‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémens (volume 2)Chapitre 39 sur 146 · LA LOUTRE DU CANADA · texte numérisé non relu

LA LOUTRE DU CANADA

Celte loutre, beaucoup plus 'grande que notre loutre, et qui doit se trouver dans le nord de l'Europe, comme elle se trouve au Canada , m'a fourni l'occcision de chercher si ce n'étoit pas le mêfne animal qu'Aristote a indiqué sous le nom de latax, quil dit être plus grand et plus fort que la loutre ; mais les notions qu'il en donne ne convenant pas en entier à cette grande loutre , ei la trouvant d'ailleurs absolument semblable à la loutre commune, à la grandeur près, j'ai jugé que ce n'étoit point une espèce particulière , mais une simple variété dans celle de la loutre; et comme les Grecs, et surtout Aristote, ont eu grand soin de ne donner des noms différens qu'à de« animaux réellement différons par l'espèce , nous nous somines convaincus que le latax, est un autre animal. D'ailleurs les lo^utres, comme les castors, sont communément plus grandes,, et ont le ])oil plus noir et plus beau en Amérique qu'en Europe. Cette loutre de Canada doit éu*e en effet çlus grande et plus noire que la loutre^te Fnmce. Mais en cherchant ce que pouvoit être le htax d' Aristote (chose ignorée de tous les naturalistes), j'ai conjecturé que c'étoit fanimal indiqué par Belon sous le nom de loup marin» Au rester

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OQ peut comparer la notice d'ArUtote , sur le tatax, avec celle de Belon, sur le loup marin.

Aristote faitmeation, dans ce passade, de 8ÎX animaux amphibies; et de ces si t, nous n'en connoissons que trois : le phoea, le castor et la loutre ; les trois autres , qui sont le latax , le jatherion et le satyrion , sont demeurés inconnus, parce qu'ils ne sont indiqués que par leurs noms, et sans aucune desc/iption. Dans ce cas /comme dans tous ceux où Ton ne peut tirer aucune iuduction indirecte pom* la connoissance de la chose , il faut avoir recours à la voie d'exclusion ; mais ou ne peut l'employer avec succès que quand on connoit à peu près tout : on peut alors conclure du positif au négatif, et ce négatif devient, parce moyen, une connoissance positive. Par exemple, je crois qiie, par la longue étude que j'en ai faite , je connois, à très-peu près, tous les animaux quadrupèdes; je sais qu' Aristote ne pouvoit avoir aucune connoissance de ceux qui sont particuliers au continent de T Amérique : je connois aussi, parmi les quadrujièdes , tous ceux qui sont amphibies, et j'en sépare d'abord les amphibies d'Amérique, tels que le tapir, le cabiai , l'ondatra, etc. : il me reste les amphibies de notre continent, qui sont l'hippopotame, le morse ou la vache marine, tes phoques ou veaux marins, le loup marin de Belon, le castor, la loutre, la zibeline, le rat d'eau, le desman, la musaraigne d*eau , et, si L'on veut , l'ichneumon ou mangouste^ que qudques-uns ont regardée coihme amphibie, et ont appelée loutre d'Egypte. Je retranche de ce nombre le morse ou la vache marine, qui, ne se trouvant que dans les mers du Nord, n'étoii pas connue d' Aristote; j'en retranche encore rhippopotame, le rat d'eau et l'ichneumon, parce qu'il en parle ailleurs, et les désigne par leurs noms; j'en retranche enfin les phoques, le castor et la loutre, qui soiU Lien connus, et la musaraigne d'eau, qui est trop re^emblante à celle de terre , pour eu avoir jamais été séparée par le nom; il nous reste le loup marin de Belon , la zibeline et le desman , pour le latax , le satherion et le satyrion : de ces trois animaux, il n'y a voit que le loup marin de Belon qui soit plus gros, que la loutre : ainsi c'est le seul qui puisse représenter le latax; par conséqueut la zibeline et le <li»sman représentent le satlutrion et le tatyrîon. L'on sejil bien que ces conjectures, que je crois fondées, ne sont cependant pas du nombre de celles que le \mif» puisse échûrcir davantage, à moins

qu'on ne découvrit qndquet mamiserifa çrecB , jusqu'à présent inconnus, où œs noms se trouveroient employés, e*eM-i-dire expliqués par de nouveUes indications.

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