‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémens (volume 2)Chapitre 18 sur 146 · CHIENS-MULETS · texte numérisé non relu

CHIENS-MULETS

PROVENANT d'uNK LOUVE HT d'u» CHIBIT BHAQUB.

M. Surirey de Boissy, que j'ai déjà cité, m'a fait l'honneur de m'écrire , au mois de mars 1776) une lettre par laquelle il m'informe que de quatre jeunes animaux produits le 6 juin 1773 par le chien braque et la louve , deux femelles avoient été données à des amis, et n'avoient pas vécu; que lu dernière femelle et le seul mâle produit de cette portée ont été conduits ators à une des terres de M. le marquis de Spontin, où ils ont passé l'automne, et qu'après le cruel accident arrivé au cocher de sa maison par la morsure de la mère louve , on l'avoit tuée sur-le-champ. M. de Boissy ajoute que, de ces deux métis, la femelle, dès sa jeunesse , étoit moîns sauvage que le mâle, qui .sembloit tenir plus qu'elle des caractères du loup; qu'ensuite on les a transférés en hiver au château de Florennes, qui appai'tient aussi à M. le marquis de Spontin; qu'ils y, ont été bien soignes , et sont devenus trèsfamiliers; qu'enfin, le 3o décembre 1775, ces deux animaux se sont accouplés, et que, la nuit du a au 3 mars, la femelle a mis bas quatre jeunes, etc.

Ensuite M. le marquis de Spontin a eu la bonté de m'écrire de Namur, le ai avril 1776, que, dans le désir de me satisfaire pleinement sur les nouveaux procréés de ces animaux métis, il s'est transporté à sa campagne pour observer attentivement les différences qu'ils pouvoient avoir avec leurs père et mère. Ces jeunes sont au nombre de quatre, deux mâles et deux femelles. Ces dernières ont tes pattes de devant blanches, ainsi que le devant de la gorge, et la queue trèsHMurte , comme leur père 1 cela vient de ce que le mâtin qui a couvert la louve n'avoit pas plus de queue qu'un chien d'arrêt L'un des mâles est d'un brun presque noir; il ressemble beaucoup plus à un chien qu'à un loup , quoiqu'il soit le plus sauvage de tous. L'autre mâle n'a rien qui le distingue, et paroit ressembler également au père et à la mère. Les deux mâles ont la queue comme le père. M. le manpis de Spontin ajoute obligeamment : « Si vous « vouliez, monsieur, accepter l'offre que j'ai « l'honneur de vous faire, de vous envoyer .« et faire conduire chez vous à mes frais le « père , la mère et les deux jeunes , vous « m'obligeriez sensiblement ; pour mpi , je

ANIMAUX DOMESTIQUES

*( garderai les deux autres jeunes, pour voir « si l'espèce ne dégénérera pas, et s'ils ne « redeviendront pas de vnus loups ou de « 'vni* cfdent. »

Par une seconde lettre, datée de Namur, le a juin 1776, M. le marquis de Spontin me ait l'honneur de me remercier de ce que J'ai cité son heureuse expérience dans mon yolome de supplément à l'Histoire naturelle des animaux quadrupèdes, et il me mande qu'il se propose de faire la tentative de l'accouplement des chiens et des renards; mais que pour ^ceile du loup ^ de la chienne, il en rèdouteroit l'entreprise, imaginant que le caractère cruel et féroce du loup le rendroit encore plus dangereux que ne l'avoit été la louve. « Le porteur de cette lettre , ajoute « M. de Spontin, est chargé de la conduite « des deux chiens de la première généra- « tion , et de deux de leurs jeunes , entre « lesquels j'ai choisi les plus forts et les plus «ressemblans tant au père qu'à la mère, « que je vous envoie avec eux. U m'en reste «• donc deux aussi, dont l'un a la oueue «« toute courte, comme le chien l'avoit, et « sera d'un noir foncé. Il paroit être aussi «( plus docile et plus familier que les autres: u cependant il conserve encore l'odeur de « loup , puisqu'il n'y a aucun chien qui ne • se sauve dès qu'il le sent; ce que vous M pourriez éprouver aussi avec ceux que je •( vous envoie. Le père et la mère n'ont ja- « mais mordu personne , et sont même très- •< caressans; vous pourrez les faire venir •< dans votre chambre , comme je faisois « venir la louve dans la mienne , sans courir M le moindre risque. Le voyage pourra les « familiariser encore davantage. J'ai préféré H de vous les envoyer ainsi, ne croyant pas « (ni'ils pussent s'habituer dans un panier, «Il ayant jamais été enfermés ni atta- « ches , etc. *>

Ces quatre animaux me sont en efSet arrivés au commencement de juin 17769 et je fus obligé d'abord de les faire garder pendant six semaines dans un lieu fermé ; mais m'apercevant qu'ils devenoient plus farouches y je les mis en liberté vei's la fin de juillet, et je les fis tenir dans mes jardins pendant le jour, et dans une petite écurie pendant la nuit Ik se sont toujours bien portés, au moyen de la liberté qu'on leur donnoit pendaiat le jour; et après avoir observé pendant tout ce temps leurs habitudes naturelles , j'ai donné à la ménagerie du roi les deux vieux, c'est-à-dire le mâle et la femelle, qui proviennent immédiatement du chien et de la louve, et j'ai gardé

les deux jeunes , l'un mâle et l'autre femelle, provenant de ceux que j'ai envoyés à la ménagerie.

Yoici l'histoire et la description particu" lière de chacun de ces quatre anima^iy,

DU MALE, PBBMiiaa OBirBRATioir.

qu

Il avoit plus de rapport avec le loup , .'avec le cnien par le naturel ; car il con servoit un peu de férocité : il avoit l'œil étinoelant, le regard farouche, et le caractère sauvage. Il aboyoit au premier abord contre tous ceux qui le regardoient ou qui s'en approchoient ; ce n'étoit pas un aboiement bien distinct , mais plutôt un hurlement qu'il f aisoit entendre fort souvent dans les momens de besoin et d'ennui : il avoit même peu de douceur et de docilité avec les personnes qu'il connoissoit le mieux ; et peut-être que s'il eût vécu en pleine liberté, il fût devenu un vrai loup par les mœurs. Il n'étoit familier qu'avec ceux qui lui fournissoient de la nourriture. Lorsque la &im le pressoit, et que l'hommaqui en avoit soin lui donnoit de quoi la satisfaire , il sembloit lui témoigner de la reconnoissance en se dressant contre lui et lui léchant le visage et les mains. Ce qui prouve que c'est le besoin qiû le rendoit souple et caressant , c'est que dans d'autres occasions il cherchoit souvent à mordre la main qui le flattoiL U n'étoit dbnc sensible aux caressés que par un grossier intérêt, et il étoit fort jaloux de celles que l'on faisoit à sa femelle et à ses petits , pour lesquek il n'avoit nul attachement; il les traitoit même plus souvent en ennemi qu'en ami, et ne les ménageoit guère plus que des animaux qui lui auroient été étrangers , surtout lorsqu'il s'agissoit de partago* la nourriture. On fut obligé de la lui donner séparément , et de l'attacher pendant ie repas des aulanes; car il étoit si vonice , qu'il ne se conlentoit pas de sa portion , mais se jetoit sur les autres pour lei priver de la leur. Lorsqu'il voyoit approcher un inconnu, il s'irritoit et se mettoit est furie, surtout s'il étoit mal vêtu; il aboyoit, il hurloit, grattoit la terre et s'élançoit enfin sans qu'on pût l'apaiser, et sa colère duroit jusqu'à ce que l'objet qui l'excitoit se retirât et disparût.

Tel a été son naturel pendant les six pre^ mières semaines qu'il fut, pour ainsi dire, en prison; mais, après qu'on l'eut mis en liberté, il parut moins farouche et moins

tt CHIEN. * 97

base , et finissoient en poihte à Fe^Ltrémité. Les paupières étoient ouvertes presque horizontalement, et les angles intérieurs des yeux assez pi^ Tun de Vautre à proportion de lu largeur de la tète. Le bord des paupières éteit noir, ainsi que les moustacnes , le b<Hit du nez , et le bord des lèvres. Les

teéekant II jouoit avec sa femelle, et sembloit craindre, le premier jour, de'neAOuvoir assez profiter de sa liberté; car 11 ite cessoif de courir, de sauter et dVxciter^sa famille à en faire autant. Il devint aussi plus doux à regard des étrangers; il ne s'élançoit pas contre eux avec autant de fureur, et se coutentoit de gronder; son poil se l|érissoit yeux^ét61ent placés comme ceux du cbien ,

à leiu* aspect, comme il arrive à presque tous les cniens domestiques lorsqu'ils voient des gens qu^ils ne connoissent pas, approcher de leur maître, ou même de son habitation. Il trouvoit tant de plaisir i être libre, qu'on avoit de la peine à le reprendre le soir pour remmener coucher. Lorsqu'il voyoit venir son gouverneur avec sa chaîne , il se déiioit, s'enfuyoit, et on ne parvenoit à le joindre qu'après lavoir trompé par quelques ruses; et aussitôt qu'il étoit rentré dans son écurie, il faisoit retentir ses ennuis par im hurlement presque continuel , qiu ne finissoit qu'au oout de quelques heures.

Ce mâle et sa femelle étoient aj;4s de trois ans et deux mois, en août 1776, temps auquel je les ai décrits : ainsi ils étoient parGûtement adultes. Le mâle étoit à peu près de la taille d'un fort mâtin, et il avoit même le corps plus épai$ en tous seas ; cependant il n'étoit pas, à beaucoup près, aussi grand qu'un vieux loup : il n'avoit que trois pieds de longueur, depuis le bout" iu museau jusqu'à l'origine de la queue, et environ vingt -deux pouces de hauteur depuis répaule jusqu'à l'extrémité des pieds, tandis que le loup a trois pieds sept pouces de longueur, et deux pieds cinq pouces de hauteur. Il tenoit beaucoup plus du chien que

et les orbites n'étoient pas inclinées comme dans le loup. L'iris étoit d'un jaune fauve tirant sur le grisâtre : au dessus des angles intérieurs des yeux , il y avoit deux taches blanchâtres posées vis-à-vis l'une de l'autre; ce qui paroissoit augmenter l'air féroce de cet animal. Il étoit moins haut sur ses jambes que son père chien , et paroissoîl tenir beaucoup du loup par les proportions du cor|)s et par les coiileurs du poil e cependant le train de derrière sembloit être un peu plus élevé que dans le loup , Quoiqu'il fiU

5 lus bas que dans le chieu; ce qui provenoit e ce que les jambes de derrière dans le loup sont beaucoup plus coudées que dans le chien , et c'est ce qui donne au loup l'air de marcher sur ses talons. Cet animal avoit aussi plus de ventre que les chiens ordinaires , et tenoit encore ce caractère de sa mère louve. Au reste , les jambes étoient fortes et nerveuses , ainsi que les pieds, dont les ongles étoient noirs en plus grande partie, et plus allongés que dans le chien; l'animal les écartoit en marchant, en sorte que latrace qu'il imprimoit sur la terre étoit plus grande que celle des pieds du chien. Dans les pieds de devant , Tongle extane et l'ongle qui suit l'interne étoient blancs ou couleur de chair; dans le pied gauche de

du loup , par la forme de la tête , qui étoit , derrière , les deux ongles qui suivent Tin-

{>lutot ronde qu'allongée. Il avoit , comme e mâtin , le front proéminent , le museau assez gros , et le bout du nez peu relevé. Ainsi l'on peut dire qu'il avoit exactement la tête de son père eluen , mais la queue de sa mère lopive; car cette queue n'etoit pas courte comme celle de son père , mais presque aussi longue que celle du loup». Ses oreilles étoient recourbées vers l'extrémité , et tenoieut un peu de celles du loup, se tenant toujours droites, à l'exception de l'extrémité qui retomboit sur eUe-mâme en tout temps , même dans les momens où il fixoit les objets qui lui déplaisoient ; et ce qu'il y a de singulier, c'est que les oreilles , au lieu d'être recourbées constamment de chaque côté de la tête , étoient souvent eourbées- du côté des yeux, et il paroit que celte différence de mouvement dépendoit de la volonté de l'animal. EUei étoient larg» à la

BUFFOV. V,

terne étoient de cette même couleur de chair; et dans le pied droit de den'ière, il n'y avoit que l'ongle ^teme qui fût de cette même couleur. La queue étoit longue , fort semblable à celle du loup , et presque toujours traînante; ce n'est que dans les momens de la plus grande joie que l'animal la relevoit : mais , dans la colère , il la tenoit serrée entre ses jambes , après l'avoir tenue d'abord horizontalement tendue et l'avoir fait mouvoir sur toute sa longueur ; ce qui est une habitude commune aux chiens et aux loups.

Le poil de cet animal ressembloit en tout à celui du loup ; le lour des yeux étoit mêlé de fauve et de gris, et cette couleur venoit se réunir avec le brun-roux qui couvroit le dessus du nez : ce brun-roux étoit mêlé d'une régère nuance de fauve pâle. Le bas des joues, les côtés du nez, toute la mA«

ANIMAUX BOMËSTtQCJES.

chotre infimeiire, le dedans des oreilles, et le dessus du cou , étoient d'un blanc plus ou moins sale; la face extérieure des oreilles étoit d*un brun mêlé de fauve ; le dessus de !a tète et du coa d'un jaune mêlé de gris cendré; les épaules, la face antérieure de la jambe, le dos, les hanches et la Isice extérieure des cuisses, éioient de coiffeur noire mêlée de fauve pâle et gris. Le noir dominoit sur le dos et le croupion , ainsi que sur le dessus des épaules, où néanmoins il étoit comme rayé par le mélange du gris. Sur les autres parties des épaules , sur les flancs et les cuisses, le poil etoit d'une légère teinte de jaune pâle jaspé de noir par endroits; le dessous du ventre étoit d^m jaune pâle et clair, un peu mêlé de gris : mais il étoit blanc sur la poitrine et autour de Tauus. Lés jambes étoient d'un fauve foncé en de* hors, et en dedans d^un blanc grisâtre; les pieds étoient blancs, avec une légère teinte de fauve. Sur l'extrémité du corps on remarquoit de grands poils fauves, mêlés de poils blancs , qui venoient se réunir avec ceux qui environnoicnt l'anus. La queue étoit bien garnie de poils , elle étoit même touffue ; la disposition de ces poils la faisoit paroître étroite à sa naissance,- fort grosse dans sa longueur, courbe dans sa forme , et finissant par une peiite huppe de poils noirs : ces poils étoient blancs par dessous et noirs .en dessus; mais ce noir étoit mêlé de gns et de fauve pâle.

DE LA FEMELLE, paufxÈax GÉirÉ&ATiov.

Le naturel de cette femelle nous a para tout différent de celui du mâle : non seulement elle n'étoit pas féroce; mais elle étoit douce et caressante; elle sembloit même agacer les personnes qu'elle aimoit , et elle exprimoit sa joie par un petit cri de satisfaction. Il étoit rare qu'elle fût de mauvaise humeur; elleaboyoit quelquefois à l'aspect d'un objet inconnu , mais sans donner d'autres signes de colère : son aboiement étoit encore moins décidé que celui du mâle ; lé son ressembloit à celui de la voix d'un chien fort enroué. Souvent elle importunoil à force d'être caressante ; elle étoit si douce qu'elle ne se défendoit même pas des mauvais traitemens de son mâle ; elle se rouloit et se couchoit à ses pieds , comme pour demanr der grâce. Sa physionomie, quoique fort ressemblante à celle de la louve, ne démen-

toit pas ce boa naturel ; elle t?ok le ftgard doux , la démarche Ubre, la taille bien prise, quoique beaucoup au dessous de celle du mâle, n'ayant que deux pieds neuf pouces depuis le bout du museau jusqu'à l'origine de la queue : sa hauteur étoit dans la même proportion , n'étant que de vingt-nn pouoet trois li^es depuis l'épaule jusqu'à l'extrémité du pied.

Elle avoit beaucoup de rapport a^ec sa mère louve , par la forme de la tète «t la couleur du poil de cette partie; elle avoit comme la louve le museau épais auprès des yeux ; de manière que les angles en étoient beaucoup plus éloignés l'un de l'antre que dans le chien, et même que dans le mâle que nous venons de décrire; elle avoit aussi , comme la louve, le front plat, le bout du nez un peu relevé , les orbites des yeux un peu inclmées , les oreilles courtes et toujours droites; mais elle tenoit du chien par sa queue, qui étoit courte et àoaoussee, au lieu que le mâle tenoit sa queue de la louve. Elle avoit les oreilles droites, larges à la base, et finissant en pointe sans se replier comme celles du mâle : ainsi elle ressembloit encore parfaitement à sa mère par ce caractère. Elle étoit d'une grande légèreté , étant plus haute sur ses jambes à proportion que le mâle. Elle avoit aussi les cuisses et les jambes plus fines ; elle sautoit à une hauteur très-cousidérable , et auroit aisément franchi un mur de «ix ou sept pieds. Elle avoit six mamelons sous le ventre. Au reste, elle ftvoit, comme le mâle, le bord des paupières, les lèvres, et le bout du nez noirs; l'iris étoit jaunâtiT ; le tour des yeux, lauve foncé, plus clair au dessus des paupières supérieures; les joues et les mâchoires, blanches: entre les deux yeux étoient des poils* bruns , t{ni formoient une pointe sur le sommet de la tête. Le poil du corps étoit noir, jaspé de gris par le mélange des 'poils blancs : le noir étoit plus marqué depuis les épanles jusqu'au croupion; en isorte que, dans cet endroit, cette femelle étoit plus noire que le mâle. Les côtés du corps et le cou jusqu'aux oreilles étoient de couleur grisâtre; les poils étoient blancs à la racine et noirs à leur pointe ; le derrière des épaules et les faces du cou étoient fauves. Le dedans des oreilles , le tour de la lèvre supérieure, toute la mâchoire inférieure, la poitrine, le ventre, le dessous de la queue , et le tour de l'anus étoient plus ou Iboins blancs ; mais ce blanc étoit moins net et moins apparent que dans le mâle, et il étoit , dans quelques endroits, mêlé de jaune

~e ou de gris cendré. Le sommet et Uê

càxés de la tète, le dessus du museau , le? l'âge de six mois , œ jeune mâle aroît les di-

dehors des oreilles , la face extérieure d^ mensions suivantes :

jambes , et le bas des côtés du corps , étoieut pi. po. lî^,

roussâtres ou jaunâtres ; le dedans des jam-. Longueur du corps mesure en

hes étoit, comme le ventre, presque blan- ligne droite, depuis le borit

châtre : elle n'avoit pas, comme le mâle, du nez jusqu'à l'origine de la

des taches blanches sur les yeux ni sur le queue.. . ,. , 3 % »

cou. Le tour des lèvres , les sourcils , les pau- Hauteur eu train de devant . . . i 6 »

pières, les moustaches, le bout du nez, et Hauteur du, train de derrière. , i 5 »

tous les ongles étoient noirs. La queue jre^ Longueur du museau jusqu'à

sembloit à celle du père chien ; efie éloit l'occiput ,*.» 7 •

toute différente de celledu mâle, qui, cdmmè Distance du bout du museau jus-

nous l'avons dit ,. ressembloit à la queue de ,fl"'^ ^^^^ ** a zo

la mère louve. Celle de cette femelle étoit Distance de l'œil à Toreille » i 9

courte, plate , et blanche en dessous , cou- .Longueur de roreille ...... 4 »

verte en dessus de poils noirs légèrement I-argeur de l'oreille à sa base. . . » a 4

nuancés d'un peu de fauve, et terminée paï- Longueur de la queue » 9 i»

des poils noirs. Depuis le ventre jusqu'à terre. »- » 9 6

£n comparant la couleur du poil des pieds à celle des ongles dans ces deux individus II n'a pas été possible de prendre ces mâle et femelle , il paroit que la couleur des mêmes dimensions sur le père mâle, à cause ongles dépendoit beaucoup de la couleur du de sa férocité. Ce même naturel paroit s'être poil qui les surmontoit; je croia-même que communiqué, du moins en partie, au jeune ce rapport est général , et se reconnoit aisé- mâle, qui , dès l'âge de six mois , étoit fament dans la plupart des animaux. Les rouche et sauvage ; son regard et son mainbœufs, les chevaux, les chiens, eta, qui ont tien indiquoient c6 caractère. S'il voyoit du blanc immédiatement au dessus de leurs un étranger, il fuyoit, et alloit se cacher; cornes, sabots, ergots, etc., ont aussi du les caresses ne le rassuroient pas, et ilcon-* blanc sur ces dernières pai'ties ; quelquefois tinuoit de regarder de travers l'objet qui même ce blanc se manifeste par bandes, l'offusquoit ; il fronçoit les sourcils , tenoit sa lorsque les jambes et les pieds sont de diffé- tête bais^ et sa queue serrée entre ses jamrentes couleurs. La peau a de même beau- bes ; il fiémissoit et trembloit de colère ou coup de rapport à la couleur du poil , près- de crainte , et paroissoit se défier alors de que toujours blanche où le poil est i)lanc, ceux qu'il connoissoit le miew^f^t s'il ne pourvu qu'il le soit dans toute son étendue; mordoit pas, c'éioit plutôt faute de hardiesse car si le poil n'est blanc qu'à la pointe , et que de méchanceté. L'homme qui en avoit qu'il soit rouge ou noir à la racine, la peau soin avoit beaucoup de peine à le reprendre est alors plutôt noire ou rousse que blanche, le soir dans les jardins où il étoit avec ses

père et mère pendant le jour. Il avoit, comme

DU MALE, son père et sa grand'mèré louve, la queue

SEAOx DE Géif ÉRATiOTf . 5>"g"« ^^ traînante , et tenoH de son père çl

de son grand -père chien par la tête qm

Le mâle et la femelle de la première gêné- étoit assez ramassée , par les orbites deq ration, nés le 6 juin 1773 , se «ont accouplés / yeux qui étoient à peu près horkontales , et

le 3o décem1)re 1775, et la femelle a mis bas par l'intervalle entre les }eux qui étoit assez

quatre petits le 3 mars 1776 : elle étoit donc petit. Par tous ces caractères il ressembloit

âgée de deux ans et environ sept mois lors- exactement à son père , mais il avoit les

qu'elle est entrée en chaleur, et la durée de la oieilles plus gi-andes à proportion de la tète ;

gestation a été de soixantç-trois jours, c'est- elles étoient pendantes sur presque toute

à-dire égale au temps de la gestation des leur longueui* , au lieu que celles du père

chiennes. Dans cette portée de quatre petits, n'étoient courbées qu'à leur extrémité , sur

il n'y avoit qu'un . mâle et trois femelles., environ un tiers de leur longueur. Il diffe-

dont deux sont mortes peu de temps après roit encore de son père par la couleur du

leur naissance, et il n'a survécu que le mâle poil, t{ui étoit noir sur le dos , sur les côtés

et la femelle, dont nous allons donnef la au corps, le dessons du cou et de la queue,

description prise en deux temps différens et par une bande de même couleur noire

de leur âge. qui passoit sur le front, et qui aboutissoit

Au 3 de septembre 1776, c'est-à-dire à enti-e les oreilles et les yeux. Le poil étoit

loo * ANIMAUX. DOMESTIQUES.

mélange de fauve , de gris et de noir sur le melle avoit le corps un peu moins haut crue

haut des cuisses, le derrière des épaules , le le mâle du même âge : elle étoit aussi plus

dessus et les côtés du cou , et un peu de rous- fournie de chair. Ces deux jeunes animaux

satre tirant sur le brun dans la bande qui ne se ressembloient pas plus que leurs père

passoit sur le front; le poil du ventre étoit et mère par leur naturel; car cette jeune '

fort court , aussi rude au toucher et aussi femelle étoit douce comme sa mère , et le ,

grisâtre que celui d'un vrai loup. jeune mâle avoit le caractère sauvage et le ■

Le sommet de la tète , le tour des yeux , regard farouche de son père. La présence

les côtés et le dessus du nez , le dehors des des étrangers n'irritoit ni ne choquoit

oreilles ei le dessus des jambes, étoientcou- cette jeune femelle; -elle se familiarisoit !

verts d'un poil de couleur roussâtre ou jau- tout de suite avec eux, pour peu qu'ils'

nâtre , mêle de lirun seulement sur le bord la flattassent ; elle les prévenoit même- ,

extérieur des oreilles jusqu'à leurs extrémités lorsqu'ils étoient indifférens, quoiqu'elle

et sur le sommet de la tète. Cette couleur sût les distinguer de ses amis , qu'elle ac-

jaunâtre étoit plus pâle sur la face intérieure cueilloit toujours de préférence, et avec

des jambes de devant. La partie supérieure lesquels elle étoit si earressante , qu'elle en

de la face intérieure des cuisses , ainsi que devenoit importune.

celle des jambes , le devant de la poitrine , Elle avoit , comme sa mère et son grandie dessous de la queue, le tour de l'anus, le père chien, la queue courte et émoussée; dedans des oreilles , le bas des joues et toute elle étoit couverte d'un poil blanc en dessous la mâchoire inférieure étoient d'un blanc jusqu'à la moitié de sa longueur , et sur le sale mêlé d'un jaune pâle en quelques en- reste de fauve pâle nuancé de cendré; mais droits ; les oreilles étoient bordées à l'inté- le dessus de la queue étoit noir mélangé de rieur de cette même couleur jaunâtre , et fauve pâle et de cendré , et presque tout noir l'on en voy oit des traces au devant de la poi- à son extrémité. Elle avoit la tète un peu trine et sous la queue. Les jambes de devant allongée et sensiblement plus que celle du étoient comme celles des chiens ; mais celles jeune mâle ; les orbites des yeux inclinées , de derrière étoient coudées , et même plus et les yeux éloignés l'un de l'autre , mais que celles du père; elles étoient un peu cependant un peu moins que ceux de sa torses en dedans. Il avoit aussi les pieds à mère , de laquelle elle tenoit encore par la proportion plus forts que ceux de son père couleur jaunàti^ du sommet de la tête, du et de sa mère. Il avoit les ongles noirs, ainsi front, du contour des yeux, du dessus et que le dessous des pieds, aux endroits qui des côtés du nez-, jusqu'à environ un pouce étoient sans poils, et ce dernier caractei'e de la lèvre supérieure, du dehors d& oreilles lui étoit commun avec son père et sa mèr£. - et des jambes , et des côtés du ventre ; enfin

elle lui ressembloit encore par les poils gi'i-

DE lA FEMELLE , sâtres qu'elle avoit sur le front , et depuis

sscoNDE GÉirÉRATioir. 1® yeux jusqu'au bout du nez. Cependant

^„. . ,1 .'■•• ' 1 la'couleur jaune ou roussâtre étoit beaucoup

Cette jeune femeUe, âçee de six mois le ^^^ f J^ .^ ^ ^J

3 septembre 1770, avoit les dimensions ^^ „„ ^„^ , ^,^^ 'j y„i(

suivantes : • j » i . i -i ». -^ j.

.. provemr du père, dont le poil étoit dim

Longueur de la tête et du corps^'* ^°* ' ' 3»"^^ presque blanc sur les mêmes endroits,

mesurés en Ugne droite, de- , ^"e tenoit de son père par les pieds et

Buis le bout du nez jusqu'à ^«* ^^S}^ » *!"» «Soient blanchâtres , et par

Forieine de la queue a a « ^^ .T'\*f* ', "!'" .^*°*^°* pendantes. A la

Hautem- du train de devant. . . . i a 6 ^e"'? , . il n y avoit que sept ongles blancha-

Hauteur du train de derrière . . i a * » ^"^ ^^ns le père , au lieu qu ils etoicnt tous

Depuis le bout du nez jusqu'à ^^ «^^«« couleur, à peu près, dans cette

focciout » 7 6 jeune temelle. Elle avoit aussi les oreilles

Du bout du nez'à l'œil*. .'.*.' .'.''.* » 3 a entièrement pendantes, au heu que celles

Distance de l'œil à l'oreiUe » a 4 ^u père ne l etoient qu au tiers. Elle avoit

Longueur de l'oreille - 3 i o ?« P?"« ' ^T™^ ^°'' ^""^ ' une grande tache

Largeur de l'oreiUeà sa base. .. h a 3 longitudinale sous te cou , qui commençoit

Longueur de la queue » 5 i o * '? ^^^^ ' « etendoit en s élargissant sur la

Depuis le ventre jusqu'à terre. . » o « poitrine , et finissoit en pointe vers le milieu

de la partie inférieure du corps. Elle lui

On voit par ces dimensions que cette fe- ressembloit encore.par la couleur blanchâtre

■ . LE CHIES

du poil sur les joues , Mr le bord dklR lèvre que 1

lur la bce intérieure da jambes, le conde l'anus, el lei pieds, enfia par la

mêlée d'un gris cendre.

Elle B«oît de commun avec ion père et sa mère la couleur irisitre du dos et des cùtés du coq» . le mélange de fauve et de blancUtre sur le cou , le derrière des épaules et le dessus de la faee eilérieure de> fuisses.

D'après l'eiiunen el les descriptions cjue nous venoaa de faire de ces quatre animaux, il paroit qu'ils avoieut plus de rapport avec 'i louve qu'avec lecliieo par les couleurs du

lèiv donne la grandeur el la forme , taudis que le père donne celle des itérieures el des membres.

>il aussi , par les rapports de ces quatre animaux avec te cbieu el la louve donl ils éloient issus, que le père influe plus que ta Dière sur les miles , et ta mère plus que le père sur les femelles ; car te mile de la première génération avoil, comme son père ciiien, la tète courte, les oreilles demipendantes, les yeux ouverts presque horizonlalement el asseï voisins l'un de l'autre, les ongles et tes pieds blancs; el le ^eune mâle de la seconde gèuération avoil de mèmela lélecourle, le jeux ouverts borizoatalemm et assez voisins l'un de l'autre , et tes oreilles encore plus pendanles que celles du pCTe.

Il pareil en même temps que ta mère ■ ' " ' la fdrmedela

louve avoit ai

poil ; car ils avoieni , comme la louve , la partie supérieure et te câlè du corp de couleur grisilre, mèléede fauve en quelque! endroits. Ils avoient aussi , comme la lauve , Ju roussAtre et du blancbitre sur la lêle,

mr les jambes, et sous le ventre : seulement queue des miles que sur celle de leur te mâle de la première génération avoit plus car ces mâles , soit de la première , s dé blanc et moins de jaune que sa femelle ; la seconde génération . avoiei ce qui sembloît venir du pére^cbien , qui oueue loneue et trainanle étoil plus blanc que noir. Cependant la qualilédu poil n'éloit pas absolument semblable à cette du poil de ta louve; car, dans ces quatre animaux, il étoit moins rude, moins long el plus couché que dans la louve . qui d'ailleurs , cooime loua les autres animaux caroaïsiers et sauvages, portait un second poil court et crêpé immédialemenl sur la peau, lequel couvroit la racine des longs poils. Dans nos quatre animaux . nous avons remarqué ce petit poil ; mais il n'éloit ni si crêpé ni si touffu que dans la louve , néanmoins il ressembloit parce caractère, puisque ce second poil ne se trouve pas communément dans uos chiens dometliques.

D'ailleurs le pqil de ces qualte animaux ,

quoique dinëreut par iti qualité de celui de d'exposer, il en résulte, la louve, étoit en même temp plus rude el - ~ ■ ■

plus épais que celui du chien ; en sorte qu'il jembtoil quela

paiement la queue longue et trainanle, comme leur grand'mère iouve. Il paroit aussi que la mère louve a eu plus d'influence que le père chien sur la forme de ta tête des femelles . puisque toutes deux , celle de la première et celte de ta seconde génération, avoient la tète plus allongée, les yeux plus inclinés et plus éloignée , le bout du nez plus relevé et tes oreilles plus droites ; caractères qui né peuvent provenir que de ta louve: tandis qu'au coutraire i>uui ces mêmes deux Femelles avoient ta queue ni si courte'dii grand-père chien, et la couleur iquel blanche dit dessous du cou , des pieds et tere, des ongles; ce qui prouve encore que les corn- parties les plus extérieure» sont données par le père et non par la mère.

Il plus d>

le père sur la m égard de la form le dans le mâle et

for

le Ira

affaissé; ce qui étoït produit parla formi de leurs jambes de tlerricre , qui étoient plus coudées que celles des chiens ordinaires, quoiqu elles le soient moins que celles des loups. Cela s'accorde parfaitement avec ce que j'ai dit des mulets, al semble prouver blanc des pieds et desonglâs, qui dans celte

giaod-père chioî paraît avoir lart que la giand'nicre louve à été du mâle et de la queue 1 première génération, et si ht louve a eu plus de i à la formation de la tète la qneue du mâle de cetio

ue le mâle de cette pre-

cbien et de la louve, au jeune mâle de la seconde géuéTjlion , et que réciproquement sa femelle ail aussi transmis à la jeune femelle de la seconde généra' tion les caractères qu'elle avoit rajus de la louve et du rhieo, exccplé les oreilles et '

jeune femelle paroitfoient prorenir df son père; ce qoi semble prouver que le pei-e influe non seulement sur les extrémités des mâles, mais aussi sur les extrémités des femelies. En effet, ces quatre animauiL, mâles et femelles , tenoient beaucoup plus du chien que du loup par la forme des pieds , quoiqu'ils eas8(*nt les jambes de derrière nn peu coudées : ib afoient, comme le cbien, le pied brge à proportion de la jambe; et d'ailleurs, au lieu de marcher, comme le loup , sur la partie inférieure du poignet , ils a voient, au coutraire, comme le chien, cette partie assez droite en marchant, de sorte qu*il n'y avoit que le dessous de leurs pieds qui posât à terres

Autant le mélange physique des parties du corps du chien et de la louve se reconnoinoit vite dans ces quatre animaux , autant le mélange, qu'on pourroit appeler moral , paraissoit sensible dans leur naturel et leurs habitudes.

i*Tout le monde sait que les chiens lèvent une jambe pour uriner lorsqu'ils sont adultes; car , quand ils sont trop jeunes , ils s*accroupissent comme les femelles : notre mâle adulte , c'est-à-dire cehii de la première génération , levoil la jambe de mâne ; et le jeune mâle , âgé de six mois , s'aocroupissoit.

a** Les loups hurlent et n'aboient pas; nos quatre animaux aboyoient , à la vérité , d'un ton enroué, et en même temps ils hurloient encore comme les loups , et ils avoient de plus un petit cri , murmure de plaisir ou de désir comme celui d'un chien qui approche son maître. Quinqu'ils parussent aboyer avec difiiculté, cependant ils n'y roanquoient jamais iorsqu'ib voy oient des étrangers ou d'antres objets oui les inquiétoient. Ils faisoient entendre leur petit cri ou murmure dans le désir et la joie, et ils hurloient toujours lorsqu'ils s'ennuyoient ou qu'ils avoient faim; mais en ceci ils ne faîsoient que comme les chiens que l'on tient trop long-temps renfermés. Ils sembloieat sentir cfavanoe les changemens de l'air; car ils hurloient phis fort et plus souvent aux approches de la pluie et dans les temps humi(M!8 que dans les beaux temps. Les loups dans les bois ont ce même instinct , et on les entend hurler dans les mauvais temps et avant les orages. Au reste, les deux jeunes animaux de la seconde génération aboyoient avec moins de difficulté que ceux de la première; ils ne hurloient pas aussi souvent, ®*,?® "ï'^éloit jamais qu'après avoir abové qu ib feisoient entendre leur hurlement, fls

ANIMAI X DOMESTIQUES

paroissoieni donc se rapprocher par h toûi beaucoup plus de i'espeœ du chien que de celle du loup.

3® Ib avoient une habitude asaez singulière, et oui neit pas ordinaire à noa chious; c'est de fouiller la terre avec leor museau , pour cacher leur ordure on pour serrer le reste de leur manger, tandis qœ les chiens se servent pour cela de leurs ongles. Non seulement ib fiaisoient de petits trous en terre avec leur museau, mais ib se creusoient même une fosse assez grande pour s'y coucher; ce que nous n'avons jamais tu dans nos chiois domestiques.

4** L'on a vu que .de nos quatre animaux, les deux mâles étoient fûouches et méchans, et qu'au contraire les deux femelles étoient laàiilières et douces; le vieux mâle exerçoit même sa méchanceté sur tonte sa famille , comme s'il ne l'eût pas momie : s'il çaressoit quelquefois sa femelle, bientôt il la maltraitott, ainsi cpie ses petits; il les terrassoit, les mordoit durement, et ae leur permettoit de se relever que quand sa colère étoit passée. Les femelles, au contraire, ne s'irritoient contre personne , à moins qu'on ne les provoquât : elles aboyoient senlraaent contre les gens qu'elles .ne eounoissoient pas; mais elles ne se sont jamais élancées contre eux.

5° Le mâle et la femelle de la première génération avoient l'odorat très4)on; ib sentoient de très-loin, et, sans le secours de leurs yeux , ils distinguoient de loin les étrangers et ceux qu'ib connoissoient : ils sentoient même à travers les murs et les clôtures qui les renfermoient; car ils hurloient lorsque quelque étranger marchoit autour de leur écurie, et témoignoient au contraire de la joie lorsque c'étoient des gens de connoissance. Mais on a remarqué que c'étoient les mâles qui sembloieat être avertb les premiers par l'odorat; car les femelles n'aboyoient ou ne hurloient dans ce cas qu'après les mâles.

6° Ib exhaloient une odeur forte qui tenoit beaucoup de l'odeur du loup; car les chiens domestiques ne s'y méprenoient pas, et les fu) oient comme s'ib eussent été de vrais loups. Dans le voyage de nos quatre animaux de Namur à Paris , les chiens des campagnes , loin de s'en approcher, les fuyoieni au contraire dès qu'ib venoient de les apercevoir ou de les sentir.

7** Lorsque ces quatre animaux jouoieni ensemble, si l'un d'eux étoit mécontent, el s^il crioit parce qu'il se sentoit froissé ou blessé , les trois autres se jetoient aussitôt

LE CHIEN

xoT

ftir loi, le ronloient, le tiraient |Mir U queue, par. les pieds, etc., jusqu'à ce qu'il eût cessé de se plaindre; et ensuite ils continuoient déjouer avec lui comme auparavant. J'ai TU la même chose dans pliisieurs autres espèces d animaux, et même dans celle des souris. En général , les animaux ne peuvent souffrir le cri de douleur dans un de leurs semblables , et ils le punissent s'il rend ce cri mal à propos.

8* Je voulus savqir quel serait l'instinct de nos quatre animaux, soit en aversion, soit en courage; et comme les chats sont ceux que les chiens haïssent de préférence , on fit entrer un chat dans le jardin fermé où on les tenoit pendant le jour. Dès qu'ils Taperçurent, ils s'empressèrent tous de le poursuivre; le chat grimpa sur un arbre, et nos quatre animaux s'arran^rent comme pour le garder, et n'ôtoient pas la vue de dessus la proie qu'ils attendoient. En effet , dès qu'on fit tomber le chat en cassant la branche sur laquelle il se tenoit , le vieux mâle le saisit dans sa gueule Uvant qu'il n'eût touché terre. Il acheva de le tuer à l'aide de sa famille, qui se réunit à lui pour cette expédition ; et néanmoins ni les uns ni les autres ne mangèrent de sa chair, pour laquelle ils marquèrent autant de repugnance que les chiens ordinaires en oi^ pour cette sorte de viande.

Le lendemain, on fit entrer dans le même jardin une grosse chienne de la race des dogues, contre laquelle on lâcha le vieux mâle, qui s'élança tout aussitôt vers elle; et la chienne, au lieu de se défendre, se coucha ventre à terre. H la flaira dans cette situation; et dès qu'il eut reconnu son sexe, il la laissa tranquille. On fit ensuite entrer la vieille femelle , qui, comme le mâle, s'élança d'abord vers la chienne, puis se jeta dessus, et celle-ci s'enfuit et se rangea contre un mur, où elle fit si bonne contenance , que là femelle se contenta d'une seconde attaque, dans laquelle le mâle se rendit médiateur entre sa femelle et la chienne; il donna même un coup de dent à sa femelle pour la forcer à cesser le combat. (^iCpendant , ayant mis le médiateur à la chaîne pour laisser toute liberté à sa femelle, elle ne fit que voltiger autour de la chienne, en cherchant à la prendre par derrière ; et c'est là la vraie allure du loup, qui met toujours plus de ruse que de courage dans ses attaques. Néanmoins le vieux mâle paroissoit avoir de la hardiesse et du courage ; car il ne balançoit pas à se jeter sur les cniens : il les attaquoit en braye^ et sans chercher à les surprendre

par derrière. An reste, lii le mâle ni la femelle de nos animaux métis n'^oyoient comme font les chiens lorsqu'ils se battent ; leur poil se hérissoit, et ils grondoient seule-' ment un peu avant d'attaquer leur ennemi.

Quelques jours après, on fit entrer un mâtin à peu près aussi grand et aussi fort que notre vieux mâle, qui n'hésita pas à 1 attaquer. Le mâtin se défendit d'abord assez oien, parce qu'il étoit excité par son maître; mais cet homme ayant été forcé de se retirer, parce que notre vieux mâle vouloit se jeter sur lui , et l'a voit déjà saisi par ses habits, son cliien se retrancha aussit^ contre la porte par laquelle son maître étoit sorti, et il n'osa plus reparaître dans le jardin. Pendant tout ce temps, la vieille femelle marquoit beaucoup d'impatience pour combattre; mais , avant de lui en donner la liberté, on crut devoir attacher son mâle, afin de rendre le combat égal. Ayant donc mis cette femelle en liberté, elle s'élança tout de suite sur le chien, qui, n'ayant pas quitté son poste, ne pouvoit être attaqué que par devant : aussi, dès la première attaque, elle prit le parti de ne point hasarder un combat en règle; elle se contenta de courir lestement autour du chien pour tâcher de le surprendre par derrière, comme elle avoit fait quelques jours auparavant avec là chienne, et voyant que cela ne lui réussissoit pas, elle resta tranquiUe.

Comme Ton présumoit que le peu de résistance et de courage qu'a voit montré ce mâtin, qui d'ailleurs passoit pour être trèsibrt et très-méchant, que ce peu de courage, dis-je, venoit peut-être de ce qu'il étoit dépaysé, et qu'il pourroit être plus hardi dans la maison de son maître, on y conduisit le vieux mâle par la chaîne. Il y trouva le mâtin dans une petite cour; notre vieux mâle n'en fut point intimidé, et se promena fièrement dans celte cour : mais le mâtin, quoique sur son pallier, paruj^ très-effrayé , et n'osa pas quitter le coin où il s'étoit rencogné, en sorte que, sans combattre, il fut vaincu; car, étant chez son maître, il n*auroit pas manqué d'attaquer notre mâle , s'il n'eût pas reconnu , dès la première fois , la supériorité de sa force.

On voit par ces deux épreuves, et par d'autres faits semblables que les conducteurs ou gouverneurs de ces animaux nous ont rapportés, que jamais aucun chien n*a osé les attaquer; en sorte qu'ils semblent reconnoître encore dans leurs individus leur ennemi naturel , c'eat-à-dire le loup.

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