‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémens (volume 2)Chapitre 140 sur 146 · LES TATOUS · texte numérisé non relu

LES TATOUS

que perpencbculairement. Il ne court que la nuit , mauge des vers de terre , des poux de bois et des fourmis : sa. chair est assez bonne à manger et a un peu du goût du cochon de lait. Le petit tatou gris cendré ne fait que quatre ou cinq petits; mais il fouille la terre encore plus bas que l'autre , et il est aussi .plus dilficile à prendre ; il sort de son trou pendant le jour quand la pluie Tinoude, autrement il ne sort que la nuit. On trouve tou

jours ces tatous seuls , et Ton connoit qu'ils

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M. de La ^orde dise que sa queue est sans cuirasse , ce qui mériteroil d*être vérifié.

Nous donnons encore ici la figure d'un tatou à neuf bandes mobiles et à très-longue

3ueue. La description et la figuré se trouvent ans les Transactions phîlosonhiques , volume LIV, planche VII. M. William Watson, docteur eu médecine , a donné la description de ce tatou, dont voici l'extrait : Cet animal étoit vivant à Londres, chez milord Southwell ; il venoit d'Amérique ; cependant la fisont dans leurs trous lorsqu'on en voit sortir, ,gure que cet auteur en donne dans les Trans- UD grand nombre de certaines mouches qui actions plûtosophiques n'a été dessinée qu'a-

suivent ces animaux à l'odeur. Quand on """" *'— * — ' " -' -'""* " — ---

creuse pour les prendre , ils creusent aussi de leur côié , jetant la terre en arrière , et bouchent tellement leurs trous, qu'on ne sauroit les en faire- sortir en y faisant de la fumée. Ils font leurs petits au commencement de la saison des pluies. »

Il me paroit qu'on doit rapporlei* le grand tatou noir dont parle ici M. de La Borde au kàbassou dont nous avons donné la figure, qui est en effet le plus grand de tous les tatous ; et que Ton peut de même rapporter le petit tatou gris de fer au tatuèle, quoique

près l'animal mort , et c'est par cette raison qu'elle est un peu dure etToide, comme elle l'est aussi dans la planche que nous donnons ici. Cet animal pesoit sept livres , et n^étoit que de la grossçur d'un chat ordinaire ; c'étoit im mâle, qui àvoit même, assez grandi pendant quelques mois qu'il a vécu chez milord Southwell; on le nourrissoit de viande et de lait; il refusoit de manger du grain et des fruits. Ceux qui l'ont apporté d'Amérique ont assuré qu'il fouilloit la terre pour s'j logec

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LE PACA.

LE^ca est un animal du Nouveau-Monde qui se creuse un terrier comme le lapin , auqAel on l'a souvent comparé, et auquel cependant il ressemble très-peu : il est beaucoup phis graud que 1q lapin et même' que le lièvre ; il a le corps plu9 gros et plus ramassé , la tête ronde et le nluseau court : il est gras et replet, et il ressemble plutôt > par la forme du corps à un jeune cochon, dont il a le grognement, l'allure et la manière de manger ; car il ne se sert pas , comme le lapin, de ses pattes de devant» pour porter à

1 . Hoc genus animaiium pilis et voce porceilum référant i dentibus et figura eapitis , et ctiain magni- Tudine , cuniculum ; auribus murem ; suntque tinguiaria et sut gèneris (fl^-, Synops. quadrup., page aay). 11 est certain, comme le dit Ray, que cet animal est de son genre; il auroit pu ajouter qu'il ressemble ericore au cochon de lait par la forme do corps , par le goût et la blaocbeor de la chair, par la graisse et par l'épaisseur de la peau; et il auroit dû dire qu'il a le corps plus gros et plus rond que le lapin. *

a. Marcgrave s'est trompé en ne donnant & cet animal que quatre doigts à cbflquQ pied , il est certain qu'il" en a cinq à tou^ les pieUs : le pouce est seuiemeut boaucoup plus court que les autres doigtSi %\ il u'est apparent que par l'Dugle,

sa gueule, et il fouille la terre comme le cochon pour trouver sa subsistance. Il habile le bord des rivières, et ne se trouve que dans les lieux humides et chauds de l'Amérique méridionale. Sa chair est très-bonne à manger, et si grasse qu'on ne la larde jamais; on mange même la peau, comme celle du cochon de lait : aussi lui fait-on continuellement la guerre. Les chasseurs ont de la peine à le prendre vivant ; et quand on le surprend dans son terrier, qu'on découvre en devant et en arrière , il se défend et cherche même à se venger en mordant avec autant d'acharueifieiit que de vivacité. Sa peau , quoique couverte d'un poil court et rude , fait une as^ez beHe founnire, parce qu'elle est régulièrement tachetée sur les côtés. Ces animaux produisent souvent et en grand nombre; les hommes et les animaux de proie en détruisent beaucoup , et cependant l'espèce en est toujours à peu près également nombreuse : elle est naturelle et particulière à l'Amérique méridionale , et ne se trouve nulle part dans Fancien continent.

* Comme nous n'avons donné que la figure dessinée siir un très-jeune paca qui n'ar

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Toit paa encore pris la moitié de son accroissement » et qu'il nous est arrivé un de ces animaux vivant qui étoit déjà plus grand que celui que nous avons décrit , je l'ai fait nourrir dans ma maison , et depuis le mois d août dernier 1774 jusqu à ce jour, 28 mai 1775, il n'a cessé de grandir assez considérablement. J'ai donc cru devoir le faire dessiner et en donner la figure avec les observations que l'on a faites sur sa manière de vivre. Le sieur Trécourte les a rédigées avec exactitude , et je vais en donner ici l'extrait.

On a fait construire pour cet animal une petite loge en bois dans laquelle il demeuroit assez tranquille pendant le jour, surtout lorsqu'on ne le laissoit pas manquer de nourriture ; il semble même affeclionuer sa retraite tant que le jour dure, car H s'y retire de lui-même après avoir mangé ; mais dès que la nuit vient, il marque le désir violent qu'il a de sortir ens'agitant continuellement et en déchirant avec les dents les barreaux de sa prison ; chose qui ne lui arrive jamais pendant le jour , à moins que ce ne soit pour faire ses besoins : car non seulement il ne fait jamais, mais même il ne peut souffrir aucune ordure dans sa petite demeure; il va pour faire les siennes au plus loin qu'il peut. Il jettesouvent la paille qui lui sert de litière dès qu'elle a pris de l'odeur , comme pour en demander de nouvelle; il pousse cette vieille paille dehors avec son museau, et va chercher du linge et du papier pour la remplacer. Sa loge ii'étoit pas le seul endroit qui parût lui plaire; tous les recoius obscurs sembloienl lui convenir; il établissoit souvent un nouveau gîte dans les armoires qu'il truuvoit ouvertes , ou bien sous les fourneaux de l'office et de la cuisine ; mais auparavant il s'y préparoit un lit, et quand il s'étoit une fois donné la peine de s'y éiablir, on ne ponvoit que par force le faire sortir de ce nouveau domicile. La propreté semble être si naturelle à cet animal , qui étoit femelle , que, lui ayant donné un gros lapin mâle dans le temps qu'elle étoit en chaleur pour tenter leur union , elle le prit en aversion au moment qu'il fit ses ordures dans leur cage commune. Auparavant elle l'avoit assez bien reçu pour en espérer quelque cbose; elle lui faisoit même des avances très-marquées en lui léchant le nez , les oreilles et le corps ; elle lui laissoit même toute la nourriture, sans chercher a la partager ; mais dès que le lapin eut infecté laçage, elle se relira surle-champ dans le fond d'une vieille armoire, où elle se fit un lit de papier et de linge , ' et ne revint à sa loge que quand elle la vit

SAUVAGES

nette et libre de l'hôte malpropre quVn lui av^it donné.

Le paca s'accoutume aisément à la vie domestique; il est doux et traitable tant qu'on ne cherche point à l'irriter ; il aime qu'on le flatte, et lèche les mains des personnes (jui le caressent ; il connaît fort nien ceux qui prennent soin de lui , et sait par- ■ faitement distinguer leur voix. Lorsqu'on le gratte sur le dos, il s'étend et se couche sur le ventre; quelquefois même il , s'exprime

I)ar un petit cri de reconnoissance et semble demander que l'on continue. Néanmoins il n'aime pas qu'on le saisisse pour le transporter, et il fait des efforts très-vifs et trèsréitérés pour s'échapper.

Il a les muscles très-forts et le corps massif ; cependant il a la peau si sensible que le plus léger attouchement suffît pour lui causer une vive émotion. Cette grande sensibilité, quoique ordinairement accompagnée de douceur, produit quelquefois des accès de colère lorsqu'on le contrarie trop fort ou qu'il se présente un objet déplaisant: la seule vue d'un chien qu'il ne connoît pas le met de mauvaise humeur; on l'a vu, renfermé dans sa loge , en mordre la porte et faire en sorte de l'ouvrir, parce q^u'il venoit d'entrer un chien étranger dans la chambre. On crut d'abord qu'il ne vouloit sortir que pour faire ses besoins; mais on fut assez surpris lorsque étant mis eu liberté il s'élança tout d'un coup sur le chien, qui ne lui faisoit aucun mal, et le mordit assez fort pour le faire crier : néanmoins il s'est accoutumé en peu de jours avec ce même chien. Il traite de même les gens qu'il ne conuoit pas et qui le contrarient ; mais il ne mord jamais ceux qui ont soin de lui. Il n'aime pas les enfans et il les poursuit assez volontiers. Il manifeste sa colère par une espèce de claquement de dents et par un grognement qui précède toujoui'S sa petite fureur.

Cet animal se tient souvent' debout , c'est-à-dire assis sur son derrière, et quel quefois il demeure assez long-temps dans cette situation ; il a l'air de se peigner la tête et la moustache avec sei pattes , qu'il lèche et humecte de salive à chaque fois; souvent il se sert de ses deux |)attes à la fois pour se peigner;- ensuite il se gratte le corps jusqu'aux endroits où il peut atteindre avec ces mêmes pattes de devant ; et poiuachever sa petite toilette il se sert de celles de derrière, et1*e gratte dans tous les autres endroits' qui peuvent être souillés.

C'est cependant un animal d'une grosse

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corpulence, et qui ne paroît ni délicat, ni leste, ni léger; il est plutôt pesant et lourd, e( ayant à peu près la démarche d*un petit cochon. Il court rarement, lentement et d'assez mauvaise grâce ; il n'a de mouvemens vifs que pour' sauter, tautôt sur les meubles et tantôt sur les choses qu'il veut saisir ou emporter. Il ressemble encore au cochon par sa peau blanche, épaisse, et qu'on ne peut ni tirer ni pincer, parce qu'elle est adhérente à la chair.

Quoiqu'il n'ait pas encore pris son entier accroissement , il a déjà dix-nuit pouces de longueur dans sa situation naturelle et renflée ; mais lorsqu'il s'étend , il a près de deux pieds depuis le bout du museau jusqu'à l'extrémité du corps , au lieu que le paca dont nous avons donné la description n'avoit que sept pouces cinq lignes ; différence qui ne provient néanmoins que de celle de l'âge , car du reste ces deux animaux se ressemblent en tout.

La hauteur prise aux jambes de devant dans celui que nous décrivons actuellement étoit de sept pouces, et cette hauteur prise aux jambes de derrière étoit d'environ neuf pouces et demi , en sorte qu'en marchant son derrière paroît toujours bien plus haut que sa tête. Celte partie postérieure du corps, qui est la plus élevée, est aussi la plus épaisse en tous sens ; elle a dix-neuf pouces et demi de circonférence , tandis que la partie antérieure du corps n'a que quatorze pouces.

Le corps est couvert d'un poil court, rude et clair-semé, couleur de terre d'ombre et plus foncé sur le dos; mais le ventre, la poitrine, le dessous du cott et les parties intérieures des jambes, sont au contraire couverts d'un poil blanc sale ; et ce qui le rend très-remarquable, ce sont cinq espèces de bandes longitudinales formées par des taches blanches , la plupart séparées les unes des autres. Ces cinq bandes sont dirigées le long du coi*ps , de manière qu'elles tendent à se rapprocher lès unes des autres à leura extrémilés.

La tcte , depuis le nez jusqu'au sommet du front, a près de cinq pouces de longueur^ et elle est fort convexe ; les yeux sont gros, saillans et de couleur brunâtre, éloignés l'un de l'autre d'environ deux pouces. Les oreilles sont arrondies, et n'ont que sept à huit lignes de longueur sur une largeur à peu près égale à leur base : elles sont plissées en forme de fraise et recouvertes d'un duyet très-fin , presque insensible au tact et à Tceil. IfC bout du nez est large, de couleur pres-

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que noire,' divisé en deux comme celui des lièvres ; les narines sont fort grandes. L'a" nimal a beaucoup de force et d'adresse danâ celte partie ; car nous l'avons vu souvent soulever avec son nez la porte de sa loge , qui fermoit à coulisse. La mâchoire inférieure est d'un pouce plus courte et moins avancée que la mâchoire supérieure, qui est beaucoup plus large et plus longue: De chaque côté et vers le bas de la mâchoire supérieure, il règne tnie espèce de pli longitudinal dégarni de poil dans son milieu , en sorte que l'on prendroit, au premier coup d'œil, cet endroit de la mâchoire pour la bouche de l'animal en le voyant de cote; car sa bouche n'est apparente que quand elle est ouverte, et n'a que six ou sept lignes d'ouverture : elle n'est éloignée que de deux ou trois lignes des' plis dont nous venons de parler.

Chaque mâchoire est armée en devant de deux dents incisives fort longues, Jaunes comme du safran, et assez fortes pour couper le bois. On a vu cet animal, en une seule nuit, faire un trou dans une des planches de sa loge assez grand pour y passer sa tète. Sa langue est étroite , épaisse et un \)eu rude. Ses moustaches sont composées de poils noirs et de poils blancs placés de chaque côté du nez, et il a de pareilles moustaches plus noires, mais moins fournies, de chaque côté de la tête au dessous des oreilles. Nous n'avons pu voir ni compter les dents mâcheiières par la forte résistance de l'animal.

Chaque pied , tant de devant que de derrière , acinq doigts , dont quatre sont armés d'ongles longs de cinq ou six lignes. Les ongles sont couleur de chair ; mais il ne faut pas regarder cette couleur comme un caractère constant ; car dans plusieurs animaux, et particulièrement dans les lièvres, on trouve souvent les ongles noirs , tandis que d'autres les ont blanchâtres ou couleur de chair. Le cinquième doigt , qui est l'interne, ne paroît que quand l'animal a la jambe levée, et n'est qu'un petit éperon fort court. Entre les jambes de derrière , à peu de distance des parties naturelles , se trouvent ^ deux mamelles de couleur brunâtre. Au ' reste , quoique la queue ne soit nullement ' apparente, on trouve néanmoins, en la recherchant, un petit bouton de deux ou trois lignes de longueur, qui paroît en être l'indice.

Le paca domestique mange de tout ce qu'on veut lui donner, et il paroît avoir un très-grand appétit On le nourrissoit ordi*

ANIMAUX SAUVAGES

MreÀient de pain, et soit (j[u'on le trempât dans Teau, dans le vin , ou même dans da vinaigre , il le mangeoit également; mais le sucre et les fruits sont si fort de son goât, que lorsqu'on lui en préseAtoît il eu témoignoit sa joie par des bonds et des sauts. Les racines et les légumes étoient aussi de son goût : il mangeoit également les naveli* le céleri , les oignons et même l'ail et l'échalotte. Il ne refusoit pas les choux ni les herbes, même la mousse et les écorces de bois ; nous Tâtons souvent vu manger aussi du bois et du charbon dans les commencemens. La viande étoit ce qu'il paroissoit aimer le moins; il n'en mangeoit que rarement et en "très-petite quantité. On pourroit aisément le nourrir de grains, car sonvent il en cherchoit dans la paille de sa litière. Il boit comme le chien eu soulevant l'eau avec sa langue. Son ivine est fort épaisse et d'une odeur insupt^oiiàble ; sa fiente est en petites crottes plus allongées que celles des lapins et des lièvres.

D'après les petites observations que nous venons de rapporter, nous sommes très-porté à croire qu'on pourroit naturaliser cette és-

Eèce en France ; et comme la chair en est onne à manger, et que l'animal est peu difficile k nourrir, ce seroit une acquisition utile. Il ne paroit pas craindre beaucoup le froid ; et d'ailleurs , pouvant creuser la terre, il s'en garantiroit aisément pendant l'hiver.

Un seul paca foumiroit autant de bonne chère que sept ou huit lapins.

M. de La Borde dit que le paca habite ordinairement le bord des rivières , et qu'il construit son terrier de manière qu'il peut y entrer ou en sortir par trois issues difierentes.

« Lorqu'il est poursuivi , il se jette à Teau, dit-il t dans laquelle il se plonge en levant la tête de temps en temps ; mais enfin, lorsqu'il est assailli par les chàeos, il se défend très-vigoureusement. » Il ajoute «que la chair de cet animai est fort estimée à Cayenne, qu'on réchaude comme un cochon de lait, et que, de quelque manière qu'on la prépare, elle est excellente. » l

Le paca habite seul son terrier, et il n'en sort ordinairement que la nuit pour se procurer sa nourriture. Il ne sort pendant le jour que pour faire ses besoins, car on ne trouve jamais aucune ordure dans son terrier; et toutes les fois qu'il rentre il a soin d'en boucher les issues avec des' feuilles el de petites branches. Ces animaux ne produisent ordinairement qu'un petit , qui ce quitte la mère que quand il est adulte ; et même si c'est un mate, il ne s'en sépare qu'après s'être accouplé avec elle. Au reste, on en connoit de deux espèces à Cayenne , et l'on prétend qu'ils ne se mêlent point ensemble. Les uns pèsent depuis quatorze jusqu'à vingt livres y et les autres de vingt-cinq à trente livres.

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