‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémens (volume 2)Chapitre 55 sur 146 · LE RAT · texte numérisé non relu

LE RAT

parera , ptiis fl y aura ié noms propres et de dénominations particulières. Lorsqu'on nous la présente donc aujourd'hui par des dénominations générales, c'est-à-dire »a|* aes genres, èVst nous renvoyer à (ABC de touie connoissance, et rappeler les ténèbres de Tenfance des hommes : l'ignorance a fait les genres , I» science a fait et fera hs noms propres, et nous ne craindrons psfs d augmenter le nombre des dénominations particulières toutes les fois que nous téi£if(>iïâ désigner des espèces différentes.

L'on a compris et confondu sous ce nom générique de rat plusieurs espèces de petits animaux : nous ne (funnerons ce nom qu'au rat commun, qui est noirâtre , et qui habile dans les maisons : chacune des autres espèces aura éa dénomination pài*tÎGuIière , parce (]fue, ne se mêlant poiut ensemble^ chacune est différente de toutes lés autres. Le rat est assez connu par rincommodilé qu'il nous cause : il habile ordinairement les greniers où Pou entasse le grain, où Ton genre Ie4 fruifs , et de là descend et se répand dans là iâaisoni. Il est carnassier, et même onmivoi*e; il semble seulement préférer les clioses dures aux plus tendres : ilrongé la laine, les étoffes, les meubles, percé le bois, fait des trous dans les murs, se Toge dans Tépaisseur des planchers , dans les vides de la charpente ou de la boiserie; il en sort pour chercher sa subsistance, et souvent il y transporte tout ce qu'il peut traîner; if y fait même quelquefois magasin, surtout lorsqu'il a des petits. Il produit plusieurs fois par au, presque toujours en éié ; les portées oMTuaires sont de ciuq ou six. Il cherche les lieux chauds^ et se niche en hiver auprès des rbemînées, ou dans le foiii) dans la paille. Malgré lés chats, le poison,^ les pièges, les appâts , ces animaux pullulent si fort, qu'ils causent souvent de grands dommages ; c'est surtout dans les vieilles maisons à la campagne, où Ton garde du blé, dans les greniers, et où le voisinage; d.&s gi-anges et des ûiagasuis à foin facilite leur retraite et leur multiplication, qu'ils sont en si grand nombre, qu'on seroit obligé de démeubier, de déserter, s'ils ne se détru isolent eux-mêmes; mais nous avons vu par expérience qu'ils se tuent, qu'ils se mangent entre eux, pour peu que la faim les presse; en sorte que, quand il y a disette à causé du trop grand nombre, les plus forts se Jettent sur les plus foibles « leur ouvrent la let'e, et mangent d*abord ta cervelle, et etistiiié le reste du cadavre : le lendemain la g[UWrrè nfscômnfiacé , «i dure nasi jusqu'à la

destruction du pfùs grand nombre ^ c^est par cette raison qu'il arrive ordhiairén^ent qu'après avoir été infesté de ces animaux pen dant un temps, ils semblent seu^'cnt dispa^ roitre tout à. coUp, et quelquefois pour long-temps. Il en est de même des nuilols, dont la pullulation prodigieuse u'est arrêtée q'Oé par \éi cruautés qïrîrs' éxéfcenf entré eux, dès que les vivres commencent à leur manquer. Arisloie a attribué cette destruction subite à l'effet des pluies; mais les rats n'y sont -point exiM)sés, et les mulots savent s'en garantir; car les trous qu'ils habitent sous terre ne sont pas même humides.

Les rats sont aussi lascifs que yora(*es ; ils cTapissenl dans leurs amours, et crient quand ils se battent; ils prépareut un lit à leurs'

fietiis, et leur apporteui bientôt à manger i ursqu'ils commencent à sortir de leur trou,, lanière les veille, les défend, et se bat même contre lés chats pour les sauver. Un gros rat est plus méchant et pres<pie . aussi fort qu'un jeune chat; il a les dents de devant longues et fortes. Le chat mord mal; et comme il ne se sert gue^e que de ses griffes, il faut qu'il soit non seulement vigoureux, mais aguerri. La beletiQ, quoique plus petite, est un ennemi plus dangereux, et que le rat redoute, parce qu'elle le suit dans son trou : le combat dure cpielquefois long-temps; la force est au nioiiv égale, mais remploi des armes est différent : le rat ne peut blesser qu'à plusieurs reprises, et par les dents de devant, lesquelles sont plutôt faites pour ronger que pour mordre , et qui, étant posées à l'extrémité du levier de la màcboue, oi^t peu de force; tandis que la belette mor4 ue toute la mâchoire avefi acharnement, et qu'au lieu de démordre elle Vice le sang de l'endroit entamé : aussi le rat ftuccombe-l-il toujours.

On trouve des variétés dans celte espèce^ Qomme dans toutes celles qiii sont trèa-nom.breuses eu individus: outre lès ratli ordi* naires, qui sont noirâtres, il y en a dé bruns, de presque noirs, d'autres d'un grih plus blanc ou plus roux , et d auti'es tout-àfail bUni's; ces rats blancs ont les yeux FOuges comme le lapin blanc , la souris blanche, et coiiimé tous les autres animaui qui sont tout- à-fait blancs. L'espèce eiitieiie, avec ses. variétés; pàcoit être naturelle auxçlimats tentpérés de uotre eoaiinent, et s'est beaucoup plus ré|)andue dans - lès pàyr chauds qbe dans les pays froids. liu*y en avoit ptliut eu Amérique, et ceux qui y soni' aujouj'd'hui , et «0 (rès-|raiid uoinbre, J ont débarqué avec les Européen» : U» muiti*

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AfOMAUX GATlTfASSIKÎlS.

plièrent dVbord si pro<lt|ienMtnieni , qu'ilf ont été pendant long-iemps le fléau des colonies, où ils n'flToient guère d^autres ennemis que les grosses couleu^Tes, qui les aTaleni tout vivaus. Les navires les ont aussi portés auz Indes orientales, et dans toutes

les îles de TArrhipel indien : il 8*en f roiivt aussi heauroui) en Afrique. Dans le Nord , au coniraire, ils ne se sont guère muliipliés au delà de la Suède; et ce qu'on appelle des rats en Norwége , en Laponie, etc. , sont des animaux différens de nos rats.

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LA SOURIS

La souris, beaucoup plus petite que le rat, est aussi plus nombreuse, plus commune et plus généralement répandue : elle a le même instinct , le même tempérament , le même naturel, et n'en diffère guère que par la foiblesse et par les habitudes qui raccompagnent : timide par nature , familière par néressilé, la peur ou le besoin font tous ses moovemens; elle ne sort de sou iron que pour chercher à vi^Te; elle ne s'en écarte guère, y rentre à la première alerte, ne va pas, comme le rat, de maisons en maisons, a moins qu'elle n*y soit forcée; fait aussi beaucoup moins de dégAis, a les mœurs plus douces, et s'apprivoise jusqu'à un certain point , mais sans s'attacher : comment aimer en effet ceux qui nous dressent des embûches? Plus foible, elle a plus d'ennemis auxquels elle ne peut échapper, ou plutôt se soustraire^ que par son agilité, sa petitesse même, l^es chouettes, tous les oiseaux de nuit, les chats, les fouines, les belettes, les rats même, lui font la guerre; on l'attire, <m la leurre aisément par des appâts , on la détruit à milliers; elle ne suiwiste euliu que par son immense fécondité.

J'en ai vu qui avoient mis bas dans des souricières; elles produisent dans toutes les saisons, et plusieui*s fois par au : les'iM)rtées ordinaires sont de cinq ou six petits; en moins de quinze jours ib prennent ,assez de force et de croissance jiour se disperser et aller chercher à vivre. Ainsi la durée de la vie de ces petits animaux est fort courte, puisque leur accroissement est si prompt ; et cela augmente encore l'idée qu'on doit avoir de leur prodigieuse multiplication. Aristole dit qu'ayant mis une souris pleine dans un vase à serrer du grain, il s'y trouva peu de temps après cent vingt souris, toutes issues àe la màne mère.

Ces petiu animaux ne sont point laids; ib ont rair vif et même aases fin : l'espèce d'horreur qu'on a pour eut n'est fondée que

sur les petites surprises et sur l'incommodité qu'iU causent. Toutes les souris sont blanch&ires sous le ventre, et il y en a de blanches sur tout le corps; il y en a aussi de plus ou moius brunes, de plus ou moins noires. L'espèce est généralement répandue en Europe, en Asie, en Afrique; mais on prétend qu'il n'y en avoit point en Amérique, et que celles qui y sont actuellement en grand nombre vieiment originairement de notre continent: ce quil y a de vrai, c'est qu'il paroit que ce petit animal spit l'homme, et fuit les pays inhabités, par l'appétit naturel qu'il a pour le pain, le fromage, le lard, l'huile, le beurre et les autres alimens que l'homme prépare pour lui-même.

* Nous avons dit que les souris blanches aux yeux rouges n'éloient qu'une variété, une sorte de dégénération dans l'espèce de la souris. Cette variété se trouve non seulement dans nos climats tempérés, mab dans les contrées méridionales et septentrionales des deux continents.

^ « Les souris blanches aux yeux rouges , dit Pontoppidan, ont été trouvées dans la petite \ille de Molle ou Roms-Jallem : mais on ne sait si elles y sont indigènes, ou si elles y ont été apportées des Indes orientales. »

Cette dernière présomption ne paroît fondée sur rien , et il y a plus de raison de croire que les souris blanches se trouvent quelquefob en Norwége, comme elles se trouvent quelquefob partout ailleurs dans notre continent; et les souris, en général, se sont même actuellement &? fort multipliées dans l'autre, qu'elles sont aussi communes en Amérique qu'en Europe, surtout dans les colonies les plus habitées. Le méooe au< teur ajoute :

« Que les rats de bois et les rats d^eaa ne peuvent vivre dans les terres les plus septenh-ionales de la Nonvége , et qu'il y a

lA SOURIS.

filniieun districts, comme celui de Harenver, dans le diocèse de Berghen, et d'autres dans le diocèse d'Aggerbum , où Von ne voit point de rats^ quoiqu'il y en ail sur le bord méridional de la rivière de Vormen, et que, lorsqu'ils sonl transportés ' de l'autre côté, c'est-à-dire à la partie boréale de celte rivière, ils y périssent en peu de temps; différence qu'on ne peut attribuer qu'à des exhalaisons du m^ coq^ traires à ces animaux. »

Ces faits peuvent être vrais ; mais nous avons souvent reconnu que Poutoppidan n'est pas un auteur qui mérite foi entière. Daus les observations que M. le vicomte de Querhoent a eu la bontédeme (ommu« niquer, il dit que les rats transportés d'Europe, à l'Ile-de-France par les vaisseaux s'y et oient multipliés au point qu on prétend qu'ils firent quitter l'île aux HoUanduis. Les François en oui diminué le nombre, quoiqu'il y en ait encore une très grande quantité. « Depuis quelque temps , ajoute M. de Querhoent, un rat de l'Inde commence à s'y établir : il a une odeur de musc des plus fortes , qui se répand aux environs des lieux

3u'il habite; et l'on croit que lorsciu'il passe ans un endroit où il y a du vin , il le fait . aigrir. Il me parott que ce rat d'Inde, qui répand une od(«ur de musc, pourroit être le même rat que les Portugais ont apptlé chfroso, ou rat odoriférant. La Bouiiayele-Gouz en a parlé.

« Il est , dit-il , extrêmement petit ; il est .à peu près de la figure d'un furet; sa morsure est venimeuse; quand il entre dans une chambre, on le sent incontinent, et on l'entend crier A//c, kric] kric. »

Ce même rat se trouve aussi àMaduré, et on le nomme rat de senteur. Les vo}ageurs hollandois en ont fait mention; ils disent qu'il a le poil aussi fin que la taupe-, mais seulement un peu moins noir.

* L'espèce du rat paroit exister dans

toutes les contrées Jiabitées ou fréqtientées par les hommes; car, suivant le récit des voyageurs, elle a été trouvée et reconnue partout , et même dans les pays nouvellement découverts. M. Forster dit que le rat « se trouve dans les îles de la mer du Sud, et dans les teiTes de la Nouvelle-Zélande;

Su'il y en a une prodigieuse quantité aux es de la Société , et surtout à Taïti , où ils vivent des restes d'alimens que les naturels laissent daus leurs huttes, des fleurs et des gousses de ïerjrthrina corallodendrum, de bananes et d'autres fruits, et^ à ce défaut, d'excrémens de toute sorte : leur hardiesse va jusqu'à mordre quelque* fois les pieds des naturels endormis. Ils sont beaucoup plus rares aux Marquises et aux Wes des Amis, et on les voit rarement aux Nouvelles-Hébrides. »

Il est assez singulier qu'on ait trouvé les espèces de nos rats dans ces îles et terres de la mer du Sud, tandis que, dans toute l'étendue du continent de l'Amérique, ces mêmes espèces ne se sonl pas trouvées, et

3ue tous les rats qui existent actuellemeut ans ce nouveau continent y sont arrivés avec nos vaisseaux.

Suivant M. de Pages, il y a dans les déserts d'Arabie une espèce de rat très-diiférente de toutes celles que nous conuoissons.

» Leurs yeux , dit-il , sont vifs et grands; leurs moustaches, leur museau et le haut du front sont blancs, ainsi que le ventre, les pattes et le bout de la queue; 'le reste du corps est jaune et d'un poil assez long et très-propre : la c|ueue est médiocrement longue; mais elle est grosse, de couleur jaune comme le corps, et terminée de blanc. Mes compagnons arabes niangeoient cet rats après les avoir tués à coups de bàioa, qu'ils lancent avec beaucoup d'adresse sur le chemin du quadrupède ou de l'oiseau qu'ils veulent attraper. »

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