‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémens (volume 2)Chapitre 62 sur 146 · ADDITIONS · texte numérisé non relu

ADDITIONS

»É 1/KtirtVBà. «ôkri^imois tvn Li ifAvsttiJr.

Le hamster est un quadrupède du genre des soin'is, qui passe l'hiver à do^rmir, comme fes marmoiies. U a les jambek basses,'

ANiMAUt GiilJfASStEKâ. *-

fe cou court , fa tète un peu grosse , la bduche garn^ d^ moustaches des deux cotés, les oreilTes grandes el presque fcans poil, la queue courte et à demi nue, les yeux ronds et sortant de la tète , le poil mêlé de roux, de jaune, de blanc et de noir : tout cela ne lui donne pas la 0gure fort revenante. Ses mœurs ne le rendent pas plus recommandable. Il n^aime que son propre individu, el n*a pas une seule qualité sociale. Il attaque et dévore tous les autres animaux doul il peut se rendre maître, sans excepter ceux de sa propre race. L^instinct même qui le porte vers l'autre sexe ne dure que quelques jodrs, au bout desquels sa femeUe n'éprouveroii pas uù meilleur sort si elle ne preiioit pas la précaution d'éviter la rencontre dé son ingrat, ou de le prévenir et de le tuer la première. A ces qualités odieuses là nature a néanmoins su en allier d^autres, qui , sans rendre cet animal plus aimable, lui font mériter une place distinguée dans Phistoire naturelle des animaux. ÏI est du petit nombre de ceux qui passent l'hiver dans un état d'engourdissement , et le seul en Europe qui soit pourvu de bajoues. Son adresse à se pratiquer une demeure sous terre, el Tindustrie avec laquelle il fait ses provisions d'hiver, ne méritent pas moins ratteution des curieux.

lié hamster n'habite pas indifféremment dans toutes sortes de climats ou de terrains: on ne le trouve m dans les pays trop chauds, ni dans les pays trop froids. Comme il vit de grains, et qu'il demeure sous terre, une terre pierreuse, sablonneuse, argileuse , lui Convient aussi peu que les prés, lés forêts, et les endroits bourbeux. Il lui faut on terroir aisé à creuser, qui néanmoins soit assez ferme pour ne point s'écrouler. H choisit encore des contrées fertiles en toutes sortes de graines, pour n*élre pas obligé de chercher sa nourriture au loin , étant peu propre à faire de longues courses. Les tenes de Thuriuge réunissant toutes ces qualités , les hamsters s'y trouvent en plus grand nombre que partout ailleurs.

Le terrier que le hamsier se creuse, à trois ou quatre pieds sous terre , consiste , pour l'ordinaire, en plus ou moins de chambres , selon 1 âge de Tanimàl qui rba* bite. La principale est tapissée de paille, et seit de logement; les autres sont destinées pour y conserver les provisions, qu il ramasse en grande quantité dans le temps des moissons. ChaqujS^rrier a deux trous ou ouvertures , dont we par laquelle faiumal

LE HAMSTE31.

est armé sous terre deteend obliquement ; i autre , qui a été pratiqiiée du dedaus en dehors, est perpendiculaire, et sert pour entrer ei sortir.

Les terriers des fei^enes , qui ne demearent jamais avec .tes riiàies, diffèrent des autres en prusieurs points. Dans ceux oi!i elle^ mettent bas, on voit rarement plus qu'une chami.re de provision , parce que le peu de temps que les {)etits demeurent avec la mèi-e nVxige pas qu'elle amasse beaucoup de nourriture; mais, au Heu d'uu seul trou perpendiculaire , il y en a jusqu'à sept ou huit qui st-rvent à donner une entrée et une sortie libres aui petits. Quelquefois la mère, ayant chassé ses petits, reste dans ce terrier; mais, pour l'ordinaire , elle s*en pratique un autre, qu'elle remplit d'autant de provisions jque la sai&on lui permet d'en ramasser.

Les hamsters s'^tccouplent la première fois vers la lin du mois d'avril , où les mâles se rendent daus les terriers des femelles, avec lesquelles ils ne re<«teu' cependant que peu de jours. S'il arrivtf que deux mâles, cherchant femelle, se rea<;ontreut dans le même trou , il s'élève un combat furieux entre eux, qui, pour rordinàire, iSnit par la mort du plus toible. Te vainqueur -^'empare de sa femelle; et Tun et l'autre, qui dans tout autre ten.ps se perséeutent ev

8*enfonce en creusant plus avant dans la terre; ce qu'elle exécute atec une célérité surprenante. Les jpetitsont beau la suivre, elle est sourde à leurs cris^ et elle bouche même la retraite qu'elle s'est pratiquée.

Le hamster se nourrit de toutes sortes d*herbes , de racines et de grains , que les différenics saisons lui fournissent. II s'accommode même tres-voloutiers de la chair. des autres animaux dont il dévient le maître. Comme il n'est pas fait pour les lougues courses, il fait le nremier fonds de son magasin par ce que lui présentent les champs voisins de son établissement; ce qui est la raison pourquoi l'on voit souvent quelques unes de ses chambres remplies d'une seule sorte de grains. Quand les champs sont moissonnés, il va chercher plus iutu ses provisions, et prend ce qu'il trouve en chemin pour le porter dans son habitation et Fy déposer saus distinction. Pour lui faciliter le transport de sa nourriture, la nature l'a pourvu de bajoues de chaque côté de l'in* térieur de la bouche. Ce sout deux poches membraneuses, lisses et luisantes en dehors , et parsemées d'un grand nombre de glandes en dedans , qui distillent saus cesse une certaine humidité, pour les tenir souples et les rendre capables de résister aux accidens que des grains souvent roides et pointus po(U'i*oient causer, (chacune de ces ba-

s'enire-tuent,dépo!«cni leur férocité naturelle- joues peut contenir une once et demie de

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pendant le peu de jours que durent leurs amours. Ils sf- défendent même réciproquement contre les agresseurs. Quand on ouvre un terrier daus ce temps-là , et que la feiïîrîlfe s'a|)erçoit qu'on veut fui enlever son mari , elle s'élance sur le ravisseur , et lui tait souvent sentir la fureur de sa vengeance par des morsures profondes et dou • loii reuses.

Les femelles mettent bas deux ou trois fois par an; leur portée 'n'est jamauf au dessous de six , et le plus souvent de seize à dix-huit {)elits. La crue de c^ auimaux est fort prompte. A l'âge de quinze jours ils essaient déjà à creuser la terre : peu après la mère les obli&^e de sortir du terrier, de sorte quà l'âge df'environ trois semaines ils sont £n)andonués à leur propre coiuluite. Cette mère montre en général fort peu de tendresse maternelle pour ses petits : elle qui, dans le temj)s de ses amours, défend si courageusement son mari , ne counoît que la fuite quand sa famille est menacée d'un danger ; sou unique soin est de pourvoir à sa propre conservation. Dans celte vue, dès qu'elle se seul {N^'suivie, efle

grams , que cet animal , de retour dans sa demeure, vide moyennant ses deux piedt ie devant, qu'il presse extérieurement contre ses joues pour en faire sortir les grains. Quand on rencontre un hamster, ses poches remplies de provisions , on peut le prendre avec la main , sans risquer d'ètrsr mordu, parce que, dans cet état, il n'a pas le mouvement des mâchoires libre; mais, pour peu qu'on lui laisse du temps, il vide promplemeut ses poches et se met en défense. La quantité de provisions qu'on

trouve dans les terriers varie suivant l'âge et le sexe de l'animal qui les habite : les vieux hamsters amassent jusqu'à cent livres de grains ; mais les jeunes et les femelles sa contentent de beaucoup moins. Les uns et les antres s'en servent , non pour s'en nourrir pendant l'hiver , temps qu'ils passent à dormir et sans manger , mais pour avoir de quoi vivre après leur réveil au printemps, et |iendant l'espace de temps qui précède leur engourdissement.

À rapproche de l'hiver, les hamsters se retirent dans leurs habitations souterraines, dont ils bouchent i'entrw avecfoia;iliy

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ANIMAUX CARNASSIERS

retteat tranquilles et Tiveot de leurs provisions, jusqu'à ce que, le froid étanl de- TCDU plus seusible, ils tombeut dans un état d'engourdissement semblable au sommeil le plus profond. Quand, après ce temps-là , on ouvre un terrier , qu on reconnoit par un monceau de terre qui se trouve auprès du conduit oblique dont nous avons parlé, on y voit le bamsier mollement couché sur un lit de paille menue et très-douce. Il a la télé retirée sous le ventre, entre les deux jambes de devant ; celles de derrière sont appuyées contre le museau. Les yeux sont fermés; et quand on veut écarter les paupières, elles se referment dans rinstant Les membres sont roides comme ceux d*un animal mort ; et tout le corps est froid au toucher comme la glace. On ne remarque pas la moindre respiration ni autre signe ae vie : ce n*est qu'en le disséquant dans cet état d'engowdissement qu'on voit le cœur se contracter et se dilater; mais ce mouvement est si lent, qu'on S eut compter à peine quinze pulsations ans une minute , au lieu qu'il y en a au moius cent cinquante dans le même espace de temps lorsque l'animal est éveillé. La graisse est conuue figée ; les intestins n'ont pas plus de chaleur que l'&xtérieur du corps, .et sont insensibles à l'action de l'esprit-de-vin et même à l'buile de viti'iol

3u'on y verse, et ne marquent pas la moinre irritabilité. Quelque douloureuse que soit cette opération , l'animal ne paroit |Uis la sentir beaucoup : il ouvre quelquefois la bouche, comme pour respirer , mais son engourdissement est trop fort pour s'éveiller entièrement.

On a cru que la cause de cet engourdissement dépendoit uniquement d'uu certain Hegré de froid en hiver. Cela peut être vrai à l'égard des loirs , des lérots , des chauvesouris ; mais pour mettre le hamster dans cet état , l'expérience prouve qu'il faut encore que l'air extérieur n'ait aucun accès à l'endroit où il s'est retiré. On peut s'en convaincre en enfermant un hamster dans une caisse remplie de terre et de paille ; on aura beau l'exposer au froid le plus sensible de l'hiver et assez fort pour glacer l'eau , on ne parviendra jamais à le faire dormir; mais , dès qu'on met cette caisse à quatre ou cinq pieds sous terre , qu'il faut avoir soin de bien battre pour empêcher l'air extérieur d'y pénétrer, on le trouvera , au bout de huit ou dix jours, engourdi comme dans son terrier. Si l'on retire cette caisse de la terre y le hamster se réveillera au bout de

quelques heures, et se rendormira de nouveau quand on le remet sous terre. On peut r^>éter cette expérience avec le même suc ces, aussi ion|- temps que le froid durera ^ pourvu qu'on y observe d*y mettre Tiatervalle de temps nécessaire. Ce qui prouve encore que l'absence ^e Pair extérieur est une des causes de Fengourdissemeul du hamster, c'est que, retiré de son terrier au

Elus gros de Thiver, il se réveille immanqu»lement au bout de quelques heures , quand on l'expose à l'air. Qu'on fasse cette expérience de jour ou de nuit , cela est indifférent, de sorte que la lumière n'y a aucune part.

C'est un ^^ectade curieux de voir passer un hamster de l'engourdissement au réveil. D'abord il perd la roideur des membres; ensuite il respire profondément, mais par de longs intervalles; on remarque du mouvement daus les jambes ; il ouvre la liouche comme pour bâilla*, et fait entendre des sons désagréables et semblables au ràlement. Quand ce jeu a duré pendant quelque temps, il ouvre enfin les yeux et tâche de se mettre sur les pieds ; mais tous ses mouvemens sont encore peu assurés et chancelans comme ceux d'un homme ivre. Il réitère cependant ses essais, jusqu'à ce qu'il parvienne à se tenir sur ses jambes. Daus cette 'attitude, il reste tranquille , comme pour se reconiioitre et se reposer de ses fatigues ; mais peu à peu il commence à marcher, à manger et à agir comme il faisoit avant le temps de son sommeil. Ce passage de l'engourdissement au ré\eil demande plus ou moins de temps, selon la température de l'endroit où se trouve ranimai. Si on l'expose à un air sensiblement froid, il faut quelquefois plus de deiL\ heures pour le faire éveiller; et dans un lieu plus tempéré, cela se fait c^i noiiis d'uuc heure. Il est vraisemblable que daus les terriers cette catastrophe arrive imperceptiblement , et que 1 animal ne sent aucune des incommodités qui accompagnent un réveil forcé et subit.

La vie du hamster est partagée entre le& soins de satisfaire aux besoins naturels et la fureur de se battre. Il paroit n'avoir d'autre jiassion que celle de la colère, qui le porte à attaquer tout ce qui se trouve en son cbemiu, sans faire attention à la supériorité des forces de l'ennemi. Ignorant absolument l'art de sauver sa vie en se retirant du combat, il se laisse plutôt assonmier de coups de bâton que de céder. S'il trouve le mo)en de saisir la main d'un homme, il faut le tuer pour se débarrasser de lui. La gi*andeur

LE HAMSTEK.

du cbetal Veffiraie aussi peu que l'adresse du chien. Ce dernier aime à lui donner la chasse: quand le hamster Taperçoil de loin , il commence par vider ses poches; si par hasard il les a remplies de grains; ensuite il les enfle si prodigieusement , que la tête et le cou surpassent beaucoup en grosseur le reste du corps, enfin il se redresse sur ses jambes de derrière, et s'élance dans cette altitude sûr Tennemi ; s'il l'attrape , il ne le quitte qu*après l'avoir tué , ou perdu Isf vie : mais le chien le prévien^i pour Tordinaire, en cherchant à le prendre par derrière et à l'étrangler. Cette fureur de se bat4re fait que le hamster n'est en paix avec alicûn des autres animaux ; il /ait même la gueiTC à ceux

de sa race, sans en excepter la femelle. Quand deux hamsters se rencontrent, ils ne manquent jamais de s'attaq\ier réciproquement, jusqu'à ce que le plus foible succombe sous les coups du plus fort, qui le dévore. Le combat entre un mâle et une femelle dure pour l'ordinaire plus long-temps que celui de mâle à mâle. Ils commencent par se donner la chasse et se mordre ; ensuite chacun se relire d'un autre côté, comme pour prendre haleine : peu après , ils renou» vellent le combat, et continuent à se fuir et à se battre, jusqu'à ce que l'un ou l'autre succombe. Le vaincu sert toujours de repaa au vainqueur.

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