ANIMAUX IX>MC$TIQUES
pour eem-câ il fuit âttendie joiqu'à six ans, et mèmt juiqa'à Mpt pour ki beaux éudom d*Esptgne. Let jumeos penfeat avoir un an de moins : elles aont.orainairaueiit en dialeur au printemps depuis la fin de mars jusqu'à la fin de juin; mais le temps de la plus forte chaleur ne dure guère que quinze joon ou trois semaines : il faut être attentif à profiter de œ temps fiour leur donner l'étalon. Il doit être oien choisi, beau, bien fait, relevé du devant, vigoureux, sain par tout leeorps, et surtout de bonne race et de bon pajs. Pour avoir de beaux chevaux de seUe fios et bien faits, il fout prendre des étalons éirangcrs: les arabes, lei turcs, les barbes et les chevaux d'Andalousie sont ceux qu'on doit préférer à tous les autres; et à leur défaut on se servira de beaux chevaux anglois, parce que ces chevaux viennent des premiers, et qu'ils n'ont pu beaucoup dégénéré, la nourriture étant excellente en Angleterre , où l'on a aussi très-grand soin de renouveler les races. Les étalons d'Italie, surtout les naoolitains, sont aussi fort bons, et ils ont le oouble avantage de produire des chevaux fins de monture, lorsqu'on leur donne des jumens fines, et de beaux chevaux de cairosse, avec des jumens étoffées et de bonne taille. On prétend qu'en France, en Angleterre, etc., les chevaux arabes et barbes engendrent ordinairement des chevaux plus grands qu'eux, et qu'au contraire les chevaux d'Espagne n'en proi* duisent que de plus petits qu'eux. Pour avoir de beaux chevaux de carrosse , il faut se servir d'étalons napolitains, danois, ou des chevaux de quelques endroits d'Aile^ maene et de Hollande, comme du Holstein et de Frise. Les étalons doivent être de belle taille, c'est-à-dire de quatre pieds huit, neuf et dix pouces pour les chevaux de selle, et de cinq pieds au moins pour les chevaux de carrosse : il faut aussi qu'un étalon soit de bon poil, noir comme du jais, beau gris, bai, aleun, isabeUe doré avec la raie de mulet, les crins et les exti-émités noires; tous les poils qui sont d une couleur lavée, et qui paroissent mal teints, doivent é<re bannis des haras, aussi bien que les chevaux qui ont les extrémités blanches. Avec un très-bel extérieur, réialon doit avoir encore toutes les bonnes «qualités intérieures, du courage, de la docilité, de l'ardeur, de l'agilité, de la sensibilité dans la bouche, de la liberté dans les épaules, de la sâreté dans les jambes, de la souplesse dans les hanches, du res-
sort par tont le corps , et sertout dans les. jarrets, et même il doit avoir élé un peu dressé et exercé au manège. Le cheval est de tous les animaux celui qu'on a le plus observé, et on a remarqué qu'il communique par la génération presque toutes ses bonnes et mauvaises quidités , naturelles et acquises. Un cheval naturellement hargneux, ombrageux, rétif, etc., produit des poulains qui ont le même naturel; et comme les défauts de conformation et les vices des. humeurs se perpétuent encore plus sûrement que les qualités du naturel., il faut avoir grand soin d'exclure du harras tout cheval difîonne, morveux» poussit, lunatique, etc.
Dans ces dimats la jument contribue moins que l'étalon à la beauté du poulain, mais eue contribue peut-être plus à son tempérament et à sa taille : ainsi il but que les jumens aient du corps, du ventre, et qu'elles soient bonnes nourrices. Pour avoir de beaux chevaux fins on préfère les jumens espagnoles et italiennes, et pour des chevaux de carrosse les jumens angloiics et normandes : cependant, avec de beaux étalons, des jumens de tout pays pourront donner de beaux chevaux, pourvu qu'elles soient elles-mêmes bien faites et de bonne lace ; car si elles ont été engendrées d'un mauvais cheval , les poulains qu'elles produiront seront souvent eux-mênies de mauvais chevaux. Dans cette espèce d'animaux, comme dans l'espèce humame, la progénir ture ressemble assez souvent aux asoendans "'^ paternels ou maternels; seulement il sem? ble que dans les chevaux la femelle ne contribue pas à la génération tout-à-fait autant que dans l'espèce humaine : le fils ressemble plus souvent à sa mère que le poulain ne ressemble à la sienne; et lorsque le
Soulain ressemble à la jument qui l'a prouit , c'est ortlinaireiiient par les parties an^ térieures du corps, et pria tète et l'encolure. Au reste , pour bien juger de la ressemblance des enfuis à leurs parens, il ne fiiudroit pas les comparer dans les premières années, mais attendre l'âge où, tout étant développé , la comparaison seroit plus certaine et plus sensible : indépenoamment du développement dans raccroissement , qui souvent altère ou change en bien les formes, les proportions et la couleur des cheveux , il se fait dans le temps de la puberté un développement prompt et subit qui change ordinairement les traits, la taille, l'attitude des jambes, etc.: le visage s'allonge, le nez grossit et grandit, lam4*
tË CHEVAt.
cboire s*a\uu» ou M charge , la taiUe l'èlè^e ou se courbe, les jambes s*aUoDgent et souvent deTienoent cagneuses ou effilées, en sorte que la physionomie et le maintien du corps changent quelauefois si fort, qu'il seroit trè»-possible de méconnoitre, au moins du premier coup d'œil, après la puberté, une personne qu'on auroit bien connue avant ce temps, et qu'on n'auroit pas vue depuis. Ce n'est donc qu'après cet âge qu'on doit comparer l'en&nt à ses parens, si l'on veut luger exactement de la ressônblance ; et alors on trouve dans l'espèce humaine que souvent le fils ressemble à son père et la fille à sa mère ; que plus souvent ils ressemblent à l'un et i l'autre à la fois, et qu'ils tiennent quelque chose de tous deux; qu'assez souvent ils ressemblent aux grands-pères ou aux grand'-mères ; que quelquefois ils ressemblent aux oncles ou aux tantes; que presque toujours les enfeni du même père et de la même mère se ressemblent plus entre eux qu'ils ne ressemblent à leurs ascendans, et que tous ont quelque chose de commun et un air de ÊÎmille, Dans les chevaux, comme le mâle contribue plus à la génération que la femelle, les jumens produisent des poulains qui sont assez souvent semblables en tout à l'étalon, ou qui toujours lui ressemblent plus qu'à la mère : elles en produisent auafei qui ressemblent aux grandspères; et lorsque la jument mère a été elle-même engendrée d'un mauvais cheval, il arrive assez souvent que, quoiqu'elle ait ,eu un bel étalon et qu'elle soit belle ellemlème, elle ne produit qu'un poulain qui, quoique en apparence beau et bien fait dans sa première jeunesse , décline toujours en croissant; tandis qu'une jument qui sort d'une bonne race donne des poulains qui, quoique de mauvaise apparence d'abord, embellissent avec l'âge.
Au reste, ces observations que l'on a faites sur le produit des jumens, et qui semblent concourir toutes a prouver que dans les chevaux le mâle influe beaucoup plus que la femelle sur la progéniture, ne me i^roissent pas encore suffisantes pour établir ce fait d'une manière indubitable et irrévocable; il ne seroii pas impossible que ces observations subsistassent, et qu'en même temps et en général les jumens contribuassent autant que les chevaux au produit de la génération : il ne me paroit pas étonnant que des étalons , toujours choisis dans UA grand nombre de chevaux, tirés ordinairement de pays chauds, nourris
dans l'abondance, entretenus et ménagés avec fprand soin, dominent dans la génération sur des jumena communes, néea dans un climat froid, et souvent réduites à travailler; et comme dans les observations tirées des haras il y a toujours plus ou moins de cette supériorité de l'étalon sur la jument, on peut très-bien imaginer que ce n'est que par cette raison qu'elles sont vraies et constantes : mais en même temps il pourroit être tout aussi vrai que de trèsbelles jumens des pays chauds, auxquelles on donneroit des chevaux communs, mflue* roient peut-être beaucoup plus qu'eux sur leur progéniture, et qu'en général, dans l'espèce des chevaux comme dans fespèce humaine, il y eût égalité dans l'influence du mâle et de la femelle sur leur progéniture. Gda me paroit naturel , et d'autant plus probable, qu'on a remarqué, même dans les haras, qu'il naissoit à peu près un nombre égal de poulains et de poulines : ce qui prouve qu'au moins pour le sexe la femelle influe pour sa moitié.
Mais ne suivons pas plus loin ces considérations, qui nous éloigneroient de notre sujet Lorsque l'étalon est choisi et que les jumens qu'on veut lui donnw sont rassemblées, il faut avoir un autre cheval entier qui ne servira qu'à faire connoitre les jumens qui seront en chalenr, et qui même contribuera par 9eê attaques à les y faire entrer; on mit passer toutes les jumens l'une après l'autre devant ce cheval entier, qui doit être ardent et hennir fréquemment; il veut les attaquer toutes; celles qui ne sont point en chaleur se défendent, et il n'y a que celles qui y sont qui se laissent approcher : mais, au lieu de le laisser appro- Cner tout-à-fiiit, on le retire, et on lui substitue le véritable étalon. Cette épreuve est utile pour reconnoitre le vrai temps de la chaleur des jumens, et surtout de celles qui n'ont pas encore produit ; car celles qui viennent de pouliner entrent ordinairement en chaleur neuf jours après leur accouche^ ment : ainsi on peut les mener à l'étalon dès ce jour même et les (aire couvrir ; ensuite essayer neuf jours après, au moyen de répreuve ci-dessus , si elles sont encore en chaleur; et si elles y sont en effet, les faire couvrir une seconde fois, et. ainsi de suite une fois tous les neuf jours, tant que leur chaleur dure : car lorsqu'elles sont pleines, la chaleur diminue et cesse peu débours après. ~ Mais pour que tout cela puisse se faire aisément, commodément, avec succès et fruit , il faut beaucoup d'attention , de dé-
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peoM et de précautions : il faut établir les Aara« dans ua bon terrain et dans un lieu convenable et proportionné à la quantité de jumens et d'étalons qu*on veut employer ; il faut partager ce terrain en plusieurs parties, fermées de palis ou de lossés avec de bonnes baies; mettre les jumens pleines et celles qui allaitent leurs poulains dans la partie ou le pâturage est le plus gras ; séparer celles qui n'ont pas conçu ou qui ià*ont pas encore été couvertes, et les mettre avec les jeunes poulmes dans un autre parquet où le pâturage soit moins gras, a£n qu*elles n'engraissent pas trop, ee qui s'opposeroit à la génération; et enfin il faut mettre les jeunes poulains entiers ou bongres dans la partie du terrain la plus sècbe et la plus inégale, pour qu'en m.on« tant et en descendant \é& collines ils aoquiè» rent de la liberté dans les jambes et les épaules : ce dernier parquet où l'on met les poulains mâles doit èire séparé de ceux des jumens avec grand soin, de peur que ces jeunes cbevaux ne s^écbappent et ne s'énervent avec les jumens. Si le terrain est assez grand pour qu'on puisse partager en deux parties cbacun de ces parquets , pour y mettre alternativement des chevaux et des bœufs Tannée suivante , le fonds du pâturage durera bien plus long-temps que s'il étoit continuellement mangé par les chevaux; le bœuf répare le pâturage, et le cheval l'amaigrit. Il faut aussi qu'il y ait des mares dans chacun de ces parquets; les eaux dormantes sont meilleures pour les chevaux que les eaux vives, qui leur donnent souvent des tranchées; et s'il y a quelques arbres dans ce terrain , il ne »ut pas les détruire; les chevaux sont bien aises de trouver cette ombre dans les grandes chaleurs : mais s'il y a des troncs, des chicots ou des trous, il faut arracher, combler, aplanir, pour prévenir tout accident. Ces pâturages serviront à la nourriture de votre haras pendant l'été; il faudra pendant l'hiver mettre les jumens à l'écurie et les nourrir avec du foin, aussi bien que les poulains, qu'on ne mènera pâturer que dans les beaux jours d'hiver. Les étalons doivent être toujours nourris à l'écurie avec plus de paille que de foin, et entretenus dans un exercice modéré jusqu'au temps de la monte, qui dure ordinairement depuis le commencement d'avril jusqu'à la un de juin; on ne leur fera faire aucun autre exercice pendant ce temps, et on les«. nourrira lai'gement, mais avec les mêmes nourritures qu'à l'ordinaire.
Lorscfu'on mènera l'étalon à la jument, il faudra le panser auparavant; cela ne fera qu'augmenter son ardeur : il faut aussi que la jument soit propre et déférée des pieds de derrière; car il y en a qui sont chatouilleuses et qui ruent à l'approche de l'étalon. Un homme tient la jument par le licou , et deux autres conduisent l'étalon par des longes : lorsqu'il est en situation, on aide à l'accouplement en le dirigeant et en détournant la queue de la jument; car un seul crin qui s'opposeroit pouiroit le blesser , même dangereusement. Il arrive quelquefois que dans l'accouplement l'étalon ne consomme pas l'acte de la génération, et qu'il sort de dessus la jument sans lui avoir rien laissé : il faut donc être attentif à observer si , dans les derniers momens de la copulation , le tronçon de la queue de l'étalon n'a pas un mouvement de balancier près de la croupe; car ce mouvement accompagne toujours l'émission de la liqueur séminale : s'il Ta consommé, il ne faut pas lui laisser réitérer l'accouplement; il niut au contraire le ramener tout de 'suite à l'écurie, et le laisser jusqu'au surlendemain ; car, quoiqu'un bon étalon puisse suffire à couvrir tous les jours une fois pendant les trois mois que dure le temps de la monte, il vaut mieux le ménager oavantage, et ne lui donner une jument que tous les deux jours, il dépensera moins et produira davantage. Dans les premiers sept jours on lui donnera donc successivement quatre jumens différentes, et le neuvième jour on lui ramènera la première, et aiusi des autres , tant qu'elles seront en chaleur : mais dès qu'il y en aura quelqu'une dont la chaleur sera passée, on lui en substituera une nouvelle pour k faire couvrir à son tour aussi tous les neuf jours ; et comme il y en a plusieurs qui retiennent dès la première, seconde ou troisième fois, on compte qu'un étalon ainsi conduit peut couvrir quinze ou dix-huit jumens, et produire dix ou douze poulains dans les trois mois que dure cet exercice. Dans ces animaux , la quantité de la liqueur séminale est très-grande, et dans l'émission ils en répandent fort abondamment : on verra dans les descriptions la grande capacité des réservoirs qui la contiennent, et les inductions qu'on peut tirer de l'étendue et de la forme de ces réservoirs. Dans les jumens il se fait aussi une émission, ou plutôt une stillation de la liqueur séminale pendant tout le temps 3u'elles sont en amour; car elles jettent au ehors une liqueur gluante et blanchâtre ,
LE CHEVAt.
qu'on appelle des c/ialeurs^ et dès qu'elles sont pleÎDes, ces énûssions cessent : c'est cette liqueur que les Grecs ont appelée Vhippomanès de la jument , et dont us pré* tendent qu'on peut faire des filtres, anr* totit pour rendre un chenal frénétique d'amour. Cet hippomanès est bien différent de celui qui se trouTC dans les enveloppes du poulain , dont M. Daubenton a le premier conna et si bien décrit la nature, l'origine et la situation. Cette liqueur que la jument jette au defaore est le signe le plus certain de sa chaleur; mais on le reconnoit encore an gonflement de la partie inférieure de la Tulve et aux fréquens hennissemens de la jument, qui daus ce temps cberche à s'approcher des chevaux* Lorsqu'elle a été couverte par l'étalon ^ il faut simplement la mener au ^Atura^ sans aucune autre précaution. Le premier poulain d'une jument n'est jamais si étoffé que ceux qu'elle produit par la suite : ainsi on obftervera de lui donner la première fois un étalon plus gros , afin de compenser le défaut de l'accroissement par la grandeur même de la taille. Il laut aussi avoir grande attention à la différence ou k la réciprocité des figures du cheval et de la jument, afin de corriger les défauts de l'un par les perfections de l'autre , et surtout ne jamais faire d'accouplemens disproportionnés, comme d'un petit cheval avec une grosse jument , et d'un grand cheval avec une petite jument, parce que le produit de cet accouplement seroit petit ou mal proportionne. Pour tâcher d'approcher de la belle nature, il faut aller par nuances; donner, par exemple, & une jument un peu trop épaisse un cheval étoffé, mais nn; à une petite jument, un cheval un peu plus haut qu'elle; à une jument qui pèche par l'avant-main, un cheval qui ait la tête belle et l'encolure noble, etc.
^ Ou a remarqué que les haras établis dans les terrains secs et légers produisoient des chevaux sobres, légers et vigoureux, avec la jambe nerveuse et la corne dure , tandis que dans les lieux humides et dans Itt pâturages les plus gras ils ont presque tous la tète grosse et pesante, le corps épais , les jambes chargées , la corne mau- ▼aise et le» pieds plats. Ces différences Tiennent de celle du climat et de la nourriture; ce qui peut s'entendre aisément:
n^ oe qui est plus difficile à comprendre, et qui est encore plus essentiel que tout ce que nous Tenons de dire, c'est la nécesûté ^oà l'on est de toujours croiser les ra-
ces, si l'on veut les empédicr de dégénérar.
Il y a dans la nature un i»vtotype général dans chaque espèce, snr lequel chaque individu est modelé, mais qui semble, en se réaysant , «'altérer ou se perfeetionner naF les circonstances; en sorte que , relativem^t à de certaines qualités ^ il y a une variation bizarre en apparence dans la suoœssioa des i&dividos, et en même ten^ une constance qui paroît admirable dans l'espèce entièfe. Le premier animal, le premier cheval , par exemple , a été le modèle extérieur et le moule intérieur sur lequel tous les chevaux qui sont nés, tous ceux qui existent et tous ceux qui nakrooc ont été formés; mais oe modèle, dont nous ne connoissons que les copies , a pu s'alté* rer eu se perfectionner en communiquant sa forme et se multipliant : l'empreiote originaire subsiste en son entier dans chaque individu; mais quoiqu'il y en ait des millions, aucun de ces individus n'est cependant semblable en tout i un autre individu , ni par conséquent au modèle dont il porte l'empreinte. Cette différence qui prouve combien la nature est éloignée de rien (aire d'absolu, et combien die sait nuancer ses ouvrages, se trouve dans l'espèce humaine, dans celles de tous les animaux , de tous les végétaux , de tons les êtres en un mot qui se reproduisent; et ce qu'il y a de singulier, c'est qu'il semble que le modèle du beau et du bon soit dispersé par toute la terre, et que dans chaque climat il n'en réside qu'une portion qui dégénère toujours, à moins qu'on ne la réunisse avec une autre portion prise au loin : en sorte que pour avoir de bon Çrain, de belles fleurs, etc., il faut en échanger les graines et ne jamais les semer dans le même terrain qui les a produites; et de même, pour avoir de beaux chevaux, de bons chiens, etc., il faut donner aux femelles du pays des mâles étrangers , et réciproquement aux mâles du pays des femelles étrangères; sans cela les grains, les fleurs, les animaux dégénèrent, ou plutôt prennent une si forte teinture du climat, que la matière domine sur la forme et semble l'abâtardir : l'empreinle reste, mais défigurée par tous les traits qui ne lui sont pas essentiels. En mêlant au contraire les races, et surtout en les renouvelant toujours par àts races étrangères , la forme semble se perfectionner, et h namre se relever et donner tout ce qu'elle peut produire de meilleur.
Ce n'est point ici le lieu de donner les
ANIMAUX DOMESTIQUES
.nÛMiis génirakB deees effeU, mais nous pouvons indiquer les conjectures qui se présentent au premier coup d*œil. On sait par expérience que des animaux ou des végé* taux transplantés d'un climat lointain , souvent dégénèrent et quelquefois se perfectionnent en peu de temps, c'esl-à-dire en un très<^>etit nombre de gànéraiions. Il est aisé de concevoir que ce qui produit cet dSet est la différence du climat et de la nourriture : Tinfluence de ces deux eauses doit à la longue rendre ces animaux exempts ou susceptibles de certaines affections, de certaines maladies ; leur tempérament doit changer peu à peu ; le développement de la forme, qui dépend en partie de la nourriture et delà qualité des humeurs, doit donc changer aussi dans les générations. Ce changement est, à la vérité, presque insensible', à la première génération , parce que les deux anunaux, nw et femelle, que nous supposons être les souches de cette race, ont pris leur consistance et leur forme avant d'avoir été dépajsés , et que le nouveau cHmat et la nourriture nouvelle peuvent à la vérité changer leur tempérament , mais ue peuvent pas influer assez sur les parties solides et organiques pour en altérer la forme, surtout si l'accroissement de leur corps étoit pris en entier; par conséquent la première génération ne sera point altérée; la première progéniture de ces animaux ne dégénérera pas , rempreinle de la forme sera pure, il n'y aura aucun vice de souche au moment de la naissance; mais le jeune animal essuiera , dans un Age tendre et foi< ble, les influences du climat; elles lui feront plus d'impression qu'elles n'en ont pu faire sur le père et la mère. Celles de la nourriture seront aussi bien plus grandes, et pourront agir sur les pai'ties organiques dans le temps de l'accroissement , en altérer un peu la forme originaire, et j produire des germes de défectuosités, qui se manifesteront ensuite d'une manière très-sensible dans la seconde génération , où la progéniture a non-seulement ses propres défauts , c'est-à-dire, ceux qui lui >ieunent de son accroissement, mais encore les vices de la seconde souche , qui ne s'en développeront qu'avec plus d'avantage ; et enfin à la troisième génération les vices de la seconde et de la troisième souche, qui proviennent de cette influence du climat et de la nourriture , se trouvant encore combinés avec ceux de l'influence actuelle dans laccroissèment, deviendront si sensibles, que les caractères de la première souche en seront
effacés : ces animaux de race étrangère n'auront plus rien d'étranger, ils ressembleront en tout à ceux du pays. Des chevaux d'Espagne ou de Barbarie, dont on conduit ainsi les générations, deviennent en France des chevaux françoii, souvent dès la seconde génération , et toujours à h troisième. On est donc obligé de croiser les races au lieu de les conserver. On renouvelle la race & chaque génération, en fusant venir des chevaux barbes ou d'Espagne pour les donner aux jumens du pays ; et ce qu'il y a de singulier, c'est que ce renouvellement de race, qui ne se fiiit qu'en partie, et, pour ainsi dire, à moitié, produit cependant de bien meilleurs effets mie si le renouvellement étoit entier. Un cneval et une jument d'Espagne ne produiront pas ensemble d'aussi beaux chevaux en France que ceux qui viendront de oe même cheval d'Espagne avec une jument du pays ; ce qui se concevra encore aisément, si l'on fait attention à la compensation nécessaire des défauts qui doit se faire lorsqu'on met ensemble un mâle et une femelle de différens pays. Chaque climat, par ses influences et par celles de la nouniture, donne une certaine conformation qui pèche par quelque excès ou par quelque défaut : mais dans un climat chaud il y aura en excès ce qui sera en défaut dans un climat froid , et réciproquement ; de manière qu'il doit se faire une compensation du tout lorsqu'on joint ensemble des animaux de ces climats opposés : et comme ce qui a le plus de perfection dans la nature est ce qui a le moins de défauts , et que les formes les plus parfaites sont seulement celles qui ont le moins de difformités , le produit de deux animaux, dont les défauts se compenseroient exactement, seroit la production la plus parfaite de cette espèce : or ils se compensent d'autant mieux, qu'on met ensemble des animaux de pays plus éloignés, ou plutôt de climats plus opposés; le composé qui en résulte est d'autant plus parfait, que les excès ou les défauts de l'habitude du père aont plus opposés aux défauts ou aux excès de l'habitude de la mère.
DaâS le climat tempéré de la France , il faut donc, pour avoir de beaux chevaux, faire venir des étalons de climats plus chauds ou plus froids : les chevaux arabes, si l'on en peut avoir, et les barbes doivent être préférés , et ensuite les chevaux d'Es pagne et du royaume de Naples; et pour les climats froios ceux de Danemark, et ensuite ceux du Hobtein et de Frise : tous
LE CaîEVAI.
ces cheTHUx produiront en. Franco, àyee les jumens du pays» de très-bons dieVaux, qui seront d^autant meilleurs et d'autant plus beaux , crue la température du climat sera plus éloignée de celle du climat de la France; en sorte que les arabes feront mieux que les barbes, les barbes mieux que ceux d'Espagne; et de même les cbe- ▼aux tirés de Danemark produiront de plus beaux chevaux que ceux de Frise.
Au dé&ut de ces cnevaux de climats beaucoup plus froids ou plus chauds, £1 faudra feire venir des étalons anglois ou allemands , ou même des provinces méridich aales de la Fhmce , dans les provinces septentrionales/ On gagnera toujours à donner aux jumens des chevaux étrangers , et au contraire on perdra beaucoup à laisser multiplier ensemble dans un haras des chevaux de même race; car ils dégénèrent infailliblement et en très-peu de temps.
Dans l'espèce humaine, le dimat et la nourriture n'ont pas d'aussi grandes influen-
que ranimai ne imtempéi se loge, il s'habille convenablement aux saisons ; sa nourriture est aussi beaucoup plus variée, et par conséquent elle n'influe pas de la même fai^n sur tous les individus. Les défauts ou les excès qui viennent de ces deux causes , et qui sont si constfins et à sensibles dans les animaux, le sont beaucoup moins dans les hommes. D'ailleurs, comme il y a eu de fréquentes migrations de peuples, que les nations se sont mêlées, et que Beaucoup d'honmies voyagent 'et se répandent de tous côtés, il n'est pas étonnant cpie les raees humaines paroissent être moins sujettes au climat, et qu'il se trouve des hommes forts, bien faits, et même spirituels, dans tous les pays. Cependant on peut croire que , par une expérience dont on a perdu toute mémoire, lés hommes ont autrefois connu le mal qui résultéroit dès alliances du même sang, puisque chez les nations les moins policées il a, rarement été permis au frère d'épouser sa sœur. Cet usage , qui est pour noiis de droit divin , et qu'on ne rapporte chez les autres peuples
Îju'à des vues politiijues, a peut-être été onde sur l'observation : la politique ne s'étend pas d'une manière si générale et si absolue, à moins qu'elle ne tienne au physique. Mais si les hommes ont une fois connu par expérience que leur race dégénéroit toutes les fois qu'ils ont voulu la iBonserver sans mélange dans une même
famille , ils auront regardé comme' une loi de la nature celle de l'alliance avec des familles étrangères, et se seront toujours ao cordés è ne pas souffrir de mélange entre leurs enfons. Et en effet, l'analogie peut faire présumer que dans la plupart des climats les hommes dégénéreroient comme les animaux, après un certain nombre de générations.
Une autre influence du climat et de la nourriture est la variété des conlem-s dan» la robe des animaux : ceux qui sont sautages, et qui vivent dans le même climat, sont d'une même couleur, qui devient seulement un peu plus claire ou plus foncée danf les différentes saisons dé l'année; ceux au contraire ^lui vivent sous des climats différens , sont de couleurs différentes ; et les animaux domestiques varient prodigieusement par lés couleurs, en sorte qu'il y a des chevaux, des chiens, etc., de toutes sortes de poils , au lieii que les cerfs, les lié* vres, etc., sont tous de la même couleur. Les injures du climat toujours les mêmes, la nourriture toujours la même, produisent dans les animaux sauvages cette uniformité. Les soins de l'homme, U douceur de l'abri, la variété dans la nourriture , effacent et font Varier cette couleur dans les animaux domestiques , aussi bien que le mélange des re^ ces étrangères lorsqu'onn'apassoind'assoriir la couleur du mâle avec celle de la femelle; ce qui produit quelquefois de bdles singularités , comme on le voit sur les chevaux Sies , où le blanc et le noir sont appliqués 'une manière si bizarre, et tranchent Tnn sur l'autre si singulièrement, qu'il semble que ce ne soit pas l'ouvrage de la nature ,' mais l'efTet du caprice d'un peintre.
Dans l'accouplement des chevaux, oi^, assortira donc le poil et la taille, on coiitrastera les figures, on croisera les races en opposant les dimals , et on ne joindra jamais ensemble les chevaux et les jument nés dans le même haras. Toutes ces conditions sont essentielles y et il y a encore quelques autres attentions qu'il ne faut paa négliger: par exemple, il ne faut pas dàus un haras de jumens à queue courte, parce
Sie ne pouvant se défendre des mouches , les en sont beancoup plus tourmentéea que celles qui ont tous leurs crins, et l'agi* tation continuelle que leur cause la piqjAre de ces insectes fait diminuer la quantité de leur lait ; ce qui influe beaucoup sur le tempérament et la taille du poulain , qui , toutes choses ^ales d'ailleurs, sera d'autant plus vigoureux que sa mèi*e sera meil*
in
ANIMAUX OOMESnQUES.
louro mMinioe. Il faut tâcher de n'ayoir 'pour ion haFM que des jumens qui aient toujourt pAluré, et qui n'aient point fatigué: lef jumeni qui ont toujours été k récurie nourries au sec, et qu on met ensuite au pâturage» ne produisent pas d^abord; il leur nut du tenais pour s'accoutumer à cette notiveUe nourriture.
Quoique la jaison ordinûre de la chaleur des jumens soit depuis le commencement d*aTriI Jusqu'à la fin de juin, il arrive asseiE souvent que dans un grand nombre il y en a quelques-unes qui sont en chaleur avant ce temps : on fera bien de laisser passer cette chaleur sans les faire couvrir, parce
Sue le poulain naitroit en hiver, souffi^roit e l'intempérie de la saison , et ne pourroit sucer qu'un mauvais lait; et de même lorsqu'une jument ne vient en chaleur qu'après le mois de juin, on ne devroit pas la laisser couvrir, parce que le poulain, naissant alors en été, n'a pas le temps d'acquérir assez de force pour résister auj( injures de l'hiver suivant
Beaucoup de gens, au lieu de conduira rétalon â la jument pour la faire couvrir, H lâchent dans le parquet où les jumens sont rassemblées , et Vy laissent en liberté choisir lui-même celles qui ont besoin do lui , et les satisfaire k son gré. Cette manière est bonne pour les jumens; elles produiront même plus sûrement que de l'autre fiiçon : mab l'étalon se ruine plus en six semaines qu'il ne ferait en plusieurs années par un exercice modéré, et conduit comme nous l'avons dit.
Lorsque les jumens sont pleines et que fenr ventre coonnence k s'appesantir, il faut les sé^parer des autres qui ne le sont point, et qui pourroient les blesser. Elles portent ordinairement onze iqois et quelques jours; elles accouchent debout , au lieu que presque tous les autres quadnrpèdes se coudient. On aide ceUes dont raccouchement est difficile; on y met la main; on remet le poulain en situation, et quelquefois même, lorsqu'il est mort, on le tire avec des cordes. Le poulain se présente ordinairement la tète la première, comme dans toutes les autres espèces d'animaux; U rompt ses enveloppes en sortant de la ma* trice, et les eaux abondantes qu'elles contiennent s'écoulent : il tombe en mémo temps un ou plusieurs morceaux solides formés par le sodiment de la liqueur épaissie de l'allantoïde. Ce morceau, que les anciens ont appelé l'hippomanès du poulain, n'est pas , comme ils le disent , un mor-
ceau de chair attadié à la télé du nouta|n{ il en est au contraire séparé par ta membrane amnios. La jument lèche le poulain après sa naissance , mais elle ne touche pu à l'hippomanès; et les anciens se sont encore tf ompés lorsqu'ils ont assuré qu'elle le dévoroit k l'instant.
L'usage ordinaire est de faire couvrir une jument neuf jours après qu'elle a pouliné : c'est pour ne point perdre de temps, et pour tirer de son haras tout le produit que Ton peut en attendre. Cependant il eft sûr que la jument ayant ensemble à nourrir son poulain né et son poulain à naître, ses forces sont partagées, et. qu'elle ne peut leur donner autant que si elle n'avoit que l'un ou l'autre à nourrir : il seroit donc mieux, pour avoir d'excellens chevaux, de ne laisser couvrir les jumens que de deux années l'une; elles dureraient plus long-temps et retiendraient plus sûrement : car dans les haras ordinaires il s'en faut bien que toutes les jumens qui ont été couvertes produisent tous les ans ; c'est beaucoup lorsque dans la même année il s'en trouve la moitié ou les deux tiers qui donnent des poulains.
Les^ jumens , quoique pleines , peuvent souffrir l'accouplement ; et cependant il n'y a jamais de superfétation. Elles produisent ordinairement jusqu'à l'âge de quatorze ou quinze ans , et les plus vigoureuses ne praduisoit guère au-delà de dix-huit ans. Les chevaux , lorsqu'ils ont été ménagés , peuvent engendrer jusqu'à l'âge de vingt, et même au-delà ; et 1 on a fait sur ces animaux la même remarque que sur les hommes : c'est que ceux qui ont commencé de bonne heure finissent aussi plus tôt; car les gros chevaux qui sont plus tôt formés que les chevaux fins, et dont on fait des étalons dès Tâge de quatre ans , ne durent pas si long-temps, et sont communément hors d'état d'engendrer avant l'âge de quinze ans.
La durée de la vie dès chevaux est, comme dans toutes les autres espèces d'animaux, proportionnée à la durée du temps de leur accraissement. L'homme, qui est quatorze ans à craitre , peut vivre six ou sept fois autant de temps, c'est-àdire quatre-vingt-dix ou cent ans. Le cheval , dont l'accraissement se fait en quatre ans, peut vivre six ou sept fois autant, c'est-a-dira vingt-cinq ou trente ans. Les exemples qui pourraient êtra contraires à cette règle sont si rares , qu'on ne doit pas même les regarder comme une exception
LE CHEVAL
dobt (A pvbw tirer det conséquences ; et comme les gros die?aiut firennent leur enticr socreiisenicnt en noios de temps que les dievtia fins , ils irivent aussi moins de temps, et sont TÎeux dès Tâge de quinze ans. Il paroitroit au premier coup d*ail que dans les chemux, et la plupait des antres animaux quadrupèdes, raccroissemeiit des parties postérieures est d'abord plu» grand que eàm des parties adtériem^, tendis que dans lliomme les parties infêrieives creisseat moins d*aberd que les parties su-
r' eores : car dans Tennut les cuisses et janbef sont, à proportion du corps, beaueonp moin» gniides que dans l'adulte; dans le poulain, an contraire, les jambes de derrière sont assex longues pour qu'il poisse atteindre è sa tète avec le pied de derrière, an lieu que le cfacTal adulte né ]»eot plus j atteincbe. Mus cette différence
^ent moins de riçé^alilè de Paceroissement «t même une assex longue expérience , pour total des parties antérieures et postérieures, eonnoitre les dievaux des différens pays.
'9 infinies. Notts en avons même encore augmenté te nombre et la confusion en favorisant le mélange de Ces races, et nous avons, pour ainsi dire, brusqué la nature en amenant en ces climats des chevaux d'Afrique et d'Asie ; nous avons rendu méconnoissabtes les races primitives de France, en y introduisant des chevaux de tont
eys ; et il ne nous reste , pour distinguer I chevaux , que quelques légers caractères, produits par nnfiuence actueUe du climat. Ces caractères seroient bien plus marqués, et les difTérences seroient bien plus sennbles, si les races de chaque climat b*j Tussent conservées sans mélange : les petites variétés anroîent été moins nuancées , moins nombreuses; mais il y auroit eu un certain nombre de grandes variétés bien caractérisées, que tout le monde auroit aisément distinguées; au lien qu'il fant de l'habitude.
qoe de rinégalité des ^eds de devant et de ceux de derrière , qm est constante dans toute la natnre , et plus sensible dans les aainnax quachnipèdes; car dans l'homme les pieds sont plus gros que les mains, et sont aussi plus tdt rannés; et dans le âieval, doBt une grande partie de la jambe de derrière n'est qu'un fued, puisqu'dle n'est ofHi^peBée que des os relatin au tarse, au inétatarse, etc., il n'est pas étonnant que ce pied soit plus étendu et pins Idt dévdoppé <pie la jambe de devant, dont toute la par* lie inférieure représente la mûn, puisqu'elle n'est composée que des os du carpe^ de métacarpe , etc. Lorsqu'un poulain vient de naître, ok remarque aisément cette différence; les jambes de devant, comparées a celles de derrière, paroiasent et sont en afliet beaBOoup plus courtes alors qu'elles ne le seront .dnn» le suite; et d^aiUeurs l'épaisseur que le corps acquiert, quoicpae indépendanie te propertioDs de Taeetoisseneat en longueur, met eependant plus de distance entre les pieds de derrière et 1« ^èlidj et contribue par conséquent à empêcher le eheval d' j «tteimfre ]»rsqa*il e pritf
Dans tons les ainnuRnt, chaque espèce est variée suivant les dift6iens dnnscls , et les résohats généraux de ces 'variétés foraient et coBâtitsent les différeitltes raées, dont noua ne pouvmi» saisir que eelfos qui sont tes plat marimées, c'estni^-dire Cettes qui différent sennblemeBt lee mies des aratVes, en négligeant toutes les nuaacéir interaédteîNa'^qni son! iei| comme en tout.
Nous n'avons sur cela que les lumières que nous avons pu tirer des livres des voyageiffs , des ouvrages des plus habiles écuyers, tels que MM. Newcastle, de Garsault, de La Guérinière , etc. , et de qudques remai^ ques que M. de Hetaeroltes, ^yer du roi, et chef de l'académie d'Angers, a eu la bonté de nous communiquer.
Les cfaevatix arabes sont les plus beaux que l'on connoisse en Europe; ils sont pluS ^«mIs et pliu étofXés que les barbes, et tout ansst bien fiiits : mais comme il en vient rarement en France, les éctiyers n'ont
SI d'dbservatiotis détaHlées de lenré perfecns et de leurs défauts.
Les chevaux barbes sont phis coÉotaïuns : ils ont l'enodure longue, fine, peu chargée de crins et bien sortie du garrot ; la tête belle, petite, et assez ordinairement moutonnée; Foreille belle et bien pt«cée,lea ^ules légères et plates, le garrot mince et bien relevé , les reins courts et droits , lar flanc et les cétes rondes sans trop de veùtre, les hanches bicdi effacées , la croup& le plus souvent un pèn lon^e, et k queue placée un peu haut , la cuisse bien formée et rarement plate, lès Jambes belles , bieit fûtes, et sans poil, le nerf bien détaché, le pied bien fait , ttiaiii souvent le paturoU long: On en voH de tous poils, mais phiii cemnranémenf de gris; Les barbea ont mi aett de négfiginioe dans lét»* aHore; ils ént besoin d'éire recherchés, et on leur trotivè beaucoup de vitesse et de nerf : ils sont fom légm et trèl-pmpres à la course. Ces léieva» paroîuféat être les plus propret
io
ANIMAUX DOMESTIQUES
pour ea tirer raea : il aeroit seulement k fondés , puisqu'il se trouve de lrès-b(toil
souhaiter au*ils fussent de plus grande taille; les plus grands sont de quatre pieds huit pouces, et il est rare d'en trouver qui aient quatre pieds neuf pouces. Il est confirmé par expérience qu'en France, en Angleterre, etc., ils eneendrent des poulains qui sont plus grands qu'eux. On prétend que parmi les barbes, ceux du royaume de Maroc sont les meilleurs, ensuite les barbes de montagne ; ceux du reste de la Mauritanie sont au-dessous, aussi bien que ceux de Turquie, de Perse, et d'Arménie. Tous ces chevaux des pays chauds ont le poil plus ras que les autres. Les chevaux turcs ne sont pas si bien proportionnés que les barbes : ils ont pour l'ordinaire l'encolure effilée, le corps long, les jambes trop menues; cependant ils sont grands travailleurs et de longue haleine. On n'en sera [)as étonné si l'on (ait attention que dans es pays chauds les os des animaux sont plus durs que dans les climats froids; ^ c'est par cette raison que , quoiqu'ils aient le canon plus menu que ceux de ce pays-ci, ils ont cependant plus de force dans les jambes.
Les chevaux d'Espagne , qui tiennent le second rang après les barbes , ont l'encolure longue, épaisse , et beaucoup de crins; la tète un peu grosse, et quelquefois moutonnée; les oreUles longues , mais bien placées; les yeux pleins de feu; l'air noble et fier, les épaules épaisses, et le poitrail large , les reins assez souvent un peu bas, la côte ronde, et souvent un peu trop de ventre ; la croupe ordinairement ronde et large, quoique quelques-uns l'aient un peu longue ; les jambes belles et sans poil , le nerf bien détaché; le paturon quelquefois un peu long , comme les barbes; le pied un peu allonge, comme celui d'un mulet, et souvent le talon trop haut. Les chevaux d'Espagne de belle race sont épais, bien étoffés, bas de terre; ils ont aussi beau<* coup de mouvement dans leur démarche, beaucoup de souplesse , de feu et de fierté : leur poil le plus ordinaire est noir ou baimarron , quoiqu'il y en ait quelques uns de toutes sortes de poils, ils ont très-rarement des jambes blanches et des nez blancs : les Espagnols, qui ont de l'aversion pour ces marques, ne tirent point race des chevaux qui les ont, ils ne veulent qu'une étoile au front ; ils estiment même les chevaux zsùns autant que nous les mqirisons. L'un et l'autre de ces préjugés, quoique çon^traires, sont peut-être tout aussi mal
chevaux Avec toutes sortes de marques, ei de même d'exceUens chevaux , qui sont zàins. Cette petite différence dans la robe d'un cheval ne semble en aucune façon dé])endre de son naturel ou de sa constitution intérieure, puist^u'elle dépend en effet d'une qualité extérieure et si superficielle, que pîff une légère blessure dans la peau on produit upe tache blanche. Au reste, les chevaux d'Espagne, zainsou autres , sont tous iharques à la cuisse, hors le montoir, de la marque du haras dont ils sont sortis. Us ne sont pas communément de grande taille; cepcoidanl on en trouve quelques-uns de quatre pieds neuf ou dix pouces. Ceux de ui haute Andalousie passent pour être les meilleurs de tous, quoiqu'ils soient assez sujets i avoir la tête trop longue; mais on leur fait grâce de ce défaut en faveur de kbrs rares qualités : ils ont du courage, de l'obéissance, de la erâce , de la fierté , et plus de soiq>les8e que Tes barbes : c*est par tons ces avantages
au'on les préfère à tous les autres chevaux u monde, pour la guerre, pour la pompe» et pour le manège.
Les plus beaux chevaux angbis sont, pour la conformation, assez seiâ)lable aux arabes et aux barbes, dont ils sortent en effet : ils ont cependant la tête plus grande^ mais bien faite et moutonnée, les oreilles plus longues, mais bien placées. Par les oreilles seules on pourroit distinguer un cheval anglois d'un cheval barbe ; mais la grande différence est dans la taille : les anglois sont bien étoffés et beaucoup plus grands; on en trouve communément de quatre pieds dix pouces , et même de cinq pieds de hauteur. Il y en a de tous poils et de toutes marques. Ils sont généralement forts, vigoureux, hardis, capables d'une grande fatigue, excellens pour la chasse et la course ; mais il leur manque la grâce et la souplesse ; ils sont durs , et ont peu de liberté dans les épaules.
On parle souvent de courses de dievaux en Angleterre, et il y a des gens extrême* ment habiles dans cette espèce d'art gymnastique. Pour en donner une idée, je ne Suis mieux faire que de rapporter ce qu'un omme respectable ^ que j'ai déjà eu occasion de citer, m'a écrit de Londres le x8 février 1748. M. Thomhill, maître de poste à Stilton , fit gageure de courir â cheval trois fois de suite le chemin de Stilton à Londres, c'est-à-dire de faire deux cent quinze mUlesd'Angletœre (environsnixante*
h% CffîTAL.
4piize lieues de France) en quinze heures. Le ag avril X745, il se mit en course, partit de Stilton, fit la première course jusqu'à liondres en trois heures cin<|uante« une minutes , et monta huit différeni chevaux dans cette course} il repartit sur-le-champ et fil la seconde course » de Londres à Stilton, en trois heures cinqnantedeux minutes, et ne monta que six chevaux ; il se servit pour la troisième course des mêmes chevaux qui lui avoient déjà servi : dans les quatorze il en monta sept , et il * acheva cette dernière course en trois heures qiuiranlerneuf mjnules; en sorte que non-seulement il remplit la gageure qui était de faire ce chemin en qumze heures, n^ais il le fit en onze heures trente-deux n^iuutes.' Je doute que dans les jeux olympiques il se soit jamais fait une course si rapide que cette course de M. Thornhill.
Les chevaux dltalie étoient autrefois plus, beaux qu'ils ne le sont aujourd'hui , ptarce ^e depuis im certain temps on y a négligé les haras; cependant il* se trouve encore de beaux chevaux napolitains , surtout pour les attelages : mais en général ils ont la tè2e grosse et l'encolure épaisse ; ils sont indociles, et par conséquent difficiles à dresser. Ces défauts sont compensés par la richesse de leur taille, par leur fierté, et par la beauté de leurs mouvemens. Ils sont excellens pour l'appareil, et ont beaucoup de dispositions à piaffer.
Les chevaux danois sont de si belle taille et si étoffés, qu'on les préfère à tous les autres pqur en faire des attelages. Il y en a de parfaitement bien moulés , mais en petit nopibre ; car le plus souvent ces chevaux n'ont pas une conformation fort régulière. La plupart ont l'encolure épaisse , les épaules grosses , les reins im peu longs et bas , la. crmipe trop étroite pour l'épaisseur du devant; mais ils ont tous de beaux mouvemens , et en général ils sont très'^bonspour la guerre et pour l'appareil; Ils sont de tous poils ; et même les poik singuliers, comme
Eie et tigre , ne se trouvent guère que dans, ts chevaux danois.
Il y a en Allemagne de fort beaux. chevaux; mais en général ik sont pesans et ont peu d'haleine, quoiqu'ils viennent, pour la plupart, des chevaux turcs et barnes, dont on entretient les haras, aussi bien que de chevaux d'Espagne et d'Italie. Ils. sont donc peu propres à la chasse et à la course de vitesse, au lieu que les che- ^^aux. hongrois, transylvains, etc., sont au contraire légers et bons, coureurs. Ifiê bou-
ts
sards et les Hongrois leur fendent les naseaux , dans la vue , dit-on , de leur donner plus d'haleine, et aussi pour les empêcher de hennir à la gueire. On prétend que h» chevaux auxquels on a fendu les naseaux ne peuvent plus hennir. Je n'ai pas été à portée de vérifier ce fiiit ; mais il me semble qu'ils doivent seulement hennir plus faiblement On a remarqué que les chevaux hongrois, cravates et polonois, sont fort sujets à être bégus.
Les chevaux de Hollande sont fort bons pour le carrosse , et ce sont ceux dont on * se sert le plus communément en France. ' Les meilleurs viennent de la province de Frise; il y en a aussi de fort bons dans les
Says de Berçues et de Juliers. Les chevaux amands sont fort au-dessous des chevaux de Hollande : ils ont presque tous la tête grosse, les pieds plats, les jambes sujettes aux eaux; et ces deux derniers défauts* sont essentiels dans les chevaux de carrosse. Il y a «m France des chevaux de toute ' espèce , mais les beaux sont en petit nom- bre. Les meilleurs chevaux de selle viennent du Limosin : ils ressemblent assez aux barbes , et sont comme eux excellens pour la chasse , mais ils sont tardifi dans leur accroissement ; il faut les ménager dans leur jeunesse , et même ne s'en servir qu'à l'âge ' de huit ans. Il y a aussi de très-bons bidets en Auvergne , en Poitou , dans le Morvan , en Bourgogne; mais après le Limosin, c'est la Normandie qui fournit les plus beaux * chevau:^ : ils ne sont pas si bons pour la chasse, mais ils sont meilleurs pour la ' guerre; ils sont plus étoffés et plus tôt formés. On tire de la Basse-Normandie et du Cotentin de très-beaux chevaux de carrosse, qui ont plus de légèreté et de ressource que les chevaux de Hollande. La Franche- Comté et le Boulonnois fournissent de trèsbons chevaux de tirage. En général, les chevaux françois pèchent pour avoir de trop grosses épaules , au lieu que les barbes pèchent pour les avoir trop serrées.
Après rénumération de ces chevaux qui nous sont les mieux connus , nous rapporterons ce que les voyageurs disent des chevaux étrangers que nous connoissons peu.
H y a de fort bons chevaux dans toutes les îles de l'Archipel. Ceux de l'île de Crète étoient âi grande réputation chez les anciens pour l'agilité et k vitesse; cependant aujounl'hui on s'en sert peu dans le pays même, à cause de la trop grande aspérité du terrain, qui est presque partout fort inéj^ et fort montueux. Les beaux chevaux
ANIMAUX DOACESnQUES.
dû cet Um» et màM œiix de Bailiarie, MAI de Tioe Mbe. Les Atrmax natnrde du rajeimie de Iferoe lent beeueoup plot pelitf ipe let «rabct,iiiiis très-légers et t|!ài-vΣoi]reiuL M. Shéw prétend que lei Iwurai d'Esté et de Tugltaiiie remportent «njourdliui sur tous ceux des pe js voisins ; au lieu ifu^oa nonvo&t, fl 7 e enytron un siècle, d^ussi bons chevaux dans tout le reste de la Barbarie^ L'exeellenoe de ces dievaux barbes consiste, dit-il, k ne s'abattre jamais, et à se tenir tranquilles lorsque le cavalier descend ou laisse tomber la bride. Ils ont un grand pas et un galop rapide; suis on ne les laisse point trotter ni manjier Tamble; les habitans du pays r»gardent ces allures oomme des mouvemens grossiers et ignobles. H ajoute que les che» ▼aux d'Egypte sont supérieurs k tous les autres pour la taille et pour la beauté. Hais œs chevaux d'Egypte, aussi bien que la plupart des chevaux de Barbarie , viennent det arabes qui sont, sans contredit, les premien et les plus beaux chevaux du monde.
Selon Blûmol, ou plutôt selon Léon TAfricain, car Marmol Ta ici copié presque mot à mot, les chevaux arabâ viennent des cbevaux sauvages des déserts d* Arabie, dont on a £ût très-anciennement des haras, qui les ont tant multipliés , que toute TAsie et TAfirique en sont pleines. Ils sont si légen que quelques-uns d'entre eux devan* cent les autruches k la course. Les Arabes du désert et les peuples de Libye élèvent une grande quantité de ces chevaux pour la chasse; ils ne s*en servent ni pour voyager ni pour combattre : ils les font paître lors* quil y a de Therbe; et lorsque l'herbe manque , ils ne les nourrissent que de dattes et de lait de chameau; ce qui les rend nerveux, légers, et maigres. Us tendent des pièges aux chevaux sauvages; ils en mangent la chair, et disent que celle des jeunes est fort délicate. Ces chevaux sauvages sont plus petits que les autres; ils sont communément de couleur cendrée , quoiqu'il y en ait aussi de blancs, et ils ont le crin et le poil de la queue fort court et hérissé. D'autres voyageurs nous ont donné sur les chevaux arabes des relations curieu* ses , dont nous ne rapporteroos ici que les principaux faits.
Il n'^ a fNoint d'Arabe , quelque misérable qu'il soit, qui n'ait des chevaux. Us montent ordinairement les jumens , Peipèrience leur ayant appris qu'elles résistent mieux que les chevaux à la fstigue, à la faim, et i la soif; elles sont aussi moins
vicieuses , plus douces , et hennissent moins fréquemment que les chevaux : ils In aecoutument si bien à être ensemble, qu'elles demeurent en grand nombre, quelquefois des Jours entiers, abandonnées è elles-mêmes, sans se frapper les unes les autres, et sans se frire aucun mal. Les Turcs, au contraire, n'aiment point les jumens; et les Arabes leur vendent les chevaux qu'ils ne veulent pas garder pour étalons. Us conservent avec grand som , et depuis très-longtemps, les races de leurs chevaux; ils en connoissent les générations, les alliaoces et toute la généaloeîe. Us distinguent les races par des noms différens , et ils en font trois classes :1a première est celle des chevaux nobles , de race pure et ancienne des deux côtés; la seconde est celle des chevaux de race ancienne, mais oui se sont mésalliés; et la troisième est celle des chevaux communs : eeux<^ se vendent à bas prix ; mais ceux delà première classe, et même ceux de la seconde, parmi lesquels il s'en trouve d'aussi bons que ceux de la première , sont excessivement chers. Us ne font jamais couvrir les jumens de cette première classe noble que par des étalons de la même qualité. Us connoissent, par une loneue expérience, tontes les races de leurs chevaux et de ceux de leurs voisins; ils en connoissent en particulier le nom , le surnom , le poil , les marques, etc. Quand ils n'ont pas des étalons nobles, ils en empruntent dies leurs voisins, moyennant quelque argent, pour faire couvrir leurs jumens; ce qui se frit eu présence de témoins, qui en donnent une attestation signée et scellée pardevant le secrétaire de l'émir, ou quelque autre personne puMique ; et dans cette attestation le nom du cheval et de la jument est cité , et toute leur génération exposée. Lorsque la jument a pouliné, on appelle encore des témoins, et l'on frit une autre attestation, dans hupielle on fait la description du poulain qui vient de naître, et on mwque le jour de sa naissance. Ces biUets donnent le prix aux chevaux, et on les remet k ceux qui les achètent. Les moindres jumens de cette' première classe sont de cinq cents écus , et il y en a beaucoup qui se vendent mille écus, et même quatre, cinq, et six mille livres. Gonune les Arabes n'ont qu'une tente pour maison, cette tente leur sert aussi d'écurie; la jument, le poulain, le mari, la femme, et les enfrns couchent tous pêle-mêle, les uns avec les autres : on y voit les petits eafans sur le corps, sur le coude la jument et du poulain, sans quo
UCHEVAJU
ftl^
ce» annnam ta blcsMnt ni les incoauno»
dent; on diroit quHIs ii*ateiit le remuer de peur de leur faire du mal. Gel jamem sont fi accoutumées à vivre dans cette familiarité , qu*elles souffrent toute sorte de l>adinage. Les Arabes ne les battent point; ils In traitent doucement, ils parlent et raisonnent avee elles; ils en prennent un trèsr> grand soin; ils les laissent toujoun aller au pas, et ne lias pk|ncnt jamais sans nécessité.: nais autsi dés qu'elles ae aenlent cbatouil*. ler le flanc arec le coki de Tétrier, elles partent subitement, et vent d'une vitesse incroyable; elles sautent les baies et les foa* ses aussi légèrement que les biches; et si leur cavalier vient a tomber» elles sont si bien dressées, qu'elles s'arrêtent tout court, même dans le galop le plus rapide. Tous les chevaux des Arabes sont d'uue taille médioere, fort dégagés , et plutôt maigres que gras. Ils les pansent soir et matin fort régulièrement et avec tant de soin, qu'ils ne leur laissent pas la moindre crasse sur la peau ; ils leur lavent les jambes, le crin, et la queue, qu'ils laissent toute longue, et qu'ils peignent rarement pour ne pas rom«pre le poiL Ils ne leur donnent rien k manger de tout le jour, ils leur donnent seule* ment à boire deux ou trois Ibis, et au coucher du soleil ils leur passent un sac k la téiOy dans lequel il y a environ un demir boisseau d'orge bien net. Ces chevaux ne mangent donc que pendant la nuit, et on ne leur ôte le sac que le lendemain matin , lorsqu'ils ont tout mangé. On les met au vert au mois de mars, quand l'herbe est assez grande : c'est dans cette même saison que Ton fait couvrir les jumens, et on a grand soin de leur jeter de l'eau fi'oide sur M croupe immédiatement après qu'elles ont été couvertes. Lorsque la saison du prinlemps est passée , on retire les chevaux du pâturage, et on ne leur donne ni herbe ni foin de tout le reste de l'année, m môme de paille que très-rarement; l'orge est leur unique nourriture. On ne manque pas de eouper aussi les crins aux poulains dès qu'ils ont un an ou di^-huit mois, afin qu'ils deviennent plus touffus et plus longs. On les monte dès l'âge de deux ans ou deux ans et denu tout au plus tard ; On ne leur met la selle et la bride qu'à cet âge; et tous les jours , du mdtin jusqu'au soir, tous les chevaux des Arabes demeurent sellés et bridés 4 kt porte de la tente.
La race de ces chevaux s*est étendue en Barbarie, chez le» Maures, et même chez les Nègres de la riricre de Gambie et du
Sénégal. Les aaigimira du paiyt en ont quelqoes-tma qui sont d'une grande beauté. Aiâ. lien d'orge ou d'avoine, on leur donne da maïs concassé on réduit en fiorine, qu*oa mêle avec du lait lorsqu'on veut les engraisser; et dans ce climat si chaud on ne les laisse boire que rarement. D'un antre eôté» les chevaux arabes ont penplé l'Egypte, la. Turquie, et peut-être la Perse, oji it y avoit autrefois des haras très-considénbles. Marc-Paul cite un haraa de dix mille jumens blanches, et il dit que dans la province de Balascie il y avoit une grande quantité de chevaux grands et légers , avec la corne du pied si dure, qu'il étoit inutile de les ferrer.
Tous les dievaux du Levant ont , comme ceux de Perse et d'Arabie, la corne fort dure : on les ferre cependant, mais avec des fers minces, légers, et qu'on peut clouer partout. En Turquie, en Perse, et en Arabie , on a aussi les mêmes usages pour les soigner, les nourrir, et leur faire de la litière de leur fumier, qu'on fait auparavant sécher au soleil pour ôter l'odeur, et ensuite on le réduit en poudre et on en foit une couche, dans l'écurie ou dans la tente, d'environ quatre ou cinq pouces d'épaisseur : cette litière dure fort long-temps; car quand elle est infectée de nouveau , on fat relève pour la faire sécher au soleil une seconde fois, et cela lui foit perdre entièrement sa mauvaise odeur.
Il y a en Turquie des chevaux arabes, des dievaux tartares, des chevaux hongrois, et des chevaux de race du pays.
Ceux-ci sont beaux et très-fins; ils ont beaucoup de feu , de vitesse, et même d'agrément ; mais ils sont trop délicats : ils ne peuvent supporter la fatigue, ils mangent peu , ils s'échauffent aisément , et ont la peau si sensible , qu'ils ne peuvent supporter le frottement de l'étrille; on se contente de les frotter avec l'époussette et de les laver. Ces chevaux, quoique beaux, sont, comme l'on voit, fort au-dessous des arabes : ils sont même au-dessous des chevaux de Perse, qui sont, après les arabes, les
{)lus beaux et les meilleurs chevaux de 'Orient Les pâturages des plaines de Médie, de Persépolis, d'Ardebil, de Derbent, sont admirables , et on y élève , par les ordres du gouvernement, une prodigieuse quantité de chevaux, dont la plupart sont très-beaux, et presque tous excellens. Pietro délia Telle profère les chevaux commune de Perse aux chevaux dTtalie , et même , dit-il, aux plut exçeOeiti dievaux du
ANIBfAUX DOMEmQUSS.
ro jaume de Kaptes. CdBBinméBient Ss sont de taille médiocre; il j en a même de fort petits, qui n'en sont pas moini bons ni moins forts : mais il s'en trouve aussi beaucoup de bonne taille, et pins grands que les cbevauz de selle anglois. Ils ont tous la tète légère, Tenoolure iBÎne, le poitrail étroiti les oreilles bien faites et bien placées, les jambes menues, la eronpe beUe et la corne dure ; ils sont dociles , vifs, légers, bardia, oonrageux, et capables de supporter une grande fatigue; ils courent a'une trèsgrande TÎtesse, sans jamais s'abattre ni s'dTfaisser : ils sont robustes et très-aisés k nourrir ; on ne leur donne que de l'orge mêlée avec de la paille bacbée menu , dans un sac qu'on leur passe k la tète, et on ne les met au yert que pendant six semaines an printemps. On leur laisse la queue longue ; on ne sait ce crue c'est que de les faire bongrès ; on leur donne des couvertures pour lés défendre des injures de l'air; on les saigne avec une attention particulière ; on les conduit avec un sjmple bridon et sans éperon , et on en transporte une très-grande
Quantité en Turquie, et surtout aux Indes, es voyageurs, qui font tous l'éloge des chevaux de Perse, s'accordent cependant k (lire que les chevaux arabes sont encore su* pêrieurs pour l'agilité, le courage et la force, et même la beauté, et qu'ils sont beaucoup plus recherchés en Perse même que les plus Leaux chevaux do pays.
Les chevaux qui naissent aux Indes ne sont pas bons; ceux dont se servent les grands du pays y sont transportés de Perse et d'Arabie. On leur donne un peu de foin le jour, et le soir on leur fait cmre des pois avec du sucre et du beurre, au lieu d'avoine on d'orge. Cette nourriture les soutient et leur donne un peu de force ; sans cela ils dépériroient en très-peu de temps, le climat leur étant contraire. Les chevaux naturels du pays sont en général fort petits; il y en a mâne de si petits , que Tavemier rapporte que le jeune prince du Mogol, âgé de sept ou huit ans , montoit ordinairement un petit cheval très-bien fait , dont la taille n'excédoit pas celle d'un grand lévrier. Il semble que les climats excessivement chauds so^ient contraires aux chevaux : ceux de la côte d'Or, de celle de Jnda , de Ouinêe , etc., sont , comme ceux des Indes, (oH mauvais; ils portent la tète et le cou fort bas ; leur marche est si chancelante , qu'on les croit toujours prêts à tomber : ils ne se remueroient pas si on ne les frappoit couiinuellement ; et la plupart sont m bas,
que les pieds de ceux qui les montent ton* ohent presque à terre, as sont de plus fort indociles , et propres seulement à servir de nourriture aux Nègres , qui en aiment la chair autant que celle des chiens. Ce goùl pour la chair du cheval est donc commun aux Nègres et aux Arabes; il se retrouve en Tartarie, et même k la Chine. Les chevaux chinob ne valent (MS mieux que ceux des Indes : ils sont fbibles. Uches, mal faits , et fort petits ; ceux de la Corée n'ont qne trois pieds de hauteur. A la Chine,' presque tous les chevaux sont hongres ; et ik sont si timides, qu'on ne peut s'en servir i la guerre : aussi peut-on dure que ce sont les chevaux tartares qui ont fidt la conquête de la Chine. Ces chevaux sont très-propres pour la guerre , quoique communément ,ils ne soient que de taule médiocre : ils sont forts, vigoureux, fiers, ardens, légers et erands coureurs. Us ont la conie du pidl rort duref mais trop étroite; fat tête fort légère , mais trop petite ; l'encolure longue et roide; les jambes trop hautes : avec tous ces défauts ils peuvent passer pour de trèsbons chevaux; ils sont infiitigables, et courent d'une vitesse extrême. Les Tartares vivent avec leurs cheveux à peu près comme les Arabes; ils les font monter dès l'êge de sept ou huit mois par de jeunes enfans, qui les promènent et lés font courir k petites reprises ; ils les dressent ainsi peu à peu, et leur font souffrir de grandes diètes : mais ils ne les montent pour aller en course que quand ils ont six ou sept ans ; ils leur font supporter alors des fatigues incroyables, comme de marcher deiu ou trois jours sans s'arrêter, d'en passer quatre ou cinq sans autre nourriture qu'une poignée d'herbe de huit heures en boit heures , et d'être en même temps vingt-quatre heures sans boire, etc. Ces chevaux , qui paraissent et qui en effet sont si robustes dans leur pays , dépérissent dès qu'on les transporte à la Chme et aux Indes ; mais ils réussissent assez en Perse et en Turquie. Les petits Tartares ont aussi une race de petits chevaux dont ik font tant de cas, qu'ils ne se permettent jamak de les vendre à des étrangers. Ces chevaux ont toutes les bonnes et mauvaises qualités de ceux de la grande Tartane; ce qui prouve combien les mêmes mœurs et 1» n^ême éducation donnent le même naturel et la même habitude à ces animaux. Il y a aussi en CircasMe et en Mingrélie beaucoup de chevaux qui sont même plus beaux que les chevaux tartares. On trouve encoro d'assez beaux chevaux en Ukraine , en Yala-
lE GHËViX,
chie, en Pologne, en Suède; ma{s nous n'aTons pas d'observation? particulières de leurs qualités et de leurs défauts.
Maintenant , si l'on consulte les anciens sur la nature et les qualités des chevaux des dififérens pays , on trouvera que les chevaux de la Grèce , et surtout ceux de la Thessalie et de l'Épire, avoient de la réputation, et étoient très-bons pour la guerre ; que ceux de l'Achaîe étoient les plus grands que Ton connût; que les plus oeaux de tous étoient ceux d'Egypte, où il y en avoit une très-grande quantité, et où Salomon en- Toyoït en acheter àun très-grand prix; qu'en Ethiopie les chevaux réussissoient mal à cause de la trop grande chaleur du climat ; que l'Ar^ie et l'Afrique fournissoient lea chevaux les mieux faits , çt surtout les plus légers et les plus propres i la monture et à ia course; que ceux d'Italie, et surtout de la Fouille, étoient au»si très-bons; qu'en Sicile , Gappadoce, Syrie, Arménie , Médie et Perse, il y avoit d'excellens chevaux, et recommandables par leur vitesse et leur légèreté ; que ceux de Sardaigne et de Cane étoient petits, mais vifs et courageux; que ceux d'Espagne ressembloient à ceux de»
Parthes, et étoient excellens pour la guerre ; qu'il y* avoit aussi en Transylvanie et en Taladiie des chevaux à tête légère , à grands crins pendans jusqu'à terre, et & queue touffue , qui étoient très-prompts à la course; que les chevaux danois étoient bien faits et bons sauteurs; que ceux de Scandinavie étoient petits, mais bien moulés et fort agiles ; que les chevaux de Flandre étoient forts; que les Gaulois fournissoient aux Romains de bons chevaux pour la monture et pcmr porter les fardeaux ; <][ue les chevaux des Germains étoient mal faits , et si mauvais qu'ils ne s'en servoient pas ; que les Suisses en avoient beaucoup et de très-bons pour la guerre ; que les chevaux de Hongrie étoient aussi fort bons; et enfin que lès chevaux des Indes étoient fort petits et trèsfoibles.
Il résulte de tous ces faits que les chevaux arabes ont été de tout temps et sont encore les premiers chevaux du monde, tant pour la beauté que pour la bonté ; que c'est d'eux que l'on tire , soit immédiatement , soit médiatement nar le mo^en des barbes , les plus beaux chevaux qui soient en Europe, en Afrique et en Asie; que le climat de l'Arabie est peut-être le climat des chevaux , et le meilleur de tous les climats, puisqu'au lieu d'y croiser les races par des races étrangères, ou a grand soin de les
conserver dans toute leur pureté; (pie si ce dimat n'est pas par lui-même le meilleur climat pour tes cfaevatix , les Arabes l'ont rendu tel pr les soins particuliers qu'ils ont pris dans tons les temps d'ennoblir les races, en ne mettant ensemnle que les individus les mieux faits et de la première qualité; que par cette attention suiviependantdes siècles, ils ont pu perfectionner Pespèoe au-delà de ce que la nature auroit fût dans le meilleur dimat. On peut encore en condure que les dimats plus chauds que froids, et surtout les pays secs, sont ceux qui conviennent le mieux à la nature de ces animaux ; qu'en général les petits chevaux sont meilleurs que les grands; que le soin leur est aussi nécessaire à tous que la nourriture; qu'avee de la familiarité et des caresses on en tire beaucoup plus que par la force et les châtimens; que les chevaux des pays chauds ont les os, la corne, les muscles plus durs que ceux de nos climats; que, quoique la chaleur convienne mieux que le froid à ces animaux, cependant le chaud excessif ne leur convient pas; que le grand froid leur est contraire; qu'enfin leur habitude et leur naturel dépendent presque en entier du climat, de la nourriture , des soins et de l'éducation.
En Perse, en Arabie, et dans plusieurs autres lieux de l'Orient, on n*est pas dans Ymsife de hongrer les chevaux , comme on le fait si généralement en Europe et à la Chine. Cette opération leur ôte beaucoup de force, de courage, de fierté, etc., mais leur donne de la douceur, de la tranquillité , de la docilité. Pour la faire , on leur attache les jambes avec des cordes, on les renverse sur le dos , on ouvre les bourses avec un bistouri, on en tire les testicules, on coupe les vaisseaux qui y aboutissent et les ligaments qui les soutiennent , et après les avoir enlevés on referme la plaie, et on a soin de faire baigner le cheval deux fois par jour pendant quinze jours, ou de l'étuver souvent avec de l'eau fraîche, et de le nourrir pendant ce temps avec du son détrempe dans beaucoup d'eau, afin de le rafraîchir. Cette opération se doit faire au printemps ou en automne, le grand chaud et le grand froid y étant également contraires. ATégard de l'âge auquel on doit la faire , il y a des usases différens : dans certaines provinces on hongre les chevaux dès l'Age d'un an ou dix-huit mois , aussitôt que les testicules sont bien apparens au dehors; mais l'usage, le plus genéi'al et le mieux fondé est de ne les nongrer qu'à deux
imUAUX DÛMBSnQUXS.
el radiiM à liûb ant, p«PM qn*ai les hongrant tara Us oonsenrent un peu plus det oualités attachées au sexe masculin. Pline dit que les dents de lait ne tombent point à un cheval qu'on fait hongre aYanl qu'elles soient tombées : j'ai été à portée de vérifier ce fait, et il ne s'est pas trouvé vrai; les dents de lait tombent également aux jeunes chevaux hongres et aux jeunes chevaux entiers ; et il est probable que les^ anciens n*ont hasardé ce fait que parce qu'ils Tout cru fondé sur l'analogie de la chute des cornes du cerf, du chevreuil, etc., ^ui en effet ne tombent point lorsque Tanunal a été coupé. Au reste, un cheval hongre n*a plus la puissance d'engendrer ; mais il peut encore s'accoupler, et l'on en a vu desexem-* pies.
Les chevaux, de quelque poil qu'ils soient, muent comme presque tous les autres ani* maux couverts de poil , et cette mue se fait une fois l'an, ordinairement au printemps, et quelquefois en automne. Us sont alors
Elus foibles que dans les autres temps; il lut les ménager, les soigner davantage et les nourrir un peu plus largement. Il y a aussi des chevaux qui muent de corne ; cela arrive surtout à ceux qui ont été élevés dans des pays humides et marécageux ^ comme en Hollande,
Les chevaux hongres et les jumens hennisssent moins fréquemment que les chevaux entiers; ils ont aussi la voix moins pleine et moins grave. On peut distinguer dans tous cinq sortes de hennissemens dififéreus, relatifs à diPTérenles passions : le hennissement d'allégresse, dans lequel la voix se £ait entendre assez longuement , monte et finit à des sons plus aieus ; le cheval rue en même temps, mais légèrement, et ne cherche point à frapper : le hennissement du désir, soit d*amour , soit d'attachement, dans lequel le cheval ne rue point, et la voix se fait entendre longuement et finit par 4es sons plus graves : le nennissementdela colère, nendant lequel le dieval rue et frappe oangereusement, est très -court et aigu : celui de la crainte, pendant lequel il rue aussi, n'est guère plus long que celui de la colère, la voix est grave, rauque, et semble sortir en entier des naseaux ; ce hennissement est assez seinblable au rugissement d'un lion: celui de la douleur est moins un hennissement qu'un gémissement ou ronflement d'oppression qui se fiiit à voix grave et suit les altematives delà respiration. Au reste, on a remarqué que les chevaux qui hennissent le plus souvent, et surtçut
d*a]légrene et de désir, sont les mcOInni. et les plus généreux. Les chevaux entien ont aussi la voix plus forte que les hongres et les jumens. Des la naissance le mâle a la voix plus forte que la fonelle : à deux ans ou deux ans et demi, c'est-à-dire à l'Age de puberté, la voix des mâles et des femellei devient plus forte et plus grave, comme dans l'homme et dans la plupart des autres, animaux. Lorsque le cheval est passionne d'amour, de désir , d'appétit , il montre le» dents, et semble rire; il les montre aussidans la colère et lorsqu^l veut mordre ; il tire quelquefois la langue pour lécher, mais moins fréquemment que le bœuf, qui lèche beaucoup plus que le cheval, et qui cependant* est moins sensible aux caresses. Le cheval se souvient aussi beaucoup plus long-temps des mauv-ais traitemens , et il se rebute aussi plus aisément que le bœuf. Son naturel ardent et courageux lui fiût donner d'abord tout ce qu'il possède de force; et lorsqu'il sent qu'on exige encore davantage, il s'indigne et refuse ; au lieu que le bœuf, . qui, de sa nature, est lent et paresseux» aexcède et se rebute moins aisément.
Le cheval dort beaucoup moins que l'homme : lorsqu'il se porte bien, il ne demeure guère que deux ou trois heures de suite couché ; il se relève ensuite pour manger; et lorsqu'il a été trop fatigué, il se couche une seconde fois après avoir mangé; mais en tout il ne dort guère que trois ou
Suatre heures en vingt-quatre : il y a même es chevaux qui ne se couchent jamais, et qui dorment toujours debout : ceux qui se couchent dorment aussi quelquefois sur leurs pieds. On a remarqué que les hongres dorment plus souvent et plus long-temp& , que les chevaux entiers.
Les quadrupèdes ne boivent pas tous de la même manière, quoique tous soient également obligés d'aller chercher avec la tête la liqueur qu'ils ne peuvent saisir autrement, à l'exception du singe, du maki, et de quelques autres qui out des mains, et qui par conséquent peuvent boire comme l'homme, lorsqu'on leur donne un vase qu'ils peuvent tenir; car ils le portent à leur boucne, l'inclinent , versent la liqueur , et l'avalent par le simple mouvement de la déglutition.
L'homme boit ordinairement de cette manière , parce que c'est en effet la plus com^ mode; mais il peut encore boire de plusieurs autres façons, en approchant les lèvres et les contractant pour aspirer la liqueur, ou bien en y enfonçant le nez et U bouche assez profondément pour que la
LE aiETAL.
Ungtt« «B lolt iovironnée, et D*ait d*autr« mouvemeDt à faire que celui qui eit néoe»saire pour la déglutition; ou enoore en mordaut, pour ainsi dire, la liqueur avec les lèwes; ou cttûn, quoique plus difficilement I en tirant la langue^ l'élargisBant, el formant une espèce de petit godet qui rsp* porte un peu d'eau dans la boudbe. La plu* part des quadrupèdes pourroient aussi chacun boire de plusieurs manières : mais ils font comme nous; ils choisissent celle qui leur est la plus commode, et la suivent constamment. Le chien , dont la gueule est fort ouverte et la langue longue et mince, boit en lapant, c'est-à-dire en léchant la liqueur, et formant avec la langue un godet qui se remplit à chaque fois , et rapporte une assez grftnde quantité de liqueur : il préfère cette Mçon à celle de se mouiller le nez. Le cheval, au contraire, qui a la bouche plus petite et la langue trop épaisse et trop courts nour tbfmer un grand godet, et qui d'ailleurs boit encore plus avidement qu'il ne mang», enfonce la bouche et le nez brusquement ei profondément dans l'eau , qu'il avale abondamment pair le simple mouvement de la déglutition : mais cela même le force à boire tout d'une haleine, au lieu que le chien respire à ma aise pendant qu'il boit'Aufsi doit-on laisser aux chevaux la liberté de boire i plusieura reprises, surtout après une course, lorsque le mouvement de la respiration est court et pressé. On ne doit pas non plus leur laisser boire de l'eau trop froide, parce que, indépendam» ment des coliques c|ue l'eau IGroioe cause souvent, il leur amve aussi , par la néoessiié où ils sont d'y tremper les naseaux , qu'ils se refroidissent le nez , s'enrhument , et proinent peut-être les germes de cette maladie à laquelle on a donné le nom de morve, la plus formidable de toutes pour cette espèce d'animaux : car on sait depuis peu que le siège de la morve est dans la membrane pituitaire ; que c'est par conséquent nn vrai rhume, qui, k la longue, cause une inflammation dans cette mem»
brane : et, d'un autre cAté, les voyageurs qui rapportent dans un assez grand détail les maladies des chevaux dans les pays chauds, comme l'Arabie, la Perse, la Barbarie, ne disent pas que la morve y soit aussi fréquente que dans les climats froids. Ainsi je cvob être fondé k conjecturer que l'une des causes de cette maladie est la fro^ deur de l'eau, parce que ces animaux sont obligés d'y enfoncer et d'y tenir le nez et les MMiauT pendant un temps
ce que l'on privicndroil m neleur donnant jamais d'eau froide, et en leur essuyant toujours les naseaux après qu'ils ont bu Les ânes, qui craignent le froid beaucoup plus
Î|ue les chevaux , et yai leur ressemblent li ort par la structure intérieure , ne sont pas cepeodaot si sujets à la morve : ce qui ne vient peut-être que de ce qu'ils boivent diff<^ remment des chevaux ; car au lieu d'enfoncer profondément la bouche et le net dans l'eau, ils ne font presque que l'atteindre des lèvres.
Jene parlerai pas des autres maladies des, chevaux; ce seroit trop étendre l'Uistoin naturelle que de joinore à l'histoire d'un animal celle de ses maladies. Cependant je ne puis terminer l'histoire du cheval sans marquer quelques regrets de ce que la santé de cet animal utile et précieux a été jus« qu'a présent abandonnée aux soins et à la pratique, souvent aveugles, de gens sans connoissance et sans lettres. La médecine que les anciens ont appelée médecine 'vétérinaire n'est presque comme que de nom.
Je suis persuadé que si quelque médecin toumoit ses vues de cec6te-là, et faisoit de cette étude son principal objet , il en seroit bientôt dédonunagé par d'amples succès; que non seulement il s'enricoiroit , mais même qu'au lieu de se dégrader il s'illustreroit beaucoup. Et cette médecine ne seroit
rsi conjecturale et si difficile que l'autre: nouiriture, les mœurs, l'influence do sentiment, toutes les causes, en un mot, étant plus simples dans l'animal que dans l'homme, les maladies doivent être ausn moins compliquées , et par conséquent plus' faciles à juger et à traiter avec succès; sans compter la liberté qu'on aurott tout entière de Caire des expériences, de tenter de nouveaux remèdes, et de pouvoir arriver , sans crainte et sans reproches, i une grande étendue de connoissances en ce genre, dont on pourroit même , par analogie , tirer des inductions utiles à l'art de guérir les hommes. Nous avons donné la manière dont on traite les chevaux en Arabie , et le détail des soins particuliers que l'on prend pour lemr éducation. Ce pays sec et chaud , qui paroit être la première patrie et le climat le plus convenable k l'espèce de ce bel animal, permet ou exige «n grand nombre d'usages qu'on ne pourroit établir ailleurs avec le même succès. Il ne seroit pas possible d'élever et de nourrir les chevaux en France et dans les contrées septentrionales comme on le fait dans les climats chauds : mais les gens qak s'intéressent à ces animaux
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À5IM Alix IK»IESTIQUEd.
utiles MTdnt bien «ues àe savoir comment on tes traite dans les dimats moins heureux que eelni de TArabie» et comment ils se conduisent et savent se gouverner eux-mêmes lorsqu'ils se trouvent ^indépendans de rhomme.
Suivant les diffîérens pays et selon les (Mférens usages auxquels on destine les chevaux, on les nourrit différemment Ceux de race arabe, dont on Teut faire des cou* reurs pour la chasse en Arabie et en Barbarie, ne mangent que rarement de Therbe et do grain : on ne les nourrit ordinairement que de dattes et de lait de chameau , qu'on leur donne le soir et le matin ; ces alimens, quiles rendent plutôt maigres que gras , les rendent en même temps très-nerveux et fort légers k la course. Ils tettent même les femelles des chameaux , qu'ils suivent, quelque grands quUls soient; et ce n'est qu'à i*Age*de six ou sept ans qu'on commence à les monter.
En Perse, on tient les chevaux à l'air dans la campagne le jour et la nuit, bien couverts néanmoins eontre les injures du temps, surtout l'hiver, non seulement d'une couverture de toile, nuiis d'une autre pardessus, qui est épaisse et tissue de poil, et qui les lient chauds et les défend du serein et de la pluie. On prépare une place assex grande et spacieuse , selon le nombre des chevaux, sur un terrain sec et uni, qu'on balaie et qu'on accommode fort proprement : on les y attache à côté l'un ae l'autre, à une corde asses longue pour les contenir tous, bien étendue et liée fortement par les deux bouts à deux chevilles de fer enfoncées dans la terre; on leur lâche néanmoins le licou auquel ils sont liés , autant qu'il le faut pour qu'ils aient la liberté de se remuer à leur aise. Mais, pour les empêcher de faire aucune violence , on leur attache les deux pieds de derrière à une corde assez longue qui se partage en deux branches, avec des boucles de fer aux extrémités, où l'on place une cheville enfoncée en terre au devant des chevaux , sans qu'ils soient néanmoins serrés si étroitement qu'ils ne puissent se coucher , se lever et se tenir a leur aise, mais seulement pour les empêcher de faire aucun désordre ; et quand on les met dans des écuries, on les attache et on les tient de la même façon. Cette pratique est si ancienne chez les Persans , qu'ils 1 obswvoient dès le temps de Gyrus , au rapport de Xénopbon. Ils prétendent , avec assez de fondement, que ces animaux en deviennent plus doux, plus traiiables, moins hargneux '
entre eux ; oê qui est Qtile à la gaêm , o& les chevaux inquiets incommodent souvent leurs voisins lorsqu'ils sont serrés par escadrons. Pour litière, on ne lenr donne en Perse que du sable et de la terre en poussière bien sèche, sur laquelle ils reposent et dorment aussi bien que sur la paille. Dans dTautres pays , comme en Aranie et an Mogol, on fait sécher leur fiente, que l'on réauit en poudre, tA dont on leur fait un lit très-doux. Dans toutes ces contrées , •n ne les fait jamais manger i terre, ni même à un r&tàier; mais on leur met de l'orge et de la paille hachée dans un sae
Ïu'on attache à leur tête, car il n'y a point 'avoine , et l'on ne fait guère de foin dans oe climat : on leur donne seulement de l'herbe ou de l'orge en vert au printemps, et en général on a grand soin de ne leur fournir que la quantité de nourriture néce»» saire; car lorsqu'on les nourrit trop largement, leurs jambes se gonflent, et bientêl ils ne sont plus de service. Ces chevaux ^ auxquels on ne met point de bride , et que Pon monte sans étriers, se laissent oonduira fort aisément; ils portent la tête très-haut» au moyen d'un simple petit bridon, et courent très-rapidement et d'un pas trèssûr dans les pins mauvais terrains. Pràr les faire marcher, on n'emploie point la houssine, et fort rarement l'éperon : si quelqu'un en veut , il n'a qu'une pointe cousue ai» talon de sa botte. Les fouets dont on se sert ordinairement ne sont faits que de petites bandes de parchemin nouées et cordelées : quelques petits coups de ce fouet suffisent, pour les foire partir et les entretenir dans, le plus erand mouvement.
Les chevaux sont en si grand nombre en- Perse , que , quoiqu'ils soient ù^bons , ils ne sont pas fort chers. Il y en a peu de grosse et grande taille; mais ik ont tous plus de force et de courage que de mine et de beauté. Pour voyager avec moins de fatigue, on se sert et chevaux qui vont l'amble, et qu'on a précédemment accoutumés k cette allure , en leur attachant par une corde le pied de devant à celui de derrière, du même côté ; et, dans la jeunesse, on leur fond les naseaux , dans l'idée ou'ils en respirent plus aisément ; ils sont si bous marcheurs, qu'ils font très-aisément sept à huit lieues de chemin sans s'arrêter.
Mais l'Arabie , la Barbarie , et la Perse, ne sont pas les seules contrées où l'on trouve de beaux et de bons chevaux : dans les pays même les plus froids , s'ils ne sont point liumides, ces animaux se maintien-
nent ndeux que dans>8 dioiftts très-ebanctoi Tout le monde connoil la beauté de» dievaux danois, et la bonté de ceux de Suède, de Pologne, etc. En Islande, où le froid est excessif, et où souvent on ne les nour* rit que de poissons desséchés, ils sont très* vigoureux , quoique petits ; il y en a même de si petits , qaib ne peuvent servir de monture qu'à des enfans. AuTeste, ils sont si conununs dans cette ile, que les bergers gardent leurs troupeaux à cheval : leur nombre n'est point à charge, car ils ne coûtent rien i nourrir. On m^ ceux dont on n'a pas besoin dans les montagnes, où on les laisse plus ou moins de temps après les avoir marqués; et lorsqu'on vent les re* prendre , on les fait chasser pour les rassembler en une troupe, et on leur tend des cordes pour les saisir, parce qu'ik sont devenus sauvages. Si quelques jumens donnent des poulains dans ces montagnes, les propriétaires les marquent comme les autres, et les laissent là trois ans. Ces chevaux de montagne deviennent communément plus beaux ^ plus fiers et plus gras que tous ceux qui sont élevés dans les écuries.
Ceux de ITorwége ne sont guère plus grands, mais bien proportionnés dans leur petite taille : ils sont jaunes iK>ur la plupart ^ et ont une raie noire qui leur règne tout le long du dos; quelques-uns sont châtains , et il y en a aussi d'une couleur de gris de fer. Ces chevaux ont le pied extrêmement sûr ; ils marchent avec {Mrécaution dans les sentiers des montagnes escarpées , et se laissent glisser en mettant sous le ventre les pieds de derrière lorsqu'ils descendent un terrain roide et uni. Ils se défendent contre Tours; et lorsqu'un étalon aperçoit cet animal vorace, et qu'il se trouve avec des poulains ou des jumens , il les fait rester derrière lui, va ensuite atta-
3uer l'ennemi , qu'il frappe avec ses pieds e devant, et ordinairement il le fait périr sous ses coups. Mais si le cheval veut se défendre par des ruades, c'est-à-dire avec les pieds de derrière , il est perdu sans ressource; car l'ours lui saute, d'abord sur le dos , et le serre si fortement, qu'il vient à bout de l'étouffer et de le dévorer.
Les ^evaux de Nordlande ont tout au plus quatre, pieds et demi de hauteur. A mesure qn*on avance vers le nord , les chevaux deviennent petits et foibles. Ceux de la Nordlande ocadentale sont d'une forme singulière : ils ont la tète grosse, de gros }eux, de petites oreilles, le cou fort court, le poitrail large, le jarret étroit, le corps
LE CHSYAIm {19
un peu long, mais grM, tes rein» ct>fJru entre i|aeue et veatre , la partie supérieure de la jambe longue, l'inférieure courte , le bas de la jambe sans poil , la oome petite et dure, la queue grosse, les crins fournis, les pieds petits, sa», et jamais ferrés, ils sont bons, rareitient rétifs et fantasques, grimpant sur tontes les montagnes. Le» pâtonges sont si bons en Nonilande, quff lorsqu'<»i amène de ces chevaux à Stockholm, ils j passent rarement une année sans dépérir ou maigrir et perdre leur vigueur. Au contraire, les chevau qu'on amène en Nordlande des pays plus septentrionaux I quoique malades dans la première année , j reprennent leurs foreei.
L'excès du chaud et du froid semble étrs également contraire à la srandeur de ces animaux. Au Japon, les chevaux sont généralement petits ; entendant il s'en trouve d'assez bonne taille , et ce sont probablement ceux qui viennent des pays de montagnes, et il en est à peu près de même è la Chine. Cependant on assure que ceux du Tunquitt sont d'une taille belle et nerveuse., qu'ils sont bons à la main, et de si bonne nature, qu'on peut les dresser aisément, et les rendre propres 4 toutes sortes de marches.
Ce qu'il y a de certain , c'est que les chevaux qui sont originaires des pays secs et chauds, dégénèrent et même ne peuvent vivre dans les climats et les terrains trop humides, quelque chauds qu'ils soient ; au lieu qu'ils sont très-bons dans les pajfs de montagnes, depuis le climat^de l'Arabie jusqu'en Duieraark et en Tartarie dans notre continent, et depuis la Nouvelle- Espagne jusqu'aux terres Magellaniques dans le nouveau continent; ce n'est donc ni le chaud ni le froid, mais rhumidité seule qui leur est contraire.
On sait que l'espèce du cheval n'exisfoit pas dans ce nouveau continent lorsi^u'on en a fait U découverte; et Ton peut s'étonner avec raison de leur prompte et pro<^ dtgieuse multiplication : car, en moins de deux ooits ans , le petit nombre de chevaux qu'on y a transportés d'Europe s'est si iort multiplié, et particulièrement au Chili, qu'ils y sont à très-bas prix* Fréâer dit
aue cette prodigieuse multiplication est 'autant plus étonnante que les Indiens mangent beaucoup de chevaux, et qu'ils les m^agent fi peu pour le service et le travail, qu'il en meurt un très grand nombre par exisès de' fatigue. Les dievaux que les Européens ont transportés dans les par>'
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En Ukraine el châ lee GoHKiiitt da Don, ks cheraiix Tivent crrane daof lit campagnes. Dam le grand eiçeee de terre somprif entre le Doo et le Niépcr, espace très^uU penplé, les dbevmix sont en tro»pes de trois, quatre^ on cinq cents, tmlours sans abri, même dans la saison oè la tenre est couverte de neige : ils détoornent cette neige arec le pied de deTanI pour chttcher et manger l'herbe qu'elle recouvre. Deux on trois hommes à cheval ont le soin de conduire ces troupes de che* vaux, ou plutôt de les garder, car en les laisse errer dans la cani|Migtte ; et ce n'est que dans le temps des hivers k» plus rudea qu^on cherche à les loger pour quelques jours dans les villages, qui font fort âoî* gnés les uns des autres dans ce papfs. On a &it sur ces troupes de cfaevaui aMmdonnéi pour ainsi dire à eux-mêmes quelques observations qui semblent prouver que les hommes ne sont pas les seuls qui vivent en société , et qui <ri>eissent de concert au commandement de quelqu'un d^entre eux. Gha> cune de ces troupes de chevaux a un che> val-chef qui la commande, qui la gmde, qui la tourne et range quand il font mar- <^er on s'arrêter : ce diet commande aussi l'ordre et les monvemens nécessaires lorsque la troupe est attaouée par les voleorr ou par les loups^ Ce cnef est trèft-vigilant et toujours alorte : il fait souvent le tour de sa troupe; et, si quelqu'un de ses chevaux sert dn rang ois veste en arrière, il court à lui, le frappe dTun coup d'épanle, et lui fiut prendre sa place. Ces animaux « sans être montés ni coiiduits par les hommes, amrchent en ordre à peu près comme notre cavalerie. Qneiqu'ils soient en pleine liberté, ils paissent en files et par brigades , et forment différentes compagnies sans se séparer ni se mékr. Au reste, le cheval^ chef occupe ce poste encere plus fatigant qu'important pendant quatre ou einq ans ; et lorsqu'il cemmence k devenîp moins fort et moin» actif, un autra cheval ambitieux de commander, et qui s'en sent la force, saet de ki troupe» attaque le vieux chef, qui garde son eonmoandenient s'il n'est pas vaincn , mais qui rentre avec honte dans le gros de la troupe s'il a été battu, et le cheval viotmieux se met à la tête de tous
AmiiAUX ooiivnQU]»*
les
ets'enfoit obéir.
En Finlande, au mois de mai , lorsque les neiges sont fondues, les chevaux por-
tant de dfet lemrs maîtres,' et s*en Tont dans de certains cmtmis des forèHt^ ob fl semble qu'ils se soient donné le rendez- ▼ona. Là Ib forment des troupes diRerentes, qui ne se mêlent ni ne se séparent jamais : chaque troupe prend un canton différent de la forêt pour sa pâture; ils s'en tiennent à un certain territoire, et n'entreprennent point sur celui des antres. Quand la pâtme leur manoue, ils décampent et vont s'établir dans d'autres pâturages avec le même ordre. La police ae leur société est si bien réglée, et leurs marches sont si uniformes , que lenn maîtres savent toujours oè les trouver lorsqu'ils ont besoin d'eux; et ces animaux, après avoir foit leur service, retournent d'eux-mêmes avec leurs compagnons dans les bois. An mois de septeBBbre, lorsque la saison devient mauTaise, ils quittent les forêts , s'en reriennent par troupes , et se rendent chacun à leur écurie.-
Ces chevaux sont petits, mais bons et ^fi, sans être vHeux. Quoiqu'ils soient généralement asses dociles , il v en a cependant quelques-uns qui se défendent lorsqu'on les prend, ou qu'on Yeot les attaoier aux voitures. Us se portent â merveille et sont gras quand îb reviennent de la forêt ; mais Texereioe presque continuel qu'on leur fait faire Fhiver, et le peu de noorritmre qu'on leur donne, leur font bientôt perdre cet embonpoint. Us se roulent sur la neige comme les autres chevaux se roulent sur rherbe. Ils passent indifféremment les nuits dans la cour comme dans l'écurie , 1ers même qu'il fait un froid très-violent.
Ces ^evaux, qui vivent en troupes et sonvent éfoignés de l'empire de Thomme , font la nuance entre les chevaux domestiques et fes chevaux sauvages. Il s'en trouve de ces derniers à Tile de Sainte-Hélène , oui, après j avoir été transportés, sont devenus si sauvages et si forouches , qu'ils se jetieroient do haut des rochers dans la mer plutôt que de se laisser prendre. Aux environs de Nippes, it s'en trouve qui ne sont pa» phnt grand» que des ânes , mais phis ronds, pfos ramassés et bien proportionnés : ils sontvi£i et infatigables, d'une force et d^me ressource fort au-dessus de ce qu'on en devroit attendre. A Saint-Do* mingoe , on n'en voit point de la grandeur des chevaux de carrosse, mais ils sont d'une taille moyenne et bien prise. On en prend quantité avec des pièges et des nœuds ceulans. La plupart de ces chevaux ainsi pris sont onmrageux. On en trouve aussi dans h Yirginie, qui, quoique sortis de
LBCHtTAl.
crralw privées, «mt derenut ti forooelMt danf les bob , «ittHl est difficile de les aborder, et ils appartieoiient à oelui qui peat les prendre : ils sont ordinairement si revécbes , qu'il est trés^difficile de les dompter. Dans la Tartarie , surtout dans le pays entre Urgenz et la mer Caspienne, on se sert, pour chasser les chevaux sauTages, oui y sont communs, d'oiseaux de proie dressés pour cette chasse : on les accoutume 4 ^prendre l'animal par la lète et par le cou, tandis qu'il se fatigue sans pouvoir fiire lâcher prise à Toiseau. Les chevaux sauvages du pÀys des Tartares Mongoux et Kakas ne sont pas didérens de ceux qui sont privés: on tes trouve en plus grand nombre du côté de l'ouest, quoiqu'il en paroisse aussi quelquefois dans le pays dea Kaàas, qui borde le Uami. Ces chevaux sauvMKS sont si légers, qu'ils se dérobent aux flèches mène des plus habiles chaaseora. Us marchent en troupes nombreuses; et, lorsqu'ils rencontrent des chevaux privés, ils les cnvironneftt tA les forcent à preÉidre la fuite. Oo trouve encore an Congo des chevaux sauvages en assez bon nombre. On en voit quelquefois aussi aux envirooa du cap de Bonne-Espéranoe; asab on no les prend pas, parce qu'on préfère les che*^ vaux qu'on y amène de Perse.
* Xii dit , À rartide du cheval , que, par tontes les observations tirées des harai, le m&le pouiToit influer beaucoup plus que la femelle sur la progéniture, et ensuite je donne quelques raisons qui pourvoient faire douter de la vérité générale de ce foit, et qui pounroient en même teinps laisser croire que le mâle et la femelle influent également sur leur production. Maintenant je suis assuré depuis, par un très-grand nombre d^observations, que, non-seulement dans les chevaux, mais même dans l'homme et dans toutes les autres espèces d'animaux , le mâle influe beaucoup plus que la femelle sur la forme extérieure du produit, et que le mâle est le principal type des races dana chaque espèce.
J'ai dit que, dans l'ordonnance commune de la nature , ce ne sont pas les mâles , mais les femelles qui constituent l'iShité de l'espèœ : mais cela n'empècbe pas que le mâle ne soit le vrû type de chaque espèce , et ce que j'ai dit de l'unité doit s'entendre seule* ment de la plus grande facilité qu'a la fe« melle de représenter toujours son espèce,
Îuoiqu'elle se prête à diffcrens mâles. Nous iscuterons ce point avec grande attention dans Farliole d« serin, et â rartide d« mv-
lel, ea aorte que, quoique la femelle im^ roiase influer plus que le nsâle sor le spéci* flque de l'espèce, ce n'est jamais pour hi pô-fectionner, le mâle seul étant ca]Ad>le de la maintenir pure et de la rendre plus per* faite.
Sur ce que j'ai dit, d'après quelques voyageurs, qu'il ^ avoit des chevaux sau* vages â l'ile de Sainle-Hélène, M. Forster m'a écrit qu'il y avoit tout lieu de douter de ce fait. « J'ai, dit-il , parcouru cette lie d'un bout â l'autre, sans y avoir rencontre de chevaux sauvages , et l'on m'a même assuré qu'on n'eu avoit jamais entendu liarler; et, à l'égard des chevaux domestiques et nés dans l'île, je fus informé qu'on n'en -élevoit qu'un petit nombre pour la monture des personnes d'un certain rang; et même , plutôt que de les propager dans l'Ile même , on fait venir la pln« part des chevaux dont on a besoin dea terres du cap de Bonne-Espérance, où ib sont en grand nombre, et où on les achèto à un prix modéré. Les habitans de lllo prétendent que , si l'on en nourrissoit un plus grand nombre , cela seroit pr^udidanle â la pâture des besufe et des vaches , dont k compagnie des Indes tâche d'en* courager la propagation; et comme il y en a déjà deux mille six cents, et qu'on vent en augmenter le nombre jusqu'à troi»
«smille, il n'est pas probable qu'on y laissât vivre des chevaux sauvages, d'autant quo Tile n'a que trois lieues de diamètre, et qu'on les auroit au moins reconnus, ail» y eussent existé. H y a encore un petit nombre de chèvres sauvages, qui «mi* nuent tous les jours; car les soldats de I» garnison les tuent dès qu'elles se présen* tent sur les rebords ou bancs des monta.* gnes qui entourent la vallée où se trouve le fort de James; à plus forteraison tueroient-ils de même les chevaux sauvages, s'il y en avoit.
« A l'égard des chevaux sauvages qui se trouvent dans toute l'étendue du milieu de l'Asie, depuis le Yolga justpi'i himer du Japon, ils paroissentèlre) dit M. Forsler, le» lejetons des chevaux coBoaHias qui sont devenus sauvages. Les Tartares , ha* bitans de tous ces pays, sont des pâtres qui vivent du produit de leurs troupeaux, lesquels consistent principalement en ch^ vaux, quoiqu'ils possèdent aussi des bœufs, des dromadaires, et des brebis. Il y a dea Calmoucks on des Kirghizes qui ont dea troupes de mille chevaux, qui sont tonjours au désert pour y dherdier leur BOUT*
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ANniAinC DOBOSSTIQÛISS.
ritun. n «tt impoflsibk de paràet ces nombreux troupeaux asseï soigneusement pour que de temps en temps il ne se perde pas quelques chevaux, qui deviennent sauvages , et qui , dans cet état même de liberté , ne laissent pas de s*attronper : on peut en donner un exemple récent.
Dans l'expédition du ciar Pienre I*' contre la ville d*Azof , on avoit envoyé les chevaux de Tannée au pAturage ; mais cm ne put jamais venir k bout de lei rattraper tous : ces chevaux devinrent sauvages avec le temps,- et ils occupent actuellement le sup (désert), qui est entre le Don, l'Ukraine, et Ipi Crimée; le nom tartare que l'on donne à ces chevaux en Russie et en Sibérie est tarpon. Il 3^ a de œs tarpans dans les terres de l'Ane qui s'étendent depuis le 5o* degré jusqu'au 3o* de latitude. Les nations tartares , les Mongoux , et les Mantchoux, aussi bien que les Cosaques du Jaik, les tuent à la chasse pour en manger la chair. On a observé que ces chevaux sauvages mardient toujours en compagnie de quinze ou vingts et rarement en troupes plus nombreuses : on rencontre seulement qudquefois un cheval tout seul ; mais ce sont ordinairement de jeunes chevaux mêles, que le chef de la troupe force d'abandonner sa compagnie , lorsqu'ils sont parvenus à l'Age où ils peuvent lui donner de l'ombrage : le jeune cheval relégué tâche de trouver et de séparer quelques jumens des troupeaux voisins, sauvages ou domestiques , et de les emmener avec lui , et il devient ainsi le chef d'une nouvelle troupe sauvage. Toutes ces troupes de tarpans
« vivent communément dans lei déserts ar- « rosés de ruisseaux et fertiles en héritages; « pendant l'hiver, ils cherchent et prennent « leur pâture sur les sommets des monta- « pies dont les vents ont emporté la neige : «ils ont l'odorat très-fin, et sentent un « homme de plus d'une demi-tieue; on les « chasse et on les prend en les entourant et « les enveloppant avec des cordes enlacées. m Ils ont une force surprenante, et ne peu* « vent être domptés lorsqu'ils ont un cer- «tain âge, et même les poulains ne s'ap- « privoiaent que jusqu'à un certain point ; « car ils ne perdent pas entièrement leur « férocité, et retiennent toujours une nature « revêche.
« Ces chevaux sauvages sont, comme les
• chevaux domestiques, de couleurs très- « différentes; on a seulement observé que «le brun, l'isahelle, et le gris de souris,
• sont les poils les plus communs : il n'y^ a « parmi eux aucun dieval pie, et les noirs « sont aussi extrêmement rares. Tous sont « de petite taille; mais la tête est, à pro- « portion , plus grande que dans les chevaux « domestiques. Leur poil est bien fourni y «jamais ras, et quelquefois même il est
• long et ondoyant : ils ont aussi les oreilles «plus longues, plus pointues, et quelque- i « fois rabattues de cêté. Le front est arqué ,
« et le museau çami de longs poils ; la cri- «nière est aussi très-touffue, et. descend « au-delà du garrot : ils ont les jambes très- « hautes, et leur queue ne descend jamais « au-delà de l'inflexion des jambes de der- «rière; leiuv yeux sont vifs et pleins de « feu. •
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L'ANE
A considérer cet animal, même avec des yeiix aitentilGi et dans un assez grand détail, il paroit n'êu« qu'un cheval dégénéré : la parfaite similitude de conformation dans le cerveau , les poumons , Vestomac, le conduit intestinal, le .cœur, le foie, les autres viscères , et la grande ressemblance du corps, des jambes, des pieds et du squelette en entier, semblent fonder cette^tpinion. L'on pourroit attribuer les légères différences qui se trouvent entre ces deux animaux ,à l'influence très-ancienne du climat , de la nourliUirey et à la succession fortuite de plu-
sieurs générations de petits chevaux sauvages à demi dégénérés, qui peu à peu auroient encore dégénéré davantage, se seroient ensuite dégradés autant qu'il est possible, et auroient à la fin produit à nos yeux une espèce nouvelle et constante, 00 plutôt une succession d'individus semblables , tous constamment viciés de la même façon, et assez différens des chevaux pour pouvoir être regardés comme formant une autre espèce. Ce qui paroit favoriser cette idée , c'est que les chevaux varient beaucoup plus que les <Anes par la couleur de leur poil , qu'ils sont
Ai
Onire Jtv Pachydermra . FanaJ?e flfir Sollj*de». Gfor
L'ANE
par conséquent plus anaenn«ment domestiques, puisque tous les animaux domestiques varient par la couleur beaucoup plus que les animaux sauvages de la même espèce; que la plupart des, chevaux sauvages tient parlent les voyageurs sont de petite taille, et ont, comme les ânes, le poil gris, la queue nue, hérissée à l'extrémité, et qu'il y a des dievaux sauvages , et même lies chevaux domestiques , qui ont la raie noire sur le dos, et d'autres caractères qui les rapprochent encore des ânes sauvages et domestiques. D'autre côté, si l'on considère la différence du tempérament, du naturel, des mœurs, du résultat, en un mot, de l'organisation de ces deux animaux , et surtout l'impossibilité de les mêler pouir en faire une es()èce commune, ou même une espèce^ intermédiaire qui puisse se renouveler, on paroît encore mieux fondé à croire que ces deux animaux sont chacun d'une espèce aussi ancienne l'une que l'autre, et originairement aussi essentiellement difTérentes qu'elles le sont aujourd'hui; d'autant plus que r^e ne laisse pas de différer matériellement du cheval par la petitesse de la taille, la grosseur de la tête , la longueur des oreilles, la dureté de la peau, la nudité de la queue, la forme de la a'oupe, et aussi par les dimensions des parties qui en sont voisines, par la voix, l'appétit, la manière de boire, etc. L'âne et le cheval viennent-ils donc originairement de la même souche ? sont-ils , comme le disent les nomenclateurs, de la même familie P ou ne sont-ils pas et n^ônt-ils pas toujours été des animaux dilTérens ?
Cette question , dont les physiciens sentiront bien la généralité, la difficulté, les conséquei^oes, et que nous avons cru devoir traiter dans cet atticle , parce qu'elle se prér scute pour la première lois, tient à la production des êtres de plus près qu'aucune autre , et demande , pour être édaircie , que nous considérions la nature sous un nouveau point de vue. Si, dans l'immense variété que nous présentent tous les êtres animés qui peuplent l'univers, nous choisissons un animal, ou même le corps de l'homme, pour servir de base à nos connoissances, et y rapporter , par la voie de la comparaison, les autres êtres organisés , nous trouverons que , quoique tous ces êtres existent solitarrement , et que tous varient par des différences graduées à l'inûni , il existe en même temps an dessein primitif et général qu'on peut suivre très-loin, et dont les dégradations sont bien plus lentes que celles des
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figures et des autres rapports apparens; car , sans parler des organes de la digestion, de la circulation et de la génération, qui appartiennent à tous les animaux et sans lesquels l'animal cesseroit d'être animal, et ne pourroit ni subsister ni se reproduire , il y a dans les parties mêmes qui contribuent le plus à la variété de la forme extérieure jpe prodigieuse ressemblance qui nous rappelle nécessairement l'idée d'un premier dessein, sur lequel tout semble avoir été conçu. Le corps du cheval, par exemple, qm, du premier coup d'oeil , parott si différent du corps de l'homme, lorsqu'on vient à le compaier en détail et partie par partie , au lieu de surprendre par la dilTérence, n'étonne plus que par la ressemblance singulière et presque complète qu'on y trouve. En effet, prenez le squelette de l'homme , indinez les os du bassin, raccourcissez les os des cuisses, des j ambes et des bras, allongez ceux des pieds et des mains , soudez ensemble les phalanges, allongez les mâchoires en raccourcissant l'os frontal, et enfin allongez aussi l'épine du dos ; ce squelette cessera de représenter la dépouille d'un homme, et sera le squelette d'un cheval : car on peut aisément supposer qu'en allongeant l'épine du dos et les mâchoires, on augmente en même temps le nombre des vertèbres, des côtes, et des deals, et ce n'est en effet que par le nombre de ces os , qu'on peut regarder comme accessoires, et par l'allongement , le raccourcissement ou la jonction des autres , que la charpente du corps de cet animal dilTère de la charpente du corps humain : on vient de voir dans la description du cheval ces faits trop bien établis pour pouvoir en douter. Mais, pour suivre ces rapports encore plus loin , que l'on considère séparément mielques parties essentielles à la forme, les cotes, par exemple» on les trouvera dans toutes les quadrupèdes , dans les oiseaux , dans les poissons , et on en suivra les vestiges jusque dans la tortue , où elles paroissent encore dessinées par les sillons qui sont sous son. écaille ; que l'on considère, comme l'a remarqué M. Daubenton , que le pied d'un cheval, en apparence si différent de la main de l'homme , est cependant composé des mêmes os , et que nous avons à l'extrémité de chacun de nos doigts le même osselet en fer à cJieva) qui termine le pied de cet animal ; et l'on jugera si cette ressemblauee cachée n'est pas plus merveilleuse que les différences apparentes ; si cette conformité constante et ce dessein suivi de l'homme aux quadru*
pcdeiydes quadrupèdes aux cétacés, des célacés aux oiseaux , des oiseaux aux reptiles, des reptiles aux pcMsaons, etc., dans lesquels les parties essentielles, comme le cœur, les intestins, répinedudos,lessens, etc., se trouvent toujours , ne sen^lent pas indiquer qu'en créant les animaux l'Être-Suprème n'a touIu employer qu'une idée, et la varier en même temps de toutes leÀ manières possibles, afin que l'homme pàt admirer également et la magnificence de Texécution et la simplicité du dessein.
Dans ce point de vue, non seulement l'âne et le cheval , mais même l'homme , le singe, les quadrupèdes et tous les animaux , pourvoient être regardés comme ne faisant que la même famille : mais en doit-on conclure que dans cette grande et nombreuse ^m{?/«, que Dieu seul a conçue et tirée du néant, il y ait d'autres pedtes .familles projetées par la nature et produites par le temps , dont les unes ne seroient composées que de deux individus , comme le cheval et l'âne ; d'autres de plusieurs individus, comme celles de la- belette, de la martre, du furet, de la fouine , etc. , et de même que dans les végétaux il y ait des familles de dix , vingt et trente, etc., plantes ? Si ces familles exi&toient en effet, elles n'auroientpu se former que par le mélange , la vanation successive et la dégénération des espèces originaires : et si l'on admet une fois qu'il ait desfamities dans les plantes et dans les animaux, que l'âne soit de la famille du cheval, çt qu'il n'en diffère que parce qu'il a dégénéré , on pourra dire également que le singe est de la famille de l'homme, que c'est un homme dégénéré , que l'homme et le singe ont une origine commune comme le cheval et l'âne; que cfaaquey^zmi//; ^ tant dans les animaux que dans les végétaux, n'a en qu'une seule souche ; et même que tous les animaux sont venus d'un seul animal, qui , dans la succession des temps , a produit, en se perfectionnant et en dégénérant, toutes lés races des autres animaux.
Les naturalistes qui établissent si légèrement àoi familles dans les animaux et dans les végétaux , ne paroissent pas avoir assez senti toute l'étendue de ces conséquences , qui rédmroieut le produit immédiat de la création à un nombre d'individus aussi petit que l'on voudroit : car s'il étoit une fois prouvé qu'on pût établir cesfamiUes avec raison ; s'il étoit acqub que dans les animaux , et même dans les végétaux , il y eût, je ne dis pas plusieurs espèces , mais une seule qui eùA été produite par la dégénéra-
ANIMAUX DOMESTIQUES
tion d'une autre espèce ; s'il étoit vrai que râne ne fût qu'un cheval dégénéré , il n'y auroit plus de bornes à la puissance de la nature, et Ton n'auroit pas tort de supposer que d'un seul être elle a su tirer, avec le temps, tous les autres êtres organisés.
Mais non : il est certain , par la révélation, que tous les animaux ont également participé à la grâce de la création ; que les deux premiers de chaque espèce, et de toutes les espèces , sont sortis tout formés des mains du Créateur ; et l'on doit croire qu'ils éloient tels à peu près qu'ils nous sont aujourd'hui représentés par leurs descendans. D'ailleurs , depuis qu'on a observé la nature , depuis le temps d'Aristote jusqu'au nôtre , l'on n'a pas vu ^aroître d'espèce nouvelle , malgré le mouvement rapide qui entraine , amoncelle ou dissipe les parties de la matière; malgré le nombre infini de combinaisons qui ont dû se faire pendant ces vingt siècles; malgré les accouplemens fortuits ou forcés des animaux aespèces éloignées ou voisines, dont il n'a jamais résulté que des individus viciés et stériles , et qui n'ont pu faire souche pour de nouvelles générations. La ressemblance, tant extérieure qu'intérieure, fût-elle dans quelques animaux encore plus grande qu'elle ne l'est dans le cheval et dans l'âne , ne doit donc
Sas nous porter à confondre ces animaux ans la même fomiUe , non plus qu'à leur donner une commune origine; car s'ils venoient de la même souche , s'ik étoient en effet de la même famille j on pourroit les rapprocher, les allier de nouveau, et défaire avec le temps ce que le temps auroit fait. Il faut de plus considérer que, quoique la marche de la nature se fasse par nuances et par degrés souvent imperceptibles, les intervalles de ces degrés ou d^ ces nuances ne sont pas tous égaux, à beaucoup près; que plus les espèces sont élevées, moins elles sont nombreuses , et plus les intervalles des nuances qui les séparent y sont grands ; que les petites espèces , au contraire, sont très*nombreuses , et en même temps plus voisines les unes des autres ; en sorte qu'on est d'autant plus tenté de les confondre ensemble dans une mémefamille, qu'elles nous embarrassent et nous fatiguent davantage par leur multitude et par leurs petites différences, dont nous sommes obligés de nous charger la mémoire. Mais il ne faut pas oublier que Ge& familles sont notre ouvrage, que nous ne les avons faites que pour le soulagement de notre esprit; que s'il ne peut comprendre la suite réelle de
L'ANE
tons les êtres, c'est notre faute, el non pas celle de la nature , qui ne conuoît point ces prétendues familles, et ne contient en effet que des individus.
Un individu est un être à part, isolé, détaché, et qui n'a rien de commun avec les autres êtres , sinon qu'il leur ressemble , ou bien qu'il en diffère. Tous les individus sem> blables qui existent sur la surface de la terre sont regardés coipme composant l'espèce de ces incKvidus. Cependant ce n'est ni le nombre ni la collection des individus semblables qui fait l'espèce, c'est la succession consente et le renouvellement non interrompu de ces individus qui la constituent : car un être qui dureroit toujours ne feroit pas une espèce, non plus qu'un million d'êtres semblables qui dureroient aussi toujours. Vespèce est donc un mol abstrait et général, dont la chose n'existe qu'en considérant la nature dans la succession des temps , et dans la destruction constante et le renouvellement tout aussi constant des êtres. Cest en comparant la nature d'aujoiu'd'hui à celle des au-» très temps, et les individus actuels aux individus passés, que nous avons pris une idée nette de ce que l'on appelle espèce , et k comparaison du nombre ou de la ressemblance des individus n'est qu'une idée accessoire, et souvent indépendante de la première ; car Tàne ressemble au cheval plus que le barbet au lévrier, et cependant le barbet et le lévrier ne font qu'une même espèce, puisqu'ils produisent ensemble des individus qui peuvent eux-mêmes en produire d'autres ; au lieu que le cheval et i âne sont certainement de différentes espèces, puisqu'ils ne produisent ensemble* que des individus vicies et inféconds.
C'est donc dans la diversité caractéristique des espèces que les intervalles des nuances de la nature sont le plus sensibles et le mieux marqués : on pourroit même dire que ces intervalles entre les espèces sont les plus égaux et les moins variables de tous , puisqu'on peut toujours tirer une ligne de séparation entre deux espèces, c'est-à-dire entre deux successions d'individus qui se reproduisent et ne peuvent se mêler, comme l'on peut aussi réunir çn une seule espèce deux successions d'individus qui se reproduisent en se mêlant. Ce point est le plus fixe que nous ayons en histoire naturelle; toutes les autres ressemblances et toutes les différences que Ton pourroit saisir dans la comparaison des êtres, ne seroicnt, ni si constantes , ni si réelles, ni si certaines. Ces intervalles seront aussi les seules lignes de sé-
paration que l'on trouvera dans notre ourrage: nous ne diviserons pas les êtres autrement qu'ils le sont en effet ; chaque espèce , chaque succession d'individus qui se reproduisent et ne peuvent se mêler, sera consiaérée à part et traitée séparément; et nous ne nous servirons des familles, des genres, des ordres, et des classes, pas plus que ne s'en sert k nature. ,
L'esj^èce n'étant donc autre chose au'une ' succession constante d'individus semblables, 1 et qui se reproduisent, il est clair que cette ; dénomination ne doit s'étendre qu^ux animaux et aux végétaux, et que cest ])ar un abus des termes ou des idées que les nomenclateurs l*ont employée pour désigner les différentes sortes de minéraux. On ne doit donc pas regarder le fer comme une espèce , et le plomb comme une autre espèce , mais seulement comme deux métaux différens; et l'on verra, dans notre discours sur les minéraux, que les lignes de séparation que nous emploierons dans la division des matières minérales , seront bien différentes de celles que nous employons pour les animaux et pour les végétaux.
Mais pour en revenir à la dégénération des êtres, et particulièrement à celle des animaux, observons et examinons encore de plus près les mouvemens de la nature dans les variétés qu'elle nous ofire; et comme l'espèce humaine nous est la mieux connue , voyons jusqu'où s'étendent ces mouvem^s de variation. Les hommes diffèrent di) blanc an noir par la couleur, du double au sim-
{)le par la hauteur de la taille , la grosseur, a légèreté, la force, etc., et du tout au rien pour l'esprit; mais cette dernière qualité n'appartenant point à la matière, ne doit point être ici considérée: les autres sont les variations ordinaires de la nature, qui viennent de l'influence du climat et de la nourriture. Mais ces différences de couleur et de dimension dans la taille n'empêchent pas que le nègre et le blanc, le Lapon et le Patagon, le géant et le nain, ne produisent ensemble des individus qui peuvent euxmêmes se reproduire, etque par conséquent ces hommes, si différens en apparence, ne soient tous d'une seule et même espèce, puisque cette reproduction constante est ce qui constitue l'espèce. Après ces variations générales, il y en a d'autres ^ui sont plus particulières, et qui ne laissent pas de se perpétuer, comme les énormes jambes des hommes qu'on appelle de la race de saint Tliomas dans Vile de Ceylan , les yeux rouges et les cheveux blancs des Dariens et des Chacrelas , les six doigts aux mains e(
ANIMAUX DOMESTIQUES
aux jpieds dans certaines familles , etc. Ces variétés sin^lières sont des défauts ou des «atoès accidentels, qui , s'étant d'abord trourés dans quelques individus, se sont ensuite propagés de race en race , conune les autres vices et maladies héréditaires. Mais ces différences, mioique constantes, ne doivent être regardées que comme des variétés individuelles, qui ne sé^ifrent pas ces individus de leur espièœ, pmsque les races extraordinaires de ces hommes à grosses jambes ou à six doigts peuvent se mêler avec la race ordinaire, et produire des individus qui se reproduisent eux-mêmes. On doit dire la même chose de toutes les autres difformités ou monstruosités qui se communiquent des pères et mères aux enfans. Yoilà jusqu^où s'étendent les erreurs de la nature, voilà les plus grandes limites de ses variétés dans rhonmie; et s^il 7 a des individus qui dégénèrent encore davantage , ces individus ne reproduisant rien, n'allèrent ni la constance ni Tunité de l'espèce. Ainsi il n'y a dans l'homme qu'une seule et même espèce ; et quoique cette espèce soit peut-être la plus nombreuse et la plus abondante en individus , et en même temps la plus inconséquente et la plus irrégulière dans toutes ses actions, on ne voit pas que cette prodigieuse diversité de mouvemens, de nourriture, de climat , et de tant d'autres eombinaisons que l'on peut supposer, ait produit des êtres assez différens des autres pour faire de nouvelles souches , et en même temps assez semblables à nous pour ne pouvoir nier de leur avoir appartenu.
Si le nègre et le blanc ne pouvoient produire ensemble, si même leur production demeuroit inféconde, si le mulâU'e étoitun vrai mulet, il y auroit alors deux espèces bien distinctes ; le nègre seroit à l'homme ce que Fane est au cheval : ou plutôt, si le blanc étoit l'homme, le nègre ne seroit plus un homme ; ce seroit un animal à part , comme le singe, et nous serions en droit de penser que le blanc et le nègre n'aoroient point eu une origine commune. Mais cette supposition même est démentie parle fait; «t, puisque tous les hommes.peuvent communiquer et produire ensemble, tous les hommes viennent de la même souche et sont de la même famille.
Que deux individus ne puissent produire ensemble, il ne faut pour cela que quelques légères disconvenances dans le tempérament , ou quelque défaut accidentel dans les organes de la génération de l'un ou de Tau» tre de ces deux individus. Que deux indi-
vidus de différentes espèces, et que Ton joint ensemble, produisent d'auti'es individus qui , ne ressemblant ni à l'un ni à l'autre , ne ressemblent à rien de fixe , et ne peuvent par conséquent rien produire de semblable à eux, il ne faut pour cela qu'un certaiu degré de convenance entre la forme du corps et les organes de la génération de ces animaux différens. Mais quel nombre immense et peut-être infini de combinaisons ne faudroit-il pas pour pouvoir seulement supposer que deux animaux, mâle et femelle, d'une certaine espèce, ont non seulement assez dégénéré pour n'être plus de cette espèce , c'est-à-dire pour ne pouvoir plus produire avec ceux auxquels ils étoient semblables , mais encore dégénéré tous deux précisément au même point, et à ce point nécessaire pour ne pouvoir produire qu'ensemble ! et ensuite quelle autre prodigieuse immensité de combinaisons ne faudroit-il pas encore pour que cette nouvelle production de ces deux animaux dégénérés suivît exactement les mêmes lois qui s'observent dans la production des animaux parfaits! car un animal dégénéré est lui-même vite production viciée ; et comment se pourrait-il qu'une origine viciée, qu'une dépravation, une négation, pût faire souche, et non seulement produire une succession d'êtres constans, mais même les produire de la même façon et suivant les mêmes lois que se reproduisent en effet les animaux dont l'origine est pure ?
Quoiqu'on ne puisse donc pas démontrer que la production d'une espèce par la dégénération soit une chose impossible à la nature, le nombre des probabilités contraires est si énorme, que, philosophiquement même , on n'en peut guère douter* : car si quelque espèce a été produite par la dégénération d'une autre, si l'espèce de l'âne vient de l'espèce du cheval, cela n'a pu se faire que successivement et par nuances ; il y auroit eu entre le cheval et l'âne un grand nombre d'animaux intermédiaires , dont les premiers se seroient peu à peu éloignés de la nature du cheval, et les derniers se seroient approchés peu à peu de celle de l'âne. Et pourquoi ne verrions-nous pas aujourd'hui les représentans , les descendans de ces espèces intermédiaires.' pourquoi n^en est-il demeuré que les deux extrêmes?
L'âne est donc un âne, et ce n'est point un cheval dégénéré, un cheval à queue nue; il n'est ni étranger, ni intrus, ni bâtard; il a, comme tous les autres animaux, sa famille, son espèce et son rang; son sang est pur; et qupique sa noblesse soit moins illustre,
L'ANE
<^lle est toul aussi bonne, tout aussi ancienne <{ue celle du cheval. Pourquoi donc tant de mépris pour cet. animal si bon, si patient^ si sobre, si utile? Les hommes mépriseroient-ils jusque dans les animaux ceux qui les servent trop bien et à peu de frais ? On donae au cheval de Téducation, on le soigne, on rinstniit, on l'exerce, tandis que r&ne , abandonné à la grossièreté du dernier des valets, ou à la malice des enfans , bien loin d'acquérir, ne peut que perdre par son éducation; et s'il n'avoit pas un grand fonds de bonnes qualités, il les pcrdroit en effet par la manière dont on le traite : il est le jouet, le plastron, le bardeau des rustres, qui le conduisent le bâton à la main, qui le frappent, le surchargent, l'excèdent sans précautions, sans ménagement. On ne fait pas attention que Tàne seroit par lui-même, et pour nous , le premier, le plus beau, le mieux fiût, le plus distingué des animaux , si dans le monde il n'y avoit pas de cheval. Il est le second au lieu d'être le premier, et par cela seul il semble n'être plus rien. C'est la comparaison qui le dégrade : on le
sèche et plus nette que le cheval. Il est suscepiible d'éducation, et l'on en a vu d'assez . bien dressés pour faire curiosité de. spectacle.
Dans la première jeunesse , il est gai, et même assez joU : il a de la légèreté et de la gentillesse ; mais il la perd bientôt , soit par TAge, soit par les mauvais traitemens, et il devient lent , indocile et têtu : il n'est trdent que pour le plaisir, ou plutôt il en est furieux au point que rien ne peut le retenir, et que l'on en a vu s'excéder et mourir quelques instans après; et comme il aime avec une espèce de fureur, il a aussi pour sa progéniture le plus fort attachement. iMine nous assure que lorsqu'on sépare la mère de son petit , elle passe à travers les flammes pour aller le rejomdre. Il s'attache aussi à son maître, quoiqu'il en soit ordinairement maltraité : il le sent de loin , et le distingue de tous les autres hommes. Il reconnoît aussi les lieux qu'il a coutume d'habiter, les chemins qu'il a fréquentés. Il a les yeux bons ,. Fodorat admirable,, surtout pour les corpuscules de l'i^esse; l'oreille
regarde, on le juge, non pas en lui-même, 'excellente, ce qui a encore contribué à le mais relativement au cheval : on oublie qu'il' faire mettre au rang des animaux timides ,
est âne, qu'il a toutes les qualités de sa nature, tous les dons attaches à son espèce; et on ne pense qu'à la figure et aux qualités du cheval, qui fui manquent, et qu'il ne doit pas avoir.
Il est de son naturel aussi humble, aussi patient, aussi tranquille, que le cheval est uer, ardent, impétueux : il souffre avec constance, et peut-être avec courage, les chàtimens et les coups. Il est sobre et sur la quantité et sur la qualité de la nourriture : il se contente des herbes les plus dures et les plus désagréables, que le cheval et les autres animaux lui laissent ei dédaignent. Il est fort délicat sur Teau ; il ne veut boire que de la plus claire et aux ruisseaux qui lui sont connus. Il boit aussi sobrement qu'il mange, et n'enfonce point du tout son nez dans l'eau , par la peur que lui fait, diton,, l'ombre de ses oreilles. Comme l'on ne prend pas la peine de Tétriller,. il se roule souvent sur le gazon, sur les chardons, sur la fougère ; et , sans se soucier beaucoup de ce qu'on lui £idt porter, il se couche pour se rouler toutes» les fois qu'il le peut, et semble par là reprocher à son maître le peu de soin qu'on prend de lui; car il ne se vautre pas, comme le cheval, dans la fange et dans l'eau ; il craint même de se mouiller les pieds , et se détourne pour éviter la boue : aussi a-t-il la jambe plus
qui ont tous» à ce qu'on prétend,, l'ouïe très-fine et les oreilles longues. Lorsqu'on le surcharge, il le marque en inclinant la tête et baissant les oreÛles. Lorsqu'on le tourmente trop, il ouvre la bouche, et retire les lèvres d'une manière très-désagréable; ce qui lui donne l'air moqueur et dérisoire. Si on lui couvre les yeux, il reste immobile; et lorsqu'il est couché sur le côté, si on lui place la tête de manière que l'œil soit appuyé sur la terre, et qu'on couvre l'autre œil avec une pierre ou un morceau de bois, il restera dans cette situation sans faire aucun mouvement et sans se secouer pour se relever. Il marche , il trotte et il galope comme le cheval; mais tous ces mouvemens sont petits et beaucoup plus lents. Quoiqu'il puisse d'abord courir avec assez de vitesse , il ne peut fournir qu'une petite carrière pendant un petit espace de temps ; et quelque allure qu'il prenne, si on le presse il est bientôt rendu.
Le cheval hennit et l'âne brait; ce qui se fait par un grand cri très-long , très-désagréable, et discordant par dissonances alternatives de l'aigu au grave et du grave à l'aigu. Ordinairement il ne crie que lorqu'il est pressé d'amour ou d'appçlit L'ânesse a la voix pins claii'e et plus perçante. L'âne qu'on fait hongre ne brait qu'à basse voix; et quoiqu'il paroisse faire autant d'efforts et hi
ANIMAUX DOMESTIQUES
mêmes mouTemens de la gorge , sob cri ue se fait pas entendre de loin.
De tous les animaux couverts de poil, TAne est celui qui est le moins sujet à la vermine : jamais il n*a de poux , ce qui vient apparemment de la dureté et de la sécheresse de sa peau, qui est en effet plus dure que celle de la plupart des autres quadrupèdes; et c^est parla même raison qu'il est Lien moins sensible que le cheval au fouet et à la piqûre des mouches.
A deux ans et demi les premières dents incisives du milieu tombent > et ensuite les autres incisives à côté des premières tombent aussi, et se renouvellent dans le même temps et dîans le même ordre que celles du cheval. L'on connoit aussi Tàge de Tàne par les dents ; les troisièmes indsives de chaque coté le marquent comme dans le cheval.
Dès TAge de deux ans Tâne est en état d'engendra*. La femelle est encore plus précoce quelem^e, et elle est tout aussi lascive: c'est par cette raison qu'elle est très-peu féconde; elle Tejette au dehors la uqueur qu'elle vient de recevoir dans l'accouplement, à moins qu'on n'ait soin de lui ôter promptement la sensation du plaisir, en lui donnant des coups pour calmer la suite des convulsions et des mouvemens amoureux; tans cette précaution elle ne retiendroit que très-rarement Le temps le plus ordinaire de la chaleur est le mois de mai et celui de juin. Lorsqu'elle est pleine, la chaleur cesse bientôt, et dans le oixième mois le lait paroît dans les mamelles : elle met bas dans te dounème mois, et souvent il se trouve des morceaux solides dans la liqueur de l'amnios, semblables à l'hippomanèsdu poulain. Sept jours après l'accoudiement la chaleur se renouvelle , et l'ânesse est en état de recevoir le mâle; en sorte qu'elle peut, pour ainsi dire , continuellement engendrer et nourrir. Elle ne produit qu'un petit, et si rarement deux, qu'à peine en a-t-on des exemples. Au bout de cinq ou six mois on peut sevrer l'ânon ; et cela est même nécessairiB si la mère est pleine, pour qu'elle
{misse mieux nourrir son fœtus. L'âne étaon doit être choisi parmi les plus grands et les plus forts de son espèce : il faut qu'il ait au moins trois ans , et qu'il n'en passe ^ dix; qu'il ait les jambes liautes , le corps étoffé, la tête élevée et légère, les yeux vife, les naseaux gros, l'encolure un peu longue, le poitrail large, les reins charnus, la côte large, la croupe plate, la queue courte , le poil luisant , doux au toucher et d'un gris foncé.
L'âne qui , comme le cheval, est trois on quatre ans à croître, vit aussi ocNDme lus vingt-cinq ou trente ans : oa prétend seulement que les femelles vivent ordinairemei : t plus long-temps que les mâles ; mais cela ne vient peut-être que de ce qu'étant souvent pleines , elles sont un peu ménagées , au lieu qu'on excède continuellement les mâles de fatigue et de coups. Ils dormeni moins que les chevaux , et ne se couchent pour dormir que quand ils sont excédés. L'âne étalon dure aussi plus long-temps que le cheval étalon : plus il est vieux, plus il paroit ardent ; et en général , k santé de cet animal est bien plus ferme que celle du cheval : il est moins délicat , et il n'est pas sujet , à beaucoup près , à un aussi grand nombre de maladies; les anciens mêmes ne lui en connoissoient guère d'autres que celle de la morve, à laquelle il est , comme nous l'avons dit, encore bien moins sujet que le cheval.
Il y a parmi les ânes différentes races comme parmi les chevaux , mais que l'on connoit moins, parce qu'on ne les a ni soignés ni suivis avec la même attmtion; seulement on ne peut guère douter que tous ne soient originaires des climats chauds. Aristole assure qu'il n'y en avoit point de son temps en Scythie , ni dans les autres pays septentrionaux qui avoisinent la Scythie, ni même dans les Gaules, dont le clioiat, dit-il, ne laisse pas d'être froid; et il ajoute que le climat froid, ou les empêche de produire, ou les fait dégénérer, et c'est par cette dernière raison que dans llllyrie, la Thrace et l'Épire , ils sont petits et foibles : ils sont encore tels en France , quoiqu'ils y soient déjà assez anciennement naturalisés, et que le froid du climat soit bien diminué depuis deux mille ans par la quantité de forêts abattues et de marais desséchés. Mais ce qui paroit encore plus certain, c'est qu'ils sont nouveaux pour la Suède et pour les autres pays du Nord. Ils paroissent être venus originairement d'Arabie, et avoir passé d'Arabie en Egypte, d'Egypte en Grèce, de Grèce en Italie, d'Italie en France , et ensuite en Allemagne , en Angleterre , et enfin en Suède , etc. ; car ils sont en effet d'autant moins forts et d'autant plus petits que les climats sont plus froids.
Cette migration paroit assez bien prouvée par le rapport des voyageurs. Chardin dit w qu'il y a deux sortes d'ânes en Perse : les « ânes du pays, qui sont lents et pesans, « et dont on ne se sert que pour porter des
UANE.
«fardeaux; et une race d'ânci d'Arabie, « qui sont de fort jolies bêles, et les pre- « miers ânea du monde : ils ont le poil poli, « la tête haute , les pieds légers ; ils les len vent avec action , marchant bien, et 1 on « ne s'en sert que pour montures. Les sellea « qu'on leur met sont comme des bâts ronds < et plalB par- dessus ; elles sont de drap ou «de tapisserie, avec les hamois et les « étriers; on s'assied dessus plus vers la « croupe que vers le cou. Il y a de ces ânes «qu'on achète jusqu'à quatre cents livres, « et .l'on n'en aauroit avoir à moins de vingt- « cinq pistoles. On les panse comme les «chevaux; mais on ne leur apprend autre « chose qu'à aller l'amble; et l'art de les y «dresser est de leur attacher les jambes, « celles de devant et celles de derrière du «même côté, par deux cordes de coton, «qu'on fait de la mesure du pas de l'âne « qui va l'amble, et qu'on suspend par une « autre corde passée dans la sangle à 1 en- « droit de l'étrier. Des espèces d'écuyers « les montent soir et matin , et les exercent « à cette allure. On leur fend les naseaux « afin de leur donner plus d'halcme ; et ils « vont si vile qu'il faut galoper pour les.
«suivre.» , „, .. , ,
Les Arabes, qui sont dans l'habitude de
conserver avec tant de soin et 4ep«is «» lone-temps les races de leurs chevaux, pwSdroient-ils la même peine pour les ânes ? ou plutôt ceci ne semble-t-il pas prouver que le climat d'Arabie est le premier et le meilleur climat pour les uns et pour les autres ? De là ils ont passé en Barbarie, en Égypie, où ils sont beaux et de grande taille, aussi bien que dans les climats excessivement chauds, comme aux Indes et en Guinée , où ils sont plus grands, plus forts et meilleurs que les chevaux du pays; ils sont même en grand honneur a Maduré, où l'une des plus considérables et des plus nobles tribus des Indes les révère particulièremeut, parce qu'ils croient que 1^ Ames de toute la noblesse passent dans le corps des ânes. Enfin l'on trouve les ânes en plus f dans tous
Sénégal jusqu . ,
des ânes sauvages plus communément que des chevaux sauvages. Les LaUns, d après les Grecs, ont appelé l'âne sauvage onager, onacre , qu'U ne faut pas confondre , comme l'ont fait quelques naluraUstes et plusieurs voyageurs, avsc le zèbre, dont nous donnerons l'histoiie à part , parce que le zelwe est un animal d'une espèce différente de
celle de l'âne. L'onagre, ou l'âne sauvage, n'est point rayé comme le zèbre, et il n'est pas, a beaucoup près, d'une figure aussi dégante. On trouve des ânes sauvages dans quelques îles de l'Archipel , et particulière- , ment dans celle de Cérigo. Il y en a beaucoup dans les déserts de Libye et de Numidie ; ils sont gris, et courent si vite qu'il n'y a que les chevaux barbes qui puissent les atteindre à la course. Lors<ju'iU voient un homme, ils jettent un en, font une ruade, s'arrêtent , et ne fuient que lorsqu'on les approche. On les prend dans des pièges et dans des lacs de corde. Ils vont par troupes pâturer et boire. On en mange la chaii*. Il y avoit aussi du temps de Marmol , que je viens de citer, des ânes sauvages dans l'île de Sardaigne, mais plus petits que ceux d'Afrique. Et Pietro délia Valle dit avoir vu un âne sauvage à Bassora ; sa figure n'étoit point différente de celle des ânes domestiques; Û étoit seulement d'une couleur plus claire, et il avoit, depuis la tête Jusqu'à la queue, une raie de poil blond : il éioil aussi beaucoup plus vif et plus léger à la course que les ânes ordinaires. Olearius rapporte qu'un jour le roi de Perse le fit monter avec lui dans un petit bâtiment en forme de Âéâfre pour taire collation de fruits et de confitures ; qu'api'ès le repas on fit entrer trente-deux ânes sauvages, sur lesquels le roi tira quelques coups de fusil et de flèches , et qu'il permit ensuite aux ambassadeurs et autres seigneurs de tirer; que ce n'étoit pas un petit divertissement de voir ces ânes , charges qu'ils étoient quelquefois de plus de dix flèches, dont ils incommodoient et blessoient les autres quand ils se mêloient avec eux, de sorte qu'ils se mettoient à se mordre et à ruer les uns contre les autres d'une étrange façon; et que quand on les eut lous abattus et couchés de rang devant le roi, on les envoya à Ispahan et à la cuisine de la cour, les Persans faisant un si grand étot de la chair de ces ânes sauvages , qu'ils en ont fait un proverbe, etc. Mais il n'y a[ pas ap-
probablement aes aucsquwu ^.ww« -™ de grands parcs pour avoir le plaisir de les chasser et de les mangor. ^ ^
On n'a point trouve d'ânes en Amérique, non plus que de chevaux , quoique le climat, surtout celui de l'Amenque méridionale , leur convienne autant qu'aucun autre. Ceux que les Espagnols y ont transportes d'Europe, et qu'ils ont abandoopés datu
^es grandes îles et dans le continent , y ont beaucoup multiplié, et Ton y trouve en plusieurs endroits des Anes sauvages qui vont par troupes , et que Ton prend dans (les pièges comme les chevaux sauvages.
L'âne avec la jument produit les grands mulets ; le cheval avec Tânesse produit les petits mulets , différeiis des premiers à pluji leurs égards : mais nous nous réservons de traiter en particulier de la génération des mulets, des jumarts , etc. , et nous terminerons rhistoire de Tàne par celle de ses propriétés et des usages auxquels nous pouvons l'employer.
Comme les Anes sauvages sont inconnus dans ces climats , nous ne pouvons pas dire si leur chair est en effet bonne à manger : mais ce qu'il y a de sur, c*est que celle des ânes domestiques est très-mauvaise, plus dure, plus désagréablement insipide que celle du cheval; Calien dit même que c'est un aliment pernicieux: et qui donne des maladies. Le lait d'ànesse, au contraire, est un remède éprouvé et spécifique pour certains maux, et l'usage de ce remède s'est conservé depuis les Grecs jusqu'à nous.
Pour l'avoir de bonne qualité , il faut choisir une Anesse jeune , saine , bign en chair, qui ait mis bas depuis peu de temps, et qui n'ait pas été couverte depuis : il faut lui oter l'Anon qu'elle allaite , la tenir propre , la bien nourrir de foin, d'avoine, d'orge et d'herbe dont les qualités salutaires puissent influer sur la maladie , avoir attention de ne pas laisser refroidir le lait, et même ne le
ANIMAUX DOMESTIQUES
pas exposer à l'air; ce qui le gAteroit en peu de temps.
Les anèiens attribuoient aussi beaucoup de vertus médicinales au sang , à l'urine , etc., de l'âne; et beaucoup d'autres qualités spécifiques à la cervelle, au cœur, au foie, etc. , de cet animal : mais l'expérience a détruit, ou du moins n*a pas confirmé ce qu'ils nous en disent.
Comme la peau de l'âne est très-dure et très-élastique, on l'emploie utilement à différens usages : on en fait des cribles , des tamhours, et de très-bons souliers; on en fait du gros parchemin pour les tablettes de poche, que l'on enduit d'une couche légère de plâtre. C'est aussi avec le cuir de 1 ane que les Orientaux font le sagri, que nous appelons chagrin. Il y a apparence que les os, comme la peau de cet animal , sont aussi plus àurs que les os des autres animaux, puisque les anciens en faisoient des flûtes, et qu'ils les trouvoient plus sonnantes que tous les autres os.
L'âne est peut-être de tous les animaux celui qui, relativement à sou volume, peut poiter les plus grands poids ; et comme il ne coûte presque rien à nourrir, et qu'il ne demande, pour ainsi dire, aucun soin, il est d'une grande utilité à la campagne , au moulin, etc. II peut aussi servir de monture : toutes ses allures sont douces , et il bronche moins que le cheval. On le met souvent à la charme dans les pays où. le terrain est léger; et son fumier est un excellent engrais pour les terres fortes et humides.
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LE BOEUF
Li. surface de la terre , parée de sa ver^dure, est le fonds inépuisable et commun duquel l'homme et les animaux tirent leur subsistance. Tout ce qui vil dans la nature vit sur ce qui végète , et les végétaux vivent à leur tour des débris de tout ce qui a vécu et végété. Pour vivre il faut détruire , et ce n'est en effet qu'en détruisant des êtres que les animaux peuvent se nourrir et se miritiplier. Dieu , en créant les premiers individus de chaque espèce d'animal et de végétal , a non seulement donné la forme à la poussière de la terre, mais il l'a rendue vivante et animée , en renfermant d«is chaque individu une quantité plus ou moins
grande de principes actifs, de molécules organiques vivantes, indestructibles , et contmunes à tous les êtres organisés. Ces molécules passent de corps en corps , et servent , également à la vie actuelle et à la continuation de la vie , à la nutrition , à l'accroissement de chaque individu; et après la dis^^ solution du corps, après sa destruction, sa réduction en cendres, ces molécules organiques, sur lesquelles la mort ne peut rien, survivent, circulent dans l'univers, passent dans d'autres éti>es, et y portent la nourriture et la vie. Toute production , tout renouveUement, tout accroissement par la génération , par la nutrition , par le déve- .
Ordre- de^ Rnininaiits . Aw/ve Bœuf- (Oaierj
LA -Ktriwift Oriire dea Huniiiiaiits . . ùi -... ni...
LE BOEUF
Al
loppement , supposent donc une destnictioa précédente, une conversion de substance»
un transport de ces molécules organiques qui ne se multiplient pas , mais qui , subsistant toujours en nombre égal , rendent la nature toujours également vivante , la terre êgal^nent peuplée, et toujours également resplendissante de la première gloire de celui qui Ta créée.
A prendre les êtres en général, le total de la quantité de vie est donc toujours le même, et la mort, qui semble tout détruire, ne détruit rien de cette vie primitive et commune à toutes les espèces d'êtres organisés. Comme toutes les autres puissances subordonnées et subalternes, la mort n'attaque que les individus » ne frappe que la surface, ne détruit que la forme , ne peut rien sur la matière, et ne fait aucun tort à la nature, qui n'en brille que davantage, qui ne lui permet pas d'anéantir les espèces, mais la laisse moissonner les individus et les détruire avec le temps , pour se montrer ellemême indépendante de la mort et du temps, pour exercer a chaque instant sa puissance toujours active, manifester sa plémtude par sa fécondité, et faire de Tunivers, en reproduisant, en renouvelant les êtres, un théâtre toujours rempli, un spectacle toujours nouveau.
Pour que les êtres se succèdent , il est donc nécessaire qu'ils se détruisent entre eux ; pour que les animaux se nourrissent et subsistent, il faut qu'ils détruisent des végétaux ou d'autres animaux; et, comme, avant et après la destruction, la quantité de vie reste toujours la même , il semble qu'il devroit être indifférent à la nature que telle ou telle espèce détruisit plus ou moins : cependant, comme une mère économe au sein même de l'abondance , elle a fixé des bornes à la dépense et prévenu le dégât apparent, en ne donnant qu'à peu d'espèces d'animaux l'instinct de se nourrir de chair ; elle a même réduit à un assez petit nombre d'individus ces espèces voraces et carnassières , tandis qu'elle a multiplié bien plus abondamment et les espèces et les individus de ceux qui se nourrissent de plantes, et que, dans les végétaux, elle semble avoir prodigué ces espèces , et répandu dans chacune avec profusion le nombre et la fécondité. L'homme a peut-être beaucoup contribué à seconder ses vues, à maintenir et même à établir cet ordra sur la terre ; car dans la mer ou retrouve cette indifférence que nous supposions : toutes les espèces sont presque également voraces ; elles vivent
sur elles-mêmes ou sur les autres , et s'tiitre-dévorent perpétuellement sans jamais se détruire, parce que la fécondité y est anasi grande que la déprédation , et que presoue toute U'nourriture , toute la consommation tourne au profit de la reproduction.
L'IuMnme sait user en maître de sa puissance sur les animaux ; il a choisi ceux dont la chair flatte son goût, il en a fait des esclaves domestiques, il les a multipliés plus Sue la nature ne l'auroit fait, il en a formé es troupeaux nombreux, et, par les soins qu'il prend de les faire naître, il semble avoir acquis le droit de se les immoler : mais il étend ce droit bien au-delà de ses besoins ; car, indqwndamment de ces espèces qu'il s'est assujetties, et dont il dispose à son gré , il fait aussi la guerre aux animaux sauvages , aux oiseaux , aux poissons : il ne se borne pas même à ceux du climat qu'il habite; il va chercher au loin, et jusqu'au milieu des mers, de nouveaux mets, et la nature entière semble suffire à peine à son intempérance et à l'inconstante variété de ses appétits. L'homme consomme, engloutit lui seul plus de chair que tous les anunaux ensemble n'en dévorent : il est donc le plus grand destnicteur, et c'est plus par abus que par nécessité. Au lieu de jouir modérément des biens qui lui sont offerts, au lieu de les dispenser avec équité, au lieu de réparer à mesure qu'il détruit , de renouveler lorsqu'il anéantit, Tbomme- riche met toute sa gloire à consommer, toute sa splendeur à pcàrdre en un jour à sa table plus de biens qu'il n'en faudroit pour faire sidïsister plusieurs familles : il abuse également et des animaux et des hommes, dont le reste demeure affamé, languit dans la misère, et ne travaille que pour satisfaire à l'appétit immodéré et à la vanité encore plus insatiable de cet homme, qui, détruisant les autres par la disette, se déuruit lui-même par les excès.
Cependant l'homme pourroit, comme l'animal, vivre de végétaux : la chair, quiparoît être si analogue à la chair, n'est pas une nourriture meilleure que les grains ou le pain. Ce qui fait la vraie nourriture, celle qui contribue à la nutrition , au développement, à l'accroissement, et à l'entretien du corps , n'est pas cette matière brute qui compose à nos yeux la texture de la chair ou de l'herbe ; mais ce sçnt les molécules organiques que l'une et l'autre, contiennent, puisque le bœuf, en paissant l'herbe, acquiert autant de chair que l'homme ou que les animaux qui ne vivent
ANIMACHL DOMESTIQUES.
que de chair et de umg. La seule différenoe rftelle qu*U y ait entre ces afimens, c'est qu*à Toluine égal , la chair, le blé, les grai-' nés, contiennent beaucoup plus de molécntes organiques que l'herbe , les feuilles, les racines I et les autres parties des plantes, comme nous nous en sommes assura en obaervant les infusions de ces différentes matières : en sorte que Thomme et les animaux dont Testomae et les intestins n'ont pas as* sex de capacité pour admettre un très^grand irolume aalimens, ne pourroient pas prendre asses d*herbe pour en tirer la quantité de molécules organiques nécessaires à leur nutrition; et c'est par cette raison que l'homme et les autres animaux qui n'ont qu'un estomac ne peuvent vivre que de chair ou de graines , qui , dans un petit volume, contiennent une très-grande quan* tité de ces molécules organiques nutritives, tandis que le bœuf et les autres animaux ruminans qui ont plusieurs estomacs , dont l'un est d'une très-grande capacité, et qui, par conséquent, peuvent se remplir d'un grand volume dlMrbe, en tirent assez de molécules organiques pour se nourrir, croître , et multiplier. La quantité compense ici la qualité de la noumture : mais le fonds en est le même; c'est la même matière, ce sont les mêmes molécules organiques oui nouirissent le bœuf, l'homme , et tous les «nimaux.
On ne manquera pas de m'opposer que le cheval n'a qu'un estomac, et même asset petit; que l'Ane, le lièvre, et d'autres animaux qui vivent d'herbe, n'ont aussi qu'un estomac, et que, par conséquent, cette explication , (^loique vraisemblable , n'en est peut-être m plus vraie, ni mieux fondée. Cependant, bien loin que ces exceptions apparentes la détruisent, elles me paroissent au contraire la confirmer; car quoique le cheval et l'Ane n'aient qu'un estomac, ils ont des poches dans les intes* tins, d'une si grande capacité, qu'on peut les comparer à la panse des animaux ruminans; et les lièvres ont l'intestin eœcum «IHine si grande longueur et d'un tel diamètre, qu'il équivaut au moins à un second estomac. Ainsi il n'est pas étonnant que ces animaux puissent se.nourrir d'herbe; et en général on. trouvera toujours que c'est de la eapadté totale de l'estomac et des intestins que dépend dans les animaux la diversité de leur manière de se nourrir; car les ruminans, comme le botuf , le bélier, le chameau , etc., ont quatre estomacs et des intestins d'une longueur prodigieuse; aussi vivent-âsd'herbe,
et l'herbe seule leur suffit. Les chevaux, les Anes , les Hèvres , les lapins, les cochons d'Aide , etc., n'ont qu'un estomac ; mais ils ont un eaeum qui équivaut à un second estomac, et ils vivent d'herbe et de graines. Les sangliers, les hérissons , les éonreuils , etc., dont l'estomac et les boyaux sont d'une moindre capacité, ne mangent que peu d'herbe, et vivent de graines, de fruits, et de racines; et ceux qui, comme les loups, les renards, les tieres, etc., ont l'estomacetles intestins d'une plus' petite capacité que tous les autres, relativement au volume de leur corps, sont obligés, pour vivre, de choisir les nourritures les plus succulentes, les plus abondantes en molécules organiques , et de manger de la chair et du sang, des graines et des fruits.
Cest donc sur ce rapport physique et néoessaire, beaucoup plus que sur la convenance du goût , qu'est fondée la diversité que nous voyons dans les appétits des animaux : car si la nécessité ne lesdéterminoit pas plus souvent que le goût, comment pourroient-ils dévorer la dhair infecte et corrompue avec autant d'avidité que la chair succulente et fraîcheP pourquoi mangeroientils également de toutes sortes de chair P Nous voyons que les chiens, domestiques, qui ont de quoi choisir, refusent assez constamment certaines viandes, conuhe la bécasse, la grive , le cochon , etc. , tandis que les chiens sauvages, les loups, les renards, etc., mangent également, et la chair du codbon, et la bécasse, et les oiseaux de toute espèce, et même les grenouilles, car nous en avons trouvé deux dans l'estomac d'un loup; «et lorsque la chair ou le poisson leur manque, ils mangent des fruits , des graines , des raisins, etc. , et ils préfèrent toujours tout ce qui, dans un petit volume, contient une grande quantité de parties nu^itives, c'esti-dire de molécules organiques propres à la nutrition et à l'entretien du corps.
Si ces preuves ne paroissent pas suffisantes , que l'on considère encore la manière dont on nourrit le bétail que l'on veut engraisser. On commence par la castration ; ce qui supprime la voie par laquelle les mo* lécules organiques s'échappent en plus grande abondance : ensuite , au lieu de laisser le boeuf à sa pâture ordinaire et à l'herbe pour toute nourriture , on lui donne du son , du grain, des navets, des alimens , en un mot,
5 lus substantiels que Therbe, et en très^peu e temps la quantité de la chair de l'animal augmente , les sucs et la graisse abondait , et font d'une chair assez dure et assez sèche
LE BOEUF
par eUe-mème une viande succulente et ai Donne , qu*eUe fait la base de nos meilleura rq>as.
Il résulte aosii de ce que noua venons de dire que FboBUBe, dont TestcHnae et les intestins ue «ont pas d'one très-grande capacité relativement au volume de son corps, ne pourroit pas vivre d'herbe seule : cependant il est prouvé par les faits qu*il pourroit bien vivre de pain, del^;unies, et d'autres graines de plantes , puisqu'on connoit des nations entières et des ordres d'hommes auxquels la religion défend de manger de rien qui ait eu vie. Mais ces exemples^, appuyés même de l'autorité de Pytbagore» et recommandés par quelques médecins trop amis de la diète , oe me paroissent pas suffisans pour nous convaincre qu'il y eût a gagner pour la santé des hommes et pour la multiplication du genre humain à ne vivre que de légumes et de pain , d'autant plus que les gens de la campagne , que le luxe des villes et la somptuosité de nos tables réduisent à cette façon de vivre â languissent et dépérissent plus tôt que les hommes de l'état mitoyen, auxquels l'inanition et les excès sont également inconnus.
Après l'homme, les animaux qnine vivent que de chair sont les plus grands destruo* leurs ; ils sont en même temps et les ennemis de la nature et les rivaux de l'homme : ce n'est que par une attention toujours nouvelle, et par des soins prémédités et suivis^ qu'il peut conserver ses troupeaux, ses Volailles, etc., en les mettant à l'abri de la sene de l'oiseau de proie , et de la dent carnassière du loup, du renard, de la fouine, de la belette, etc.; oe n'est que par une guerre continuelle qu'il peut défendre son grain, ses fruits, toute sa subsistance, et même ses vêiemens, contre la voracité des lats, des chenilles, des scarabées, desmites^ etc. : car les insectes sont aussi de ces bétes qui dans le monde font plus de mal que de bien; au lieu que le bœuf, le mouton, et les autres animaux qui paissent Therbe , non seulement sont les meilleurs , les plus utiles, les plua pécieux pour l'homme, puisqu'ils le nourrissent, mais sont encore ceux qui consomment et dépensent le moins : le bœuf surtout est à cet égard l'animal par excellence; car il rend à la terre tout autant qu'il en tire, et même il améliore le fonds sur lequel il vit : il engraisse ,son nâturage, au lieu que le cheval et la plupart des autres animaux «maigrissent en peu d'années les meilleures prairies.
Délais ce ne sont pas 1& les seuls avantages que le bétail procure à l'homme : sans le bœuf, les pauvres et les riches aiut»ient beaucoup de peine à vivre ; la terre demeureroit inculte; les champs, et même les jardins, seroient secs et stériles : c'est sur lui ^ue roulent tous les travaux de la campagne; il est le domestique le plus utile de la ferme, le soutien du ménage champêtre; il fait toute la force de l'agriculture : autrefois il faisoit toute la riphesse des hommes, et aujourd'hui il est encore la base de l'opulence des États, qui ne peuvent se soutenir et fleurir qna par la culture des terres et par l'abondance du bétail , puisque ce sont les seuls biens réels, tous lés autres, et même l'or et l'argent , n'étant que des biens arbitraires , des représentations , des monnoies de crédit , qui n'ont de valeur qu'autant que le produit de la terre leur en donne.
Le bœuf ne conrient pas autant que le cheval, Tàne, le chameau, etc., pour porter des fardeaux; la foime de son dos et de ses reins le démontre ; mais la grosseur de son cou et la largeurdeses épaules indiquent assez qu'il est propre à tirer et à porter le
i'oug : c*est aussi de cette manière qu'il tire e plus avantageusement; et il est singulier que cet usage ne soit ^ général, et que dans des provinces entières on l'oblige à tirer par les cornes : la seule raison qu'on ait pu m'en donner, c'est que quand il est attelé par les cornes, on le conduit plus aisément ; il a la tête très-forte , et il ne laiâse pas de tirer assez bien de cette façon , mais avec beaucoup moins d'avantage que quand il tire par les épaules. Il semble avoir été fait pour la diûrue ; la masse de son corps, la lenteur de ses mouvemeus , le peu de hauteur de ses jambes, tout , jusqu'à sa tranquillité et à sa patience dans le travail , semble concourir à le rendre propre à la culture des champs, et plus capable qu'aucun autre de vaincre la résistance constante et toujours nouvelle que la terre oppose à ses efforts. Le cheval, quoique peut-être aussi fort que le bœuf, est moins propre à cet ouvrage : il est trop élevé sur ses jambes ; ses mouvemens sont trop grands , trop brusques ; et d'ailleurs il s'impatiente et se rebute trop aisément; on lui ôte même toute la légèreté, toute la souplesse de ses mouvemens y toute la grâce de son attitude et de sa démarche, lorsqu'on le réduit à ce < travail pesant, pour lequel il faut plus de constance que d'ardeur , plus de masse que de vitesse, et plus de poids que de ressort.
ANIMAUX DOMESTIQUES
Daus les espèces d'animaux dontrhomnie a fait des troupeaux , et où la multiplicatioD est l'objet prîncipal, la femelle est plus nécessaire ) plus utile que le mAle. Le produit de la vacnie est un bien qui croit et qui se renouvelle à chaque instant : la chair du veau est une nouniture aussi abondante que saine et délicate ; le lait est Faliment des enfans; le beurre, Tassaisonnement de la plupart de nos metsf le fromage, la nonrriture la plus ordinaire des habitans de la campagne. Que de pauvres familles sont aujourd'hui réduites à vivre de leur vache ! Ces mêmes hommes qui tous les jours , et (lu malin au. soir, gémissent dans le travail et sont courbés sur la charrue, ne tirent de la terre que du pain noir, et sont obligés de céder à d'autres la fleur, la substance de leur grain; c'est par eux et ce n'est pas pour eux que lès moissons sont abondautes. Ces mêmes hommes qui élèvent, qui multiplient le bétail, qui le soignent et s'en occupent perpétuellement, n'osent jouir du fruit de leurs travaux; la chair de ce bétail f st une nourriture dont ils sont forcés de s'interdire l'usage , réduits par la nécessité (le leur condition, c'est-à-dire par la dureté des autres honunes, à vivre, comme les chevaux , d'orge et d'avoine , ou de légumes {grossiers et de lait aigre.
On peut aussi faire servir la vache à la charrue , et quoiqu'elle ne soit pas aussi forte que le bœuf, elle ne laisse pas de le remplacer souvent. Mais lorsqu'on veut l'employer à cet usage, il faut avoir attention de rassortir, autant qu'on le peut, avec uu bœuf de sa taille et de sa force, ou avec uue autre vache, afin de conserver l'égalité du trait et de maintenir le soc en équUibre f^ntre ces deux puissances : moins elles sont iuégales, et plus le labour de la terre en t'st régulier. Au reste , on emploie souvent six et jusqu'à huit bœufs dans les terrains fermes, et surtout dans les friches, qui se lèvent par grosses mottes et par quartiers , au lieu que deux vaches suffisent pour labourer les fen^aitts meubles et sablonneux. On peut aussi, dans ces terrains légers, pousser à chaque fois le sillon beaucoup plus loin que dans les terrains forts. Les anciens avoient borné à une longueur de cent vingt pas la plus grande étendue du sillon que le bœuf devoil tracer par une continuité non interrompue d'efforts et de mouvemens ; après quoi, disoient-ils, il faut cesser de l'exciter, et le laisser reprendre haleine pendant quelques momens avant que de |H)ursaivre le même sillon ou d'en commen-
cer un autre. Mais les anciens fiiisoient leurs délices de 1 étude de ragriculture , et raeiloient leur gloire à labourer eux-mêmes, on | du moins à favoriser le labour, à épargner ^ la peine du cultivateur et du boeuf; et parmi | nous ceux qui jouissent le plus des biens de celte terre sont ceux qui savent le moins estimer, encourager, soutenir Fart de la cultiver.
Le taureau sert principalement à la propagation de. l'espèce; et quoiqu'on puisse aussi le soumettre au travail , on est moins sûr de son obéissance, et il faut être en garde contre Tusage qu'il peut faire de sa force. La nature a fait cet animal indocile et fier; dans le temps du rut il devient indomptable, et souvent furieux; mais par la castration l'on détruit la source de ces mouvemens impétueux; et l'on ne retranchs rien à sa force : il n'en est que plus gros , plus massif, plus pesant, et plus propre à l'ouvrage auquel on le destine : il devient aussi plus traitable, plus patient, plus do* cile, et moins incommode aux autres. Un troupeau de taureaux ne seroil qu'une troupe effrénée que l'homme ne pourroil ni dompter ni conduire.
La manière dont se fait cette opération est assez connue des gens de la campagne : cependant il y a sur cela des usages trèsdiiférens, dont on n'a peut-être pas assez observé les différens enets. En général, l'âge le plus convenable à la castration est l'âge qui précède immédiatement la puberté. Pour le bœuf, c'est dix-huit mois ou deux ans; ceux qu'on y soumet plus tôt périssent presque tous. Cependant les jeunes veaux auxquels on ôte les testicules quelque temps après leur naissance, et qui survivent à cette opération si dangereuse à cet âge, deviennent des bœufs plus grands, plus gros, plus gras, que ceux auxqueb on ne fait la castration qu'à deux, trois, ou quatre ans; mais ceux-ci paroissent conserver -plus de courage et d'activité ; et ceux qui ne la subissent qu'à l'âge de six, sept, ou huit ans, ne perdent presque rien des autres qualités du sexe masculin: ils sont plus impétueux, plus indociles que les autres bœuts; et dans 1er temps de la chaleur des femelles ils cherchent encore à s'en approcher; mais il faut avoir soin de les en écarter : l'accouplemeot, et même le seul attouchement du bœuf fait naiti'e à la vulve de la vache des espèces de carnosités ou de verrues qu'il &ut détruire et guérir en y appliquant un fer rouge. Ce mal peut pvovenir de ce que ces bœufs, qu'on n'a que bîstownés, c'est-à-dire aux-
LE BOCUF.
quels OB a seidement comprime les testicules, florré et tordu les vaisseaux qui j aboutissent , ne laissent pas de répandre une liqueur apparemment à demi purulente, et qui peut causer des ulcères à la vulve de la vache , lesquels dégénèrent ensuite en carnosités.
Le printemps est la saison où les vaches sont le plus communément en chaleur : la plupart , dans ce pays-ci , reçoivent le taureau et deviennent pleines depuis le i5 avril jusqu'au i5 juillet; mais il ne laisse pas d'y en avoir beaucoup dont la chaleur est plus tardive , et d'autres dont la chaleur est plus précoce. Elles portent neuf niois, et mettent bas au eomraenoement du dixième. On a donc des veaux ea quantité depuis le i5 janvier jusqu'au i5 avril; on en a aussi pendant tout l'été assez abondamment; et l'automne est le temps où ils sont le plus rares. Les signes de la chaleur de la vache ne sont point équivoques : elle mugit alors très-fréquemment et plus violemment que dans les autres temps ; elle saute sur les vaches, sur les bœufe , et même sur les taureaux ; la vulve est gonflée et proéminente au dehors. Il faut profiter du temps de cette forte chaleur pour lui donner le taureau : si on laissoit diminuer cette ardeur, la vache ne retiendroit pas aussi sûrement.
Le taureau doit être choisi, comme le cheval étalon , parmi les plus beaux de son espèce : il doit être gros, bien fait et en bonne chair; il doit avoir l'œil noir, le regard fier, le front ouvert, la tête courte, les cornes grosses, courtes et noires, les oreilles longues et velues, le mufQe grand, le nez court et droit , le cou charnu et gros , les épaules et la poitrine larges, les reins fermes, le dos droit, les jambes grosses et cfaanines, la queue longue et bien couverte de poil, l'allure ferme et sûre, et le poil rouge. Les vaches retiennent souvent dès la première, seconde ou troisième fois; et sitôt qu'elles sont pleines, le taureau refuse de les couvrir, quoiqu'il y ait encore apparence de chaleur; mais ordinairement la chaleur cesse presque aussitôt qu'elles ont conçu, et elles refusent aussi elles-mêmes les approches du taureau.
Les vaches sont aussi sujettes a avorter lorsqu'on ne les ménage pas et qu'on les met à la charrue, au charroi, etc. Il faut même ks soigner davantage et les suivre de plus près lorsqu'elles sont pleines que dans les autres, temp, afin de les empêcher de sauter des haies, des fossés, etc. Il faut aussi les mettre dans les pâturages les plus
gras et dans un terrain qui, sans être trop numide et marécageux , soit cependant trcsabondant en herbes. Six semaines ou deux mois avant qu'elles mettent bas, on les nourrira plus largement qu'à Tordinaire, en leur donnant à l'étable de l'herbe pendant l'été, et pendant l'hiver du son le matin, ou de la luzerne, du sainfoin, etc. On cessera aussi de les traire dans ce même temps; le lait est alors plus nécessaire que jamais pour la nourriture de leur fœtus : aussi y a-i-il des vaches dont le lait tarit absolument un mois ou six semaines avant qu'elles mettent bas. Celles qui ont du lait jusqu'aux derniers jours sont les meilleures mères et les meilleures nourrices; mais ce lait des derniers temps est généralement mauvais et peu abondant II faut les mêmes attentions pour l'accouchement de la vache que pour celui de la jument; et même il paroit qu'il en faut davantage, car la vache qui met bas paroit être plus épuisée, plus latiguée que la jument On ne peut se dispenser de la mettre dans une élable séparée , où il faut qu'elle soit chaudement et commodément sur de la bonne litière, et de la bien nourrir, en lui donnant pendant dix ou douze jours de la farine de fèves, de blé ou d'avoine, etc., délayée avec de l'eau salée, et abondamment de la luzerne, du sainfoin, ou de bonne herbe bien mûre; ce temps suffit ordinairement pour la rétablir, après quoi on la remet par degré à la vie commune et au pâturage : seulement il faut encore avoir l'attention de lui laisser tout son lait pendant les deux premiers mois, le veau profitera davantage; et d'ailleurs le lait de ces premiers temps n'est pas de bonne qualité. On laisse le jeune veau auprès de sa mère pendant les cinq ou six premiers jours, afin qu'il soit chaudement et qu'il puisse téteiaussi souvent qu'il en a l)esoui ; mais il croit et se fortifie assez dans ces cinq ou six jours pour qu'on soit dès lors obligé de l'en séparer si l'on veut la ménager, car il l'épuiscroit s'il étoit toujours auprès d'elle. Il suffira de le laisser téter deux ou trois fois par jour ; cl si l'on veut lui ùàrt une bonne chair et l'engraisser promptement , on lui donnera tous les jours des œufs crus , du lait bouilli, de la mie de pain : au bout de > quatre ou cinq semaines ce veau sera excellent à manger. On pourra donc ne laisser téter que trente ou quarante jours le veau ({u'on voudra livrer au boucher; mais il faudra laisser au lait pendant deux meb au • moms ceux qu'on voudra nourrir : plus on les laissera teler, plus ils deviendront gros ,
AJXmjLim DOMESTIQUES.
et forts. On préCéren pour ks éleVer ceux qui seront nés aux mois d'avril, mai, et juin : les veaux qui naissent plus tard m ])euvent acquérir assez de force pour résister aux injures de l'hiver suivant; ils languissent par le froid et périssent presque tous. A deux, trois, ou quatre mois, on sèvrera donc les veaux qu'on veut nourrir; et avant de leur ôter le lait absolument, on leur donnera un peu de bonne herbe ou de foin fin pour qu'ils commencent à s'accoutumer à cette nouvelle nourriture; après quoi on les séparera tout^à-fait de leur mère, et on ne les en laissera point approcher ni à l'étable ni au pâturage, où cependant on les mènera tous les jours et où on les laissera du matin au soir pendant Télé : mais dès que le froid commencera à se faire sentir en automne , il ne faudra les laisser sortir que tard dans la matinée et les ramener de bonne heure le soir; et pendant l'hiver, comme le grand froid leur est extrêmement contraire, on les tiendra chaudement dans une étable bien fermée et bien garnie de litière; on leur donnera, avec l'herbe ordinaire, du sainfoin, de la luzerne, etc., et on ne les laissera sortir que par le temps doux. Il leur faut beaucoup de soin pour le premier hiver : c'est le temps le plus dan« gereux de leur vie; car ils se fortifieront assez pendant l'été suivant pour ne plus craindre le frt)id du second hiver.
La vache est a dix-huit mois en pleine puberté, et le taureau à deux ans; mais, quoiqu'ils puissent déjà engendrer à cet âge, on fera bien d'attendre jusqu'à trois ans avant de leur permettre de s'accoupler. Ces animaux sont dans la plus grande force depuis trois ans jusqu'à neuf; après cela les vaches et les taureaux ne sont plus propres qu'à être engraissés et livrés au boucher. Gomme ils prennent en deux ans la plus grande partie de leur accroissement, la durée de leur vie est aussi, comme dans la plupart des autres espèces d'animaux, à peu près de sept fois deux ans , et communément ils ne vivent guère que quatorze ou quinze ans.
Dans tous lei animaux quadrupèdes la voix du mâle est plus forte et plus grave qua celle de la femelle, et je ne crois pas qu'il y ait d'exception à cette règle. Quoique les anciens aient écrit que la vache , le bœuf, et même le veau, avoient la voix plus erave que le taureau, il est très-certain que Te taureau a la voix beaucoup plus forte, puisqu'il se fait entendre de bien plus loin que la vache, le boeuf, ou le veau. Ce
qui a fait croire qu'il avoit la voix moins grave, c'est que son muginement n'est pas un son simple, mais un son composé de deux on trois octaves , dont la plus élevée frappe le plus l'oreille; en y faisant attention, l'on entend en même temps un son erave, et plus grave que celui de la voix de la vache, du bœuf, et du veau, dont les mugissemens sont aussi bien plus courts. Le taureau ne mugit que d'amour; la vache mugit plus souvent de peur et d'horreur
3ue d'amour; et le veau mugit de douleur, e besoin de nourriture et de désir de sa mère.
Les animaux les plus pesans et les pins paresseux ne sont pas ceux qui dorment le plus profondément ni le plus longtemps. Le tMEuf dort, mais d'un sommeil court et léger; il se réveille au moindre bruit. Il se couche ordinairement sur ie côté gauche, et le rein ou le rognon de ce cdlé gauche est toujours plus gros et plus chargé de graisse que le rognon du côté droit.
Les boeufs, comme les autres animaux domestiques, varient par la couleur : cependant le poil roux parolt être le plus commun ; et plus il est rouge, plus il est estimé. On fait cas aussi du poil noir, et on prétend que les bœufs sous poil bai durent longtemps; que les bruns durent moins et se rebutent de bonne heure; que les gris, les pommelés, et les blancs, ne valent rien pour le travail, et ne sont propres qu'à être engraissés. Mais de quelque couleur que soit le poil du bœuf, il doit être luisant, épais, et doux au toucher; car s'il est rude, mal uni, ou dégarni, on a raison de supposer que l'animal souffre, ou du moins qu'il n'est pas d'un fort tempérament. Un bon bœuf pour la chamie ne doit être ni trop gras ni trop maigre; il doit avoir la tête courte et ramassée, les oreilles grandes, bien velues et bien unies, les eomes fortes, luisantes et de moyenne grandem', le front large, les yeux gros et noirs, le rauffle gros et camus, les naseaux bien ouverts, les dents blanches et égales, les lèvres noires, le oou charnu, les épaules crosses et pesantes, la poitrine large, le fanon, c'est-à-dire la peau du devant pendante jusque sur les genoux, les reins fort larges, le ventre spacieux et tombant, les flancs grands, les hanches longues , la croupe épaisse , les jambes et les cuisses grosses et nerveuses , le dos droit et plein, la queue pendante jusqu a terre et garnie de poils touffus et fins, les pieds fermes, le cuir grossier et maniable, les muscles élevés, et l'ongle
LE
eourt et large. U faut aussi qu*il soit sensible à Taiguillon, obéissant à la voix et bien dressé. Mais ce n'est que peu à peu , et en s'y prenant de bonne heure, qu'on peut accoutumer le bœuf à porter le joug Tolontiers et à se laisser conduire aisément Dès Tâge de deux ans et demi, ou trois ans au plus tard, il faut commencer à l'apprivoiser et à le subjuguer; si Ton attend plus tard, il devient iadocile, et souvent indomptable : la patience, la douceur, et même les caresses, sont les seuls moyens qu'il faut employer; la force et les mauvais traitemens ne serviroient qu'à le rebuter pour toujours. Il faut donc lui frotter le corps , le caresser, lui donner de temps en temps de Torge bouillie , des fèves concassées , et d'autres nourritures de cette espèce, dont il est le plus friand, et toutes mêlées de sel, (ju'il aime beaucoup. En même temps on lui liera souvent les cornes; quelques jours après on le mettra au joug, et on lui fera traîner la charrue avec un autre bœuf de la même taille et qui sera tout dressé ; on aura soin de les attacher ensemble à la mangeoire, de les mener de même au pâturage , afin qu'ils se connoissent et s'habituent à n'avoir que des mouyemens communs, et l'on n'emploiera jamais l'aiguillon dans les commencemens, il ne serviroit qu'à le rendre plus mtraitable. Il faudra aussi le ménager et ne le faire travailler qu'à petites reprises , car il se fatigue beaucoup tant qu'il n'est pas toul-à-fait dressé; et, par la même raison, on le nourrira plus largement alors que dans les autres temps.
Le bœuf ne doit servir que depuis trois ans jusqu'à dix : on fera bien de le retirer alors de la charrue pour l'engraisser et le vendre; la chair en sera meilleure que si Ton attendoit plus long-temps. On reconnoit l'âge de cet animal par les dents et par les cornes : les premières dents du devant tombent à dix mois, et sont remplacées par d'autres qui ne sont pas si blanches et qui sont plus larges ; à seize mois les dents voisines de celles du milieu tombent et sont aussi remplacées par d'autres ; et à trois ans toutes les incisives sont renouvelées : elles sont alors égales, longues, et assez blanches. A mesure que le bœuf avance en âge , elles s'usent et deviennent inégales et noires: c'est la même chose pour le taureau et pour la vache. Ainsi la castration ni le sexe ne changent rien à la crue et à la chute des dents. Cela ne change rien non plus à la chute des cornes ; car elles tombent également à trois ans au taureau, au bœuf, et à