‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémens (volume 2)Chapitre 54 sur 146 · LE RAT · texte numérisé non relu

LE RAT

DKSCKirDAirr par degrés du grand au petit, du fort au foible, nous trouxerons que la nature a su tout compenser ; qu'uniquement attentive à la conservation de chaque espèce, elle fait profusion d'indixidus et se soutient par le nombre dans toutes celles qu'elle a réduites au |)etil , ou qu'elle a laissées sans forces, sans armes et sans courage; et non seulement elle a voulu que ces espèces inférieures fussent eu état de résister ou durer par le nombre, mais il semble qu'elle ait en même tenqis donné des supplémens à chacune en multipliant les espèces voisines. Le rat, la souris, le mulot, le rat d'eau, le campagnol, le loir, le iérot, le muscardin, la musaraigne, beaucoup d'autres que je ne cite point, (Mrce qu'ils sont étrangers à notre climat, forment autant d'espèces distinctes et séparées , mais assez peu différentes pour pouvoir en quelque sorte se suppléer, et taire que, si l'une d'entre, elles venoit à manquer, le vide en ce genre seroii à peine sensible : c'est ce grand nombre d'espèces iroisines qui a donné ridée*^des genres aux natui-alisies ; idée que l'on ne peut employer qu'ea ce sens lorsqu'on ne voit les objets

qu'en gros, mais qui s'évanouit dès qu'on l'applique à la réalité, et qu'on vient à considérer la nature en détail.

Les hommes ont commencé par donner différens noms aux clioses qui leur ont paru disliuctement différentes; et en même temps ils ont fait des dénominations^ générales p(nir tout ce qui leur paroissoit à peu près semblable. Chez les peuples grossiers et dans toutes les langues naissantes, il n'y a presque que des noms généraux, c'est-à-dire des expressions vagues et informes de choses du même ordre, et cependant très-différentes entre elles : un chêne, un hèlre, un tilleul, un sapin, un if, un pin, n'auront d'abord eu d'autre nom que celui ai arbre. ; ensuite le chêne, le hêtre, le tilleul, se seront tous trois appelés chênes Ioi*squ*on les aura distingués du sapin, du pin, de l'if, qui tous trois se seront appelés sapin. Les noms particuliers ne sont venus qu'à la suite de la comparaison et de l'examen détaillé qu'on a fait de chaque espèce de choses. i)n a augpienté le nombre de ces noms à mesure qu'on a plus étudié et mieux connu la nature : plus on l'examinera y plus on la,com.

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