LE JAGUAR
noms propres quMI portoit au Brésil, au Mexique, etc. Les premiers qui en aiest donne une description détaillée sont Pison et Marcgra^e: ils t'ont aj)pelé y<i^«ora au lieu de janouara , qui etoit son nom en tangue brasilienne : ils ont aussi indiqué
le poil plus long que k panthère et pluï coliri que ronce ; il Ta crêpé lorsqu'il est jeune , et lisse lorsqu'il devient adulte. Nous n'avons pas vu cet animal vivant, mais on noits l'a envoyé bien entier et bien conservé dans une liqueur préparée ; et c'est sur ce
sujet que nous en avons fait le dessin. II* un autre animal du même genre et peuta voit été pris- tout peiit,. et élevé dans la * " " maison jusqu'à l'âge de deux ans , qu'on le fit tuer pour nous l'envoyer » ; il n'avoit donc pas encore acquis toute l'étendue de ses dimensions naturelles : mais il n'en est pas moins évident , par la seule inspection de cet animal, âgé de deux aus, qu'il est à peine de la taille d'un dogue ordinaire ou de moyenne race , lorsqu'il a pris son accroissement entier. C'est cependant ranimai le plus formidable, le plus cruel; c'est, en un mol, le tigre du Nouveau-Monde, dans lequel la nature semble avoir rapetissé tous les genres d'animaux quadrupèdes. Le jaguar. vit de proie comme le tigre : mais il ne faut, pour le faire fuir, que lui présenter un tison allumé, et même , lorsqu'il est repu , il perd tout courage et toute vivacité ; un chien seul suffit pour lui donner la chasse : il se ressent en tout de l'indolence du climat ; il n'est léger, agile , alerte, que quand la faim le presse. Les sauvages , naturellement poltrons, ne laissent pas de redouter sa rencontre: ils. prétendent qu'il a pour eux un goût de Différence ; que quand il les trouve «ndormfs avec des Européens, il respecte ceux-ci et ne se jette qiSe sur eux. On conle la même chose du léopard : on dit qn'il préfère les hommes noirs aux
être de la même espèce sous le nom de J-aguarète. Nous l'avons distingué du jaguar dans notre énumcration , comme l'ont fait ces deux auteurs , parce qu'il y a quelque ' apparenceque.ee peuvent être des animaux d'espèce différente ; cependant, comme nous n'avons vu que l'un de ces deux ani- » maux , nous ne pouvons pas décider si ce» sont en. effet deux espèces distinctes , ou si ce n'est qu'une variété de la même espèce. Pison et Marcgrave disent que le jaguarcte diffère du jaguar eu ce (|u'il a le poil plus court, plus lustré, et d'une couleur toute différente , étant noir , semé de taches encore plus noires. Mais , au reste , il ressemble si fort au jaguar par la forme du CiMrps, par le naturel , et par les habitudes, qu'il se ponrroit que ce ne fût qu'une variété de la même espèce; d'autant plus qu'on a di\ remarquer , par te témoignage même de I^ison , que dans tes jaguars ta coi^ltur du fond du poil et celle des taches dont il est marqué varient dans les différents individus de cette même espèce. 11 dit que les uns sont marqués de taches noires t et \es auires de taches rousses ou jannes ; et à l'égard de la différence totale delà couleur, c'est-^-dire du blanc , du giis , ou du fauve au noir, on' ta trouve dans plusieurs autres espèces d'à*
blancs ) qu'if semble les connoître à l'odeur,' nimaux : il va des loups noirs , des renards et qu'il lés choisit la nuit comme le jour. noirs, des écureuils noirs, etc. Et si ces
Les auteurs qui ont écrit l'histoire du Nouveau-Monde ont presque tous fait mention de cM animal, les uns sous le nom de tigre ou de léopard, les autres sous les
■^ I. Cet animât noas a été envoyé, «otis le nom
de c/iat-Ugre, par M. Pages, médecin du roi au
cap dans l'île Saint-Domingue. Il me marque, par
la lettre qui étoit jointe à cet envoi , que cet ani*
mal étoît arrive à Sai.nt-Dpmingae par un vaisseau
espagnol qui l'a voit amené de la grande terre, où
il est très-commun : il ajoute qu'il avoit deux ans
quand il l'a fait tuer, qu'il n'éioit pas si gros , et
qu'il s'est renflé dans l'esprit du lafia ; qu'il buvoit,
inangcoit et faisoit le même cri qu'un chat quj n'est
pas' privé; qu'il miauloit ft qu'il mangcoit plus
volontiers encore le poisson que la viande. Pison
rt Marcgrave disent de môme que les jaguars du
Brésil aiment beaucoup le poisson. I^e nom de
chat- tigre qne lui donne M. Pagèa ne nous a pas
empêché de le rcconnoître pour le jaguar, parce
que co nom du Brésil n'est pas en usage parmi les
François des colonies,' et qu'ils appeUent iodlstiuct«
ment ekatS'tigres les chat-pards et les tigres
BvFPOir. V,
variations de la nature sont plus rares dans les animaux sauvages <]ue dans les animaux domestiques, c'est que le nombre des hasards qui peuvent les produire est moins grand dans les premiers, dont la vie étant plus uniforme , la nourriture moins variée , la liberté plus grande que dans les derniers, leur nature doit être plus constante , c'est-à-dire moins sujette aux changemens et à ces variations qu'on doit regarder comme accidentelles, quand elles ne tombent que sur la couleur du poil.
Le jaguar se trouve au Brésil , au Paraguay , au Tucuman, à la Guiane, au pays des Amazones , au Mexique , et dans toutes les contrées méridionales de l'Amérique : il est cependant plus rare à Cayenne que le couguar , qn'ils ont appelé tigre rouge ; et le jaguar est maintenant moins commun au Brésil, qui paroit être son pays uatal|
ANIMAtHL CAKNASSICRS.
cpt*!! ne rétoît aùtrHbis : ob a mis sa tète i prix ; on CD a beaucoup détruit ; et il s^eft retiré ioin des côtes dans la profondeur des terres. Le ja|[iiarèff a toujours été plus rire, on du nioius il s'éloifpie encore plus des lieux liaLilés ; et le petit nombre des jroya- ^eun qui en ont fait mention paroissent n*en parler que d'après MarcgraTe et Pisoo^