‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémens (volume 2)Chapitre 51 sur 146 · LE TOUAN · texte numérisé non relu

LE TOUAN

Nous donnons ici la description de ce petit animal , qui nous a été envoyé de Cayenne par M. de La Borde, sous le nom de toium, et dont nous ne pouvons rapporter Tespèce qu'an genre de la belette. Dans la courte notice que M. de La Borde nous a laissée de cet anima! , il est dit seulement qu'il étoit adulte, qu'il se tient dans lès troncs d'arbres, et qu'il se nourrit de vers et d'insectes. La» femelle produit deux petits qu'elle porte sur le dos.

Ce tonan adulte n'a que cinq pouces neuf lignes de longueur, depuis le bout du museau jusqu'à l'origine de la queue; il est plus petit que la belette d'Europe, qui a commu' iiément six pouces six lignes (le long; mais il lui ressemble par la formé de la tète et par celle de son corps allongé sur de petites jambes , et il en diflPère par les couleurs du poil. La tête n'a qu'un pouce do longueur;

la queue a deux ponces trois lignes, au lieu que la qnette de notre belette d'Europe n'est longue que de quinze lignes , et n'est pas , comme celle du iouan , grosM et épaisse^ à sa naissance, et très^minoe à scm extrémité. Le iouan a cinq doigts armés d'ongles à cbaque . pied; le dessus du museau, de la tète et'fht ' Corps jusqu'auprès de la queue est couvert d'un poil noirâtre ; les flancs du corps >»ont d'un roux vif; le dessous du co»et du corps * entier d'un beau blanc; les côté»dela tète, ainsi que le dessus des quatre ïambes, sont d'un roux moins vif qufc celui des flancs; la queue est couverte, depuis son origine jusqu'à un tiers de sa longueur, d'un poil semblable à celui qui couvre les jambes, et dans le reste deJa longueur elle est sans poil; l'intérieur des jambes est blanc comme le dessous du corps. Tout le poil de ce petit unimal est doux au toucher.

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L'HERMINE ou LE RO^ELET.

Là belette à queue noire s'appelle hermine et roseUt.; hermine lorsqu'elle est blanche , roselet lorsqu'elle est rousse ou jaunâtre.- Quoique moins commune que la belette or- ^naire, on ne laisse pas d'en trouver beaucoup , surtout dans les anciennes forêts , et quelquefois, pendant l'hiver, dans les champs voisins des bois. Il est aisé de la distinguer en tout temps de la belette commune, parce qu'elle a toujours le bout de la queue d'un noir foncé, le bord des oreilles et l'extrémité des pieds blancs.

Nous avons peu de chose à ajouter à ce que nous avons déjà dit de cet animal; nous observerons seulement que, comme d'ordinaire l'hermine change de couleur en hiver, il V a toute apparence que celle que nous avions encore au mois d'avril 17 58 seroit

devenue blant^he, et telle qu'elle étoit Tannée passée lorsqu'on la prit au premier mars 1757, si elle fût demeurée libre : mais comme, elle a été enfermée depuis ce temps dans une cage dé-fer, qu'elle se frotte continuellement contre les barreaux » et que d'ailleurs elle n'a pas essuyé toute la rigueur du fi'oid, ayant toujoiu's été à l'abri sous une arcade contre un mur, il n'est pas surprenant qu'elle ait gardé son poil d'été. Elle, est toujours extrêmement sauvage; elle n'a rien > perdu de sa mauvaise odeur : à cela près, c'est un joli petit animal, les yeux vifs, la physionomie une, et les mouvemens si prompts, qu'il n'est pas possible de les suivre de l'œil. On l'a toujours nourrie avec des œufs et de la viande; mais elle la laisse corrompre avant que d'y toucher : elle n'a jit<«

AIOMAUX CA&NAÂSIERS.

mail TQuItt manger du miû qu'après avoir été [Hrivée pendant troif Jours de toute autre nourriture, et elle est morte après en avoir mangé. La peau de eet animal est précieuse; tout le monde connoit les fourrures d'hermine : elles sont bien plus belles et d'un blanc plus mat que celles du lapin blanc; mais elles jaunissent avec le temps, et même les hermines de ce climat ont toujours une légère teinte de jaune.

Les hermines sent très-communes dans tout le Nord, sinrtout en Russie, en Norwége, en Laponie : eHes y sont, comme ailleurs, rousses en été» et blanches en hiver; elles se nourrissent de petits-gris, et d'une espèce de rats dont nous parlerons dans la suite de cet ouvrage, et qui est très-abondante en Norwégtf et en Laponie. Les hermines sont rares dans les pays tempérés , et ne se trouvent point dans les pays chauds. L'animal du cap de Bonne-Espérance que Kolbe appelle hermine ^ et duquel il dit que la chair est saine et agréable au palais , n'est point une hermine, ni même rien d'approchant. Les belettes de Cayenne , doni parle M. Barrère, et les hermines grises de la Tartane orientale et du nord de la Chine , dont il est fait mention par quelques voyageurs, sont aussi des animaux différens de nos belettes et de nos hermines.

* Je dois citer ici avec éloge et reconnaissance une lettre qui m'a été écrite par madame la comtesse de Noyan, datée au- château de la' Mencelière en Bretagne , le ao juillet 1771.

« Yous êtes trop juste, monsieur, pour ne pas Caire réparation d'honneur à ceux que ^ous avez onensés. Vous avez fait un outrage. A la race de l'hermine, en l'annonçant • comme une béte que Ton ne pouvoit apprivoiser. J'en ai une depuis un mois, que l'on a prise dans mon jardin , qui , reconnoisaanle des soins que je prends d'elle, vient m'embrasser, me lécher et jouer avec moi , comme le pourroit faire un petit chien. Elle est i peu* près de hi taille d'une belette , noussatre sur le dos, le ventre et les pattes blanches; cinq belles petites griffes à ses jolies petites pattes; sa bouche bien fendue, et ses dents pointues comme des aiguilles; le tour des oreilles blanc; la barbe longue, blanche et noire , et le bout de la queue d'un beau noir. Sa vivacité surpasse celle de l'écureuil... Cette jolie petite béte, jouissant de sa liberté jusqu'à l'neure que nous nous retiirons, joue, vole nos saos^ouvrage, et tout ce qu'elle peut emporter. »

J'avoue que je ne me suis peut-être pas

assez occupé de l'éducation des belettes et des hermmes que j'ai fait nourrir ; car toutes m'ont paru également farouches. Je ne doute pas également de ce que me marque madame de Noyan, et d'autant moins que voici un second exemple qui confirme le premier.

M. Giély, de Mornas , dans le Comtat Yenaissin, m'écrit dans les termes suivans:

*t Un homme, ayant trouvé une portée de

i'eunes belettes, résolut d'en élever une, et e succès répondit promptement à ses soins. Ce petit anmial s'attaefaa à lui, et il s'amusa à l'exercer un jour de fête dans une promenade publique, où la jeune belette le suivit constamment, el sans prendre le change, pendant plus de six cents pas, et dans tous les détours qu'il fil à travers les spectateurs. Cet homme donna ensuite ce joli animal à ma femme. La méthode de les apprivoiser est de les manier souvent en leur passant doucement la main sur le dos, mais aussi de les gronder et même les battre si elles mordent. Elle est, comme la belette ordinaire et le roselet, rousse supérieurement et blanche inférieurement. Le fouet de la queue est d'un poil brun approchant du noir. Elle n'a que anq semaines, et j'ignore. si, avec l'Age, ce poil du bout de la queue ne deviendra pas tout noir. Le tour des oreilles n'est pas blanc comme au roselet; mais elle a, comme lui, rextrémité des deux pattes de devant blanche, les deux de derrière étant rousses même par dessous. Elle a une petite tachQ blanche sur le nez, et deux petites taches rousses oblongues, isolées dans le blanc au dessous des yeux , selon la longueur du museau. Elle n'exhale encore aucune mauvaise odeur, et ma femme , qui a élevé plusieurs de ces animaux, assure qu'elle n'a jamais été iifcommodée de leur odeur, excepté les cas où. quelqu'un les excédoit et les irritoit. On la nourrit de lait, de viande bouillie et d'eau; elle mange peu, et prend son repas en moins de quinze secondes : à moins qu'elle n*ait bien faim , elle ne mange pas le miel qu'on lui présente. Cet animal est propre ; et s'il dort sur vous et que ses besoins l'éveillent, il vous gratte {mur le mettre à terre.

« Au surplus, cette belette est très-fomi- Uère et très-gaie : ce n'est pas contrainte ni tolérance, c'est plaisir, goût, attachement. Rechercher les caresses, provoquer les agaceries, se coucher sur le dos, et répondre à la main qui k flatte , de mille petits coups de pattes et de dents très-aiguës, dont elle sait modérer et retenir l'impression au sim-

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