‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémens (volume 2)Chapitre 100 sur 146 · COMMUNS AUX DEUX GOIOINENTS · texte numérisé non relu

COMMUNS AUX DEUX GOIOINENTS

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pagnoift n'auroient pu manqué d'en tirer le même avantage et de faire le même commerce, si la civette se fût eA effet trouTée daus la Nouvelle-E^uigne.

De la même manière que les nomendateurs ont quelquefois i>eHpIé mal à propos le T^ou veau-Monde d*animaux qui ne se trouvent que dans l'ancien continent, ils ont aussi •transporlé dans celui-ci ceux de l'autre : ils ont mis des philandres aux Indet orientales , d'autres à Amboine , des paresseux à Ceyîan; et cependant les philandres et les paresseux sont des animaux d'Amérique si remarquables, l'un par l'espèce de sac qu'il a sous le ventre et dans le({uel il porte ses petits , l'auti'e par l'excessive lenteur de sa démarche et de tous ses mouvemens , qu'il ne seroit pas possible , s'ils eussent existé aux Indes orientales, que les vo)ageurs n'en eussent fait mention. Seba s'appuie du témoignage de François Falentin , au sujet du philandre des Indes orientales ; mais cette autorité devient pour ainsi dire nulle, puisque ce François Yalentin connoissoit si peu les animaux et les poissons d'Amboine , ou que ses descriptions sont si mauvaises, qu'Arledi lui en fait le reproche et déclare qu'il n'est pas possible de le reconnoître aux notices qu'il en donne.

Au reste, nous ne prétendons pas assurer affirmativement et généralement que de tous les animaux qui habitcni les climats les plus chauds de l'un ou de 1 autre continent, aucun ne se trouve dans tous les d< ux à la fois; il faudroit, j)Our en être physiquement certain , les avoir tous vus : nous prétendons seulement en être moralement sûr, puisque cela est évident pour tous'les grands animaux , lesquels seuls ont été remarqués et Lien désignés par les voyageurs; que cela est encore assez flair pour .la plupart des petits, et qu'il en reste peu sur lesquels nous ne puissions prononcer. D'ailleurs, quandil se Irouveroit à cet égard quelques excepiions évidentes (ce que j*ai bien de la peine à imaginer), elles ne porteroient jamais que sur un ti'ès-petit nombre d'animaux , et ne détrtiiroieni pas la loi générale que je viens d'établir, et qui me paroît cire la seule boussole qui puisse nous guider dans la connoissance des animaux. Cette loi , qui se réduit à les juger autant par le climat cft par le naturel que par la figure et la conformation, se trouvera très-rarement en défaut , et ^lous fera prévenir ou recomioitre beaucoup d'erreurs. Supposons, par exemple, qu'il soit question a'un animal d'Arabie , tel que l'hyène : nous pourrons assurer, sans crainte

de nous tromper, qu'il ne se trouve point en Laponie; et nous ne dirons pas, comme quelques-uns de nos natucalistes, que Ihyène et le glouton sont le même animal. Nous ne dirons.pas, avec Kolbe, que le renard croisé, qui habite les parties 1^ pltis boréales de I ancien et du nouveau continent, se trouve eu même temps au cap de Bonne-Ei^rance^ et nous trouverons que Tauimal dont il parle n'est point un renard, mais un chacaL Nous reconnoitrons que l'animal du.cap de fionne- Espéranoe, que le même auteur désigne par le nom de cochon de terre, et qui vit de fourmis, ne doit pas être confondu avec les fourmiliers d'Amérique , et qu'en effet cet animal du Cap est vraisemblablement le lézard écailleux, qui n'a île commun avec les fourmiliers que de manger des fourmis. De même, s'il eût fait attention que Téian est un animal du Nord, il n'eût pas appelé de ce nom un animal d'Afrique qui n'est qu'une gazelle. Le phoca, ^ui n'habite que le rivage des meis septentrionales, ne doit pas se trouver au cap de IVonne-Espérance. La genette, qui est un animal de l'Espagne, de l'Asie mineure, etc., et qui ne se trouve que dans l'ancien continent , ne doit pas être indiquée par le nom de coati, qui est américain, comme on le trouve dans M. Klein. Vjrzfjfulepati du Mexique, animal qui répand une odeur em|iestée, et que par celte raison nous appellerons moi/^ît/t;, ne doit pas être pris pour un petit renard ou pour un blaireau. Le coati -mondi d'Amérique ne duit pas être confondu , comme Ta fait Aldroxande, avec le blaireau-cochon, dont on n a jamais parlé que comme d'un aninud d'Europe. Mais je n'ai pas entrepris d'indiquer ici toutes les rrreurs de la nomenclaiure des quadrupèdes; je veux seulement prouver qu'il y en aiux)it moins, si l'on eût fait quelque attention à la différence des climats; si Ton eût assez étudié l'histoii^e des animaux pour reconnoitre, conime n^* l'avons fait le premier, que ceux des parties méridionales de cliaque continent ne se trouvent pas dans les deux à la fois; et enfin si l'on se fût en même temps abstenu de faire des noms génériques qui confondent ensemble une grande quantité d'espèces non seulement différentes, mais souvent très-éloignées les mies des autres.

Le vrai travail d'un nomenclateur ne consiste j;)oint ici à faire des recherches pour alloneer sa liste, mais des com^iaraisons raisonnees pour la raccourcir. Rien n'est plus aisé que de prendre, dans tous les auleiuv qui ont écrit des animaux, les noms et kt

ANIMAUX

phrases pour en faire une tahie qui deviendra d*autant plus longue qu'on examinera moins; rien n'est plus difficile que de les comparer avec assez de discernement pour réduire cette table à sa juste dimension. Je le répète, il n*y a pas, dans toute la terre habitable et connue, deux cents espèces d'animaux quadrupèdes, en y comprenant même les singes pour cniarante : il ne s*agit donc que de leur assigner à chacun lour nom; et il ne faudra, pour posséder parfaitement celte nomenclature, qu'un trcs-niédîocre usage de sa mémoire, puisqu'il ne s'agira que de retenir ces deux cents noms. A quoi sert-il donc d'avoir fait, pour les quadnipèdes, des classes, des genres, des méthodes , en un mot , qui ne sont que des échafaudages qu'on a imaginés poiu* aider la mémon*e dans la connoissance des plantes , ,dont le nombre est en effet trop grand , les différeiices trop petites, les espèces trop peu constantes, et le détail trop minutieux et trop indii'férent pour ne pas les considérer par blocs, et en faire des las ou des genres, en mettant ensemble celles qui paroissoient se ressembler le plus? car, comme dans fautes les productions de Tesprit ce qui est absolument inutile est toujours mal imaginé et devient souvent nuisible, il est arrivé qu'au lieu d'une liste de deux cents noms , à quoi se réduit toute la nomenclature des quadrupèdes, on a fait des dictionnaires d'un SI grand nombre de termes et de phrases , qu'if faut plus de travail pour les débrouiller qu'il n'en a fallu pour les composer. Pourquoi faii*e du jargon et des phrases lorsc{u'on peut parier clair en ne prononçant qu*un nom simple ? pourquoi changer toutes les acceptions des termes, sous le prétexte de faire des classes et des genres ? pourquoi , lorsqu'on fait un genre d'une douzaine d'animaux, par exeniple, sous le nom de ^enre du tapin, le lapin même ne s'y trouve-t-il pas, et qu'il fauj l'aller chercher dans le genre du lièvre ? N*est-il pas absurde , disons mieux , il n'est .que ridicule de faire des classes où l'on rassemble les genres les plus éloignés ; par exemple, de mettre ensemble dans la première l'homme et la chauve souris , dans la seconde Féléphant et le lézard écailleux, dans la troisième le lion et le furet , dans la quatrième le cochon et la taupe, dans la cinquième le rhinocéros et le rat , etc. Ces idées mail conçues ne peuvent se soutenir: aussi les ouvrages qui les contiennent sont-ils successivement détruits par leurs propres AUteui^; une édition contredit l'autre, et le

tout n*a de mérite que pour des écoliers ou desenfans, toujours dupes du mystère, à qui l'air méthodique paroît scientifique, et

2ui ont enfin d'autant plus de respcM^t pour !ur maître qu'il a plus d'art à leur présenter les choses les plus claires et les plus aisées sous un point de vue le plus obscur et le plus difficile.

En comiiarant la quatrième édition dt Touvrage Je M. Linnœus avec la dixième

a ne nous venons de citer, l'homme n^est pas ans la première classe ou dans le premier ordre avec la chauve-souris, mais avec le lézard écailleux; l'éléphaut, le cochon, le rhinocéros , au lieu de se trouver le premier avec le lézard écailleux , le second avec la taupe et le troisième avec le rat , se trouvent tous trois ensemble avec la musaraigne; au lieu de cinq ordres ou classes principales, anthropomorpha , ferœ, s lires , jumentûf pecoray auxquelles il avoit réduit tous les quadrupèdes, l'auteur, dans cette dernière édition, en a fait se\A.^ primate^', brutœ, ferœ, tesfiœ, glires , pecora, bclUtœ, On peut juger, par ces changemens essentiels et ti'ès-généraux , de tous ceux qui se trouvent dans les genres, et combien les espèces, qui sont cependant les choses réelles, y sont ballottées, transportées et mal mbes ensemble. Il y a maintenant deux espèces d'hommes, l'homme de jour et l'homme de nuit; ^horno diurnus sapiens^ homo nocturnus troglodjrtes : ce sont, dit l'auteur, deux espèces très distinctes, et il faut bien se garder de croire que ce n'est qu'une variété. N'est-ce pas ajoutei* des fables à des absurdités.'* et peut- on présenter le résultat des contes de bonnes femmes , ou les visions mensongères de quelques voyageurs suspects , connne faisant partie principale du système -de la nature ? De plus , ne vaudroit-ii pas mieux se taire sur les choses qu'on ignore , que d'établir des caractères essentiels et des diffmnces générales sur des erreurs grossières , en assurant , par exemple , que dans tous les animaux à mamelles la femme seule a un clitoris, tandis que nous savons, par la dissection que nous avons vu faire de plus de cent espèces d'animaux , que le clitoris ne manque à aucune femelle ? Mais j'abandonne cette critique, qui cependant pourroit être beaucoup plus longue, parce qu^ellene fait point ici mon principal objet ; j'en ai dit assez pour que l'on soit en garde contre les erreurs, tant générales que pai'ticulières, qui ne se trouvent nulle part en aussi grand nombre que dans ces ouvrages de nomenclature, paree que, voulant y tout compren-

œMMUNS AUX DEUX CONTINENTS.

dre , on est forcé d'y réunir tout ce que l'on ne «ait pas au peu qu'on «ùt

En tirant des conséauenoes générales de tout ce que nous avons ait, nous trouverons qiie rhomme est le seul des êtres vivans dont la nature soit assez forte, assez étendue, assez flexible, pour pouvoir subsister, se multiplier partout , et se prêter aux influences de tous les climats de la terre ; nous verrons évidemment qu'aucun des animaux n'a obtenu ce grand privilège ; que , loin de pouvoir se oMiltiplier partout, ia plupart sont bornés et confines dans de certains climats, et même dans des contrées partiralières. L'homme esi en tout l'ouvrage du ciel ; les animaux ne sont à beauroup d'é* gards que des productions de la terre : ceux d'un continent ne se trouvent pas dans 1 au* tre ; ceux qui s'y trouvent sont altérés , rapetisses, changes souvent an point d'être méconnoissabl^. En faut-il plus pour être convaincu que Tempreinte de leur forme n'est pas iuallérable; que leur nature, beaucoup moius constante que celle de Thorome, peut se varier et même se changer absolument avec le temps; que par la même raisbn les espèces les moins parfaites , les plus délicates, les plus pesantes, les moins agissantes, les moins armées, etc., ont déjà disparu ou disparoilrout ? Leur état , leur ¥ie , leur être dépendent de la forme que Vhomme domie on laisse à la surface de la terre.

Le prodigieux mahmout, animal quadrupède , dont nous avons souvent considéré tes ossemens formes avec étonnemeni, et que nous avons jugé six fois au moins plus grand que le plus fort éléphant, n'existe plus nulle part; et cependant on a trouvé de ses dépouilles en plusieurs endroits éloignés les uns des autres, comme en Irlande, en Sibérie, à la Louisiane t etc. Cette espèce éloit certainemeul la première, la plus grande, la plus forte de tous lesqnadnipèdes : puisqu elle a dispani, combien d'autres plus petites, dIns foibles et moins remarquables, ont dû périr aussi sans nous avoir laissé ni témoignages ni renseignemens scir leur existence passée ! combien d'autres espèces s'étant déna; urées, c'est-à-dire perieciionnées ou dégradées par les grandes vicissitudes de 4a terre et des eaux, par l'abandon ou la culture de la nature, par la longue influence d'un climat devenu contraire ou favorable , ne sont plus les mêmes qu'elles étoient autrefois ! et cependant les •nijDaux quadiupèdes sont î après l'homme.

les êtres dont la nature est la plus fixe et la forme la plus constante : celle des animaux et des poissons varie davantage ; celle des insectes, encore pins; et si l'on descend jusqu'aiu plantes, que l'on ne doit point exclure de la nature \ivante , on sera surpris de la promptitude avec laquelle les espèces varient, et de la facilite qu'elles ont à se dénaturer en prenant de nouvelles formes.

Il ne seroit donc pas impassible que, même sans intervertir Vordre de la nature, tous ces animaux du Nooveait-Monde ne fassent dans le fond les mêmes que ceux de l'ancien, desquels ils anroient autrefois tiré leur origine : on pourroit dire qu'en ayant été séparés dans la suite par des mers immenses, ou par des terres impraticables, ils auront avec le temps reçu toutes les impressions, subi tous les effets d'un climat devenu nouveau lui-même, et quLaur«i^allSsi changé de qualité par les causes mêmes <pti ont produit la séparation ; que par conséquent ils se seront avec le temps rapetisses, dénaturés , etc. Mais cela ne doit pas nous empêcher de les regarder aujourd'hui comme des animaux d'espèces différentes : de quelque cause que vienne cette différence, qu'elle ail été produite par le temps, le climat et la terre, ou qu'elle soit de même date que la création , elle n'en est pas moins réelle. La nature , je l'avoue , est dans un mouvement de flux continuel ; mais c'est assez pour l'homme de la saisir dans ITiistant de son siècle , et de jeter quelques regards en arrière et en avant pour tâcher d entrevoir ce que jadis elle pouvoit être,^et ce que dans la suite elle pourroit devenir.

£t à l'égaid de l'utilité particulière que nous pouvons tirer de ces i«cherches s^r la comparaison des animaux, on sent bien qu'indépendamment des eorrections de la nomenclature, dont nous avons donné quelques exemples, nos connoissauces sur les animaux en seront plus étendnes , moias imparfaites et plus sûres ; que nous risquerons moins d'attribuer à un animal d'Amérique ee qui n'appartient qu'à celui des Indes orientales qui porte le même nom; qu'en parlant des animaux éttungers sur les notices des voyageura nous saurons mieux distinguer les noms et les foitsf et les rapporter aux vraies espèces; qu'enfin l'histoire des animaux que nous sommes ehergé d'écrire en sera moins iauiive,'et peut-être plus lumineuse et pins complète*

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surrs DES animaux carnassiers.

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