‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémens (volume 2)Chapitre 41 sur 146 · LA FOUINE · texte numérisé non relu

LA FOUINE

La plupart des naturalistes ont^eerit que la fouine et la marte étoiènt des animaux^fe la même espèce. Gesner et Ray ont dit, d'après Albert, qu'ils se mêloient ensemble. Cependant ce fait , qui n'est appuyé par aucun témoignage , nous paroit au moins douteux; et nous croyons, au contraire, que ces animaux, ne s«- mêlant point ensemble, font deux espèces dbtinctes et séparées. Je

puis ajonter aux raisons qu'en donne M. Dau» oenton des exemples qui rendront la chosa plus sensible. Si la marte étoit la fouine sauvage ou la fouine la marte domestique, il ep seroii de ces deux animaux comme du- chat sauvage et du chat domestique; le premier cbnserveroit constamment les mêmes caraetères , et le second varierdit ^ C6mme on la voit dans le chat sauvage, qui demeuré ton*

sa.

AinStAlTX CÀ&NASSIEflS.

jours le même, et dans te chat domestique, qui prend toutes sortes de couleurs. Au contraire, la fouine, ou, si l'on veut, la marte domestique, ne varie point : elle a ses caractères propres, particuliers, et tous aussi constans que ceui de la marte sauvage ; ce qui suffirait seul pour prouver que ce n'est pas une pure vanélé, une simple différence produite par Tétat de domesticité. D'ailleurs, c'est sans aucun fondement qu'on appelle la fouine mort» domestique, puisqu'elle n'est pas plus domestique que le renard, le putois , qui , comme elle, s'approchent des maisons pour y trouver leur proie, et qu'elle n*a pas plus d'habitude, pas plus de communication avec rhomme, que le» autres animaux que nous appelons sauvages. Elle diffère donc de la marte par le naturel et par le tempérament, puisque celle-ci fuit les lieux découverts, habite au fond des bois, demeure sur les arbres , ne se trouve en grand nombre que dans les climats froids , au lieu que la fouine s'approche des habitations, s'établit même dans les vieux bâtimens, dans les greniers à foin, dans des trous de murailles ; au'enfin l'espèce en est

Sénéralement répandue en grand nombre ans tous lès pays tempérés, et môme dans les climats chauds, comme à Madagascar, aux Maldives, el qu'elle ne se trouve pas dans les pays du Nord.

La fouine a la physionomie très -fine, l'œil vif, le saut léger, les membres souples, le corps flexible, tous les mouvemens très -prestes; elle saute et .bondit plutôt qu'elle ne marche; elle grimpe aisément contre les murailles qui ne sont pas bien enduites, entre dans les colombiers, les poulaillers, etc., mange les œufs, les pigeons, les poules, etc. , en tue quelquefois un grand nombre et les porte à ses petits; elle prend aussi les souris , les rats , les taupes , les oiseaux dans leurs nids. Nous en avons élevé une que nous avons gardée long-temps : elle s'apprivoise à un certain point; mais elle ne s'attache pas, et demeure toujours assez sauvage pour qu'on soit obligé de la tenir enchaînée. Elle faisoit la guerre aux chats; elle se jetoit aussi sur les poules dès qu'dle se trouvoit à portée. Elle s'échappoit souvent, quoique attachée . par le miueu du oorps : les premières fois elle ne s'éloignoit guère, et revenoit au }>0ttt>de quelques heures, mais sans marquer de l4 joie, sans attachement pour personne; elle demandoit cependant à manger comme le chat et le chien : peu après elle fit des absences plus longues , et enfin

ne revint plus. Elle avoit alors un an et demi, Age apparemment auquel la nature avoit pns le dessus. Elle mangeoil de tout ce qu'on lui donnoit, i l'exception de la salade et des herbes ; elle aimoit beancoup le miel, et préféroit le chènevis i toutes les autres graines. On a remarqué qu'elle buvoit fréquemment, qu'elle dormoit quelquefois deux jours de suite, et qu'elle étoit aussi quelquefois deux ou trois jours sans dormir ; qu'avant le sommeil elle se mettoit en rond, cachoit sa tète, et l'enveloppoit de sa queue ; que tant qu'elle ne dormoit pas , elle étoii dans un mouvement continuel si violent et si incommode, que quand même elle ne se seroit pas jetée 'sur les volailles, on auroit été obligé de l'attacher pour l'empêcher de tout briser. Nous avons eu quelques autres fouines plus âgées, que l'on avoit prises dans des pièges; mais celles-là demeurèrent tout-à-fait sauvages; elles mordoienl ceux qui vouloieni les toucher, et ne vouloient manger que de la chair crue. *

Les fouines, dit-on, portent autant de temps que les chattes. On trouve des petits depuis le printemps jusqu'en autonme , ce qui doit faire présumer qu'elles produisent plus d'une fois par. an : les plus jeunes ne font que trois ou quatre petits, les plus Agées en font jusqu'à sept. Elles s'établissent pour mettre bas dans un magasin à foin, dans un ti^u de muraille, où elles poussent de la paille et des herbes ; quelquefois dans une fente de rocher ou dans un tronc d'arbre, où elles portent de la mousse; et lorsqu'on les inquiète, elles déroéna^Jit et transportent ailleurs leurs petits , qui grandissent assez vite : car celle que nous avons élevée avoit, au bout d'un an, presque atteint sa grandeur naturelle; et de là on

Eeut inférer que ces animaux ne vivent que uit ou dix ans. Ils ont une odeur de faux musc, qui n'est pas absolument désagréable: les martes et les fouines , comme beaucoup d'autres animaux, ont des vésicules intérieures qui contiennent une matière odorante, semblable à celle que fournit la civette ; leur chair a un peu de cette odeur : cependant celle de la marte n'est pas mauvaise à manger , celle de la fouine est plus désagréable, et sa peau est aussi moins estimée.

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