‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémens (volume 2)Chapitre 52 sur 146 · L'HERMINE · texte numérisé non relu

L'HERMINE

pie diatoiiHIemeiit, sans jamais s'oublier ; ! me suivre partout , me grimper el parcourir tout le corps; s'insinuer dans mes poches, dans ma manche, dans mon sein, et de là m'inviter au badinage; dormir sur moi, manger à table sur mon assiette, boire dans mon gobelet ; me baiser la bouche , et sucer ma salive, qu'elle paroit aimer beaucoup (sa langue est rude comme celle du chat); folâtrer sans cesse sur mon bureau pendant que j'écris; el jouer seule, et sans agacerie ni retour de ma part, avec mes mains et ma plume : voilà la mignarderie de ce petit animal... Si je me prête à son jeu , il le continuera deux hewes de suite et jusqu'à la lassitude. »

Par une seconde lettre de M. Giély, de Mornas, du i5 août 1775,1! m'informe que sa belette a été tuée par accident, et il ajoute les observations suivantes :

« 1 ^ Ses excrémens commençoient à empuantir le lieu où je la logeois; il faut y apporter beaucoup de soins et de propreté, el fa nourrir plus souvent d'œufs ou d'omelette aux lier l)es que de viande.

« a** Il ue faut pas la loucher ni la prendre pendant qu'elle prend son repas; dans ee court intervalle, elle esti intraitable.

«( 3** Elle me saigna des poussins qu'on avoit placés à sa portée par inadvertance ; mais elle n'a jamais osé attaquer de front de gi'os poulets que j'engraissois en cage; ils la harceloient.ei la mettaient en fuite a coups de bec. Il et oit amusant d*ol)server les ruses et les feinte<i qu'elle emplo)oit pour tâcher de les surprendre.

« 4" Qyant à sa familiarité et aux grâces de son badinage et même à son attachement, je n'ai rieti a\ancé qui ue se soit soutenu jusqu'à sa fin prématurée. Seulement elle s'oublioit parfois dans la chaleur de ses agaceries, et, comme par transports, elle ser*

roit an peu trop les dents; mais la correction opéroit d'aJjord ramendément. Il faut, lorsqu'on la corrige, la gronder, et la frapper postérieurement; et Jamais vers la tête, ce qui les irrite.

« 5* Elle n'avoit pas beaucoup grossi , et étoit probablement de la petite espèce; car, lors de sou accident, c'est-à-dire ayant plus de deux mois, tout son corps glissoit encore dans le même collier. »

On trouve, dans V Histoire naturelle de h Norwége par Poi^oppidan , les' observalioui suivantes:

' «< En Norwége, l'hermine fait sa demeure dans des monceaux de pierres. Cet animât pourroit bien être de l'espèce des belettes.% Sa peau est blanche, à l'exception du cou;

3ui est taché de noir. Celles, de Norwége et e Laponie cooserxent leur blancheur mieux que celles de Moscovie, qui jaunissent plus facilement ; et c'est par cette raison que les premières sont recherchées à Pétersbourg même. L'hermine prend des souris comme les chats, el emporte sa proie quand cela lui est possible. Elle aime particulièrement les œufs; eflorsque la mer est calme, elle passe à la nage dans les lies voisines des côtes de Norwége où elle trouve une grande quantité d'oiseaux de mer. On pi'étend qu une her- * mine venant à faii*e des petits sur une ile les ramène au continent sur un morceau de bois qu'elle dirige avec son museau. Quelque petit que soit cet anima), il' fiiit périr les plus grands, tels que I élan et l'oui-s; il saute dans Tune de leurs oreilles pendant qu'ils dorment, et s'^ accroche si fortement avec ses dents, qu'ils ne peuvent s'en débarrasser. Il surprend de la même manière les aigles^ et les coqs de bruyère , sur lesquels il s'attache, el ne les quitte pas même lorsqu'ils s'envolent, que la perte de leur sang ne les fasse tomber. »

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