‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémens (volume 2)Chapitre 26 sur 146 · XI · texte numérisé non relu

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A.NlMAtJX SAUYAGES.

cas qa*il soit acoompagoé. H arrÎTe souvent alors que les chiens se séparent et font deux chasses : les piqueurs doivent se séparer anssi et rompre les chiens qui se sonl fourvoyés, pour les ramener et les rallier à ceux qui chassent le cerf de meute. Le piqueur doit bien accompag^ner ses chiens , toujours les animer sans trop les presser, les aider sor le change, sur un retour, et, pour ne se pas méprendre, tâcher de revoir du cerf aussi souvent qu'il est possible; car il ne manque jamais de faire des ruses : il passe et repasse souvent deux ou trois fois sur sa voie, il cherche à se faire accompagner d^autres bétes pour donner le change; et alors il perce et s'éloigne tout de suite, ou bien il se jette à l'écart, se cache et reste sur le ventre. Dans ce cas , lorsqu'on est en défaut, on prend les devans, on retourne sur les derrières; les piqueurs et les chiens travaillent de concert : si Ton ne retrouve pas la voie du cerf, on juge qu'il est resté dans l'enceinte dont on vient de faire le tour, on la foule de nouveau; et lorsque le cerf ne s'y trouve pas , il ne reste d'autre moyen que d'imaginer la refuite qu'il peut avoir faite, vu le pays où l'on est, et d'aller l'y chercher. Dès qu'on sera retombé sur les voies et que les chiens auront relevé le défaut, ils chasseront avec plus d'avantage, parce qu'ils sentent bien que le cerf est déjà fatigué ; leur ardeur augmente à' mesure qu'il s'affoiblit; et leur sentiment est d'autant plus distinct et p'us vif que le cerf est plus échauffé : aussi redoublent-ils de jambes et de voix ; et quoiqu'il fasse alors plus de ruses que jamais, comme il ne peut plus courir aussi vite, ni par conséquent s'éloignei* beaucoup des chiens, ses ruses et ses détours sont inutiles ; il n'a d'autre ressource que de fuir la terre qui le trahit et de se jeter à l'eau pour dérooer son sentiment aux chiens. Les piqueurs traversent ces eaux, ou bien ils tournent autour, et remettent ensuite les chiens sur la voie du cerf, qui ne peut aller loin dès qu'il a battu l'eau, et qui bientôt est aux abois, où il tâche encore de défendre sa vie , et blesse souvent de coups d'andouillers les chiens et même les chevaux des chasseurs trop ardens , jusqu'à ce que l'un d'entre eux lui coupe le jarret pour le faire tomber, et l'achève ensuite en lui donnant un coup de couteau au défaut de l'épaule. On célèbre en même temps la mort du cerf par des fanfares , on le laisse fouler aux chiens , et on les fait jouir pleinement de leur victoire en leur faisant curée.

Toutes les saisons , tous les temps ne sont pas également bons pour courre le cerf; an printemps , lorsque les feuilles naissantes commencent à parer les forêts, que la terre se couvre d'herbes nouvelles et s'émaiUe de fleurs, leur parfum reud moins sûr le sentiment des chiens, et comme le cerf est alors dans sa plus grande vigueur, pour peu qu'il ait d'avance, ils ont beaucoup de peine à le joindi^e. Aussi les chasseurs conviennent-ib que la saison où les biches sont prêtes à mettre bas est celle de toutes où la chasse est la plus difficile, et que dans ces temps les chiens quittent souvent un cerf mal mené, pour toivuer à une biche qui bondit devant eux; et de même, au commencement de l'automne, ld|*sque le cerf est en rut, les limiers quêtent sans ardeur: l'odeur forte du rut leur rend peut-être la voie plus indifférente; peut-être aussi tous les cerfs ont-ils, dans ce temps, à peu près la même odeur. En hiver, pendant la neige, on ne peut pas courre le cerf; les limiers n'ont point de sentiment et semblent suivre les voies plutôt à l'œil qu'à l'odorat. Dans celte saison , comme les cerfs ne trouvent pas à viander dans les forts, ils en sortent, vont et viennent dans les pays plus découverts, dans les petits taillis, et même dans les terres ensemencées : ils se mettent en bardes dès le mois de décembre; et, pendant les gi'ands froids , ils cherchent à se mettre à l'abri des côtes ou dans des endroits bien fourrés, où ils se tiennent serrés les uns contre les autres et se réchauffent de leur haleine. A la lin de l'hiver, ils gagnent le bord des forêts et sortent dans les blés. Au printemps, ils mettent bas; la tête se détache d'elle-même ou par un petit effort qu'ils font en s'accrochant à quelque branche : il est rare que les deux côtés tombent précisément en même temps, et souvent il y a un jour ou deux d'intervalle entre la chute de chacun des côtés de la tête. Les %ieux cerfs sont ceux qui mettent bas les premiers, vers la fin de février ou au commencement de mars; les cerfs de dix cors ne mettent bas que vers le milieu ou la Un de mars ; ceux de dix cors jeunement , dans le mois d'avril ; les jeunes cerfs au commence- * ment, et les daguets vers le milieu et la fîn de mai : mais il y a sur tout cela beaucoup de variétés , et l'on voit quelquefois de vieux cerfs mettre bas plus tard que d'autres qui sont plus jeunes. Au reste , la mue de la tête des cerfs avance lorsque l'hiver est doux, et retarde lorsqu'il est rude et de longue durée.

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Dès que les oerfii ont mis bas , ils se séparent les uns des antres et il n'y a plus que les jeunes qui demeurent ensemble. Ils ne se tiennent pas dans les forts; mais ils gagnent les beaux pays, les buissons, les taillis clairs, où ils demeurent tout Tété, pour y refaire leur tête ; et , daus cette saison, ils marcbent la tête basse, crainte de la froisser contre les branches; car elle est sensible tant qu*elle n'a pas pris son entier accroissement. La tête des plus vieux cerfs n'est encore qu'à moitié refaite vers le milieu du mois de mai, et n'est tout-à-fait allongée et endurcie que vers la fin de juillet. Celle des plus jeunes cerfs , tombant plus tard, repousse et se refait aussi plus tard; mais dès qu'elle est entièrement allongée et qu'elle a pris de la solidité , les cerfs la frottent contre les arbres pour la dépouiller de la peau dont elle revêtue; et, comme ils contmuent à la frotter pendant plusieurs jours de suite, on prétend qu'elle se teint de la couleur de la sève du bois auquel ils touchent; qu'elle devient rousse contre les hêtres et les bouleaux, brune contre les . chênes , et noirâtre contre les charmes et les trembl&s. On dit aussi que les têtes des jeunes cerfs , qui sont lisses et peu perlées, ne se teignent pas à beaucoup près autant que celles des vieux cerfs, dont les perlures sont fort près les unes des autres ,

{)arce que ce sont ces perlures qui retiennent a sève qui colore le bois; mais je ne puj^ me persuader que ce soit là la vraie cause de cet effet , ayant eu des cerfs privés enfermés dans des enclos où il n'y avoit aucun arbre, où par conséquent ils n'avoient pu toucher au bois, desquels cependant la tête étoit colorée comme celle de tous les autres.

Peu de temps après que les cerfs ont bruni leur tête, ils commencent à ressentir les impressions du rut; les vieux sont les plus avancés: dès la fin d'août et le commencement de septembre, ils quittent les buissons , reviennent dans les forts et commencent à chercher les bêtes; ils raient d'une voix forte ; le cou et la gorge leur enflent ; ils se tourmentent ; ils traversent en plein jour les guérels et les plaines; ils donnent de la tête contre les arbres et les cépées; enfin ils paroissent transportés, furieux , et courent de pays en pays jusqu'à ce qu'ils aient trouvé des bêtes , qu'il ne sufGt pas de rencontrer, mais quHl faut encore poursuivre, contraindre, assujettir ; car elles les évitent d'abord; elles fuient et ne les attendent qu'après avoir été long-temps fatiguées de leur poursuite. C'est aussi par les

plus vieilles que commence le rut; les jeunef biches n'entrent en Chaleur que plus tard ; et lorsque deux cerfs se trouvent auprès de la même , il faut encore combattre avant que de jouir: s'ils sont d'égale force, Us se menacent, ils grattent la terre, ils raient d'un cri terrible, et^ se précipitant l'un sur l'autre, ils se battent à outrance, et se don* nent des coups de tète et d'andouillers si forts, que souvent ils se blessent à mort. Le combat ne finit que par la défaite ou la fuite de l'un des deux ; et alors le vainqueur ne perd pas un instant pour jouir de sa victoire et de ses désirs; à moins qu'un autre ne survienne encore, auquel cas il part pour laltaquer et le faire fuir comme le premier. Les plus vieux cerfs sont toujours les maîtres, parce qu'ils sont plus fiers et j^us har« dis que les jeunes, qui n'osent approcher d'eux ni de la bête, et qui sont obligés d'attendre qu'ils l'aient quittée pour l'avoir à leur tour : quelquefois cependant ils sautent sur la biche pendant que les vieux combattent; et après avoir joui fort à la hâte, ils fuient promptement. Les biches préfèrent les vieux cerfs, non pas parce qu'ils sont plus courageux, mais parce qu'ib sont beaucoup plus ardens et plus chauds que les jeunes: ils sont aussi plus inconstans; ils ont souvent * plusieurs bêles à la fois; et lorsqu'ils n'en ont qu'une, ils ne s'y atta-* chent pas, ils ne la gardent que quelques jours; après quoi ils s'en séparent et vont en chercher une autre , auprès de laquelle ils demeurent encore moins , et passent ainsi successivement à plusieurs, jusqu'à ce qu'ils soient tout-à-fait épuisés.

Cette fureur amoureuse ne dure que trois semaines : pendant ce temps ils ne mangent que très-peu , ne dorment ni ne reposent , nuii et jour ils sont sur pied , et ne font que marcher, combattre et jouir. Aussi sortent-ils de là si défaits, si fatigués, si maigres, qu'il leur faut du temps pour se remettre et reprendre des forces : ils se retirent oixlinairement alors sur le bord des forêts, le long des meilleurs gaguages, où ils peuvent trou« ver une nourriture abondante , et ils y demem'ent jusqu'à ce qu'ils soient rétablis. Le rut, pour les vieux cerfs, commence au 1^' de septembre et finit vers le ao; pour les cerfs de dix cors et de dix cors jeunement, il commence vers le lo de septembre et finit dans les premiers jours d'octobre; pour les jeunes cerfs, c'est depuis le ao septembre jusqu'au i5 octobre; et sur la fin de ce même mois , il n'y a plus que les daguets qui sont en rut, parce qu'ils y sont entrés

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les derniers de tous : tes plus jeunes biches sont de même les dernières en chaleur. Le rut est donc entièrement fini au commencement de novembre; et les cerfs dans ces temps de foiblesse sont faciles à forcer. Dans les années abondantes en gland, ils se rétablissent en peu de temps par la bonne nourriture, et Ton remarque souvent un second rut à la fin d'octobre, mais qui dure beaucoup moins que le premier.

Dans les climats plus chauds que celui de la France , comme les saisons sont plus avancées, le rut est aussi. plus précoce. En Grèce, par exemple, il paroit, par ce qu'en dit Aristote, qu'il conunence dans les premiers jours d'août, et qu'il finit à la fin de septembre. Les biches portent huit mois et quelques jours ; elles ne produisent ordinairement qu'un faon , et très-rarement deux ; elles mettent bas au mois de mai et au commencement de juin. Elles ont grand soin de dérober leur faon à la poursuite des chiens; elles se présentent et se font chasser ellesmêmes pour les éloigner, après quoi elles viennent le rejoindre. Toutes les biches ne sont pas fécondes; il y en a qu'on appelle bréhaîgnes , qui ne portent jamais. Ces biches sont plus grosses et prennent beaucoup plus de venaison que les autres ; aussi sont-elles les premières en chAleur : on prétend aussi qu'il se trouve quelquefois des biches qui ont un bois comme le cerf, et cela n'est pas absolument contre toute vraisemblance. Le faon ne porte ce nom que jusqu'à six mois environ; alors les bosses commencent à paroitre, et il prend le nom de hère, jusqu'à ce que ces bosses, allongées eil dagues I lui fassent prendre le nom de daguet. Il ne quitte pas sa mère dans les premiers temps, quoiqu'il prenne un assez prompt accroissement; il la suit pendant tout l'été. En hiver, les biches , les hères , les daguets et les jeunes cerfs se rassemblent en bardes et forment' des troupes d'autant plus nombreuses que la saison est plus rigoureuse. Au printemps, ils se divisent; les biches se recèlent pour mettre bas, et dans ce temps il n'y a guère que les daguets et les jeunes cerfs qui aillent ensemble. En général , les cerfs sont portés à demeurer les uns avec les autres, à marcher de compagnie, et ce n'est que la crainte ou la nécessité qui les disperse ou les sépare.

Le cerf est en état d'engendrer à l'âge de dix-huit mois; car on voit des daguets, c'est-à-dire des cerfs nés au printemps de l'année précédente , couvrir des biches en automne 9 et l'on doit présumer que ces

accouplemens sont prolifiques. Ce qui ponrroit peut-être en faire douter, c'est qu'ils n'ont encore pris alors qu'environ la moitié ou les deux tiers de leur accroissement , que les cerfs croissent et grossissent jusqu'à l'âge de huit ans, et que leur tête» va toujours en augmentant tous les ans jusqu'au même âge: mais il faut observer que le faon qui vient de naître se fortifie en peu de temps; que son accroissement est prompt dans la première année et ne se ralentit pas dans la seconde; qu'il y a même déjà surabondance de nourriture puisqu'il pousse des dagues ; et c'est là le signe le plus certain de la puissance d'engendrer. Il est vrai que les animaux en général ne sont en état d'engendrer que lorsqu'ils ont pris la plus grande partie de leur accroissement ; mais ceux qui ont un temps marqué pour le rut, ou pour le frai, semblent faire une exception à cette loi. Les poissons fraient et produisent avant d'avoir pris le quart ou même la huitième partie de leur accroissement; et dans les animaux quadrupèdes, ceux qui, comme le cerf, l'élan, le daim, le renne, le chevreuil, etc., ont un rut bien marqué, engendrent aussi plus tôt que les autres animaux.

Il y a tant de rapports entre la nutrition, la production du bois , le rut et la génération , dans ces animaux , qu'il est nécessaire, pour en bien concevoir les effets particuliers, 4e se rappeler ici ce que nous avons établi de plus général et de plus certain au sujet de la génération ; elle dépend en entier de la surabondance de la nourriture. Tant que l'animal croit (et c'est toujours dans le premier âge que l'accroissement est le plus prompt) , la nourriture est entièrement employée à l'extension, au développement du corps: il n'y a donc nulle surabondance, par conséquent nulle production, nulle sécrétion de liqueur séminale; et c'est par cette raison que les jeunes animaux ne sont pas en état d'engendrer ; mais lorsqu'ils ont pris la plus grande partie de leur accroissement, la surabondance commence à se manifester

1>ar de nouvelles productions. Dans Thomme, a barbe, le poil, le gonflement des mamelles, l'épanouissement des parties de la génération précèdent la puberté. Dans les animaux en général , et dans le cerf en particulier, la surabondance se marque par des effets encore plus sensibles; elle produit la tête , le gonflement des daintiers , l'enflure du cou et de la gorge, la venaison, le rut, etc. Et comme le cerf croît fort vite dans le premier âge, il ne se passe qu*un an

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depuis sa Naissance jus<{u'au temps où cette surabondance commence à se marquer au dehors par la production du bois : s'il est né au mois de mai, on verra paroitre, dans le même mois de l'année suivante, les naissances du bois qui commence à pousser sur le tét. Ce sont deux dagues qui croissent , s'allongent et s'endurcissent à mesure que l'animal prend de la nourriture : elles ont déjà, vers la fin d'août, pris leur entier ao croissement, et assez de solidité pour qu'il cherche à les dépouiller de leur peau en les fî*ottant contre les arbres ; et dans le même temps il achève de se charger de venaison , qui est une graisse abondante, produite aussi par le superflu de la nourriture , qui dès lors commence à se déterminer vers les parties de la génération et à exciter le cerf à cette ardeur du rùt qui le rend furieux. £t 'ce qui, prouve évidemment que la production du bois et celle de la liqueur séminale dépendent de la même cause, c'est que si vous détruisez la source de la liqueur séminale en supprimant par la castration les organes nécessaires pour cette sécrétion, vous supprimerez en même temps la production du bois : car si l'on fait cette opération dans le temps qu'il a mis bas sa tète, il ne s'en forme pas une nouvelle; et si on ne la fait au contraire que dans le temps qu'il a refait sa tête, elle ne tombe plus: l'animal , en un mot , reste pour toute la vie dans l'état où ^ il étoit lorsqu'il a subi la castration ; et comme il n'éprouve plus les ardeurs du rut, les signes qui l'accompagnent disparoissent aussi; il n'y a plus de venaison, plus d'enflure au cou ni à la gorge, et il devient d'un naturel plus doux et pluk tranquille. Ces parties que l'on a retranchées étoient donc nécessaires non seulement pour £aûre la sécrétion de la nourriture surabondante, mais elles servoient encore à l'animer, à la pousser au dehors dans toutes les parties du corps sous la forme de la venaison , et en particulier au sommet de la tête,' où elle se manifeste plus que partout ailleurs par la production du bois. Il est vrai que les cerfs coupés ne laissent pas dé devenir gras ; mais ils ne produisent plus de bois , jamais la gorge ni le cou ne leur enflent , et leur graisse ne s'exalte ni ne s'échauffe pas comme la venaison des cerfs entiers , qui , lorsqu'ils sont en rut, oht une odeur si forte , qu'elle infecte de loin ; leur chair même en est si fort imbue et pénétrée, qu'on ne peut ni la manger ni la sentir, et qu'elle se corrompt en peu de temps, au lieu que celle du cerf coupé se conserve

fraîche et peiit se manger dans tous les temps. Une autre preuve que la production du oois vient uniquement de la surabondance de la nourriture, c'est la différence qui se trouve entre les tètes des cerfs de même âge , dont les unes sont très-grosses , très-fournies, et les autres grêles et menues, ce qui dépend absolument de la quantité de la nourriture : car un cerf qui liabite un pays abondant, où il viande à son aise, où, après avoir repu tranquillement , il peut ensuite ruminer en repos , aura toujours la tête belle, haute, bien ouverte, l'empau mure large et bien garnie , le merrain gros et bien perlé, avec grand nombre d'andouil'* 1ers forts et longs; au lieu que celui qui se trouve dans un pays où il n*a ni repos ni nourriture suffisante n'aura qu'une tête mal nourrie, dont l'empaumure sera serrée, le merrain grêle et les andouillers menus et en petit nombre; en sorte qu'il est toujours aisé de juger par la tête d'un cerf s'il habite un pays abondant et tranquille, et sll a été bien ou mal nourri. Ceux qui se portent mal, qui ont été blessés, ou seulement qui ont été inauiétés et courus, premient rarement une oelle tête et une bonne venaison; ils n'entrent en rut que plus tard; il leur a fallu plus de temps pour refaire leur tête , et ils ne la mettent bas qu'après les autres. Ainsi tout concourt à faire voir que ce bois n'est, comme. la liqueur séminale, que le ^pcrilu, rendu sensible, de la nourriture organique , -qui ne peut être employée tout entière au développement, à l'accroissement ou à l'entretien du corps de l'animal.

La disette retarde donc l'accroissement du bois et en diminue le volume très-considérablement ; peut-être même ne serait-il pas impossible, en retranchant beaucoup la nourriture, de supprimer en entier celte production, sans avoir recours à la castra- ^on : ce qu'il y a de sûr, c'est que les cerfs coupés mangent moins que les autres; et ce qui fait que dans cette espèce, aussi bien que dans celles du daim, du chevreuil et de rélan , les femelles n'ont point de bois, c'est qu'elles mangent moins que les mâles, et que , quand même il y auroit de la surabondance , il arrive que dans le temps où elle pourroit se manifester au dehors elles deviennent pleines ; par conséquent le superflu de la nourriture étant employé à nourrir le foetus , et ensuite à allaiter le faon , il n'y a jamais rien de surabohdant. Et l'exception que peut 'faire ici la femelle du renne, qui porte un bois commet mâle, est plus favorable que contraire i^fSette ex-

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plication ; ear de tous les animaux qui portent uu bois, le renne est celui qui, proportionnellement à sa taille, l'a aun plus gros et d'un plus grand volume, puisqu'il s'étend en avant et eu arrière , souvent tout le long de son corps: c'est aussi de tous celui qui se charge le plus abondamment de ve^naison, et d'ailleurs le bois que portent les femelles est fort petit en comparaison de celui des mâles. Cet exemple prouve donc seulement gue quand la surabondance est si grande qu'elle ne peut être épuisée dans la gestation par l'accroissement du fœtus , elle se répand au dehors, et forme dans la femelle , comme dans le mâle , une production semblable, un bois qui est d'un plus plus petit volume, parce que cette surabondance est aussi en moindre quantité.

Ce que je dis ici de la nourriture ne doit pas s'entendre de la masse ni du volume des alimens, mais uniquement de la quantité des molécules organiques que contiennent ces alimens : c'est cette seule matière qui est vivante , active et productrice ; le reste n'est qu'un marc qui peut être plus ou moins abondant sans rien changer à l'animal. Et comme le lichen , qui est la nourriture ordinaire du renne , est un aliment plus substantiel que les feuilles, les écorces ou les boutons des arbres dont le cerf se nourrit , il n'est pas étonnant qu'il y ait plus de surabondance de celte nourriture organique , et par conséquent plus de bois et plus de venaison dans le renne que dans le cerf. Cependant il faut conveiiir que la matière organique qui forme le bois dans ces espèces ^'animaux n'est pas parfaitement dépouillée des parties brutes auxquelles elle étoit jointe, et qu'elle conserve encore, après avoir passé par le corps de l'animal , des caractères de son premier état dans le végétal. Le bois du cerf pousse , croit et se compose comme le bois d'un arbre; sa substance est peut-être moins osseuse que ligneuse; c'est peur ainsi dire un végétal greffé sur un animal , et qui participe de la nature des deux, et forme une de ces nuances auxquelles la nature aboutit toujours dans les exti'êmes, et dont elle se sert pour rapprochar les choses les plus éloignées.

Dans l'animal, comme nous l'avons dit, les os croissent par les deux extrémités à la fois : le point d'appui, contre lequel s'exerce la puissance de leur extension en longueur, est dans le milieu de la longueur de l'os : cette partie du milieu est aussi la première form^,la première ossifiée; et les deux exfrémilê^' vont toujours en s'éloignant de la

partie du milieu , et restent moUes jusqn^i ce que l'os ait pris son entier accroissement dan& cette dimension. Dans le végétal , au contraire , le bois ne croît que par une seule de ses extrémités; le bouton qui se développe, et qui doit former la branche,* est attaché au vieux bois par l'extrémité inférieure; et c'est sur ce point d'appui que s'exerce la puissance de son extension en longueur. Cette différence si marquée entre la végétation des os des animaux et des parties solides des végétaux ne se trouve point dans le bois qui croit sur la tête des cerfe; au conti'airo, rien n'est plus semblable à l'accroissement du bois d'un arbre. Le bois • du cerf ne s'étend que par une de ses extrémités, l'autre lui sert de point d'appui; il est d'abord tendre comme Fherbe et se durcit ensuite comme le bois : la peau , qui s'étend et qui croit avec lui, est son écorce, et il s'en dépouille quand il a pris son entier accroissement; tant qu'il croît, l'extrémité supérieure demeure toujours molle. Il se divise aussi en plusieurs rameaux ; le merrain est l'arbre , les audouillers en sont les branches. En un mot, tout est semblable, tout est conforme dans le développement et dans l'accroissement de l'un et de l'autre , et dès lors les molécules organiques , qui constituent la substance vivante du bois du cerf, retiennent encore l'empreinte du végétal , parce qu'elles s'arrangent de la même façon que dans les végétaux. La matière domine donc ici sur la forme ; le cerf, qui n'hal>ite que dans les bois et qui ne se nourrit que de rejetons des arbres, prend une si forte teinture de bois , qu'il produit lui-même une espèce de bois qui conserve assez les caractères de son origine pour qu'on ne puisse s'y méprendre : et cet effet, quoique très-singulier, n'est cependant pas unique ; il dépend d'une cause générale que j'ai eu occasion d'indiquer plus d'une fois dans cet ouvrage.

Ce qu'il y a de plus constant, de plus inaltérable dans la nature, c'est l'empreinte ou le moule de chaque espèce, tant dans les animaux que dans les végétaux : ce qu il y a de plus variable et de plus corruptible, c'est la substance qui les compose. La matière , en général , paroît être indifférente à recevoir telle ou telle forme , et capable de por'er toutes les empreintes possibles : le» molécules organiques, c'est-à-dire les parties vivantes de cette matière, passent des végétaux aux animaux, sans destruction, sans altération, et forment également la substance vivante de l'herbe, du bois, de

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la dnir et oies os. Il paroît donc, à cetto ^ première \'ue , que la matière ne peut jamais dominer sur la forme ; et que , quelque 1 espèce de nourriture que prenne un animal, tpoui'vu qu'il en puisse urer les molécules organiques qu'elle contient, et se les assimiler par la nutrition , cette nourriture ne pourra rien changer à sa forme , et n'aura d'autre effet que d'entretenir ou faire croître son corps, en se modelant sur toutes les parties du moule intérieur, et en les pénétrant intimement : ce qui le prouve, c'est 3 n'en général les animaux qui ne vivent que 'herbe, qui paroi t être une substance trèidi^erente de celle de leur corps, tirent de cette herbe de quoi faire de la diair et du sang; que même ils se nourrissent, croissent et grossissent autant et plus que les animaux qui ne vivent que de chair. Cependant , en observant la nature plus particulièrement, on s'apercevra que quelquefois ces molécules organiques ne s'assimilent pas parfai-^ tement au moule intérieur, et que souvent la matière ne laisse pas d'influer sur la forme d'une manière assez sensible ; la grandeur, par exemple, qui est un des attributs de la forme, varie dans chaque espèce suivant les différens climats; la qualité, la quantité de la chair, qui sont d'autres attributs de la forme, varient suivant les différentes nourritures. Cette matière organique que l'animal assimile à son corps par la nutrition, n'est donc pas absolument indifférente à recevoir telle ou telle modification; elle n'est pas absolument dépouillée de la forme qu'elle avoit auparavant, et elle retient quelques caractères de l'empreinte de son premier état : elle agit donc elle-même par sa propre forme sur celle du corps orgonisé qu'elle nourrit; et quoique cette action soit presque insensible, que même cette puissance d'agir soit infiniment petite en comparaison de la force qui contraint cette matière nutritive à s'assimiler au moule qui la reçoit, il doit en résulter, avec le temps , des effets irèssensibles. Le cerf, qui n'habite que les forêts, et qui ne vit, pour ainsi dire, que de bois, porte une espèce de ùois qui n'est qu'un résidu de cette nourriture : le castor, qui habite les eaux et qui se nourrit de poisson, porte une queue couverte d'écaillés : ta chair de la loutre et de la plupart des oiseaux de rivière est un aliment de carême, une espèce de chair de poisson. L'on peut donc présumer que des animaux auxquels on ne donneroit jamais que la même espèce de nourriture prendroient en assez peu de temps une teinture des qualités de cette nour-

riture, et que, quelqne forte que soit l'empreinte de la nature, si l'on continuoit toujours à ne leur donner que le même aliment, il en résulteroit, aVec le temps, une espèce de transformation par une assimilation toute contraire à la première : ce ne seroit plus la nourriture qui s'assimileroit en entier à la forme de l'animal , mais lanimal qui s'as^ simileroit en partie à la forme de la nourriture , comme on le voit dans le bots du cerf et dans la queue du castor.

Le bois, dans le cerf, n'est donc qu'une partie accessoire, et, pour ainsi dire, étrangère à son corps, une production qui n'est regardée conune partie animale que parce qu'elle croit sur un animal, mais qui est vraiment végétale, puisqu'elle retient les caractères du végétal dont elle tire sa pre* mière origine , et que œ bois ressemble va bois des arbres par la manière dont il croît, dont il se développe , se ramifie , se durcit, se sèche et se sépare : car il tombe de luimême après avoir pris son entière solidité et dès qu'il cesse de tirer de la nourriture , comme un fruit dont le pédicule se détache de la branche dans le temps de sa maturité; le nom même qu'on lui a donné dans notre langue prouve bien qu'on a regardé cette production comme un bois, et non pas comme une corne, un os, une défense, nne dent , etc. Et quoique cela me paroisse, suffisamo^ent indiqué, et même prouvé, par tout ce. que je viens de dire, je ne dois pas oublier un 'fait cité par les anciens. Aristote, Théophraste, Pline, disent tous que l'on a vu du lierre s'attacher, pousser et croître sur le bois des cerfs, lorsqu'il est encore tendre. Si ce fait est vrai , et il seroit facile de is'en assurer par l'expérience , il prouveroit encore mieux l'analogie intime de ce bois avec le bois des arbres.

Non seulement les cornes et les défenses des autres animaux sont d'une substance très-différente de celle du bois du cerf, mais leur développement, leur texture, leur accroissement , et leur formé tant extérieure qu'intérieure, n'ont rien de semblable ni même d'analogue au bois. Ces parties, comme les ongles, les cheveux, les crins, les plumes, les écailles, croissent, à la vérité, par une espèce de végétation, mais bien différente de la végétation du bois. Les cornes dans les bœufs, les chèvres, les gazelles, etc., sont creuses en dedans, au lieu que le buis du cerf est solide dans toute son épaisseur : la substance de ces cornes est la même que celle des ongles, des ergots et des égailles ; celle du bois du cerf, au contraire^ SèsseÊt»

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ANIMAUX SAUVAMES.

ble plus au bois qu'à foute autre substance. Toutes ces cornes creuses sont revêtues en dedans d'un périoste , et contiennent dans leur cavité un os qui les soutient et leur sert de noyau; elles ne tombent jamais, et elles croissent pendant toule la vie de l*animal , en sorte qu*on peut juger son âge par les noeuds ou cercles annueb de ses cornes. Au lieu dé croître, comme le bois du cerf, par ieur extrémité supérieure, elles croissent, au contraire, comme les ongles, les plumes, les cheveux, par leur extrémité inférieure. Il en est de même des défenses de réléphant, 4e la vache marine, du sanglier, et de tous les autres animaux; elles sont creuses en dedans , et elles ne croissent que par leur extrémité inférieure : ainsi les cornes et les défenses n'ont pas plus de rapport que les ongles, le poil, ou les plumes, avec le bois du cerf.

Toutes les végétations peuvent donc se réduire à trois espèces : la première, où l'accroissement se fait par l'extrémité snpé* rieure , comme dans les herbes , les plantes, les arbres, le bois du cerf, et tous les autres végétaux; la seconde, où l'accroissement se fait, au contraire, par l'extrémité inférieure, comme dans, les cornes, les ongles, les ergots, le poil, les cheveux, les plumes, les écailles, les défenses, les dents, et les autres parties extérieures du corps des animaux ; la troisième est celle où l'accroissement se fait à la fois par les deux extrémités, comme dans les os, les cartilages, les muscles, les tendons, et les autres •parties intérieiures du corps des animaux : toutes trois n'ont pour cause matérielle que la surabondance de la nourriture organique, et pour effet que l'assimilation de cette nourriture au moule qui la reçoit. Ainsi l'animal croit plus ou moins vite à proportion de la quantité de cette nourriture ; et lorsqu'il a pris la plus grande partie de son accroissement , elle se détermine vers les réservoirs séminaux, et cherche à •e répandre au dehors, et à produire, au moyen de la copulation, d'autres êtres organisés. La différence qui se trouve entre les animaux qui, comme le cerf, ont im temps marqué pour le rut, et les autres animaux qui peuvent engendrer en tout temps, ne vient encore que de la manière dont ils se nourrissent. L'homme et les animaux domestiques , qui tous les jours prennent à peu près une égale quantité de noiirriture , souvent même très-abondante, peuvent engendrer en tout temps : le ceri , au contraire, et la plupart des animaux sauvages, qui

souffrent pendant l'hiver une grande disette, n'ont rien alors de surabondant , et ne sont en état d'engendrer qu'après s'être refaits pendant Pété; et c'est aussi immédiatement après cette saison que commence le rut, pendant lequel le cerf s'épuise si fort , qu'il reste pendant tout l'hiver dans un état de langueur ; sa chair est même alors si dénuée de bonne substance , et son sang est si fort appauvri , qu'il s'engendre des vers sous sa peau, lesquels augmentent epcore sa misère, et ne tombent qu'au printemps, lorsqu'il a repris , pour ainsi dire , une nouvelle vie par la nourriture active que lui fournissent les productions nouvelles de la terre.

Toute sa vie se passe donc dans des alternatives de plénitude et d'inanition, d'em^ bonpoint et de maigreur , de santé , pour ainsi dire , et de maladie , sans que ces oppositions si marquées et cet état toujoura excessif altèrent sa constitution; il vit aussi long-temps que les autres animaux qui ne sont pas sujets à ces vicissitudes. Comme il est cinq ou six ans à croître, il vit aussi sept fois cinq ou six ans, c'est-à-dire trentecinq ou quarante ans. Ce que l'on a débité sur la longue vie des cerfs n'est appuyé sur aucun fondement : ce n'est qu'un préjugé populaire qui régnoit dès le temps d'Aristote ; et ce philosophe dit avec raison que cela ne lui paroît pas vraisemblable , attendu que le temps de la gestation et celui de l'acccroissement du jeuue cerf n'indiquent rien moins qu'une très-longue vie. Ce^iendant, malgré celte autorité , qui seule auroit dû suffire pour détruire ce préjugé , il s'est renouvelé dans les siècles d'ignorance par une histoire ou une fable que l'on a faite d'un cerf qui fut pris par Charles YI dans la forêt de Senlis , et qui portoît un collier sur lequel étoit écrit : Cœsar hoc mihi donavit ; et l'on a mieux aimé supposer mille ans de vie à cet animal , et faire donn^ ce collier par un empereur romain, que de convenir que ce cerf pouvoit venir d'Allemagne, où les empereurs ont, dans tous les temps , pris le nom de César.

La tête des cerfs va tous les ^ans en au^ mentant en grosseur et en hauteur , depuis la seconde année de leur vie jusqu'à la nuitième : elle se soutient toujours belle et à

S eu près la même pendant toute la vigueur e rage ; mais , lorsqu'ils deviennent vieux, leur tête décline aussi. Il est rare que nos cerfs portent plus de vingt ou ningt-deux andouillers, lors même que leur tête est la plus belle , et ce nombre n'est rien moink que constant; car il arrive souvent que 1«

LE CERF

même cerf aura dans une année un certain nombre d'andouillers, et que Tannée suivante il en aura plus ou moins, selon qu'il aura eu pluç ou moins de nourriture et de repos : et de même que la grandeur de la téie et du bois du cerf dépend de la' quantité de la nourriture , la qualité de ce même bois dépend aussi de la différente qualité des nourritures ; il est , comme le bois des forêts, grand, tendre et assez léger dans les pays humides et fertiles ; il est au contraire court , dur et pesant , dans les pays secs et stériles.

n en est de même encore de la grandeur et de la taille de ces animaux ; elle est fort différente, selon les lieux qu'ils habilent. Les cerfs de plaines , de vallées ou de collines abondantes en grains, ont le corps beaucoup plus grand et les jambes plus

zfl9

.cerfs devenus domestiques, mais très-anciennement; car Arïstote et Pline parlent des cerfs blancs, et il paroit qu'ils n'étoieni pas alors plus communs qu'ils ne le sont aujourd'hui. La couleur du bois , comme la couleur du poil , semble dépendre en par* liculier de l'âge et de la nature de l'animal, et en général de l'impression de l'air : les jeunes cerfs ont le bois plus blanchâtre et moins teint que les vieux. Les cerfs dont le pelage est d'un fauve clair et délayé ont souvent la tête pâle et mal teinte ; ceux qui sont d'un fauve vif. l'ont ordinairement rouge; et les bruns, surtout ceux qui ont du poil noir sur le cou , ont aussi la tête noire. Il est vrai qu'à l'intérieur le bois de lous les cerfs est à peu près également blanc : mais ces bois diffèrent beaucoup les uns des autres en solidiié et par leur (ex-

hautes que les cerfs des montagnes sèches, . ture plus ou moins serrée; il y en a qui sont

arides et pierreuses ; ceux-ci ont le corps bas , court et trapu ; ils ne peuvent courir aussi vite, mais ils vont plus long-temps que les premiers; ils sont plus méchans, ils ont le poil plus long sur le massacre; leur tête est ordinairement basse et noire, à peu près comme un arbre rabougri , dont Técorce est rembrunie, au lieu que la tête des cerfs de plaines est haute et d'une couleur claire et rougeâtre, comme le bois et l'écorce des arbres qui croissent en bon terrain. Ces petits cerfs trapus n'habitent guère les futaies, et se tiennent presque toujours dans les taillis , où ils peuvent se soustraire plus aisément à la poursuite des chiens : leur venaison est plus fine , et leur chair est de meilleur goût que celle des

fort spongieux , et où même il se trouve des cavités assez grandes : celte différence dan< la texture suffit pour qu'ils puissent se colorer différemment, et il nest pas nécessaire d'avoir recours à la sève des arbres pour produire cet effet, puisqde nous voyons tous les jours l'ivoire le plus blanc jaunir ou brunir à l'air , quoiqu'il soit d'une matière bien plus compacte et moins poreuse * que celle du bois du cerf.

Le cerf paroit avoir l'œil bon , l'odorat exquis, et l'oreille excellente. Lorsqu'il veut écouter^ il lève la tète, dresse les oreilles, et alors il entend de fort loin ; lorsqu'il sort dans un petit taillis ou dans quelque autre endroit à demi découvert , il s'arrête pour regarder de tous côtés , et cherche ensuite

cerfs de plaines. Le cerf de Corse paroît .le dessous du vent pour sentir s'il n'y a pas

être le plus petit de lous ces cerfs de montagnes ; il n'a guère que la moitié de la hauteur des cerfs ordinaires ; c'est , pour ainsi dire , un basset parmi les cerfs : il a le pelage brun, le corps trapu, les jambes courtes. Et, ce qui m'a convaincu que la grandeur^ et la taille des cerfs en général dépendoient absoUunent de la quantité et de la qualité de la nourriture , c'est qu'en ayant fait élever un chez moi , et l'ayant nourri largement pendant quatre ans, il éloit à cet âge beaucoup plus haut, plus gros, plus étoffé que les plus vieux cerfs de mes bois , qui cependant sont de la belle taille*

Le pelage le plus ordinaire pour le cerf est le fauve ; cependant il se trouve , même en assez grand nombre, des cerfs bruns, et d'autres qui sont roux : les cerfs blancs sont bien plus rares , et semblent être des

Bvrroir. V.

quelqu'un qui puisse Tinquiéter. Il est d'un naturels assez simple , et cependant il est curieux et rusé : lorsqu'on le siffle ou qu'on l'appelle de loin , il s'arrête tout court et regarde fixement , et avec une espèce d'admiration, les voitures, le bétail , les hommes; et^ s'ils n'ont ni arme ni chiens, il continue à marcher d'assurance, et passe son chemin fièrement et sans fuir. Il paroit aussi écouler avec autant de tranquillité qun de plaisir le chalumeau ou le flageolet des bergers, et les veneurs se servent quelque* fois de cet artifice pour le rassurer. En général , il craint beaucoup moins l'homme que les chiens, et ne prend de la défiance et de la ruse qu'à mesure et qu'autant qu'il aura été inquiété. Il mange lentement^ il choisit sa nourriture; et lorsqu'il a viande, il cherche à se reposer pour ruminer r loisir : mais il paroit que la rumination ne se

ANIMAUX

fait pas avec autant de facilité que dans le bœut : ce n'est, pour ainsi dire , que par secousses que le cerf peut faire remonter riierbe contenue dans son premier estomac. Cela vienl de la longueur et de la direction du chemin qu'il faut que I aliment f)arcoure : le bœuf a le cou court et droit, e cerf Ta long et arqué; il faul donc beaucoup plus d'effort pour faire remonter l'aliment, et cet effort se fait par une espèce de hoquet dont le mouvement se marque au dehors et dure pendant tout le temps de la rumination. Il a la voix d'autant plus forte , plus grosse et plus tremblante , qu'il est plus âge : la biche a la voix plus foible et plus courte; elle ne.rait pas d'amour, mais de crainte : le cerf rait d'une manière eff^royable dans le temps du rut; il est alors si transporté, qu'il ne s'inquiète ni ne s'effraie de rien : on peut donc le surprendre aisément ; et comme il est surcharge de venaison , il ne tient pas long-temps devant les chiens : mais il est dangereux aux abois, il se jette sur eux avec une espèce de fureur. Il ne boit guère en hiver , et encore moins au printemps ; l'herbe tendre et chargée de rosée lui suffit : mais , dans les chaleurs et les sécheresses de l'été, il va boire aux ruisseaux, aux mares, aux fontaines; et dans le temps du rut il est si fort échauffé, qu'il cherche l'eau partout, non seulement

J)our apaiser sa soif brûlante , mais pour se >aigner et se rafraîchir le corp.4. Il nage parfaitement bien, et plus légèrement alors que daus tout autie temps , à cause de la venaison, dont le volume est plus léger qu'un pareil volume d'eau : on en a vu traverser de très-grandes rivières ; on prétend même qu'attirés par l'odeur des biches, les cerfs se jettent à la mer dans le temps du rut, et passent d'une ile à une autre à des distances de plusieurs lieues. Ils sautent encora plus légeretnent qu'ils ne nagent; car lorsqu'ils sont poin-suivis, ils franchissent aisément une haie, et même un palis d'une toise de hauteur. Leur nourriture est différente suivant les difféi^nles saisons : en automne, après le rut, ils cherchent les boutons des arbustes verts , les fleurs de bruyères, les feuilles de ronces, etc. ; en hiver , lorsqu'il neige , ils pèlent les arbres et se nourrissent d'écorces, de mousse, etc., et lorsqu'il fait un temps ^doux, ils vont viauder dans les blés; au commencement du printemps, ils cherchent les chatons des trembles, des mar^aules, des coudriers, les fleurs et les boutons du cornouiller, etc.; en -été, ils ont de quoi

SAUVAGES

choisir, mais ils préfèrent les seigles à tous les autres grains, et la bourgène à tous les autres bois. La chair du faon est bonne à manger, celle de la biche et du daguet n'est pas absolument niauvaise, mais celle des cerfs a toujours un goût désag:i^éable et fort : ce que cet animal fournit de plus utile , c'est son bois et sa peau ; on la prépare, et elle fait un cuir souple et très-durable ; le bois s emploie par les couteliei's , les fourbisseurs , etc. , et l'on en tire , par la chimie, des çsprits alkalis volatils dont la médecine fait un fréquent usage.

* On sait que dans plusieurs animaux , tels que les chats, les chouettes, etc., la pupille de l'œil se rétrécit au grand jour et se dilate dans l'obscurité; mais on ne l'avoit pas remarqué sur les yeux du cerf. J'ai reçu de M. Beccaiia, savapt physicien et célèbie professeur à Fisc , la lettre sui\'ante , datée de Turiu le 28 octobre 1767 , dont voici la traduction par extrait :

« Je présentois du pain , dit M. Beccaria, à un cerf enfermé dans un endroit obscur, pour l'attirer vers la fenêtre, et pour admirer à loisir la forme rectangulaire et transversale de sespu])illcs , qui, dans la lumière vive , n'avûieut au plus qu'une demi-ligne de largeur sur environ quinze lignes de longueur. Dans un jour plus foible, elles s'élargissoienl de plus d'une ligne et demie, mais en conservant leur figure rectangulaire; et, dans le passage des ténèbres, elles s'élargissoieut d'environ quatre lignes, toujours trausversalement, c'est-à-dire horizontalement , en conservant la même forme rectangulaire. L'on peut aisément s'assurer de ces faits en mettant la main sur l'œil d'un cerf; au moment qu'on découvrira cet œil, on verra la pupille s'élargir de plus de quatre lignes. »

Cette observation fait penser avec raison à M. Beccaria que les autres animaux du genre des cerfs ont la même facilité de dilater et de contracter leurs pupilles; mais, ce qu'il y a de plus remarquable ici, c'est que la pupille des chats , des chouettes , et de plusieurs autres animaux , se dilate et se couiracle verticalement , au lieu que la pupille du cerf se contracte et se dilate horizontalement.

Je dois encore ajouter à l'histoire du cerf un fait qui m'a été communiqué par M. le marquis d'Amezaga, qui joint à beaucoup de counoissances une grande expérience de la chasse.

- « Les cerfs , dit- il , mettent leur tête bas au mois de mars, plus tôt ou plus tard,

IB CEKF.

selon teur âge. À la fin de juin , les gros cerfs ont leur tête allongée , et elle comr menée à leur démanger. C'est aussi dans ce même temps qu'ils commence^ à toucher aux bois pour se défaire de la peau veloutée qui entoure le merrain et les andouillers. Au commencement d'août, la tête commeuce à prendre la consistance qu'elle doit avoir pour le reste de l'année. Le 1 7 octobre , réqui|)age de S. A. S. monseigneur le prince de Condé attaqua un cerf de dix cors jeunement : c'est dans cette saisou que les cerfs tiennent leur rut, et par couséquent ils sont alors bien moins vigoureux; et ce fut avec grand étonuemeut que nous vîmes ce cerf aller grand train , et nous conduire à près de six lieues de son lancé.

« Ce cerf pris, nous trouvâmes sa tête blanche et sanguinolente , comme elle auroil dû l'être dans le temps que les cerfs oi'dinaires touchent au bois; celte tête étuit couverte de lambeaux de la peau veloutée

3ui se détache de la ramure : il avoit anouillers sur andouillers et chevillures, avec deux perches sans empaumures. Tous les chasseurs qui arrivèrent à la morl de ce cerf furent étonnés de ce phénomène ; mais ils le furent bien davantage lorsqu'on voulut lui lever les daintiers : ou n'en trouva point dans le scrotum; mais, après avoir ouvert le corps , on trouva en dedans deux petits daintiers gros comme des noisettes, et nous vîmes clairement qu'il n'avoit point donné au rut comme les autres , et nous estimâmes que même il n'y avoit jamais donné. On sait que pendant les mois de juin , juillet et août, les cerfs sont prodigieusement chai'gés de suif, et qu'au i5 septembre ils pissent ce. suif, en sorte qu'il ne leur reste que de la chair : celui dont je parle avoil conservé tout son suif , par la raison qu'il n'étoit point en état de ruler. Ce cerf avoit un autre défaut que nous observâmes en lui Jevant les pieds; il lui manquoit dans le pied droit l'os du dedans du pied; et cet os, qui se trouvoil dans le pied gauche , étoit long d'un demi-pouce , pointu et gros comme un cure-dent.

« Il est notoire qu'un cerf que l'on coupe quand il n'a pas sa tête , elle ne repousse plus : on sait aussi que lorsque l'on coupe un cerf qui a sa tête dans sa peifection , il la conserve toujours. Or il paroît ici que les très-getites parties de la génération de l'animal dont je viens de parler ont sul'û pour lui faire changer de tête , mais que la nature a toujours été tardive dans ses opérations pour la conformation naturelle de

cet animal; car nous n^avons trouvé aucune trace d'accidents qui puissent faire croire que ce même ordre de la nature ait pu être dérangé; en sorte qu'on peut dire, avec grande raison, que ce retardement ne vient que du peu de facultés des parties de la général ion dans cet animal, lesquelles étoient uéaumoins suffisantes pour produire la chute et la renaissance de la tête , puisque les meules nous indiquoient qu'il avoit eu sa tête de daguei , sa seconde tête , sa troisième , sa quatrième et dix cors jeunement , au temps ou nous l'avons pris. »

Cette observation de M. le marquis d'Amezaga semble prouver encore mieux que toutes les ol)servations qu'on avoit faites précédemment , que la chute et le renouvellement de la tête des cerfs dé[)endent en totalité de la présence des daintiers ou testicules, et en partie de leur état plus ou moins complet; car ici les testicules étant pour ainsi dire imparfaits et beaucoup trop petits, la tête étoit par celte raison plus long-temps à se former , et tomboit aussi beaucoup plus tard que dans les cerfs.

Nous avons donné une indication assez détaillée au sujet d'une race particulière de cerf, connu sous le nom de cerf noir ou cerf des Jrdennes; mais nous ignorions que cette race eût des variétés. Feu M. Collinson m'a écrit que le roi d'Angleterre, Jacques I^** , avoil fait venir plusieurs cerfs noits, ou du moins très-bruns, de différens pays , mais surtout du Uolstein , de Danemarck, et de Norwcge, et il m*a observé en même temps que ces cerfs sont difl'éi-ens de celui que j'ai décrit dans mon ouvrage.

«Ils ont, dit-il, des empaumures larges et aplaties à leurs l>ois comme les daims; ce qui n'est pas dans celui des Ardennes. II ajoute que le roi Jacques avoit fait mettre plusieurs de ces cerfs dans deux forêts voisines de Londres, et qu'il en" avoit envoyé quelques autres en Ecosse , d'où ils se sont répandus dans plusieurs endroits. Pendant l'hiver ils paroissent noirs et ont le poil hérissé; l'été ils sont bruns et ont le poil lisse ; mais ils ne sont pas si bons à manger que les cerfs ordinaires. »

Pontoppidan , en parlant des cerfs de Norwége, dit « qu'il ne s'en trouve que dans les diocèses de Bcrghen et de Drontheim, c'est-à-dire dans la partie occidentale du royaume, et que ces animaux traversent quelquefois en tioupes les canaux qui sont entre le continent et les îles voisines de la côte, ayant la tête appuyée sur la croupe les uns des autres; et quand le chef de la

ANIMAUX

fUe est fatigiié , il «e retire pour se reposer, et le plus vigoureux prend sa place. »

Quelques gens ont pensé qu'on pourroit rendre domestiques les cerfs de nos bois,, en les traitant comme les Lapons traitent les rennes , avec soin et «douceur. Nous pouvons citer à ce sujet un exemple qu'on pourroit suivre. Autrefois il n'y avoit poiut de cerfs à rUe-de-France ; ce sont les Portugais qui en ont peuplé celte ile. Ils sont Setits et ont le poil plus gris que ceux 'Europe, desquels néaumoius ils tirent leur origine. Lorsque les François s'établireut dans l'ile, ils trouvèrent une ires-grande quantité de ces cerfs; ils en ont détruit une partie , et le reste s'est réfugié dans les endroits les moins fréquentés de l'ile. On est parvenu à les rendre domestiques , et quelques habitans en ont des troupeaux.

Nous avons vu à l'École vétérinaire une petite espèce de cerf qu'on nous dit venir du cap de nonne-Espérance , dont la robe éXoli semée de taches blanches, comme celle de l'axis ; on lui doniioit le nom de cerf cochon, parce qu'il n'a pas la même légèreté de corps , et les jambes plus grosses que les autres animaux de ce genre. Il n'avoit que trois pieds quatre pouces et demi de long, depuis le bout du museau jusqu'à l'extrémité du corps; les jambes courtes ; les pieds et les sabots fort petits; le pelage fauve , semé de taches blanches ; l'œil noir et bien ouvert, avec de grands poils noirs à la paupière supérieure; les naseaux noirs; une bande noirâtre des naseaux aux coins de la bouche ; la tète couleur de venti*e de biche, mêlée de grisâtre, bruue sur le chanfrein et à côté des yeux; les oreilles fort larges , garnies.de poils noirs en dedans, et d'un poil ras, gris mêlé de fauve en dehors. Le bois de ce cerf avoit onze pouces sept lignes de long sur dix lignes de gràsseur; le dessus du dos étoit plus brun que le reste du corps; la queue fauve dessus, et blanche dessous; et les jambes éioient d'un brun noirâtre.

Il paroît que cet animal approche plus de l'espèce du cerf que de celle du daim; on en piut juger par la seule inspection de son bois.

* Nous devons ajouter aux faits que nous avons rapportés dans l'Histoire naturelle de ces animaux , et dans ce volume , quelques autres faits intéressans qui m'ont été communiqués par M. le comte de Mcltin , cbambellan de Sa Majesté prussienne, qui joint beaucoup de connoissances à un discernement excellent, et qui s'est occupé en ob-

SAUVaGÈS.

servaieur habile , et en chasseur infatigable, de tout ce qui a rapport aux animaux sauvages du pays qu'il habite. Voici ce qu'il m^ écrit ^u sujet du cerf et du ehevreuil , par sa lettre datée du château d'Anisow, près Stettiii, le 5 novembre 1784 :

<« Tous dites, monsieur le comte, dans l'Histoire naturelle da cerf, t. XIV, p. 4a5, de votre édition : La disette retarde donc l'accroissement du bois, et en diminue le volume très - considérablement ; peut-être même ne seroit-il pas impossible y en retranchant beaucoup la nourriture , de supprimer entièrement cette production, sans avoir recours à la castration. Ce cas est arrivé,' monsieur, et je puis vous dire que votre supposition a été pleinement vérifiée. Un cerf fut tué de tiuit au clair de la lune, dans un jardin, au mois de janvier. Le chasseur qui lui avoit porté le coup le prit pour une vieille biche , et fut très-surpris, eu l'approchant , de le reconnoître pour un vieux cerf, mais qtii n'avoit pas de bois ; il examina d'abord les daintiei^, qui cioient en bon état ; mais , en approchant de la tête, il vit que la mâchoire inférieure avoit été emportée en partie par un coup de fusil long-temps aupai-avant. La blessure en étoit guérie; mais la difficulté qu avoit eue le cerf de prendre sa nourriture l'avoit privé de toute surabondance et avoit absolument retranché la production du bois. Ce cerf étoit d'une si grande maigreur qu'il n'avoit que la peau et les os ;' et soii bois une fois tombé , il ne lui avoit pas été possible d'en reproduire un autre : les couronnes étoient absolument saiis refaits, et simplement recouvertes d'une peau veloutée, comme elles le sont les premiers jours que le cerf a mis bas. Ce fait , peut-être unique, est très-rare; il est amvé dans le voisinage de mes terres, que j'habite, et poun*oit être attesté juridiquement si on le dcinandoit. >»

Dans une lettre postérieure , M. le comte de Mellin me .fait part de quelques expériences qu'il a faites en retranchant le bois des cerfs; ce qui les prive, comme la castration , de la puissance d engendrer.

« il est clairement démontré que les daintiers et une surabondance de nourriture sont la cause de l'accroissement du bois du cerf et de tons les animaux qui portent du bois, et qu'ainsi le bois est ï effet, et les daintiers et la «ura|)^dance la cause. Mais qui eût imaginé que dans le cerf il y eût une réaction de l'effet à la cause, et que si ron coupoit'le bois du cerf d'abord après qu'il est refait, c'est-à-dire avant le rut, on dé-

LE CERF

iTttiroit en lui , pour cette année, les moyens de se reproduire ? et cependant il n'y a rien de plus vrai. J*en ai été convaincu cette an^ née par une observation très-reiparqoable. J'aVois enfermé, en 178a , dans un parc de daims que j'ai à côté de mon château , un cerf et une biche , tous les deux du même âge» et qui tous deux étoient parfaitement apprivoisés. L'étendue du parc est assez doiisîdérable; et malgré les daims qui y sont, l'abondance de noumture y est si grande , que le cerf, immédiatement après la chute des dagues, refit un buis (en 1782) de dix cors, portant cinq andoiiillers sur chaque perche. Cependant ce cerf devint dangereux pour ceux qui se promenoient dans mon parc, et cela m'engagea à lui faire scier les perches tout au dessous du premier andouiller, d'abord après qu'il eyt touclié au bois. En automne ce cerf entra en rut, raya fortement, couvrit la biche et se comporta comme un vieux cerf; mais la biche ne conçut point. L'année suivante , en 17S3 , le cerf porta un bois pins fort que le précédent ; je le fis scier de même. Ce cerf entra encore en rut , mais ses accouplemens

ne furent pa» prolifiques. La biche, qui n'avoit jamais porté, n'étoit entrée dans le parc que lorsque le cerf avoit perdu ses premières dagues, le seuj bois que je ne lui

* avois pas fait couper. La troisième aunée , 1784, le cerf étoit plus grand et plus fort que le plus vieux cerf de mes forêts, et portoit un bois de six andouillers sur cha-

*que perche, que je fis encore scier; et quoiqu'il entrât en rut, il ne produisit rien encore. Cela m'engagea à lui laisser son bois l'année suivante, 1785, parce que l'état de vigueur dans lequel lui et la biche se trou-

• vcrcnt me .fit doûier que peut-être leur stérilité pouvoit provenir de ce que je lui avois fait toujours couper le bois, et l'effet m'assura que j'avois eu raison; car, l'automne passé, je m'aperçus que la biche ne souffrit que peu de temps les approches du

> ceij*. Elle conçut, et j'en ai eu cette année, en 1786, un faon'qui vit eucore, et qui est gros et vigoureux; mais pour là biche, je l'ai perdue celte année pendant le rut, le cerf lui ayant fait une blessure d'un coup d'andouiller, dont elle est morte quelques semaines après. »

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