‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémens (volume 2)Chapitre 27 sur 146 · LE DAIM · texte numérisé non relu

LE DAIM

Aucune espèce n est plus voisine d'une autre que l'espèce du daim l'est de celle du cerf ; cependant ces animaux , qui se ressemblent à tant d'égards, ne vont point ensemble, se fuient, ne se mêlent jamais, et ne fonnent par conséquent aucune race intermédiaire. Il est même rare de trouver des daims dans les pa)s qui sont peuplés de beaucoup de cerfs , à moins qu'on ne les y ait apportés ; ils paroissenl être d'une nature beaucoup moins robuste el moins agreste qi:e celle du cerf; ils sont aussi beaucoup moins communs dans les forêts. On les élevé dans des parcs où ils sont pour ainsi dire à demi domestiques. L' \ngleterre est lepa)s de l'Europe où il y en a le plus , et l'on y fait grand cas de cette venaisun : les chiens la préi'crent anssi à la chair de tous les autres animaux, et lorsqu'ils oui une fois mangé du daim , ils ont beaucoup de peine à garder le change siu* le cerf ou sur le chevreuil. Il y a des daims aux environs de Paris et dans quelques provinces de France ; il y en a en Es-

pagne et en Allemagne; il y en a aussi en Amérique, qui peut-être y ont été transportés d'Europe. Il semble que ce soit un animal des climats tempérés, car tl n'y en a point en Russie, et l'on n'en trouve que très-raremenudans les forêts de Suèc^e et des autres pays dTi Nord.

Les cerfs sont bien plus généralemctit répandus; il y en a partout en Europe, même en Norwége et dans tout le INord , à Texceplion peut-i'tre de la Laponie; on en trouve aus.si lieaucuup en Asie, surtout -eu Tartarie et dans les provinces septentrionales de la Chine. On les retrouve en Amérique; car ceux du Canada ne diffèrent des nôtres que par la hauteur du bois, par le nombre et par la direction des andouillers, qui quelquefois n'est pas droite en avant comme dans les têtes de nos cerfs, mais qui retourne en arrière par une inflexion bien marquée, en sorte que la pointe de chaque andouiller regarde, le inerrai n ; el celte forme de tête n'est pas absolument particulière «mx cerfa

ANIMAUX SAUVAGES

du Canada, car on trouve une pareille tête dans la yénerie de Du Fouiiloux; et ie bois du cerf de Canada, que nous avons fait graver, a les audouillers droiis, ce qui prouve assez que ce n*est qu'une variété qui se rencontre quelquefois dans les cerfs de tous les pays. Il en esi de même de ces têtes qui ont au dessus de rempaumure un grand nombre d'audouillers en forme de couronne, que l'on ne trouve que très-rarement en France, et qui viennent, dit Du Fouilioux, du pays des Moscovites et d'Allemagne; ce ii'est qu'une autre variété qui n'empcche pas que ces cerfs ne soient pas de la même espèce que les nôtres. En Canada comme en France la plupart des cerfs ont donc les andouillers droits; mais leur bois en général est plus grand et plus gros, parce quHIs trouvent dans ces pays inhabités plus de nourriture et de repos que dans les pays peuplés de beaucoup d'hommes. Il y a de grands et petits cem en Amérique comme en Europe; mais, quelque répandue que soit cette espèce, il semble cependant qu'elle soit bornée aux climats froids et tempérés: les cerfs du Mexique et des autres parties de r Amérique méridionale; ceux que l'on appelle biches des bois et biches des palétuviers à Cayenne ; ceux que l'on appelle cerfs du Ganee, et que l'on trouve dans les mémoires dressés par M. Perrault , sous le nom de biches de Sardaigne ; ceux enfin auxquels les voyageurs donnent le nom de ctrfs au cap de Bonne-Espérance, en Guinée et dans les autres pays chauds , ne sont pas de l'espèce de nos cerfs, comme on le verra dans l'histoire particulière de chacun de ces animaux.

Et comme le daim est un animal moins cauvage, plus délicat, et pour ainsi dire plus domestique que le cerf, il esl^aussi sujet à un plus grand nombre de variétés. Outre les daims communs et les daims blancs, dont on peut voir la description , l'on en connoît encore plusieurs autres : les daims d'Espagne, par exemple, qui sont presque aussi grands que des cerfs, mais qui ont le cou moins gros et la couleur plus obscure , avec la queue noirâtre, non blanche par dessous, et plus longue que celle des daims communs; les daims de Yirginie,- qui sont presque aussi gi-ands que ceux d'Espagne, et qui sont remarquables par la grandeur du membre génital et la grosseur des testicules; d'autres qui ont ie front comprimé, aplati entre les yeux , les oreilles et la queue plus longues que le daim commun, et qui sont marqués d'une tache blanche sur les

ongles dos pieds de derrière; d*autres qui sont tachés ou l'axés de blanc, de noir et de fauve-clair; et d'autres enfin qui sont entièrement noirs : tous ont le bois plus veule , plus aplati, plus étendu en largeur, et à proportion plus garni d'andouillers que celui du cerf; il esi aussi plus courbé en dedans, et il se termine par une large et longue empaumure, et quelquefois, lorsque leur tète est forte et bien nourrie, les plus grands andouillers se terminent eux-mêmes par une petite empaumure. Le daim commun a la queue plus longue que le cerf, et le pelage plus clair. La télé de tous les daims mue comme celle des cerfs , mais elle tombe plus tard ; ils sont à peu près le même temps à la refaire, aussi leur rut arrive quinze jours ou trois semaines après celui du cerf: les daims raient alors assez fréquemment, mais d'une voix basse et comme entrecoupée; ils ne s'excèdent pas autant que le cerf, ni ne s'épuisent pas par le rut; ils ne s'écartent pas de leur pays pour aller chercher les femelles, cependant ils se les disputent et se battent à outrance. Ils sont presque toujours les uns avec les autres. Dans les parcs , lorsqu'ils se trouvent en grand nombre, ils forment ordinairement deux troupes, qui sont bien distinctes, bien séparées , et qui bientôt deviennent ennemies, parce qu'ils veulent également occuper le même endroit du parc : chacune de ces troupes a son chef qui marche le premier, et c'est le plus fort et le plus âgé; les autres suivent, et tous se disposent à combattre pour chasser l'autre troupe du bon pa\s. Ces combats sont singuliers par la disposition qui paroît y régner; ils s'attaquent avec ordre, et se battent avec courage, se soutiennent les uns les autres et ne se croient pas vaincus par uu seul échec; car le combat se renouvelle tous les jours, jusqu'à ce que les plus forts chassent les plus foibles et les relèguent dans le mauvais pays.

Ils aiment les terrains élevés et entrecoupés de petites collhies. Ils ne s'éloignent pas^ comme le cerf, loisqu'on les chasse; ils ne font que tourner, et cherchent seule' ment à se dérober des chiens par la ruse cV par le change : cependant, lorsqu'ils sont pressés, échauffés et épuisés, ils se jettent à l'eau comme le cerf; mais ils ne se hasardent pas à la traverser dans une aussi grande étendue ; ainsi la chasse du daim et celle du cerf n'ont entre elles aucune différence essentielle. Les connoissances du daim sont, en plus petit, les mêmes que celles du cerf; les mêmes ruses leur sont communes , seule-

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