‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémens (volume 2)Chapitre 61 sur 146 · LE HAMSTER · texte numérisé non relu

LE HAMSTER

La hamster est un rat des plus fameux et des plus nuisibles; et si nous n'avons pas donné son histoire avec celle des autres rats, c'est qu'alors nous ne f avions pas vu , et que nous n'avons pu nous le procuï^ que dans ces derniers temps : encore est-ce aux atlentious constantes de M. le marquis de Moiitmirail pour tout ce qui peut contribuer à l'avancement de l'histotre naturelle , et aux bontés de M. de Waitz, ministre d'état du prince landgrave de Hesse-Cassel , que nous sommes redevables de la connoissance précise et exacte de cet animal ; ils nous en ont envoyé deux vîvans, avec un mémoire instructif sur leurs mœurs et leurs habitudes naturelles. Nous avons nourri l'un dé ces animaux pendant quelques mois pour l'ob- •errer, et ensuite on Ta soumis à la dissection pour faire la description et la comparaison des parties intérieures avec celles des autres rats. On verra que par ces parties intérieures le hamster ressemble plus au rat d'eau qu'à aucun autre animal; il lui ressemble encore par la petitesse des yeux et la finesse du poil; mais il n'a pas la queue longue comme le rat d'eau ; il l'a au contraire trés-conrte, plus courte que le campagnol, qui , dbmme nous l'avons dit , ressemble aussi beaucoup au rat d'eau par la conformation intérieure. Le hamster nous paroit être à Tégard du campagnol ce que le surmulot est à regard du mulot : tous ces animaux vivent sous terre, et paroissent animés du même instinct; ils ont à peu près les mêmes habitudes, et surtout celles de ramasser des grains et d'en faire de gros ma- Sasins dans leurs trous. Nous nous étendrons onc beaucoup moins sur les ressemblances de forme et les conformités de nature que sur les différences relatives et les disconve- Oances réelles qui séparent le hamster de tous les rats , souris et mulots dont nous avons parlé.

* Agrioola est le premier auteur qui ait donné des indications précises et détaillées au sujet de cet animal ; Fabridus y a ajouté quelques faits: mais Schwenckfèld a plus fait que tous les autres; il a disséqué le

hamster, et il en donne une description qui s'accorde presque en tout avec la nôtre. Cependant à peine a-t-il été cité par les naturalistes plus récens , qui tous se sont contentés de copier ce que Gesner en a dit.

« Les établissemens dés hamsters ( dit « M. de Waitz) sont d'une construclion dif- « férente selon le sejLC et l'âge, et aussi sui- « vaut la qualité du terrain. Le domicile du « mâle a un conduit oblique, à Touverture « duquel il y a un monceau de terre ex- « haussée. A une distance de cette issue « oblique , il y a un seul trou qui descend «perpendiculairement jusqu'aux chambres « ou caveaux du domicile : il ne se trouve « point de terre exhaussée auprès du trou ; « ce qui fait présumer que Tissue oblique est « creusée en commençant par le dehors, et « que l'issue perpendiculaire est faite de de- « dans en dehors et de bas en Itaut.

« Le domicile de' la ferai'Ue a aussi un « cçnduit oblique, et en même temps deux, « tr'bis,, et jusqu'à huit trous pei-pendicutf laires, pour donner une entrée et une sortie « Ubres à ses petits : le màle et la femelle H ont chacun leur demeure séparée ; la fe- « melle fait la sienne plus profonde que le •* mâle.

« A c4j^'des trdus perpendiculaires, à uo «< ou deui pieds de distance, les hamsters « des deux sexes creusent selon leur âge , et « à proportion de leur multiplication, un, « deux, trois et quatre caveaux particuliers, a mû sont en forme de voûte , tant par « dessous que par dessus, ou plus ou moins « spacieux, smvanl la quantité de leurs pro- « visions.

« I^ trou perpendiculaire est le passage ordinaire du hamster pour entrer et sortir. C'est par le trou oblique que se fait l'exportation dft1a terre: il paroit aussi que ce conduit, qui a une pente plus douce dans un des caveaux, et plus rapide dans un autre de ces caveaux , sert pour la circulation de Tair dans ce domicile souterrain. Le caveau où la femelle fait ses petits ne contient point de provisions de grains, mais un nid ^ paille ou d'herbe. La pro-

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^ LE HAMSTEIL

• fondeur da caveau est très-différente : un «jeune hamster, dans 4a pi'ç^ière année , « ne donne qu'un pied de profondeur à son « otveau; un vieux hamster le creuse toute veni jusqu'à quatre ou cinq pieds : le do- « micile entier, y compris toutes les commutt nioitions et tous les caveaux, a quelquefois « huit ou dix pieds de diamètre.

« Ces animaux approvisionnent leurs « magasins de grains secs et nettoyés , de te blé en épis, de pois et fèves en cosses, « qu'ils nettoient ensuite dans leur demeure, « et ils transportent au dehors les cosses et «t les déchets des épis par le conduit oblique. « Pour apporter leurs provisions ils se série vent de leiDrs abajoues , dans lesquelles « chacun peut porter à la fois plus d'un « quart de chopine de grains nettoyés.

« Le hamster fait ordiiiairemeni ses pro- « -visions de grains à la fin d'août : lorsqu'il « a rempli ses magasins, il les couvre et en « bouche soigneusement les avenues avec « de la terre, ce qui fait qu'on ne découvre « pas aisément sa demeure ; on ne la recon- «« noît que par lé monceau de terre qui sa « trouve auprès du conduit oblique dont « nous avons parlé : il faut ensuite chercher « les trous perpendiculaires , et découvrir « par là son domicile. Le moyen le plus « usité pour prendre ces animaux est de « les déterrer, quoique ce travail soit assez «pénible à cause de la profondeur .41} de « l'étendue de leurs terriers. Cependant un « homme exercé à cette espèce de chasse ne « laisse pas d'en retirer de l'utilité ; il trouve « ordinairement, dans la bonne saison, c'est- M à-dire en 'automne, deux boisseaux de M bons grains dans chaque domicile , et il « profite de la peau de ces animaux , dont « on fait des fourrures. Les hamsters pro- « duisent deux ou trois fois par an , et cinq «ou six petits à chaque fois, et souvent « davantage : il y a des années où ils pa- « roissent en quantité innombrable ', et «c d'autres on Ion n'en voit presque plns;^ u les années humides sont celles où ils mul- « tiplieut beaucoup, et cette nombreuse «c multiplication cause la disette par la dé- <• vasiatiun générale des blés.

« Un jeune hamster, âgé de six semaines «ou deux mois, creuse déjà son terrier; « cependant il ne s'accouple ni ne produit « dans la première aunée de sa vie.

« Les fouines poursuivent vivement les « hamsters , et en détruisent en grand nom- « bre : elles entrent aussi dans leurs terriers « et en prennent possession

« brun et le ventre noir. Cep^dant il y en § a^qui sont gris, et cette différence peut « provenir de leur âge plus ou moins avancé. * « Il s'en trouve aussi quelques uns qu^ sont « tout noirs. »

Ces animaux s'entre-détruisent mutuellement comme les mulots : de deux qui étoient dans la même cage , la femelle dans ' une nuit étrangla le mâle , et , après avoir coupé les muscles qui attachent les mâchou^s, elle se fit jour dans son corps, o& elle dévora une partie de ses viscères. Ils font plusieurs portées par an , et sont si . nuisibles que , dans quelques états de l'Allemagne ,, leur tête est à prix ; ils y sont si communs que leur fourrure est à très-bon . marché.

Tous ces faits, qife nous avons extraits du mémoire de M. de Waitz et des observations de M. de M ontmirail , nous paraissent certains, et s'accordent avec ce que nous savions d'ailleurs aii sujet de ces animaux ; mais il n'est pas également certain , comme on le dit dans ce même mémoire , qu'ils soient engourdis et même desséchés pendant l'hiver, et qu'ils ne reprennent du mouvement et de la vie qu'au printemps. Le hamster que nous avons eu vivant a passé l'hiver dernier ( i76a-63) daiis une chambre sans feu , et où il geloit assez fort pour glacer l'eau; cependant il ne s'est point engourdi , et n'a pas cessé de se mouvoir et de manger à son ordinaire ; au lieu que nous avons nourri des loirs et deslérotS'^ qui se sont engourdis à un degré de fi'oid beaucoup moindre. Nous ne croyctas donc pas que le hamster se rapproche des loirs ou de la marmotte par ce rapport , et c'est mal à propos que quelques nus de nos naturalistes l'ont appelé marmotte de StraS' bourg , puisqu'il ne dort pas comme la marmotte, et qu'il ne se trouve pas à Strasbourg.

* On trouve dans la Gazette de Litte'ra^ ttire, du i3 septembre 1774, un extrait des observations faites sur le hamster, et^* tirées d'un ouvrage allemand de M. Sulzer, que j'ai cru devoir donner ici :

« Le rat de blé , en allemand hamster, ne pouvoit être mieux décrit ni plus commodément qu'à Gotha, où, dans une seule année, on en a livré onze mille *cinq cent soixante-quatorze peaux à l'hôtel-de-ville ; dans une autre, cinquante-quatre milk quatre cent vingt-neuf; et' une troisième fois, quati%-viugt mille xent trente-neuf. Cet animal habite en général les pays tem-

« Les hamsters ont c{||^||^rément k dof pérés; quand il est irrité ^ le cnur lui bat

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}iuqu*à cent quatre-Tingff fois par mîrfute ; le poids du cerTeau est à celui de tout lé corps comme i est à 193.

m Ces rats ie font des magasins , où ils placent jusqii*à douze livres de ^ain. En iiiver la femelle s'eufoiice for( avant dans la terre. Cet animal est courageux; il se défend contre les chiens, contre tes chats, contre les hommes : il est natui'ellement querelleur, ne s*accoi*de pas avec s<m espèce , et tue quelquefois , daus sa furie-, sa propre famille. Il dévore ses semblables lorsqu'ils sont pl\js foibles, aussi bien que les souris el les oiseaux , et il vit avec cela de foules sortes d'herbes, de fruits et de grains : il boit peu. La femelle sort plus tard que le mâle de sa retraite d'hiver; elle porte quatre semaines , et fait jusqu'à six petits. H ne faut que quelques mois pour que les petites femelles deviennent fécondes. L'espèce de rai qu'on nomme iltis lue le hamster.

« Quand ranimai est dans son engourdissement, on n*y observe ni res])iration ni aucune sorte de seutimeut. Le cœur bat néaiunoias environ quinze fois par minute, Comme on s'en aperçoit eu ouvrant la poitrine; le sang demeure fluide; les inlèsiins immobiles ne sont pas irritables ; le coup électrique même ne réveille pas l'animal; fout est froid en fui. Au grand air il né 8*engourdit jamais. »

M. Sulzer rapporte par quels degrés il 'passe pour sortir de son engourdissement.

cf Cet animal n'a guère d'âuire utilité que celle de détruire les souris ; mais il fait bien plus de mal qu'elles. »

Nous eussions désiré que IVi. Sulzer eût indiqué précisément le degré de froid ou de manque d'air auquel Ces animaux s'engourdissent ; car nous répétons ici alTirmativement ce que nous avons dît, que dans une chambre sans feu, où il geloit assez (ori pour y glacer l'eau, un hamster, qui y étoit dans nue cage , ne s^enguurdit pas pendant' fhiver de 1763. On va voir ïa pleine confirmation de ce fait dans les additions que M. Allamand a fait imprimer à là suite de mon ouvrage , et que je viens de recevoir.

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