‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémens (volume 2)Chapitre 79 sur 146 · DU CAP DE BONNE -ESPÉRANCE · texte numérisé non relu

DU CAP DE BONNE -ESPÉRANCE

CasT encore a M. Allamand, .savant naturaliste et professeur à Leyde, que nous devons la première connoissance de cet ani-

t. Cet animal est le même que le daman.

mal. M. Pallas l'a indiqué sous le nom de ca%*ia capensis, et ensuite M. Tosmaër sous la dénomination de marmotte bâtarde

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LA MARMOTTE

d'Afrique, Tous deux en dohneat la même ligure tirée sur la même planche, dont M. Aliamaud nous avoit envoyé une gravure. Il marquoit à ce sujet à M. Daubentbn :

•c Je vous envoie la figure d'une espèce de cabiai (je ne sais par quel autre nom le désigner) que j'ai reçue du cap de Bonne- Espérance. Il n'est pas tout-à-i*ait aussi bien représenté que je le désirois; mais comme j'ai cet animal em])aillé dans mou cabinet » je vous l'enverrai par la première occasion , si vous souhaitez de le voir. »

Nous n'avons pas profité de cette offre très-obligeante de M. Ailamand, parce que nous avons été informés peu de temps après qu il étoit arrivé eu Hollande un ou deux de ces animaux vivans, et que nous espérions que quelque naturaliste en feroit une bonne description. En effet, MM. Pallas et Vosmaër ont tous àsM\ décrit cet animal, et je vais doimer ici l'extrait de leurs observations.

« Cet animal , dit M. Yosmaër, est connu au cap de Bonne -Espérance sous le nom de blaireau des rocher^, vraisemblablement parce qu'il fait son séjour entre les rochers et dans la terre, comme le blaireau , auquel néanmoins il ne ressemble point; il ressemble plus à la marmotte, et cependant il en diffère... C'est Kolbe qui le premier a parlé de cet animal, et a dit qu'il ressemble mieux à une marmotte qu'à un jblaireau. »

Nous adopterons donc la dénomination de marmotte du Cap, et nous la préférerons à celle de cavia du Cap, parce que l'animal dont il est ici question est très-différent du cavia ou cabiai: i** par le climat, le cavia étant de l'Amérique méridionale, tandis que celui-ci ne se trouve qu'en Afrique; a° parce que le nom de cavia est un mot brasilien , qui ne doit point être transporté au cavia , qui est le vrai cabiai , et au cabiai-cobaïa , qui est le cochon-d'Inde; 3° enfin, parce que le cabiai est un animal qui n'habite que ]c bord des eaux, qui a des membranes entre les doigts des pieds, tandis (|ue la marmotte du Cap n'habite que les rochers et les terres les plus sèches qu'elle peut creuser avec ses ongles.

t< Le premier animal de cette espèce , dit M. Yosmaër, qui ait paru en Europe, a été envoyé à M. le prince d'Orange par M. Tulbagh, et on en conserve la dépouille dans le cabinet de ce prince. La couleur de ce premier animal diffère beaucoup de celle d'un autre qui est arrivé depuis; il étoit aussi fort

jeune et très-petit. Celui que je vais décrire étoit un mâle , et il m'a été envoyé par M. Bergmeyer d'Amsterdam.... Le genre de vie de ces animaux, suivant les informations qui m'en ont été données, est fort triste, dormant souvent pendant la journée. Leur mouvement est lent et s'exécute par bonds; mais, dans leur état de nature, peut-être est-il aussi vif que celui des lapins. Ils poussent fi'équemment des cris de courte durée, mais aigus et perçans. »

Je i-emarquerai, en passant, que ce caractère rapproche encore cet animal de la marmotte ; car on sait que nos marmottes des Alpes font souvent entendre un sifflet fort aigu.

« On nourrissoit en Hollande cette espèce de marmotte du Cap, continue M. Vosmaër, avec du pain et diverses sortes d'herbes potagères. Il est fort vi'aisemblable que ces animaux ne portent pas long-temps leurs petits, qu'ils mettent bas souvent et en grand nombre. La forme de leurs pieds paroit aussi dénoter qu'ils sont propres à fouir la terre. Cet animal étadt mort à Amsterdam , je le donnai à M. Pallas pour le disséquer.

« Il ressemble beau(;oup pour la taille au lapin commun; mais il est plus gros et plus ramassé : le ventre est surtout fort gros. Les yeux sont beaux et médiocrement grands; les paupières out en dessons et en dessus quelques petits poils courts et noirs , au dessus desquels on en voit cinq ou six noirs , mais longs , qui sortent à peu près du coin de la paupière antérieure, et retournent en arrière vers la tête; il y a de pareilles moustaches sur la lèvre supérieure , vers le milieu du museau.

« Le nez est sans poil , noir, et comme divisé par une fine couture qui descend jusque sur la lèvre ; les narmes paroissent comme un cordon rompu au milieu ; sous le museau, vers le gosier, et sur les joues, on voit quelques longs poils noirs plus ou moins longs, et tous plus roides que l'autre poil; des poils de même espèce sont semés de distance en distance sur tout le corps.... Le palais de la bouche a huit cannelures ou sillons profonds; la langue est fort épaisse, passablement longue, garnie de petits mamelons, et ovale à son extrémité. La mâchoire supérieure a deux dents fort longues, saillantes au devant du museau ^ et écartées l'une de l'autre; elles ont la forme d'un triangle allongé et aplati : les dents de la mâchoire inférieure sont posées au devant du museau; elles sont coupantes, fort serrées, et au nombre de quatre; elles sont

ANIMAUX CARNASSIERS

assez longues, plates et larges.... Les dents molaires sont assez grosses, quatre en haut et quatre en bas de chaque côté; on en pourroit compter une cinquième , plus petite que les autres.... Cet animal a les jamtjes de devant fort courtes, et cachées à moitié sous la peau du corps : les pieds sont nus et fie présentent qu'une peau noire : ceux de devant ont quatre doigts, dont trois trèsapparens, et cehii du milieu le pins long; le quatrième, qui est au côié extérieur, est beaucoup plus court que les autres, et comme adhérent au troisième : le bout de ces doigts est armé d'onglets courts et ronds, attachés k la )>eau de la même façou que nos ongles. Les pieds de derrière ont trois doigts, dont il n'y a que celui du milieu qui ait un ongle courbe; le doigt extérieur est un peu plus court que les autres. L'animal saute sur ses pieds Je derrière comme le lapin.... Il n'^ a pas le moindre indice de queue; Fanus se montre fort long , et le prépuce , en bourrelet rond, découvre un peu la verge. La Couleur du poil est le gris ou le brun fauve, comme le poil des lièvres ou des lapins de eirenne; il est plus foncé sur la tète et sur le dos, ef il est blanchâtre sur la poitrine et le ventre. Il y a aussi une bande blanchâtre sur le cou, tout près les épaules ; cette bande ne fait point un colliar, mais se termine à la hauteur des jambes de devant, et en général le poil est doux et laineux. »

Nous ne donnerons pas ici la description des parties intérieures de cet animal, on la trouvera dans Pouvrage de M. Pallas, qui a pour titre Spiciiegta zoologîca. Cet habile naturaliste la faite avec beaucoup de soin, et il faudroit la copier en entier pour ne rien perdre de ses observations.

* Nous avions donné à cet animal le nom de marmotte du Cap , d'après Kolbe et Vosmaër, parce que, en effet, il a quelque ressemblance avec la marmotte. Cependant il n'est point du genre des marmottes, et n'en a pas les habitudes; mais M. Allamand nous a informé qu'on appeloit klipdas ce même animal, auquel on donnoit aussi le nom de blaireau des rochers. Nous l'avons fait dessiner de nouveau , d*après la fîgure qui nous a été envoyée par ce célèbre naturaliste, et nous avons adopté le nom de klipdas, parce qu'en effet il n'est ni du genre des marmottes ni de celui des blaireaux.

M. le comte de Mellin, que nous avons déjà eu occasion de citer avec éloge, m'a envoyé la gravure faite d'après le dessin qu'il a fait lui-même de cet animal vivant , et il a en Ui bonté d*y ajouter plusieurs ob-

servations intéressantes sur ses habitadei naturelles. Toici Textrait de la lettre qu'il m'a écrite à ce sujet :

« M. le comte de Buffon a donné I*histoire d'un petit animal auquel il donne le nom de marmotte du cap de Bonne-Espérance. Permettez-moi , M. le comte , de vous dire que cet animal n*a dans ses mœurs aucune ressemblance avec la marmotte. J'en ai reçu une femelle du cap de Bonne-Espérance , qui vit encore , et que j'ai donnée à ma sœur, la comtesse Borke , qui l'a présentement depuis quatre ans. Je Tai peinte d'après nature, et j'ai l'honneur de vous envoyer une gravure faite d'après cette |)einture, et qui représente ce petit animal très au naturel. Celle qui est dans votre ouvrage, copiée de celle qui se trouve dans le Spicilegia zoologica de M. Pallas, est absolument manquée. Le genre de ces petits animaux n'est pas aussi triste que le prétend M. Vosmaër; tout au contraire, il est d'un naturel gai et dispos : cela dépend de la manière dont on le tient. Pendant les premières semaines que je l'avuis, je le tins toujours attaché avec une ficelle à sa petite loge , et il passa la plus grande partie des jours et des nuits à dormir dans sa loge : et que pouvoii-il faire de mieux pour supporter fennui de Tesclavage ? Mais depuis qu'on lui permet de courir en liberté par les chambres , il se montre tout autre ; il est non seulement très-apprivoisé , mais même susceptible d'attachement. Il se plait à être sur les genoux de sa maîtresse; il la distingue des autres au point que, quand il est enfermé dans une chambre et qu'il Tentend venir, il reconnoit sa marche , il s'approche de la porte, se met aux écoutes; et si elle s'en retourne sans entrer chez lui , il s'en retourne tristement et à pas lents. Quand on l'appelle, il répond par un petit cri point désagréable, et vient promptement vers la personne qui le demande. Il saute très>légcremenl et avec beaucoup de précision. II est frileux, et cherche de préférence à se coucher tout en haut du poêle, sur lequel il saute en deux sauts. Il ne grimpe pas , mais il saute aussi légèrement que des cnats , sans jamais rien renverser. Il aime à être tout à côté du feu ; et comme le poêle de la chambre est ce que nous nommons un windofen, qu'on chauffe par une espèce de cheminée pratiquée dans le poêle, et qu'on ferme d'une porte de fer, il est déjà arrivé qu'il s'est glissé dans le poêle pendant que le bois y brûloit; et comme on avoit fermé la porte fttr lui, ne sachant pas qti*îl y èloit, it

LÀ MÀRMÔTÏÊ. a3i

•éôffirit ilDe chakor.bieii vidiènte pendant hatni salé qd^on Yk tu lîoiré fr^êmibéni

fuciqnes taiftntes, jw'm'à ce qu'il mit \t aei à la petile porte de fer «{oi est pratiquée dana la grande porte, et qu'on avoii laissée oùYértè podr j faire entrer l'air, sur quoi en le fit éortir prenmtement Quoiqu'il se fût brûjé le poil des deux côtes, cet accident ne ia pas rendu prévojant , et il rec)ierçhe encpre toujours à être bien près du feu. t)e' petit animal est extrêmement propre, au point qu'on Ta accoutumé à se st^rvjr d'un pot pour y faire ses ordures et y lâcher son eau. On remarqua que, pour se vider, il lui falloil un lieu commode et une attitude particulière; car alors il se dresse sur les pattes de derrière i en les appuyant contre un mur ou quelque chose de stable qui ne recule pas sous lui, et il pose les pieds de devant sur un bâton ou quelque chose d'élevé, en léchant sa bouche avec sa langue pendant tout le temss que l'opération dure. On diroit qu'il Se décharge avec peine; et pour profiter de rinclination qu'il a pour la propreté, on lui a préparé un lieu commode , uoe espèce de chaise percée dont il se sert toujours.

R U se nourrit d'herbes, de fruits, de patates, qu'il aime beaucoup crues et cuites, et même il mange du bœuf fumé; mais il ne mange aue de cette viande, et jamais de la ei'ue ni d'autres viandes. Apparemment que, pendant son transpoit par mer, ou lui a fait connoitre cette nourriture , qui doit cependant être souvent variée; car il se lasse bientôt et perd l'appétit lorsqu'on lui donne la même pendant plusieurs jours : alors il passe une journée entière sans maneer, mais le lendemain il répare le temps perdu. Il mange la mousse et l'écorce du cmnè , et sait se glisser adroitement jusqu'au fond de la caisse à bois pour l'enlever des bûches qui en sont encore couvertes. U ne boit nas ordinairement , et ce n'est que lorsqu'il a inangé du

li se frotte dans le sàbfe comme les oiseaui puK'érateurs, pour se défaire de là vermine qui l'incommoide, et ce n'est pas en se vautrant comme lès cltiens, les renards, mais d'une manière tout étrangère à tout autre quadrupède, et exactement comme lé faisan ou la pèrdri](. Il est toujours très-dispos pendant tout le cours dé ,1 année, et il n>4 paroit être trop éveifld pour imaginer qu'il puisse passer une partie ae l'hiver dans iin état de torpeur comme là màrmoffe ou le loir. Je ne vois pas non phis qu'il puisse se creuser un terrier cdrapie les marmôifes ou les maireâùx, n'ayant ai des ongles crochus aux doigts ni ceux-ci assez forts pour uq travail aussi rude; il ne peut qiie se glisser dans les crevasses des rqcliers pour y élablif sa demeure et pour échapper aux oiseaux de proie , qu'il craint beaucoup : du moins chaque corneille que lé hôlre voît voler lorsqu'il est assis sur la fenêtre, nîacè favorite pour lui, l'alarme; il se précipite d'abord et court se cacher daris sa logé , d'oii Fï né sort

3ue lohg-temp» après lorsqû'îl îin'î^ihé le ànger passé. Il ne mord pair violemment ; et quoiqu'il en fasse des Cénéatîves lorsqu'on rirrite, il ne peut guère se défendre a coupi de dents , pas même ronlre le petit épégheu^ de sa maîtresse, qui, jaloux des faveurs qu'on lui prodigue, prend qoeràuefois querelle avec liii. Il hè trouve probablement ^ en état de liberté , son salut que dans la fuit» et dans la célérité de ses sauts, taleny très-utiles pour ce petit animal, qui, selon le rapport des voyageurs , habite les rochers du sud de l'Afrique. Quoiqu'il engraisse beaucoup lersqu'bn le tient enfermé ou i l'attache , il ne prend guère plus d'embonpoint qu'tm autre animal bien nourri, dès qu'on lui donne une pleine liberté de courir et de se donner de l'exerèice. »

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