‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémens (volume 2)Chapitre 142 sur 146 · LE SARIGUE · texte numérisé non relu

LE SARIGUE

5 lacés les uns contre les autres et armés 'ongles crochus , comme dans les pieds des autres quadrupèdes. Le premier de ces caractères a été saisi par la plupart des voyageurs et'd^ naturalistes, mais le second leur avait entièremeni échappé : Edward Tysoa , médecin anglois, paroît être le premier qui Tait observé; il. est le seul qui ait donné une bonne description de la femelle de cet animal, imprimée à Londres en 1698 , sous le titi'e de Carigueya^ seu Masupiale americanum , çr tlie Anatomy of an OpoS'^ sum; et quelques années après, Will. Cowper , célèbre anatomiste anglois , communia qua à Tyson, par une lettre, les observations qu'il avoit faites sur le mâle. Les autres auteurs , et surtout les nomenclateurs , ont ici , comme partout ailleurs , multiplié les êtres sans nécessité , et ils sont tombés dans plusieurs erreurs que nous ne pouvons nous dispenser de relever.

Notre sarigue , ou, si l'on veut , Topossum de Tyson , est le même animal que le grand philandre oriental de Seba ( vol.I, pag. 64 > planche xxxix ) : l'on n'en sauroit douter , puisque de tous les animaux dont Seba donne les fig^ires, et auxquels il applique le nom à^ philandre t d\opossum, ou de carigueja , celui-ci est le seul qui ait les deux caracières de la bourse sous le ventre et des pouces de derrière sans ongles. De même , l'on ne peut douter que notre sarigue, qui est le même que le grand philandre oriental de Seba, ne soit un animal naturel aux climats chauds du Nouveau-Monde; car les deux sarigues que nous avons au Cabinet du Roi , nous sont venus d'Ainéric(ue : celui que Tyson a disséqué lui avait été envoyé de Virginie. M. de Chanvallon , corresi)ondant de l'Académie des Sciences à la Martinique, qui nous a donné un jeune sarigue, a reconnu les deux autres pour de vrais sarigues ou opossums de l'Amérique. Tous les voyageurs s'accordent à dire que cet animal se trouve au Brésil , à la Nouvelle-Espagne, à la Virginie, aux Antilles, etc. , et aucun ne dit en avoir vu aux ludes orientales : ainsi Seba s'est trompé lorsqu'il l'a appelé pkiianrff^e oriental, puis(|u'on ne le trouve que dans les Indes occidentales. Il dit que ce philandre lui a été envoyé d'Amboine , sous le nom de coes-çoes , avec d'autres curiosités ; mais il iDonvieîit en même temps qu'il avoit été apporté à Amboine d'autres pays plus éloignés. Cela seul suffiroit pour rendre suspecte la dénomination de philandre oriental, car il est très-possible que les voyageurs aient transporté cet

OU L»OPOSStJM. 375

animal singulier de l'Amérique aux Indes orientales : mai^ rien ne prouve qu'il soit naturel au climat d' Amboine , et le passage même de Seba que nous venons de citer semble indiquer le contraire. La source de cette erreur de fait , et celle même du nom coes'coes , se trov»ve dans Pison, qui dit q,u'aux Indes orientales , niais à Amhoine seulement, on trouve un animal semblable au sarigue du Brésil , et qu'on lui donne le nom de cous-cous. Pison ne cite sur cela ni autorité ni garans : il seroit bien étrange , si le fait étoit vrai , que Pison , assurant positivement que cet animal ne se trouve qu'à Amboine dans toutes les Indes orientales, Seba dît , au contraire , que celui qui lui a été envoyé d' Amboine n'ca étoit pas natif, mais y avoit été apporté de pays plus éloignés. Cela seul prouve la fausseté du fait avancé par Pison, et uous verrons dans la suite le peu de fond que l'on peut faire sur ce qu'il a écrit au sujet de cet animal. Seba , qui ignoroit doue de quel pays venoît son phi» landre, n'a pas laissé de lui donner l'épithète d'oriental : cependant il est certain que c'est le même animal que le sarigue des Indes occidentales; il ne faut, pour s'en assurer, que comparer sa figure, planche xxxxx, avec la nature. Mais ce qui ajoute encore à l'erreur, c'est qu'eu même temps que cet auteur donne au sarigue d'Amérique le nom de grand philandre oriental, il nous présente un autre animal , qu'il croit être différent de celui-ci, sous le nom de philandre d'Amérique ( plamche xxxvi, figures i et 2 ) , et qui cependant , selon sa propre description, ne diffère du grand philandre oriental qu'en ce qu'il est plus petit et que la tache au dessus des yeux est plus brune ; différences , comme Ton voit , très ■ accidentelles et trop légères pour fonder deux espèces distinctes : car il i\e parle pas d'une autre différence qui seroit beaucoup plus essentielle, si elle existoit réellement comme on le voit dans la figure; c'est que ce philandre d'Amérique {Seèa , planche xxxvi , figures i et 2 ) a un ongle aigu aux pouces des pieds de derrière, tandis que le grand philandre oriental ( Seha , planche xxxxx ) n'a point d'ongles à ces deux pouces. Or, il est certain que notre sarigue , €{ui est le vrai sarigue d'Amérique, n'a point d'ongles aux pouces de derrière. S'il existoit donc un animal avec des ongles aigus à ce pouce , tel que celui de la planche xxxvi de Seba, cet animal ne seroit pas, comme.il le dit ^ le sarigue d' Amérique. Mais ce n'est pi^ tout : cet auteur donne encore un troisième

1^ rJOBBULtnL

adiaial Mds l^in/ML-âe [^iHimdM vnmtul ( pUnoIre" ftxxvirèv "%• '^ i)'V" «biqùid , au reste s 'H ne' fait miUa menlioD dans la det- «rifftiaii des daus aalraiVel<loùt ftliieparfe< qoe exprès François Yakntinv auteur qidV connue noos i^avons déjà dH,\mérite\pcii de confiuace^ et ce t]>oisfèaieaBHnal^éât «bcore le même que les deux pranicna< B aeua pai-oît doaeque cea litii»«iMniaux>des platàf rites xian^ xkxviu, ei mkxiiLde SidNi ^n'clt font tpiW'seul. Il-y4i tont&appttrciioe qœ le drwiiwtwiy» peu attantifvaunasiis ub onçle peiolii aux piouees des pieds 4e dcc* rièr« comme aux pontes des'pfcsds de devant et aax autres doigis, dans les figures des plan^ ches xxxTcet xxxv£ir,el;qtiefphiaexai*tdans le dessia de la planobe xxaiat , il a repréieuté les pouces de» pieds de derrière sans ongles ^ et- tels qu'ils soat eu effet. Nous sommes donc persuadé ^ue œs trois .animaux de Seba ne Ami que trots individus de la même es* pèee ; que cette espèce est ia même que cdle de notre '^saorigue; queees trois individus éteieut seulement de difféfcss âges, puisqu'ils ne différent entre eux que par la grelideur du corps et par quelques nuances de couleur, principalement par ia teinfe de la tache au dessus des yeux, qui est' jau* nfttro dans les jeunes sarigues , tels que celui de la planche xxxvi de Seba, fig. i et<2 , et qui est plus brune dans les sarigues adulr les, tels que odu de la planche xxxix ; différence qui d'ailleurs peut provenor du temps plus ou moim long que ranimai a été conser\'é dânrresprit'de'vin , toutes les couleurs du poil s'affoiblissant avec le temps dans les liqueurs spiritueuses. Seba convient luiomème que les deux animaux de ses planehes XXXVI , figures i et a , et xxxviix , figure j , ne différent que par la grandeur et par qut^uea nuances de couleur; il eonvient eBe(H*e que le troisième animal , c'està-dire oelni de la planche xxxix, ne diffère des deux autres qu'en ce qu'il est plus grand, e( que la tache au dessus des yeux n'est pas jaunâtre , mais brune. Il nous paroit donc certûn que ces trois animaux n'en font qu'un seul , puisqu'ils n'ont entre eux que des ddféraiGes si petites qu'on doit les regarder comme de très-légères variétés, avec d'autant plus de raison et de fondement que l'autew ue fait aucune mention du seul caractère par lequel il auroit pu les distinguer, c'est4-dlre de cet ongle pointu aux pouces de derrière qui se voit aux figures des deux premiers et qui manque au dernier. Son seul sUence sur ce caractère pwQve :qM eeti* diffèrâice n'«xi8te pas

réellement» ^fçfm^jm PP^fli» ^S^^i» ^o»

pouoes.de denriérey' dMf les 4^es des . planches. xxxiriet v^nu ^. ^e; do^véat être atlrii^ués qu'à l'iq^tleQitiçigL dJU àessio^teur. £eba dit que i » selo^n f'^ançc^ ys^jénUn, « pe.j^landrei pl^iicHe^ xK^v^is^itfÇ^ .de k tt pluft<l^ande.eapf3ee jt^i se iFoie aiix, .todes

• « orientAlea, et suitout4^z^Jk« Malais» où « os Fai^elle p^kmdar Ar^çé.^ .Q'e$|;-à-^ire « Ai/n'/i a'Jroét q,UQiqiie ^ùiôé ne.apitpas le

. « seid imu où se trouvent<ç^ anifiwm^ ; ,qu ils « s<MMcofDiiiuss4aQ$ l'Ue d^SolioT/; i^'oa les « élève même avec les lapins., auxquels ils « ne font aucun mal, et qu'on en mange «également la.' chair, <iue;les Jbabîtans de « cette île trouvent excellepte , «te » Ces faits sont très^^Miteux, pour ne pas dire faux. lo Ia, philandre, planche xxxvui, n'est pas le plus .grand dés Indes orientales, puisque, selon l'auteur même, celai de la

Slanche.xixix, qu'il attribue aussi aux Inès orientales, est plus grand. £a second lieU) ce pliilaâdre ne ressemble point du tout au lapin , et par conséquent il est bien mal nommé lapin d'Aroé* Ti^oisièmement, auoun voya^ur aux Indes piientales n'a fait mention deoet auimal. si remarquable; auciuit n'a dit qu'il se. trouve ni da^$ l'ile de Soior, ni dansaucua autre ei^droit de lan-

• ciea continent» Seba lui-même paroit s'apercevoir non seulement de l'incapacité, mais aussi de l'infidèUié de. l'auteur qu'il cite. Ci^4is equidemt'ep , dJk-il ^ %fi^s s'U pênes auctoremi >J$ miruni'iameB.esf quod D. VaUntinus phiMndri formam haud iia descripserit prout se habety et uH nos ejus icoaes ad vivant factas prœgressis tabuUs exhibuimus.

Mais pour adliever de se démonJxer à soimême le peu de confiance .que mérite en effet le témoignage de cet auteur , f rançois Yalentin , ministre de l'église d'Amboine , qui cependant a fait imprimer en cinq volumes in-folio X Histoire naturelle des Indes orientales^ il suffit de^renvoyer à pe que dit Artedi au sujet de ce gros ^ouvrage , et aux reproches que Seba même, lui fait avec raison sur l'erreur grossière qu'il commet, en assurant « que la poche de l'animal dont il « est ici question est une matrice dans lait quelle sont conçus les petits., et qu'après «avoir lui-même dissèque le philandre, il

« n'en a pas trouvé d'autre ; que si cette , « poche n'est ipa» une vraie matrice, les ma- « melles sont 'à l'qgard des peiiis de cet ani- « mal ce que les .(pédicules .sont aux fruits; « qu'ils restant adhérens à ces mamelles jus-

i* Vokvme. I » pag« ^i •

LE SAHIdlJE,

«c crtiHi ce qu*fls soîetit mers, et qu'alors ils « ?ëh sérièrent; coiMiié te frKil quitte son « pérdidttfè*îofscjti'il i acquis toute sa iiiaflu- H rîfé; etc. » L'e vrtii de t<wt ceci c'est que Valfen^ih Aïoî assure qoe rien «>est si ctnAmtin que cfr animaux aux ïûdés orienfides , et ^Hoàl! à Solof, rfy cH atoit: peiit-étr« jatitâis TW* (jtie tout Ce qu'il eh dit', et jus* qiT*Ô^sës erreurs lé* plus étkkmtés, wmt copiées "de "Pisoh et' de Mtircgrave, qoi tous déttx^ite solrt 'etix-mêriies fif cet égard que les copistes de Xitfienès , et qui se Sont tromfiés en tout ce qu'ils ont ajouté *de leur fonds; car Marcgrave et Pison tfisent expreiiséttietit et affirmativÉtoient , ainsi que Vàlenti*, que la poche est la Traie matrice où les petits du sarigue sont conçus. Marcgrave dit tju'il en a disséqué uti , et qn*il n'a point trouvé d'autre matrice à IHnrérieur : Pison renchérit encore sur lui , en disant qu'il en a disse* que plusieurs, et qu'il n'a jamais trouvé de matnce à l'intérieur; et c'esj là qu'il ajoute l'assertion, tout aussi mal fondée, que cet animal se trouve à Aniboine. Qu'on ju^ maintenant de quel poids doivent être ici les autorités de Marcgrave , de Pison, et de "Valentin , et s'il seroit raisonnaiile d'ajonter foi au témoignage de trois hommes, dont le premier a mal vu , le second a amplifié les erreurs du pi^emier , et le dernier a copié les deux autres.

Je demanderois volontiers pardon k mes lecteurs de la longueur de cette discussion critique ; mais lorsqu'il s'agit de relever les erreurs des autres, on ne peut être trop exact ni trop attentif, même awt plus petites choses.

M. Brisson , dsms un 'ouvrage sur les quadrupèdes, a entièrement adopté ce qui se trouve dans celui de Seba : il le suit ici à la lettre, soii dans ses dénominations, soit dans ses descriptions , et il paroit même al^ 1er plus loin que son auteur , en disant trois espèces réellement distinctes des trois philandres , planches xxxvi , xxxviii , et xxxix de Seba; car, s'il eèt rechel^hé l'idée de cet auteur, il eût reconnu qu'il ne donne pas ses trois philandres pour des espèces réellement diflérentes les unes des autres. Seba ne se doutoit pas qu'un animal des cli^ mats chauds de l'Amérique ne dât pas se trouver aussi dans les climats- chauds de l'Asie : il qualifioit ces animaux d'orientaux ou d'américains , selon qu'ils lui «rrivoient de l'un on de l'autre continent; mais il ne donne pas ses ti'ob philandres ipour trois espèces distinctes et séparées ; il paroit clairement qu'il ne prend pas à la risneur le

OU f;OB0GSKM. 377:

miot é'emèee\ vloniq|iHl dilvipt(;e ^9^ CÎMf u ici la f>ln$^'^Q4e espSte do \09Sf gnmIaMfiii ' et qu'il ajoate s €ettv fsVuHe \eit ipeéffattB" • t

phiiandres ' d'^mériifuef; tUf > «Jrr Muiefkent \ ■ pk» gfHfnde'f'ut.èlh tààoouvatte<aMr*'le tlû9 > d^ poils dWtn' fdtme: pfiw/bncéjC^S' diflè** renoes, «tomme 1111119 l/avons'dé}» dit'j •ne» sont qpe desvanétés'trUesipi'on eo tkouve , OFdinairefiieht ientre'lestindividns de la mémeespèoe à dtâièrens âges ; et dlms* le fait , Mm ' n'a pas prétendu faune* une ^ivisâoB méth^ dicpiè des animami en* "classes, gCMws, et • espèces; il 'a seulement dénué les lîgures des diffirâ'enles pièces<de son cabinet, distinguées par des iieinéros , suivant qu'il veyoit quel* ques différences dans la -fiprandeitf , dans les ■ teintes de couleur , ou dans l'indication du pff^ natal des animaiu ^i composoient sa coilèefion. il nous paroit donc nue , sur oetle seule autorité de Sciia, M. Bnason n'étSit ■

Joint fondé à foire trois espèces «iiffiérentee ■ e ces trois philandres , d'autant plus qu'il n'a pas même emfployé les caractères dislino* tifs exprimés dans les figures et qu'il ne fait - aucuiie mention de la différence de l'onze ^' qui se trouve sux- pouces des pieds dé derrière des deux premiers et qtâ manque au< troisième. M. Brisson devoit dmic rappop* ter à son m* 3 , c'est-è^dire à son philândre * d'Amboine, page «89, toute la nomendo-' ture qu'il a mise à son philandre n*^ i , ' ' page a 86, tons ies noms et synonymes qu'il cite ne convenant qu'au philanxke q** 3,

Suisqne c'est celui dont les pouoes des pieda e derrière n'ont point d'ongle. U dit en .gé>* néral que les doigts des philandres sont on* guietilés, et il ne lait sur cela aucune ex* ception : cependant le philandre qu'il a vu au Cabinet ou Roi , et qui est notre sarigue^ ' n'a point d'ongle aux pouces des pieds de denrière; et il puroît que c'est le seul qu^ii ait vu , puisqu'il n^y a dans son livre que le n^ I qui soit précédé de deux étoiles. L'eu» ^rage de M. Brisson, d'ailleurs très*utile, pèche principalement en ce que la liste des espèces y est neaucoup plus grande que celle de la nature.

Il ne nous reste maintenant à «laminer que la nomenclature de M. Linnsens : elle est sur cet article moins fautive que celle des autres , en ce que cet auteur supprinu ' une des trois espèces dont nous venons de parler, et qu'il réduit à deux les trois anir roaax de Seba. Ce n'est pas avoir tout &it , , car il faut les réduire à un, mais du- moins c'est avoir fait quelque chose ; et d'ailleuri il emploie le caractère distiaotif éta^ipvKm

de demère sans ongle, ee qu'aucun des aalrcs, à )*eieeptioa de Tj^soa, n'avoit obierré. La descriptiou que M. linoaeus donne du sarigue sous le nom de marsupiaUst n* i , (Udetphis, eic. , nous a paru honue et assez conforme à la nature; mais il y a inexactitude dans sa distribution et erreur dans ses indications : cet auteur qui , sous le nom à^opouum, n^ 3, page 55^ désigne un animal différent de son marsupialis, n° i , et qui ne cite à cet égard que la seule autorité d» 8eba , dit cepeiulant que cet opossum n*a point d'ongle aux pouces de derrière, tandis qiie cet ongle est très-apparent dans les figures de Seba ; il auroit au moins dû nous avertir que le dessinateur de Seba s'éfoit trompé. Une autre erreur c'est d'avoir cité le marrUacaca de Pison comme le même animal que le carigueya, tandis que dans rduvrage de Pison ces deux animaux, quoique annoncés dans le même chapitre, sont cependant donnés par Piâon même pour deux animaux différais, et qu'il les décrit l'un après l'autre. Mais ce qu'on doit regarder comme une erreur plus con» sidérable que les deux pi-emières, c'est d'avoir fait du même animal deux espèces différentes. Ije marsupiaUs , n° i, f^VopoS' sum, n<* 3 , ne sont pas des animaux diffé* rens ; ils ont tous deux, suivant M. Linncus même , le marsupium ou la poc/te ; ils ont tous deux les pouces de derrière sans ongle, ils sont tous deux d'Amérique, et ils ne diffèrent ( toujours selon lui ) qu'en ce que le premier a huit mamelles , et que le second n'en a que deux et la tache au dessus des yeux plus pâle : or ce dernier caractère est, comme nous l'avons dit, nul, et le premier est an moins très-équivoque; car le nombre des mamelles varie dans plusieurs espèces d'animaux , et peut-être plus dans celle-ci que dans une autre , puistiue des deux sarigues femelles que nous avons au (Cabinet du Roi , et qui sont certainement de même espèce et dn même pays, l'une a cinq et l'autre a sept tétines, et que ceux, qui ont observé les mamelles de ces animaux ne s'accordent pas sur le nombre : Marcgrave, qui a été copié par beaucoup d'autres , en compte huit ; Barrère dit qu'ordinairement il n'y en a que quatre , etc. Cette différence qui se trouve dans le nombre des mamelles n'a rien de singulier, puisque la même variété se trouve dans les animaux les plus connus, tels que la chienne, qni en a quelquefois dix , et d'autres fois neuf , huit ou sept ; la truie , qui en a dix , onze ou doUze j la vache, qui en a six , cinq ou quatre ; la

ANIMAtJX SATTVAGES.

chè%Te et la brebis, qui en ont quatre, trois ou deux ; le rat, qui en a dix ou huit; le furet, qui en a trois à droite et quatre à gauche, etc. : d'où l'on voit qu^on ne peui rien établir de fixe et de certaûj^ur Tordre et le nombre des mamelles , qui varient dan^ la plupart des animaux.

De tout cet examen que nous menons de faire avec autant de scrupule que d'impartialité, il résulte que le puilanaer opossum, seu carigueya brasiUensis , planche xxxvi, fig. I , a et 3 ; le philanaer orientais, planche xxxviii , fig. i ; et le philanaer orientalis maximus, planche xxxix, fig. i, de Seba, vol. I, pag. 56, 6i et 64; que le philandre, n*^ x , le philandre oriental, n° 2, et le philandre d'Amboine, n° 3, de M.^Brisson, pag. 286, 288 et aSg; et enfin que le marsupialis, n° i , et V opossum ^ no 3 , de M. Linnaeus , édit. X , pag. 54 et S'S , n'indiquent tous qu'un seul et même animal, et que cet animal est notre sarigue, dont le climat unique et naturel est l'Amérique méridionale, et qui ne s'est jamais trouvé aux grandes Indes que comme étranger et après y avoir été transporté. Je crois avoir levé sur cela toutes les incertitudes ; mais il reste encore des obscurités au sujet du taiilfij que Marcgrave n'a pas donné comme un animal différent du carigueya, et que néanmoins Jonston, Seba, et MM. Klein, Linnœus et Brisson, qui n'ont écrit que d'après Marcgrave, ont présenté comme une espèce distincte et dilTérente des précédentesi. Cependant ou trouve dans Marcgrave les deux noms carigueya, taiièi, à la tète du même article : il est dit que cet animal s'appelle carigueya au Brésil, et Uiiibi an Paraguay {carigueya Brasiliensibus , tJiquibus jupatiima , Petiguaribus taiibi). On trouve ensuite une description du carigueya tirée de Ximenès, après laquelle on eh trouve une autre de l'animal appelé taiibi par les Brasiliens, cachoro domâto par les Portugais , et boos' chratte ou rat de bois par les Hollandois. Marcgrave ne dit pas que ce soit un animal différent du carigueya ; il le donne an con traire pour le mftle du carigueya {pedes et digitos habet ut femella jam descripta ). Il paroit clairement qu'au Paraguay on appeloit le sarigue mâle et femelle taiibi, et qu'an Brésil on donnoit ce nom de taiibi au seul mâle , et celui de carigueya à la femellf. D'ailleurs les différences entre ces deux animaux, telles qu'elles sont indiquées par leurs descriptions, sont trop légères pour fonder sur ces dissemblances deux espèces

LE SAIUGUE , pu L'OPOSSUM.

différentes ; la plus sensible est celle de la couleur du poil, qui dans le carigueya est jaune et brune , au lieu qu'elle est grise dans le laiibi, dont les poils sont blancs en dessous eLbruns ou noirs à leur extrémité. 11 est donc^lus que probable que le taiibi est en effet le mâle du sarigue. M. Ray paroît être de cette opinion lorsqu'il dit, en parlant du carigueya et du taiibi : An specie y an sexu, tantimi, à prœcedenti dhersum ? Cependant, malgré l'autorité de Marcgrave et le doute très-raisonnable de Ray, Seba donne ( planche xxxvi ,. n» 4 ) la figure d'un animal femelle auquel il applique, sans aucun garant , le nom de taiwi, et il dit en même temps que ce taiibi est le même animal que le tlaquatzin de Hemandès ; c'est ajouter la méprise à l'erreur ; car, de Taveu même de Seba, son faiibi, qui est femelle, n'a point de poche sous le ventre"; et il suffisoit de lire Hemandès pour voir qu'il donne à son tlaquatzin cette poche comme un principal caractère. Le taiibi dé Seba ne peut donc être le tlaquatzin de Hemandès , puisqu'il n'a point de poche , -ni le taiibi de Marcgrave , puisqu'il est femelle ; c'est certainement un autre animal , assez mal dessiné et encore plus mal décrit , auquel Seba s*est avisé de donner le nom de taiibi, et qu'il rapporte mal à propos au tlaquatzin de Hernandès , qui , comme nous l'avons dit, est le même que notre sarigue. MM. Brisson et Linnœus ont, au sujet du taiibi, suivi à la lettre ce qu'en a dit Seba; ils ont copié jusqu'à son erreur sur le tlaquatzin de Hernandès ; et ils ont tous deux fait une espèce fort équivoque de cet animal, le premier sous le nom du philandre du Brésil, n** 4 , et le second sous celui de philander, n° 2. Le vrai taiibi, c'est-à-dire le taiibi de Marcgrave et de Ray , n'est donc point le taiibi de Seba , ni le philander de M. liinnaeus, ni le philandre du Brésil de M. Brisson, et ceux-ci ne sont point le tlaquatzin de Hernandès. Ce taiibi de Seba (supposé qu'il existe) est un animal différent de tous ceux qui avoicnt été indiqués par les auteurs prccédens : il auroit fallu i lui dcHiner un nom particulier, et ne pas le confondre par ime dénomination équivoque avec le laiibi de Marcgrave, qui n'a rien de commun avec lui. Au reste, comme le sarigue mule n'a point de poche sous le ventre , et qu'il diffère de la femelle par ce caractère si remarquable, il n'est pas étonnant qu'on leur ait donné à chacun un nom', et qu'on ait appelé la femelle carigueya ^ et le mâle tniibi.

Edward Tyson, coiçmenous l'Avons déjà dit, a décrit et disséqué le sarigue femeUe avec soin. Dans l'individu qui lui a servi de sujet, la tète avoit six pouces, le corp» treize, et la queue douze de longueur; les jambes de devant six pouces ' , et celles de derrière quatre et demi de hauteur; le corps quinze à seize pouces de circonférence, ia queue trois pouces de tour à son origine et un pouce seulement vers l'extrémité ; la tête trois pouces de largeur entre les deux oreilles, allant toujours en diminuant jusqu'au nez; elle est plus ressemblante à celh^ d'un cochon de lait qu'à celle d'un renaid : les or- • bites des yeux sont très-inclinées dans la (tirection des oreilles au nez ; les oreilles sont arrondies et longues d'environ un pouce et demi; l'ouverture de la gueule est de deux pouces et demi , en la mesurant depuis l'un des angles de la lèvre jusqu'à l'extrémité du museau ; la langue est assez étroite, et longue de trois pouces, rude et hérissée de petites papilles tournées en arrière. Il y a cinq doigts aux pieds de devant , tous les cinq armés d'ongles crochus; autant de doigts aux pieds de derrière , dont quatre seulement sont armés d'ongles , et le cinquième , qui est le pouce, est séparé des autres; il est aussi

5 lacé plus bas et n'a point d'ongle : tous ces oigts sont sans poil et recouverts d'une peau rougeâtre ; ils ont près d'un pouce de largeur; la pauipe*des mains et des pieds est large , et il y a des callosités charnues sous tous les doigts. La queue n'est couverte de poil qu'à son origine jusqu'à deux à trois pouces de longueur, après quoi c'est une peau écailleuse et lisse dont elle est revêtue jusqu'à l'extrémité : ces écailles sont blanchâtres , à peu près hexagones et placées régulièrement, en sorte qu'elles n anticipent pas les unes sur les autres ; elles sont toutes séparées et environnées d'une petite aire de peau plus brune que l'écaillé. Les oreilles , comme les pieds et la queue, sont saus poil ; elles sont si minces qu'on ne peut pas dire qu'elles soient cartilagineuses ; elles sont simplement membraneuses comme les ailes des chauve -sou ris : elles sont très-ouvertes, et

j.. Celte manière de mesurer Im jambes n'est pas ejcacte. Tyson cçconnoît lai-i^éms que dans le squelette les os des jambes de devant étoient |)lus courts \jue ceux des jambes de derrière ; et Marcgrare , dans sa description , dit aussi que les jam. bes de devant Violent pins courtes que celles de derrière : ces différences ne proviennent que de ia différente manière de les mesurer, et c'est par cette raison que dans nos descriptions nous ne donnons pas les mesures des jambes en bloc , et que nous détaiUona celks de chacaae des parties qui couposent la jambe.

/ èâmiktJX SAUVAGES.

Uit^wimi tndUiliparohiifortiar^; La mâsboira i4u.idttS8iii<es>><fin>|iiMi plm atlotigée f{Uf) (M» du ^dsouft ( -ks iiorine» sont- krges ; If» yisk\%. petits, noitfs « 'Vifs; etproéminens; b, Aoit » QiMirl, ia poitrine' large / la moustacbe oQfnne-oeledu chat. Le fti\ du dénaol dfl latàte «st ploto blanc «t plug coui^t que fldui dfl«cHrpS'; il>'esl d'en- gris cendré, uâlé de <|Ueii|iie& petites ^houppes de poil noir et biâaebiàtre sur te dos et «ur les c6t<è$, pitts bniDAur le irenire et encore plus ionce sur le» fimbes. Sous le ventre de la foinelle est luie fente qui a deux ou- trois pouces ik loDguear; cette fente est formée par deux peaux fur composent une poche velue à LVxiérieur et moins garnie de poil à l'intérieur ; cette pocfae renferme les mamelles : les petits nouveauHKs y entrent pour les suoer, ei prennent si bien l'habitude de s'y cacher qu'ils s'y réfugient, quoique déjà grands, lorsqu'il sont épouvantés. Cette poche a du meavement et du jeu ; elle s'ouvre et se referme à la volonté de l'animal. La mècauMiue de ce mouvement s'exécute par le moyeu de plusieurs muscles et de deux os ((ui n'appartiennent qu'à cette espèce d'animal : ces deux os sont placés au devant des os. pubis , auxquels ils sont attachés par la base; ils ont environ deux pouces de longueur , et vont toujours en diminuant un peu de grosseur depuis la base jusqu'à lextréaiiié; ils soutiennent les 'muscles qui fout ouvrir la poche et leur servent de point d'appui : les antagonistes de ces muscles servent à la resserrer et à la fermer si exactement que dans l'animal vivant l'on ne peut voir l'onverture qu'en la dilatant de force avec les doigts. L'intérieur de cette poche est parsemé de glaudes qui fournissent une substance jaunâtre d'une si mauvaise odeur qu'elle se communique à tout le corps de l'animal : cependant, lorsqu'on laisse sécher cette matière , non seul^raoït die perd son odeur désagréable, mais elle acquiert du parfum qu'on peut comparer à celui du musc. Cette poche n'est pas, comme l'ont avancé faussement Marcgrave et Pison , le lieu dans lequel les petits sont conçus'; le sarigue femelle a une matrioeà l'intérieur, différente à la vérité de celle des autres animaux, mais daus laquelle les petits sont conçus et portés jusqi^'au moment de leur naissance. Tyson prétend .que dans cet animal il y a deux matriées, deux vagins, quatre cornes de matrices , quatre trompes de Fallope , et quatre ovaires. M. Daubenton n'est pas d'accord avec Tyson sur tous ces £«its; mais en comparant sa description avec celle de TysQq,

on verra qn'il est au moins très-certein que dans les organes de la génération des sarigues il y a plusieurs parties doubles qui sont simples dans les autres animaux. Îjr gland de la verge du mâle et celui àtt clitoris de la femelle sont fourchus et pardissent doubles: Le vagin, qui est simple à l'entrée , se partage ensuite en deux canaux, etCv Cette conformation est en général très-singulière et différente de celle de tous les autres animaux quadrupèdes.

Le sarigue est um'quement originaire des contrées méridionales du T<fouveau-Monde ; il paroit seulement qu'il n'affecte pas , aussi constamment que le tatou , les pays plus chauds : on le trouve non seulement au Brésil , à la Oniane , au Mexique , mais aussi à ia Floride, en Virginie, et dans les autres ■régions tempérées de ce continent. Il est partout assez commun , parce qu'il produit souvent et en grand nombre ; la plupart des auteurs disent quatre ou cinq petits, d'autres six ou sept ; Marcgrave assure avoii' vu six petits vivans dans la poche d'une femelle; ces petits avoient environ deux pouces de longueur; ils étoient déjà fort agiles; ils sorloient de la poche et y rentroient plusieurs fois par jour. Ils sont bien plus petits lorsqu'ils naissent : certains voyageurs disent qu'ils ne sont pas plus gros que des mouches au moment de leur naissance , c'est-àdire quand ils sortent de la matrice pour entrer dans la poche et s'attacher aux mamelles. Ce fait n'est pas'aussi exagéré qu'on pourroil l'imaginer ; car nous avons vu nousmérae, 'dans un animal dont l'espèce est voisine de celle du sarigue , des petits attachés à la mamelle qui n'étoient pas plus gros que des fèves ; et l'on peut présumer , avec beaucoup de vraisemblance, que dans ces animaux la matrice n'est, pour ainsi dire, que le lieu de la conception , de la formation, et du premier développement du fœtus, dont l'expulsion étant plus précoce que dans les autres quadrupèdes, l'accroissement s'achève dans la bourse , où ils outrent au moment de iteur naissance prématuiée.

Personne n'a observé la durée de la gt*slation de ces animaux, que nous présumons être beaucoup plus courte que dans les autres ; et comme c'est un exemple singulier dans la nature que cette exclusion précoce, nous exhortons ceux qui sont à portée de voir des sarigues vivans dans leur pays natal de tâchei* de savoir combien les femelles portent de temps , et combien de temps encore après la naissance les petits restent attachés à la mamelle avant que de s'en se-

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