‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémens (volume 2)Chapitre 64 sur 146 · LA MUSARAIGNE · texte numérisé non relu

LA MUSARAIGNE

Là musaraigne semble faire une nuance dans Tordre des petits animaux , et remplit rintervalle qui se trouve entre le rat et la taupe, qui, se ressemblant par leur petilase, dilléreut beaucoup par la forme, et soûl en tout d'espérés tres^loignées. La musaraigne, plus petite eucore que la souris, reisemble a la taupe par le museau, ayant le net beaucoup plus allongé que les mâdboires; par les yeux, qui, quoique un peu plus gros que ceux de la taupe, sont cachés de même , et sont beaucoup plus petits que ceux de la souris ; par le nombi'e des cioigis, dont elle a cinq à tous les pieds ; par la queue, par les jambes, surtout celles de derrière, qu'elle a plus courtes que la souris; par les oreilles, et eniin fiar les dents. Ce tres^peiit animal a une odeur forte qui lui est |iarticullere , et qui répugne aux diats ; ils chassent , ils tuent la musai-aigne, mais ils ne la mangent pas comme la ^uris. C'est apiNiremment cette mauvaise odeur et cette répugna iice des chats qui a fonde le préjugé du venin de cet animal , et sa morsure dangereuse pour le bétail , surtout (>our les chevaux : cependant il n'est ni venimeux , ni même capable de mordre ; car il na pas l'ouverture de la gueule assez grande pour pouvoir saisir la double épaisseur de la peau d'un autre animal , ce qui cependaut est absolument nécessaire pour mordre; et la maladie des^chevaux que le vulgaire attribue i la dent de la musaraigne est une enflure, une espèce d'anthrax , qui vient d'une cause iuterue , et qui n'a nul rapport avec la PMrsura, ou, ai l'on teut, la piqûre de ce

petit animal. U habite assez communément , surtout pendant l'hiver, dans les greniers à foin , dans les écuries, dans les granges, dans les cours à fiimier; il mange du grain, des insectes et des chairs pourries : on le trouve aussi fréquemment à la campagne , dans les bois, où il vit de graines ; et il se cache sous la mousse, sous les feuilles, sous les troncs d'arbres , et quelquefois dans les trous abandonnés par les taupes, ou dans d'autres trous plus petits qu'il se pratique lut-mrâie en fouillant avec les ongles et le museau. I^ musaraigne produit en grand nombre, autant, dit-on, que la souris, quoique moins fréquemment. Elle a le cri lieaucoup plus aigu t|ue la souris , mais elle n'est pas aussi agile à lieaucoup près. On la prend aisément, parce qu'elle voit et court mal. La couleur ordniaire de la musaraigne est d'un brun mêlé de roux ; mais il y en a aussi de cendrées, de presque noires, et toutes sont plus ou moins blanchâtres sous le ventre. Elles sdlit tres-comniunes dans toute l'Europe ; mais il ne paroit pas qu'on les retrouve en Amérique. L'animal du Brésil dont IMarcgrave parle sous le nom de musaraigne, qui a, dit-il, le museau ires-pointu et trois bandes noii^s sur le dos, esi' plus gros , et paroit être d'une autre espèce que notre musaraigne.

lA MUSARAIGNE D'EAU.

Comme cet animal , quoique naturel à ce climai, n'éioit connu d'aucun naturaliste, et que c'est M. Daubenton qui le premier

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en a fait la découverte, nous renvoyons entièrement ce que Ton en peut dire à la description très-exacte qu*i! en donne. J'aurai souvent occasion d'en user de même dans la suite de cet ouvrage, attendu la diligence infinie avec laquelle il recherche les animaux , et les découvertes qu*il a faites de plusieurs espèces auparavant inconnues, ou confondues avec celles que l'on conuoissoit. Tout ce que je puis assurer au sujet de la musaraigne d'eau , c'est qu'on la prend à la source des fontaines » au lever et au coucher du soleil, que dans le jour elle reste caché'e dans des fentes de rochers ou dans des trous sous terre , le loug des petits ruisseaux ; qu'elle met bas au printemps , et qu'ordiuairemeut elle produit neuf petits.

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