LE LOIR
Nous connoissons trois espèces de loirs, qui, comme la marmotte, dorment pendant l'hiver : le loir, le lérol et le muscardiu. Le loir est le plus gros des trois, le muscardin est le plus petit. Plusieurs auteurs ont confondu l'une de ces espèces avec les deux autres , quoiqu'elles soient toutes trois trèsdistinctes, et par conséquent très-aisées à reconnoître et à distinguer. Le loir est à peu près de la grandeur de l'écnreuil ; il a , comme lui , la queue couverte de longs poils : le lérot n'est pas si gros que le rat; il a la queue couverte de poils très-courts , avec un bouquet de poils longs à rextrémité: le muscardin n'est pas plus gros que la souris; il a la queue couverte de poils plus longs que le lerot , mais plus courts que le loir, avec un gros bou(|uet de longs poils à l'extrémité. Le lérot diffère des deux autres pai les marques noires qu'il a près des veux, et le muscardin par la couleur blanche de ton poil sur le dos. Tous trois sont blancs
ou blanchâtres sous la gorge et le ventre; mais le lérot est d'un assez beau blanc, le loir n'e*»t que blanchâtre, et le muscardin est plutôt jaunâtre que blanc dans toutes les parties inîérieures.
Cvsi improprement que l'on dit que ces animaux donnent pendant l'hiver : leur état n'est point celui d'un sommeil naturt I; c'est une torpeur, un engourdissement des membres et des sens , et cet engourdissement est produit par le refroidissement du sang. (^ animaux ont si peu de chaleur intérieure, qu elle n'excède guère celle de la température de l'air. Lorsque la chaleur de l'air est, au tbermomètre, de dix degrés au dessus de la congélation, celle de ces animaux n'est aussi que de dix degrés. Nous avons plongé la boule d'un petit thermomètre dans le corps de plusieurs lérots vivans; la chaleur de l'intérieur de leur corps étoit à peu prêt égale à la température de l'air; quelquefois mèmu le ihermwnetre plongé , et , pour ainsi
^Ttf appliqué for le cœur, a baiaié (Taii demi-d^ré ou d'uo degré, la température de Tair étani à onze. Or l'on sait que la chaleur de l'homme , et de la plupart des animaux qui ont de la chair et du sang, excède en tout lempt trente degrés : il n'est doue pas étonnaut que ces animaux, qui ont si peu de chaleur en comparaison des autres , tombent dans IVngourdissemeni dès que celte petite quantité de chaleur inl.érieure cesse d*étre aidée par la chaleur extérieure de l'air ; et cela arrive lorsque le thermomètre n est plus qu'à dix ou onze degrés au dessus de la congélation. C'est là la vraie cause de lengourdissement de ces animaux; cause que ion igiioroil, et .qui cependant s'étend généralement sur tous les animaux qui dorment pendant Thiver : car nous l'avons reconnue dans les loirs , dans les hérissons , dans les chauve -souris; et quoique nous n'ayons pas eu occasion de l'éprouver sur la. marmotte, je suis {lersuadé qu'elle a le sang firoid comme les autres , puisqu'elle est , comme eux, sujette à l'engourdissement pendant l'hiver.
Cet engourdissement dure autant que la cause qui le produit, et cesse avec le froid : quelques degrés de- chaleur au dessus de dix ou onze suffisent pour ranimer ces animaux; et si on les tient pendant l'hiver dans un lieu bien chaud , ils ne s'engourdissent point du tout ; ils vont et viennent, ils mangent et dorment seulement de temps en temps comme tous les autres animaux. Lorsqu'ils sentent le froid , ils se serrent et se mettent en boule pour offrir moins de surface à Tair, et se conserver un peu de chaleur : c'est ainsi qu'on les trouve en hiver dans les arbres creux , dans les trous des murs exposés au midi; ils y gisent en boule, et sans aucun mouvement, sur la mousse et des feuilles. On les prend , on les tient, on les roule sans qu'ils remuent, sans qu'ils s'étendent ; rien ne peut les faire sortir de leur engourdissement-qu'une chaleur douce et graduée : ils meurent lorsqu'on les met tout à coup près du feu; il faut, pour les dégourdir, les en approcher par degrés. Quoique dans cet état ils soient sans aucun mouvement, qu'ils aient les yeux fermés et qu'ils paroissent privés de tout usage des sens, ils sentent cependant la douleur lorsqu'elle est très-vive ; une blessure, une brûlure leur fdt faire un mouvement de contraction et un petit cri sourd qu'ils répèlent même plusieurs fois : la sennbililé intérieure subsiste donc aussi bien que l'action du cœur et des poumons. Cependant il est A présumer que ces mouve*
ANIMAUX CARNASSIERS
mens vitaux ne a*eseroent pas dans eet état de torpeur avec la même force , et n'agissent pas avec la même' puissance que dans l'état ordinaire; la circulation ne se fidt probableoient que dans les plus gros vaisseaux, la respiration est foible et lente, les sécrétions sont très-peu abondantes, les déjections nulles : la transpiration est presque nulle aussi, puisqu'ils passent plusieurs mois sans manger; ce qui ne pourroil être, si dans ce temps de diète ils perdoient de leur sub> stanoe autant, à proportion, que dans les autres temps où ils la réparent en prenant de la nourriture. Ils en perdent cependant, puisque dans les hivers trop longs ils meurent dans leurs irous. Peut-être aussi n'est-co pas la durée, mais la rigueur du froid, qui les fait périr ; car lorsqu'on les expose à une forte gelée , ils meurent en peu de temps. Ce qui me feroit croire que ce n'est pas la trop grande déperdition de substance qui les hdt mourir dans les grands hivers, d'est qu'en automne ils sont excessivement gras, et qu'ils le sont encore lorsqu'ils se raniment au printemps : cette abondance de graisse est une nourriture intérieure qui suffit pour les entretenir et pour suppléer à ce qu'ils perdent par la transpiration.
Au reste, comme le froid est la seule cause de leur engourdissement , et qu'ils ne tombent dans cet état que quand la tempe* ratui^ de «l'air est au dessus de dix ou onze degrés, il arrive souvent qu'ils se raniment même pendant l'hiver; car il y a des heures, des jours et même des suites de jours, dans cette saison, où la liqueur du thermomètre se soutient à douze, treize, quatorze, etc., degrés, et pendant ce temps doux les loirs sortent de leurs trous pour chercher à vivre, ou plutôt ils mangent les provisions qu'ils ont ramassées pendant l'automne, et qu'ils y ont transportées. Aristote a dit, et tous les naturalistes ont dit après Aristote , que les loirs passent tout l'hiver sans manger, et que dans ce temps même de diète ils deviennent extrêmement gras, que le sommeil^eul les nourrit plus que les alimens ne nourrissent les autres animaux. Le fait non seulement n'est pas vrai, mais la supposition même du fait n'est pas possible. Le loir, engourdi pendant quatre ou cinq mois, ne pourroit s'engraisser que de l'air qu'il respire. Accordons si l'on veut , et c'est beaucoup trop accorder, qu'une partie de cet air se tourne en nourriture: en résultera -t- il une augmentation si considérable? cette nourriture si légère pourra-t-elle même suffire à la dépercUtion continuelle qui se fait