LE FURET
QuBLQuis auteurs ont doMé si le furet el le putois étoientdes animaux d'espèces différentes. Ce doute est peut-être fondé sur ce quUl y a des furets qui ressemblent aux
f)utois par la couleur du poil : cependant e putois, naturel aux pays tempcrés, est im animal sauvage comme la foume ; et le furet, originaire des climats chauds, ne peut subsister en France que comme un animal domestique. On ne se sert point du
Jmiois, mais du furet, ]>our la cnasse du apin, parce qu'il s'apprivoise plus aisément ; car d'ailleurs il a comme le putois l'odeur très-forie et très-désagréable ; mais ce qui prouve encore mieux que ce sont des animaux différens, c'est qu'ils ne se mêlent point ensemble , et qu'ils diffèrent d'ailleurs par un grand nombre de caractères essentiels. Le furet a le corps plus allongé et plus mince, la tète plus étroite; le museau plus pointu que le putois : il n'a pas le même instinct pour trouver sa subsistance; il faut en avoir soin, le nourrir à la maison, du moins dans ces climats : il ne va pas s'établir à la campagne ni dans les bois ; et ceux que Ton perd dans les trous de lapin , et qui ne réviennent pas , ne te sont jamais multipliés dans les champs ni dans les bois; il périssent apparemment pendant l'biver. Le furet varie aussi par la couleur du poil, conmie les autres animaux domestiques, et il est aussi commun dans les pays chauds que le putois y est rare.
La femelle est dans cette espèce sensiblement plus petite que le mâle : lorsqu'elle est en chaleur, elle le recherche ardemment, et l'on assure qu'elle meurt si elle ne trouve
f>as à se satisfaire; aussi a-t-on soin de ne es pas séparer. On les élève dans des tonneaux ou dans des caisses , où on leur fait un lit d'étoupes; ils dorment presque con> linucUemenl. Ce sommeil si fréquent ne leur tient lieu de 'rien; car dès qu'ils s'éveillent , ils cherchent à manger : on les nourrit de son, de pain, de lait, etc. Ils produisent deux fois par an ; les femelles portent six semaines, quelques unes dévorent leurs petits presque aussitôt qu'elles
ont mis bas, et alors elles deviennent de nouveau en chaleur et font trois portées , lesquelles sont ordinairement de cinq ou six, et quelquefois de sept, liiiit et même neuf.
Cet animal est naturellement ennemi mortel du lapin : lorsqu'on présente un lapin , même mort, à un jeune furet qui n'en a jamais vu , il se jette dessus et le mord avec fureur ; s'il est vivant , il le prend par le cou, par le nez, et lui suce le sang. Lorsqu'on le lâche dans les trous des lapins, on le musèle , afin qu'il ne les tue pas dans le fond du terrier , et qu'il les oblige seulement à sortir et à se jeter dans le filet dont on couvre l'entrée. Si on laisse aller le furet sans muselière , on court risque de le perdre, parce qu'après avoir suce le sans du lapin il s'endort, et la fumée qu'on fair dans le terrier n'est pas toujours un moyen sûr pour le ramener, parce que souvent il y a plusieurs issues , et qu'un terrier communique à d'autres, daus -lesquels le furet s'engage à mesure que la fumée le gagne. Les^ enfans se servent aussi du furet pour dénicher les oiseaux ; il entre aisément dam les trous des arbres et des murailles , et il les apporte au dehors;
Selon le témoignage de Strabon, le furet a été apporté d'Afrique en Espagne; et cela ne me paroit pas sans fondement ,
Sarce que l'Espagne est le chmat naturel es lapins, et le pays où ils étoient autrefois le plus abondans : on peut donc présumer que pour en diminuer le nombre, devenu peut-être très-incommode , on fit venir des furets, avec lesquels on fait une chasse utile, au lieu qu'en multipliant les putois , on ne pourroit que détruire les lapins, mais sans aucun profit , et les détruire peut-être beaucoup au delà de ce' que Ton voudrait. Le furet, quoique facile à apprivoiser, et même assez docile , ne laisse pas d'être fort colère; il a une mauvaise odeur eu tout temps, qui devient bien plus forte lorsqu'il s'échaufre ou qu'on Tirrile; il a les yeux vifs, le regard enflammé, tous les mouvement ti'ès-souples; et il est en méine temps si vi-'
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ANIMAUX CARNASSIERS
gourciix, qu*il Tient aisément à bout d'un lapin qui est au moins quatre fois plus gros que lui.
Malgré Tautorité des interprètes et des commentateurs, nous doutons que le furet soit Yictis des Grecs.
«c Victis, dit Arislote, est' une espèce de «belette sauvage, plus petite qu'un petit « chien de Malle, mais semblable à la be- «lette par le poil, par la forme, par la « blancheur de la partie inférieure, et aussi •* par l'astuce des mœurs ; il s'apprivoise «beaucoup; il fait grand tort aux ruches, « étant avide de miel : il attaque aussi les « oiseaux; il ft, comme le chat, le membre « génital osseux. » Il paroît, i° qu'il y a une espèce de contradiction ou de malentendu à dire que Victh est une espèce de belette sauvage qui s'apprivoise beaucoup, puisque la belette ordinaire , qui est ici la moins saur vage des deux , ne s'apprivoise point. a° Le furet , quoique plus gros que Fa belette, n'est pas trop comparable au petit épagneul ou au chien bichon, dont il n'approche pas pour la grosseur. 3° Il ne parolt pas que le furet ait Vastuce des mœurs de la belette , ni même aucune ruse. Eniln il ne fait aucun tort aux «"uches, et n'est nullement avide de miel. J'ai prié M. Le Roy , inspecteur des chasses
du roi , de verilier ce dernier ^t , et Toid sa réponse : « M. de Buffon peut être assuré «t que les furets n'ont pas, a la vérité, un « goût décidé pour le miel , mais qu'avec un « peu de diète on leur en fait manger : nous « en avons nourri pendant quatre jours avec tt du pain trempé dans de l'eau miellée; ils « en ont mangé, et même en assez grande » quantité les deux derniers jours : il est vrai ' « que les plus foibles de ceux -là commen- « çoient à maigrir d'une manière sensible. » Ce n'est pas la première fois que M. Le Roy, qui joint à beaucoup d'esprit un grand amour pour les sciences, nous a donné des faits plus ou moins importans, et dont nous avons fait usage. J'ai essayé moi-même, n'ayant pas de furet sous ma main, de faire la même épreuve sur nne hermine, en ne lui donnant que du miel pur à manger, et «n même temps du lait à boire ; elle en est morte au bout de quelques jours : ainsi ni l'hermine ni le furet ne sont avides de miel comme Victis .des anciens, et c'est ce qui me fait oroire que ce mot ictis n'est peut-être qu'un nom générique , ou que s'il désigne une espèce particulière, c'est plutôt la. fouine ou k putois , qui tous deux en effet ont l'astuce de la belette, entrent dans les ruches, et sont très-avides de mieL
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