O - PI. M
ILA SAJRIlCO'î'niEPiNiE,
LA LOUTM.
elle Ivi donna vingt soufflets avec ses jattes de devant , comme lés çliats ont coutume de faire lorsquHk attaquent de petits chiens « et le poursuivit, à coups de nez et de tête, jusque entre mes jambes; et depuis, toutes les fois qu'elle le vit, elle le poursuivit de . même. Tant que le chien ne se défendoit pas , elle ne se servoit pas de ses dents; mais si le chien faisoit tête , et vouloit mordre , alors. le combat devenoit à outrance; et j'ai vu des chiens assez gros, déchirés et bien mordus, prendre le parti de la fuite.
(f Cetle loutre habiioil la chambre des tourières, et la nuit elle coucboit sur leur lit : le jour elle se tenoit ordinairement sur une chaise de paille , oà elle dormoit couchée en rond; et quand la fantabie lui' en preùoit, elle sdloit se mettre la tête et les pattes de devant dans un seau d*eau qui éioit à son usage , ensuite elle se secouoit , et venoit se remettre sur sa chaise, ou alloit se promenerdans la cour ou dans la maison extérieure. Je Tai vue plusieurs fois couchée au soleil; alors elle fermoit les yeux : je Tai portée , maniée, prise par les pattes et flattée; elle jouoit avec mes mains , les mordoit insensiblement, et faisoit petites dents, si cela peut se dire, comme on dit que les chats lont patte de velours. Je la menai un jour auprès d'une petite flaque d'eau , où la rivière d'Arroz en laisse lorsqu'elle est débordée : ce qui vous paroîtra surprenant, et ce qui m'étonnoit aussi, c'est qu'elle parut craindre de voir l'eau en si grand volume ; elle n'y entra pas, passé le bord où elle se mouilla la tête comme dans le seau : je la fis jetei' à quelques pas dans Teau; elle regagna le bord bien vite avçc une sorte d'effroi , et nous suivit, très-contente de retrouver ses tourières. Si on peut raisonner d'après un seul fait et un seul individu , la nature paroit n'avoir pas donné à cet animal le même instinct qu'aux canards , qui barbottent aussitôt qu'ils sont éclos , en sortant de dessous une poule.
« Cette loutre étoit très-malpropre: le besoin de se vider paroissoit lui prendre subitement, et elle, se satisfaisoit de même, quelque part qu'elle fût, excepté sur les meubles, mais à terre et dans la chambre comme ailleurs;. les tourières n'avoient jamais pu, même par des corrections, l'accoutumer à aller, |>our ses besoins, à la cour, qui étoit peu éloignée : dès qu'elle s'étoit vidée, elle venoit flairer ses excrémens, ainsi que les chats, et faisoit un petit saut d'allégresse ensuite , comme satisfaite de s'être débarrassée de ce poids.
u J'ai souvent eu occasion de voir cette loutre, parco que je ne passois point à An-^ tun ^Btns aller à l'j^baye de Saint- 7ean-le- Grand , où madame de. Courtivron avoit une tante; et j*ai dîné dix fois avec la loutre, qui étoit de très-bonne compagnie. On me 1 offrit : ie l'anrois acceptée pour la mettre , enchaînée, sur le fossé de ma maison à Courtivron , où elle auroit eu occasion de se marier, si je n'ayois reconnu la difficulté de l'enchaîner, à cause que le cou de cet animal est presque du mêpae diamètre de sa tête et son corps ; je pensai qu'elle pourroit s'échapper, et multiplier chez moi les loutrea qui n'y sont que trop communes.
« Je me reproche àe m'être si fort étendu sur cet article des loutres , comme susceptibles d'être bien apprivoisées; mais J'ai cru devoir vous donner un exemple de ce que j'ai vu dans notre Bourgogne : ainsi sans recourir aux exemples de Banemarck et de Suède, s'ils existent tels que le P. Tanière, dans son poëme du Prœdium rusticum, les a célébrés, voilà des choses sur lesquelles vous pouvez compter, et il n'y a rien de poé> tique dans ce que je vous dis. »