‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémens (volume 2)Chapitre 131 sur 146 · LE PÉCARI, OU LE TAJACU · texte numérisé non relu

LE PÉCARI, OU LE TAJACU

L*ESPEci dn pécari est Tune des plus tiom^ brciises et des plus remarquables parmi les animaux du Nonveau-Moude. Le pécari ressemble , au premier coup d'œtl , à notre saitglier, ou plutôt au cochou de Siam, qui, comme nous l'avons dit, n'est, ainsi que notre codion domestique , qu'une variété du sanglier ou cochon sauvage; aussi le pécari a-t-il été appelé sanglier ou cochon d'Ame» rkfue ; cependant il est d'une espèce partientière et qui ne peut se mêler avec ceile de nos sangliers ou cochons, comme nous nous en sommes assurés par des essais réitérés, ayant nourri et gardé pendant plus de deux ans un pécari avec des truies sans qu'il ait rien produit. Il digère encore du eochon par plusieui^ caractères essentiels, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur : il est de moindre corpulence et plus bas sur ses jambes ; il a l'estomac et les iutestins différemment conformes ; il n'a point de queue; ses isies sont beaucoup plus rudes que celles du sanglier; et enfîn il a sur le dos, près de la croupe, une fente de deux ou trois lignes de largeur, qui pénètre à plus d'un pouce de profondeur , par laquelle suinte une humeur ichoreuse fort abondante et d'une odeur très-désagréable : c'est de tous les animaux le seul qui ait une ouverture dans cette région du corps ; les civettes , le blaireau , la genette, ont le réservoir de leur parfum au dessous des parties de la génération; l'ondatra, ou rat musqué de Canada, le musc, ou chevreuil de musc, l'ont sous le ventre. La liqueur qui sort de cette ouverture que le pécari a sur le dos est fournie par de grosses glandes que M. Daubenton a décrites avec soin, aussi bien que toutes les auti'es singularités de conformation qui se trouvent dans cet animal. On en voit a\issi une bonne description faite par Tyson dans les Transactions philosophiques y «** i53. Je ne m'arrêterai pas à exposer en détail les observations de ces deux habiles anatomistes , et je remarquerai seulement que le docteur Tyson s'étoit trompé en assurant que cet animal avoit trois estomacs, ou , comme }e dit Ray, un gésier et deux estomacs.

M. Daubenton déniMitre clairement qu'il n*a qu'un seul estomac , mais partagé par deux étranglemens qui fen fontparoitre trois ; qu'il n'y a qu'une seule de ces trois poches qui ait une issue de sortie ou pylore, et que, par conséquent , dn ne doit regarder les deux autres polies qne comme des appendices ou plutôt des portions du même estomac , et non pds comme des estomacs différens.

Le pécari pourroit devenir animal domestique comme le cochon : il est à peu près du même naturel ; il se nomrit des mêmes alimens : sa chair, quoi(|ue plus sèche et moins oliargce de lard que celle du cochon , n'e&t pas mauvaise à man'ger; elle deviendroit meilleure par la castration. Lorsqu'on rmi manger de cette viande , il faut avoir grand soin d'enlever ati mêle non seulement Itt parties de ta génération , comme l'on fait au sanglier , mais encore toutes les glandes qui «boutissent à l'ouverture du dos dans le mâle et dans la femelle : il faut même faire ces oi>érfttions au moment qu'on met à mort l'animal ; car si l'on attend seulement une demi-heure, sa chair prend une odeur si forte qu'elle tfest plus mangeable.

Les pécaris sont très-nombreux dans tous les climats chauds de l'Amérique méridionale; ils vont ordinairement par troupes, et sont quelquefois deux ou trois cents ensemble : ils ont le même instinct que les cochons pour se défendre, et même pour attaquer ceux surtout qui veulent ravir leurs petits; ils se secourent mutuellement, ils enveloppent leurs ennemis , et blessent souvent les chiens et les chasseur.'?. Dans leur pays natal, ils occupent plutôt les montagnes que les lieux bas; ils ne cherchent pas les marais et la fange comme nos sangliers ; ils se tiennent dans les bois , où ils vivent de fruits sauvages , de racines , de graines : ils mangent aussi les serpens, les crapauds, les lézards , qu'ils écorchent auparavant avec leurs pieds. Ils produisent en grand nombre et j)eut-être plus d'une fois par an ; les petits suivent bientôt leur mère, et ne s'en

LE PECAM Ordre Jeu- Pachydermes, ^nre Cochon /Oaùr/

ILE IPOJLATOlL'CinJE Oi-dre- de<r Rono^urs. Genres Scureuil. fOuiùr/

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