, krsqu*CLn sèvre les jeunes poulains , de les mettre dans une écurie propre, qui ne soit pas trop chaude, crainte de les rendre trop délicats et trop sensibles aux impressions de l'air; on leur donnera souvent de la litière fraîche; on le< tiendra propres en les bouchonnant de temps en temps : mais il ne faudra ni les attacher, ni les panser à la main qu'à l'âgQ de deux ans et demi ou trois ans ; ce fî*ottement trop rude leur causeroit de la douleur; leur peau est encore trop délicate Sour le souffrir, et ik dépériroient au lieu e profiter. Il ÙMi aussi avoir soia que le râtelier et la mangeoire ne soient pas trop élevés : la nécessité de lever la tête trop haut pour prendre leur nourriture pourroit leur donner l'habitude de la porter de cette façon , ce qui leur gâteroit l'encolure. Lorsqu'ils auront un an ou dix-huit mois, on leilr tondra la queue; les crins repousseront et deviendront plus forts et plus touffus. Dès l'âge de deux ans il faut séparer les poulains , mettre les mâles avec les chevaw^, et les femelles avec les jumens: sans cette précaution les jeunes poulains se £atigueroient autour des poulines, et s'énerveroient sans aucun fruit.

A l'âge de trois ans ou de trois ans et demi, on doit commencer à les dresser et à les rendre dociles ; on leur mettra d'abord une légère selle et aisée, et on les laissera sellés pendant deux ou trois heures chaque jour; on les accoutumera de même à recevoir un bridon dans la bouche et à se laisser lever les pieds, sur lesquels ou frappera quelques coups comme pour les ferrer; et si ce spnt des dievaux destinés au carrosse ou au trait I on leur mettra un barnois sur le corps et un bridon : dans les çonunencemens il ne faut point de bride, ni pour les uns ni pour les autres : on les fera trotter ensuite à la longe avec un caveçon sur le nez, sur un terrain uni, sans être montés , et seulement avec la selle ou le hamois sur le coi^ts; et lorsque le cheval de selle tournera facilement et viendra volontiers auprès de celui qui tient la longe ,

on le montera et descendra dans la même place et sans le faire marcherl, jusqu'à ce qu'il ait quatre ans, parce qu'avant cetige il n'est pas encore assez fort pour n'être pas, en mafchant, surchargé du poids du cavalier : mais à quatre ans on le montera pour le faire marcher au pas ou au trot, et*toujoars à petites reprises. Quand le cheval de carrosse sera aocoutiune au hameis, on Tattellera avec un autre cheval fait, en lui mettant une bride, et on le conduira avec une longe passée dans la bride, jusqu'à ce qu'il conmience à être sage au trait; alors le cocher essaiera de le faire reculer, ayant pour aide un homme devant, qui le poussera en arrière avec douceur, et même lui donnera de petits coups pour l'obliger à reculer. Tout cda doit se faire avant que les jeunes chevaux aient diangé de nourriture; car quand une fois ils sont ce qu'on appelle engrainés, c'est-à-dire, lorsqu' jb sont au grain et à la paille , comme ils sont pkis vigoureux, on a remarqué qu'ils étoient aussi rawns dociles , et plus difficiles à dresser.

Le mors et l'éperon sont deux moyens qu'on a imaginés pour les obliger à recevoir le commandement , le mors pour la |H*éGision , et l'éperon pour la promptitude dos mouvemens. La bouehe ne paroissoit pas destinée par la nature à recevoir d'autres impressions que celles du goût et de l'appétit; cependant elle est d'une si grande sensibilité dans le cheval, que c'est à la bouche, par préférence à l'oeil et à l'oreille, qu'on s'adresse pour transmettre au cheval les signes de la volonté; le moindre mouvement ou la plus petite pression du mors suffit pour avertir et déterminer l'animal, et cet organe de sentiment n'a d'autre défaut que celui de sa perfection même; sa trop grande sensibilité veut être ménagée; car si on en abuse , on gâ4e la bouche du cheval en la rendant insensible à l'impression du mors. Les sens de la vue et de l'otiïe fie seroient pas sujets à une telle altération et oc pourroient être émoussés de cette façon; mais apparemment on a trouvé des incoavéniens à commandes» aux chevaux par ces organes , et il est vrai que les signes transmis par le tou<^er font beaucoup plus d'effet sur les animaux en général que ceux qui leur sont transmis par l'cBil ou par l'oreille. Bailleurs, la situation des chevaux par rapport à celui qui les monte ou qui les conduit, rend les yeux presque inutiles à cet effet , puisqu'ils ne voient que devant eux, et que ce n'est

qu'en toiuiumt la tête qu'ils pourroient apercevoir les signes qu'on leur feroit; et quoique l'oreille soit un sens par lequel on les anime et on les conduit souvent, il paroit qu'on a restreint et laissé aux chevaux grossiers l'usage de cet organe, puisqu'on manège, qui est le lieu de la plus parfaite éducation, l'on ne parle presque point aux chevaux, et qu'il ne faut pas même qu'il paroisse qu'on les conduise.

En effet, lorsqu'ils sont bien dressés, la moindre pression des cuisses, le plus léger mouvement du mors suffit pour les diriger; l'éperon est même inutile^ ou du moins on ne s'en sert que pour les forcer à faire des mouvemens violens; et lorsque, par l'ineptie du cavalier, il arrive qu'en donnant de l'éperon il retient la bride, le cheval se trouvant excité d'un côté et retenu de l'autre , ne peut que se cabrer en feisant un bond sans sortir de sa place.

On donne à la tête du cheval, |>ar le moyen de la bride, un air avantageux et relevé : on la place comme elle doit être, et le plus petit signe ou le plus petit mouvement du cavalier suffit pour faire prendre au cheval ses différentes allures. La plus naturelle est peut-être le trot'; mais le pas; et mêmele galop sont plus doux pour le cavalier, et'ce sont aussi les deux allures qu'on s'applique le plus à perfectionner. Lorsque le cneval lève la jambe de devant pour marcher, il faut que ce mouvement soit fait avec hardiesse et facilité, et que le genou soit assez plié : la jambe levée doit paroltre soutenue un instant, et lorsqu'elle retombe, le pied doit être ferme et appuyer également sur la terre , sans que la tête du cheval reçoive aucune impression de ce mouvement : car lorsque la jambe retombe subitement, et que la tète baisse en même temps , c'est ordinairement pour soulager promptement lautre jambe, qui n'est pas assez forte pour supporter seule tout le poids du corps. Ce défaut est très • grand, aussi bien que celui de porter le pied en dehors ou en dedans; car il retombe dans cette même direction. L'on doit observer aussi que lorsqu'il appuie sur le talon , c'est une marque de faiblesse , et que quand il pose sur la pince , c'est une attitude fatigante et forcée que le cheval ne peut soutenir long-temps.

Le pas , qui est la plus lente de toutes les allures, doit cependant être prorapt : il faut qu'il ne soit ui trop allonge ni trop raccourci, et que la démarche du cheval soit légère : cette légèreté dépend beaucoup

LE CHEViX.

de la liberté des épaules , et se recoimoit à la numière dont il porte la tète en marcbant ; s'H h tient haute et ferme , il est ordinairement vigoureux et léger : lorsque le mouvement des épatules n*est pas assez libre 9 la jambe ne Be lève point assez, et le dieval est sujet à faire des faux pas el à heurter du pied contre les inégalités du terrain ; et lorsque les épaules sont encore

Elus serrées, et que le mouvement des James en parolt indépendant, le cheval se fatigue, fait des chutes, et n'est capable d'aucun service. Le cheval doit être sur la hanche, cesi-à-dire, hausser tes ^ules et baisser la hanche en marchant :il* doit aussi . soutenir sa jambe et la lever assez haut; mais s*il la soutient trop long-temps, s*il la laisse retomber trop lentement , il perd tout Tavantage de la légèreté , il devient dur, et n'est bon que pour Tappaieil et pour piaffer.

Il ne suffit pas que les mouvemens du cheval soient légers , il faut encore qu'ils soient égaux et uniformes dans le train du devant et àsaa celui du derrière; car si la croupe balance tandis que les épaules se soutiennent, le mouvement se fait sentir au cavjalier par secousses et lui devient incommode : la même chose arrive lorsque le cheval allonge trop de la jambe de derrière , et qu'il la pose au-delà de l'endroit où le pied de devant a porté. Les chevaux dont le corps est court sont sujets à ces dé&uts , ceux dont les jambes se croisent ou s'atteignent n'ont pas la démarche sûre, et en général ceux dont le corps est long sont les plus commodes pour le cavalier, parce (pi'il se trouve plus éloigné des deux centres de mouvement , les épaules et les hanches, et qu'il en ressent moins les impressions et les secousses.

Jjes quadrupèdes marchent ordinairement en portant à la fois en avant une jambe de devant et une jambe de derrière : lorsque la jambe droite de devant part, la jambe gauche de derrière suit et avance en même temps; et ce pas étant fait, la jambe gauche de devant part à son tour conjointement avec, la jambe droite de derrière , et ainsi de suite : comme leur corps porte sur qua« tre points d'appui qui tormcnt un carré long, la manière la plus commode de se mouvoir est d'en changer deux à la fois en diagonale , de façon que le centre de gi*avité du corps de l'animal ne fasse qu'un petit mouvement et reste toujours à peu près dans la direction des deux points d''appui qui ne sont pas en mouvement dans

les trois allures naturelles du cheval, le pas , le trot et le galop. Cette rè|1e de mouvement s'observe ;toujours, mais avec des différences. Dans le pas, û^ti quatre temps dans le mouvement : ai la jambe droite de devant part la première, la jambe gauche de derrière suit un instant après; ensuite la jambe gauche de devant part i son tour, pour être suivie un instant après de la jambe droite de derrière : ainsi le pied droit de devant pose à terre le premier, le pied gauche de derrière pose à terre le second , le pied gauche de devant pose à terre le troisième, et le pied droit ae derrière pose à terre le dernier; ce qui fait un mouvement à quatre temps et à trois intervalles, dont le premier et le dernier sont plus courts que celui du milieu. Dans le trot, il n'y a que deux temps dans le mouvement: si la jambe droite de devant part, la jambe gauche de derrière part aussi en même temps, et sans qu'il y ait aucun intervalle entre le mouvement de Tune et le mouvement de l'autre; ensuite la jambe gauche de devant part avec la droite de derrière aussi en même temps, de sorte qu'il n*y a dans ce mouvement du trot que deux temps et un intervalle : le pied droit de devant et le pied gauche de derrière posent à terre en même temps, et ensuite le pied gauche de devant et le droit de derrière

{>osent aussi à terre en même temps. Dans e galop, il y a ordinairement trois temps ; mais comme dans ce mouvement, qui est une espèce de saut, les parties antérieures du cheval ne se meuvent pas d'abord d'ellesmêmes, et qu'elles sont chassées par la force des hanches et des parties postérieures, si des deux jambes ae devant la droite doit avancer plus que la gauche ,' il faut auparavant que le pied gauche de derrière pose à terre pour servir de point d'appui a ce mouvement d'élancement : ainsi c est le pied gauche de derrière qui fait le premier temps du mouvement et qui pose à terre le premier, ensuite la jambe droite de derrière se lève conjointement avec la gauche de devant, et elles retombent à terre en même temps , et enfin la jambe droite de devant, qui s'est levée un instant après la gauche de devant et la droite de derrière, se pose à terre la dernière, ce qui fait le trcMsième temps. Ainsi dans ce mouvement de galop , il Y a trois' temps et deux intervalles; et dans le premier de ces intervalles, lorsque le mouvement se fait avec vitesse , il y a un instant où les quatre jambes sont en l'air en même temps , et

JlNIMAUX DOMESTIQUES.

où roa Toit les quatre (en du cheva! à U fois. Lorsque le cberal a les banches et les Urrett souples, et qu*il les remue avec vi- (Mse et aguité, ce mouTemeat du galop est plus parfait, et la cadence s^en lait à quatre temps : il pose d^abord le pied gauche de derrière , qui marque le premier temps ; ensuite le pied droit de derrière retombe le premier, et marque le second temps; le pied gauche de devant, tombant un instant après, marque le troisième temps ; et enfin le pied droit de devant, qui retombe le der* nier, marque le quatrième temps.

Les chevaux galopent (ordinairement sur le pied droit, de la même manière qu'ils parlent de la jambe droite de devant pour marcher et pour trotter: ils entament aussi le chemin en galopant par la jambe droite de devant, qui est plus avancée que la gauche; et de même la jambe droite de derrière, qui suit immédiatement la droite de devant , est aussi plus avancée que la gauche de derrière; et cela constamment tant que le galop dure : de là il résulte que la jambe gauche, qui porte tout le poids et qui pousse les autres en avant, est la plus fatiguée, en sorte qu'il seroit bon d'exercer les chevaux à galoper alternativement sur le pied gauche aussi bien que sur le droit; ib sufllroient plus long-temps à ce mouvement violent ; et c*est aussi ce que Ton (ait au manège, mais peut-être par une autre raison, qui est que comme on les fait souvent changer de main, c'est-à-dire décrire un cercle dont le centre est tantôt à droite, uiulôt à gauche, on les oblige aussi à galoper tantôt sur le pied droit, tantôt sur Iç gauche.

Dans le pas, les jambes du cheval ne se lèvent qu'à une petite hauteur, et les pieds rasent h terre d assez près ; au trot , elles s'élèvent davantage**, et les pieds sont entièrement détachés de terre; dans le galop, les jambes s'élèvent encore plus haut, et les pieds semblent bondir sur la terre. Le pas , pour être bon, doit être prompt, léger, doux et sûr. Le trot doit être ferme, prompt et également soutenu; il faut que le derrière chasse bien le devant : le cheval, dans cette allure, doit porter la tète haute et avoir les reins droits; car si les hanches haussent et laissent alternativement à chacune temps du trot , si la croupe balance et SI le cheval se berce , il trotte mal par foiblesse : s'il jette en dehors les jambes de devant, c'est un autre défaut; les jambes de devant doivent être sur la même ligne que celles de derrière, et toujours les effacer.

Lorsqu'une des ïambes de denière se lance, si la jambe de devant du même côté reste eu place un peu trop long-temps, le mouvement devient plus dur par cette résistance; et e'est pour cela que l'intervalle entre les deux temps du trot doit être court ; mais , quelque court qu'il puisse être, celte résistance suffit pour rendre cette allure plus dure que le pas et le galop; parce que dans le pas le mouvement est plus liant, plus doux, et la résistance moins forie. et oue dans le galop il n'y a presque pomt de résistance horizontale, qui est la seule incommode pour le cavalier, la réaction du mouvement des jambes de devant se faisant presque toute de bas en haut dans la direction peri>endiculaire.

Le ressort des jarrets contribue autant au mouvement du galop que celui des reins : tandis que les reins font effort pour élever et pousser en avant les parties antérieures , le pli du jarret fait ressort, rompt le coup et adoucit la secousse : aussi plus le ressort du jarret est liant et souple , plus le mouvement du galop est doux ; il est aussi d'autant plus prompt et plus rapide que les jarrets sont plus forts, et d'autant plus soutenu que le cheval porte plus sur les hanches, et que les épaules sont plus soutenues par la force des reins. Au reste, les chevaux qui dans le galop lèvent bien haut les jambes de devant , ne sont pas ceux qui galopent le mieux ; ils avancent moins que les autres et se fatiguent davantage, et cela vient ordinairement de ce qu'ils n'ont pas les épaules assez libres.

Le pas, le trot et le galop sont donc lea allures naturelles les plus ordinaires; mais il y a quelques chevaux qui ont naturellement une autre allure qu'on appelle Yamble , qui est très-différente des Urois autres, et qui , du premier coup d'oeil, paroit contraire aux lois de la mécaniqi^e et très-fatigante pour l'animal, quoique, dans cette allure, la vitesse du mouvement ne soit pas si grande que dans le galop ou dans le grand trot : dans celte allure , le pied du cheval rase la terre encore de plus près que dans le pas, et chaque démarche est beaucoup plus allongée. Mais ce qu'il y a de singulier, c'est que les deux jambes du même côté, par exemple, celle de devant et celle de derrière du côté droit , partent en même temps pour faire un pas, et qu'ensuite les deux jambes du côte gauche partent aussi en même temps poiu* en taire un autre, et ainsi de suite, en sorte que les deux côtés du corps manquent alterxia-

Ûnù-^. iMf ratlivticrme» . FimMe i/iv SobpJ-Jrs

Ûrdre def PachvdiTiuf s . id-id--

LE CHEVAL

tivcment d*appiu , et qu'il n'y a point d*équilibre de 1 un à l*aulre : ce qui ne peut manquer de fatie;uer beaucoup le cheval , qui est obligé de se soutenir dans un balancement forcé , par la rapidité d'un mon- Tement qui n'est presque pas détaché de terre; car s'il leToit les pieds dans cette allure autant qu'il les lève dans le trot, ou même dans le bon pas , le balancement seroit si grand qu'il ne pourroit manquer de tomber sur le côté , et ce n'est que parce qu'il rase la terre de très-près, et par des alternatives promptes de mouvement , qu'il se soutient aans cette allure, où la jambe de derrière doit non-seulement partir en même temps que la jambe de oevant du même côté , mais encore avancer sur elle et poser un pied ou un pied et demi audelà de l'endroit où celle-ci a posé : plus cet espace dont la jambe de derrière avance de plus que la jambe de devant est grand, mieux le cheval marche l'amble, et plus le mouvement total est rapide. Il n'y a donc dans l'amble, comme dans le trot, que deux temps dans le mouvement; et toute la différence est que dans le trot les deux jambes qui vont ensemble sont opposées en diagonale , an lieu que dans l'amole oe sont les deux jambes du même côté qui vont ensemble :. cette allure, qui est très* fatigante pour le cheval , et qu'on ne doit lui laisser prendre que dans les tenrains iinis, est fort douce pour le cavalier; elle n'a pas la dureté du trot, qui vient de la l'ésistam» que fait la jambe de devant lors-

3ue ceUe de derrière se lève, parce que ans Tamble cette jambe de devant se lève en même temps que eelle de derrière du même côté, au lieu que dans le trot, cette jambe de devant du même côté demeure en repos et résiste à l'impulsion pendant tout le temps que se meut celle de derrière. Les connoisseurs assurent que les chevaux qui naturellement vont l'amble ne frottent jamais, et qu'ils sont beaucoup plus foibles que les autres : en effet , les poulains prennent assez souvent cette allure, surtout lorsqu'on les force à aller vite, et qu'ils ne sont pas encore assez forts pour trotter ou pour galoper; et Ton observe aussi que la plupart des bons chevaux, qui ont élé trop fatigués et qui commencent à s'user, prennent eux-mêmes cette allure lorsqu'on les force à un mouvement plus rapide que celui du pas.

L'amble peut donc être regardé comme une allure défectueuse, puisqu'elle n'est pas ordinaire et qu'elle n'est naturelle qu'à

un petit nombre de chevaux ; que ces chevaux sont presque toujours mus foibles que les autres, et que ceux qiu paroissent les plus forts sont ruinés en moins de tempi que ceux qui trottent «t galopent. Mais il y a enecnre deux autres- allures, Ventrepas fX Vaubin^ que les chevaux foibles ou excédés prennent d'eux-mêmes, qui sont beaucoup plus défectueuses que l'amble : on a appelé ces mauvaises allures des trains rompus , desunis ou composés .* l'entrepas tient du pas et de l'amole , et l'aubin tient do trot et du galop ; l'un et l'auire viennent des excès d'une longue fatigue ou d'une grande foiblesse de reins. Les chevaux de messagerie qu'on surcharge, commencent à aller l'entrepas au lieu du trot à mesure qu'ils se ruinent , et les chevaux de poste ruinés, qu'on presse de galoper, vont l'aubin au heu du galop.

Le cheval est de tous les animaux celui qui, avec une grande taille, a le plus de proportion et d'élégance dans les parties de son corps; car en lui comparant les animaux qui sont immédiatement au-dessus et au-dessous , on verra que l'àne est mal £iit, que le lion a la tête trop grosse, que le bœuf a les jambes trop minces et trop courtes pour la grosseur de son corps, que le chameau est difforme, et que les plus gros animaux, le rhinocéros et l'éléphant, ne sont, pour ainsi dire, que des masses informes. Le grand allongement des mâchoires est la principale cause de la différence entre la tète des quadrupèdes et ceUe de l'homme; c'est aussi le caractère le plus ignoble de tous : cependant , quoique les mâchoires du cheval soient fort allongées , il n'a pas comme l'âne un air d'imbécillité, ou de stupidité comme le bœuf : la régularité des proportions de sa tête lui donne au contraire un air de légèreté qui est bien soutenu par la beauté de son encolure. Le cheval semble vouloir se mettre au-dessus de son éuit de quadrupède en élevant sa tête; dans cette noble altitude il regarde l'homme face à face ; ses yeux sont vifs et bien ouverts ; ses oreilles sont [bien faites et d'une juste grandeur, sans être courtes comme celles du taureau , ou trop longues comme celles de l'âne ; sa crinière accom-

Sagne bien sa tête, orne son cou et lui onne un air de force et de fierté ; sa queue traînante et touffue couvre et termine avantageusement l'extrémité de son corps : , bien différente de la courte queue du cerf, de l'éléphant , etc., et de la queue nue de l'âne, du chameau, du rhinocéros, etc«,

so

ANIMAUX DOMESTIQUES

k (|iieue du chef «1 esl foimée par des crins épais et longs qui semblent sortir de la croi^, parce que Iç. tronçon dont ils sortent est tort court, il ne çeut relever sa queue comme le lioni mais elle lui sied mieux quoiaue abaissée; et comme il peut la mouvoir de coté, il s*en sert utilement pour chasser les mouches qui rincommodent: car quoique sa peau soit très-ferme, et qu'elle soit ganue partout d'un poil épais et serré, elle est cependant très-sensible. L'attitude de la tète et du cou contribue

5 lus que celle de toutes les autres parties u corps à donner au cheval un noble maintien, La partie supérieure de l'encolure^ dont sort la criDicre, doit s'élever d'abord en ligne droite en sortant du garrot, et former ensuite, en approchant de la tèie, une courbe à peu près semblable à celle du cou d'un cysne. La partie inférieure de Fencolure ne doit former aucune courbure; il faut que sa direction soit en ligne droite depuis le poitiail jusqu'à la ganache et un peu penchée en avant: si elle étoit perpendiculaire, Tenookire seroit fausse.

Il faut aussi que la partie supérieure du cou soit mÎQce , et qu il j ait peu de chair auprès de la crinière , qui doit être médiocrement garnie de crins longs et déliés. Une belle encolure doit être longue et relevée, et cependant proportionnée i la taille du dieval : lorsqu'elle est trop longue et trop menue, les chevaux donnent ordinairement des coups de tète, et quand elle est trop courte et trop charnue, ils sont pesans à la main; et pour que la tête soit le plus avantageusement placée, il £aut que le front soit perpendiculaire à Thorizon.

La tête doit être aèche et menue sans être trop longue; les oreilles peu distantes , petites, droites, immobiles, étroites, 'déliées et bien plantées sur le haut de la tête; le front étroit et un peu convexe, les salières remplies, les paupières minces; les yeux clairs, vifs, pleins de feu, assez gros et avancés à fleur de tète; la prunelle grande, la ganache dédiarnée et peu épaisse, le nez un peu arqué, les naseaux bien ouverts et bien fendus, la doison du nez mince, les lèvres déliées, la bouche médiocrement fendue, le garrot élevé et tranchant; les épaules sèches, plates et peu serrées; le dos égal, uni, insensiblement arqué sur la longueur, et relevé des deux côtés de l'épine, qui doit paroitre enfoncée; les flancs pleins et courts , la croupe ronde et bien fooraie, la hanche bien garnie , le

tronçon de la queue épais et ferme; les bras et les cuisses gros et charnus , le genou rond en devant, le jarret ample et evidé, les canous minces sur le devant et larges sur les côtés, le nerf bien détaché, le boulet menu, le fanon peu garni, le paturon gros et d'une médiocre longueur, la couronne peu élevée; la corne noire, unie et luisante ; le sabot haut , les quartiers ronds , les talons larges et médiocrement élevés, la fourchette menue et maigre, et la sole épaisse et concave.

Mais il y a peu de chevaux dans lesquels on trouve toutes ces perfections rassemblées. Les yeux sont sujets à plusieurs défauts, qu'il est quelquefois difficile de reoonnoître ; dans un <eii sain on doit voir à travers la eomée deux ou trois taches couleur de suie au-dessus de la prunelle: car pour voir ces taches, il faut que la cornée soit claire, nette et transparente; si elle paroit double ou de mauvaise couleur, l'œil n'est pas bon. La prunelle petite, loufue et éu'oile , ou environnée d'un cercle blanc, désigne aussi un mauvais œil; et lorsqu'elle a une couleur de bleu verdâ- Ire, Toêil est certainement mauvais et la vue trouble.

Je renvoie à Tartide des descriptions rénumération détaillée des défauts du cheval ; et je me ceut^iterai d'ajouter encore quelques remarques par lesquelles, comme par les précédentes, on pourra juger de la plupart des perfections ou des imperfections d'un cheval. On juge assez bien du naturel et de l'état actuel de l'animal par le mouvemenjt des oreilles : il doit, lorsqu'il marche, avoir la pointe des oreilles en AvauL Un cheval fatigué a les oreilles basses ; ceux qui sont colères et malins portent alternativement l'une des oreiUes en avant et l'autre en arrière : tous portent les OKilles du côté où ils entendent quelque bruit; et lorsqu'on les frappe sur le dos ou sur la croupe , ils tournent les oreilles en arrière. Les chevaux qui ont les yeux enfoncés ou un œil plus petit que l'autre , ont ordinairement la vue mauvaise; ceux dont la bouche est sèche ne sont pas d'un aussi bon tempérament aue ceux dont la bouche est firaiche et aevient écumeuse sous la bride. Le cheval de selle doit avoir les épaules plates , mobiles et peu chargées ; le cheval de trait, au contraire, doit les avoir grosses, rondes et charnues : si cependant Sb épaules d'un cheval de selle sont trop sèches, et que les os paroîssent trop avan« cer sous la peau , c'est un défaut qui dési-

LE CHEVAL

iz

gne que les épaules ne sont pas libres, at que par consequ^it le dMral ne pourra suppoiteir la faiigue. Un autre défaut pour le cheval de selle est d*aToir le poitrail

débordent presque pas au-dessus de la gencive, et le creux est fort sensible; à six ans et demi il eonunence i se remplir, la marqne commenee aussi à diminuer et à

trop aTancé et les jambes de devant retirées se rétrécir, et toujours de plus en plus en arrière, parce qu'alors il est sujet à jusqu'à sept ans et demi ou huit ans, que

s'appuyer sur la main en galopant, et même a broncher et à tomber. La longueur des jambes doit être proportionnée a la taille du cheval : lorsque celles du devant sont trop longues, il n'est pas assuré sur ses pieds; n elles sont trop courtes, il est pesant i la main. On a reaaarqué que les jumens sont plus sujettes que les chevaux à être basses du devant, et que les chevaux entiers ont le cou plus gros que les jumens et les hongres.

Une des choses les plus importantes à connoitre , c'est TAge du chevaL Les vieux chevaux ont ordinairement les salières creuses; mais cet indice est équivoque, puisque de jeunes chevaux, engendrés de vieux étalons, ont aussi les salières creuses. C'est par les dents qu'on peut avoir une connoissance plus certaine de l'âge; le cheval en a quarante, vingt-quatre mâchelières, quatre canines et douze incisives. Les jumens n'ont pas de dents canines , ou les ont fort courtes. Les mâchelières ne ser> vent point i la connoissance de l'Age ; c'est par les dents de devant et ensuite par les canines qu'on en juge. Les douze dents de devant commencent à pousser quinze jours après la naissance du poulain ; ces premières dents sont rondes, courtes, peu solides, et tombent en différens temps pour être remplacées par d'autres : à deux ans et demi les quatre de devant du milieu tombent les preoûères, deux en haut, deux en bas ; un an après il en tombe quatre autres, une de chaque côté des premières 3 ni sont déjà remplacées; à quatre ans et emi environ il en tombe quatre autres, toujours à côlé de celles qui sont tombées et remplacées : ces quatre dernières dents de lait sont remplacées par quatre autres, qui ne croissent pas à beaucoup près aussi vite que ceUes qui ont remplacé les huit premières ; et, ce sont ces quatre dernières dents qu'on appelle les coins, et qui remplacent les quatre dernières dents de lait , qui marquent l'âge du cheval; elles sont aisées à reoonaoitre, puisqu'elles s(mt les troisièmes tant en haut qu'en bas, à les compter depuis le milieu de l'extrémité de la mâchoire : ces dents sont creuses et ont une marque noire dans leur concavité. A quatre ans et demi ou cinq ans elles ne

que le creux est tout-à-fiiit rempli et la marque noire effacée. Après huit ans, comme ces dents ne donnent plus connoissance de l'âge, on cherche à en juger par les dents canines ou crochets; ces quatre dents sont à côté de celles dont nous venons de parler. Ces dents canines, non plus que les mâchelières, ne sont pas précédées par d'antres dents qui tombent; les deux de la mâchoire inférieure poussent ordinairement les premières à trois ans et demi, et les deux de la mâchoire supérieure à quatre ans, et jusqu'à l'âge de six ans ces dents sont fort pointues : à dix ans celles d'en haut paroissent déjà émoussées, usées et longues, parce qu'dles sont déchaussées, la gencive se retirant avec l'âge; et plus dlei le sont, plus le cheval est âgé. De dix jusqu'à treize ou quatorze ans, il y a peu d'indices de l'âge , mais alors quelques poils des sourcils commencent à devenir blancs : cet indice est cependant aussi équivoque que celui qu'on tire des salières creuses, puisqu'on a remarqué que les chevaux engendrés de vieux étalons et de vieilles jumens ont des poils blancs aux sourcils dès l'âge de neuf ou dix ans. fi y a des dievaux dcmt les dents sont si dures qu'elles ne s'usent point, et sur lesquelles la marque noire subsiste et ne s'efface jamais; mais ces chevaux, qu'on appelle bégus^ sont aisés à reconnoitre par te creux de la dent qui est absolument rempli , et aussi par la longueur des dents canines : au reste, on a remarqué qu'il y a plus de jumens que de chevaux bégus. On peut aussi connoitre, quoique moins précisément, l'âge d'un cheval par les sillons du palais, qui s'eftiicent à mesure que le cheval vieillir. Dès l'âge de deux ans ou deux ans et demi le cheval est eu état d'engendrer, et les jumens , comme toutes les autres femelles , sont encore plus précoces que les mâles ; mais ces jeunes chevaux ne produisent que des poulains mal conformes ou mal constitués : il faut que le cheval ait au moins quatre ans ou quatre ans et demi avant que de lui permettre l'usage de la jument , et encore ne le permettra-t-on de si j)onne heure qu'aux chevaux de trait et aux gros chevaux, qui sont ordinairement formés plus tôt que les chevaux fins ; car

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