‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémens (volume 2)Chapitre 80 sur 146 · ET LES AUTRES MARMOTTES · texte numérisé non relu

ET LES AUTRES MARMOTTES

ti'oir a donné le nom de mdrmohe de Strasbourg au hamster, et celui de marmotte de Pologne m !)6bàk ; mais autant il est certain que Fé hamster n'est point nne marmotte , autant il est probable <^ué le bôbat en est une; car il ne diffère de la marmotte

dés Alpes que par les cotiTenrt dti ]^il ; ft est dhin gris moins brun ou d'un jaune plus pâle; il a aqsn une espèce de pouce, ou plutôt un ongfe, airi pieds de devMt, mk lien que la marmotfè n'a qoe' quttfte dbigts à ses pieds, et que le pouéë hd flutoque. Da

ANIMAUX CARNASSIERS

mie , elle lui ressemble en tout; ce qui peut faire présumer que ces deux animaux ne forment pas deux espèces distinctes et séparées. Il en est de même du monax ' on marmotte de Canada, que quelques voyageurs ont appelé sij fleur; il ne paroît différer de la marmotte que par la queue, qu'il ^^ a plus longue et plus garnie de poils, le ^ monax du Canada, le boi>ak de Pologne et la marmotte des Alpes pourroient donc n'êire tous trois que le même animal, qui, par la différence des climais, aùroit subi les variétés que nous venons dMndiquer. Comme cette espèce habite de préférence la région la plus haute et la plus froide des montagnes; comme on la trouve eh Pologne , en Russie, et dans les autres parties du nord de l'Europe, il n'est pas étonnant qu'elle se retrouve au Canada, où seulement elle est plus petite qu'en Europe > : et cela ne lai est pas particulier ; car tous les animaux lui sont communs aux deux continens sont plus petits dans le nouveau que dans l'ancien. L'animal de Sibérie que les Russes appellent yVt^rajcA^a est une espèce de marmotte encore plus petite que le monax du Canada. Cette petite marmotte a la tète ronde et le museau écrasé : on ne lui voit point d'oreilles ; et l'on ne peut même découvrir l'ouverture du conduit auditif qu'en détournant le poil qui le couvre. La Iongueuf du corps, y compris la tète, est tout

au plus d'un pied : la queue n*a guère que trois pouces ; elle est presque ronde auprès du corps, et ensuite elle s'aplatit, et sou extrémité paroit tronquée. Le corps de c^ animal est assez épais; le poil est fauve, mêlé de gris, et celui de l'extrémité de la queue est presque noir. Les jambes sont courtes; celles de derrière sont seulement

S lus longues que celles de devant. Les pieds e derrière ont cinq doigts et cinq ongles noirs et un peu courbés; ceux de devant n'en ont que quatre. Lorsqu'on irrite ces animaux , ou seulement qu'on veut les prendre, ils mordent violemment « et font un cri aigu comme la marmotte : quand on leur donne à manger, ils se tiennent assis , et portent à leur gueule avec les pieds de devant. Ils se recherchent au printemps, et produisent en été : les portées ordinaires sont de cinq ou six ; ils se font dés terriers où ils passent l'hiver, et où la femelle met t bas et allaite ses petits. Quoiqu'ils aient beaucoup de ressemblance et d'habitudes communes avec la marmotte, il paroit néanmoins qu^ils sont d'une espèce réellement différente^ car dans les mêmes lieux, en Sibérie, il se trouve de vraies marmottes de Tespèce de celles de Pologne ou des Alpes, et que les Sibériens appellent surok; et l'on n'a pas remarqué que ces deux espèces se mêlent ni qu'il y ait entre elles aucune race intermédiaire.

•*****»»»»%»V%»*%%«»»V»%»%%'X«%%«»»/*IVfc%^«l%%l«.%»li»l»»>^ »fcrW»»»W»l»l»»%X»<»»»»»»«»»»1«<«r^»K W**!»» »«■>%**'***»'*»'>««» ■»^ »*%%***»

LACHAUVE-SOURIS.

Quoique tout soit également parfait en soi, puisque tout est sorti des mains du Créateur, il est cependant, relativement à nous, des êtres accomplis, et d'autres qui semblent être imparfaits ou difformes. Les premiers sont ceux dont la figure nous paroit agréable et complète, parce que toutes les parties sont bien ensemble , que le corps et les membres sont proportionnés , les niouvemens assortis, toutes les fonctions faciles et naturelles. Les autres , qui nous paroissent hideux ) sont ceux dont les qualités

nous sont nuisibles; ceux dont la nature commune, et dont la forme est trop différente des formes ordinaires desquelles nous avons reçu les premières sensations, et tire les idées qui nous servent de modèle pour juger. Une tête humaine sur un cou de cheval, le corps couvert de plumes et terminé par une queue de poisson, n'offrent un tableau d'une énorme difformité que parce qu'on y réunit ce que la nature a déplus éloigné. Un animal qui , conune lu chauve-souris, est à demi quadrupède, à

X. yoy«s la ligare «t la dcMsriptîon du monax dans V Histoire des oisnaux d'Edwards , p. io4.

». La marmotte des Alpea et celte de Pologne (hobak) ont un pied et demi depuis rextréinilé du

mnseau jusqu'à l'orij^ine de ta queue. Le monax , ou marmotte de Canada , n'a que quatorze ou quinze ponces de longueur.

liA C]HIA.'L"ïTa''§(IIiïïJMIS

Oriire t/ar Carnassiers. FamUle- des Cheiroptièpe!

Genre Chawve - souris , / Ou™- /

„ ]L'®IR]BEILILAIEyi). S»

Ordre liej- C

PETIT iFlBK. L CMETAIL .

s id.id

Ul CHAINE- souris.

demi volatile, et mii ti*est en tout ni Tun ni Tautre, est, pour ainsi dire, un être monstre, en ce que, réunissant les attributs de deux {genres si différens , il ne ressembU à aucun dcâ modèles que nous offrent les grandes classes de la nature : il n'est qu*imparfaiiement quadrupède , et il est encore plus imparfaitement oiseau. Un quadrupède doit avoir quatre pieds, un oiseau a des plumes et des ailes; dans la chauve-souris les pieds de devant ne sont ni des pieds ni des ailes , quoiqu'elle s'en serve pour voler, et qu'elle puisse aussi s'en servir pour se traîner. Ce sont en effet des extrémités difformes , dont les os sont monstrueusement allongés, et réunis par une membrane qui n*est couverte ni de plumes ni même de poil , comme le reste du corps : ce sont des espèces d'ailerons, ou, si l'on veut, des pattes ailées, où Ton ne voit que l'ongle d'un pouce court, et dont les quatre autres doigts très-longs ne peuvent agir qu'ensemble , et n'ont point de mouvemens propres ni de fonctions séparées ; ce sont des espèces de mains dix fois plus grandes que les pieds, et en tout quatre ibis plus longues que le corps entier de l'animal; ce sont, en un mot, des parties qui ont plutôt l'air d'un caprice que d'une production régulière. Cette membrane couvre les bras, forme les ailes ou les mains de l'animal, se réunit à la peau de son coi*ps, et enveloppe en même temps ses jambes, et même sa queue, qui, par celte jonction bizarre, devient, pour ainsi dire, l'un de ses doigts. Ajoutez a ces disparates et à ces disproportions du corps et des membres les difformités de la tète, qui souvent sont encore plus grandes : car, dans quelques espèces, le nez est à .peine visible, les yeux sont enfoncés tout près de la conque de Voreille, et se confondent avec les joues; dans d'autres , les oreilles sont aussi longues que le corps, ou bien la face est tortillée en forme de fer à cheval, et le nez recouvert par une espèce de crête ; la plupar^ ont la tète surmontée par quatre oreillons : toutes ont les yeux petits, obscurs et couverts, le nez ou plutôt les naseaux informes , la gueule fendue de l'une à l'autre oreille; toutes aussi cherchent à se cacher, fuient la lumière, n'habitent que les lieux ténébreux , n'en sortent que la nuit, y rentrent au point du jour pour y demeurer collées contre les murs. Leur mouvement dans l'air est moins un vol qu'une espèce de voltigement incertain, qu'elles semblent n'exécuter que par effort et d'une manière gauche : elles s'élèvent de terre avec peine; elles ne volent ja-

mais à une grande hauteur; elles ne peuvent qu'imparfaitement précipiter, ralentir ou même diriger leur vol : il n'est ni très-rapide ni bien direct; il se fait par des vibrations brusques dans une direction oblique et tortueuse : elles ne laissent pas de saisir en passant les moucherons, les cousins, et surtout les papillons phalènes qui ne volent que hi nuit; elles les avalent, pour ainsi dire, tout entiers; et l'on voit dans leurs excrémens les débris des ailes et des autres parties sèches

3 ni ne peuvent se digérer. Etant un jour escendu dans les grottes d'Arcy pour en examiner les stalactites, je fus surpris de trouver sur un terrain tout couvert d'albâtre, et dans un lieu si ténébreux et si profond, une espèce de terre qui étoit d'une tout autre nature; c'éloit un tas épais et large de plusieurs pieds d'une matière noirâtre , presque entièrement composée de Sortions d'ailes et de pattes de mouches et e papillons, comme si ces insectes se fussent rassemblés en nombre immense et réunis dans ce lieu pour y périr et pourrir ensemble. Ce n'étoit cependant autre chose que de la fiente de chauve-souris, amoncelée probablement pendant plusieurs années dans l'endroit de ces voûtes souterraines qu'elles habitoient de préférence; car dans toute l'étendue de ces grottes, qui est de plus d'un demi-quart de lieue, je ne vis aucun autre amas d'une pareille matière , et je jugeai que les chauve-souris avoient fixé dans cet endroit leur 'demeure commune , parce qu'il y parvenoit encore une très-foible lumière par l'ouverture de la grotte, et qu'elles n'alloient pas plus avant pour ne pas s'enfoncer dans une obscurité trop profonde.

Les chauve-souris sont de vrais quadrupèdes ; elles n'ont rien de commun que le vol avec les oiseaux; mais comme l'action de voler suppose une très-grande force dans la

Eartie supérieure du corps et dans les memres antérieurs, elles ont les muscles pectoraux beaucoup plus forts et plus charnus qu'aucun des quadrupèdes, et 1 on peut dire que par là elles ressemblent encore aux oiseaux; elles en diffèrent par tout le reste de la conformation tant extérieure qu'intérieure: les poumons, le cœur, les organes de la génération , tous les autres viscères , sont semblables à ceux des quadrupèdes , à rezception de la verge, qui est pendante et détachée, ce qui est particulier a l'homme, aux singes et aux chauve-souris : elles produisent, comme les quadrupèdes, leurs petits vivans; enfin elles ont, cooune eux , des dents et des mameliei : l'on assure qu'elles

ut poftnf (|BC iHicnt cIIli tnoiportfeat Col CB été (|o*clwi ^aemqiknt ci ■cClcnl Ins; car elles fool cngoardics nc»- <bM rtÛTcr : les ano fe Rcnnir«^ ailes eonaie «fua santcao, s'aocrodMot à la Toàte de Icnr iootcmîa par les pieds de dernere« d demement aioci le» autrei se eolkai cootre les lecêleiil dans des trous; elles sont eo uombre poor se défeîidre du frmd : foules patfcnt nÛTcr sans bouger, suis manger, ae se réreillenl qu*an priiilanips, el se receleat de nouveau vers la fin de tautoame. £*les supportent plus aiséflKot la diele que le froid : elles peurent passer plusieurs jours sans manger, et oqiendant elles sont du noiAbre des animaux carnassiers; car lorsqu elles peuvent entrer dans une ofiioe, elles s atuchent aox quartiers de lard qui y sont suspendus, et cUes mangent aussi de k TÎaade crue ou culie, fraîche ou corrompue.

Les naturalistes qui nous ont précèdes ne ooonoissoient que deux espèces de cliauvesouris. M. Dauoenton en a trouvé cinq autres, qui sont , aussi bien que Les deux premières espèces, oatilrelles à floire climat; elles j sont même aussi communes, aussi abondâmes, et il est assez élomiant qu'aucun obser>'ateur ne les eàt remarquées. Ces sept espèces sont Irès-distinctes, très-diffcreutes les unes des autres, et n'habitent même jamais ensemble dans le même tien.

Là première, qui étoit connue, est la chauve-souris commune, ou la chauve-souris

a rement dite, dont j*ai donné ci-devant éiiofiiinationtf.

La seconde est la (jianve-souris à grandes oreilles, que nous nommerons ï oreillard, qui a aussi été reconnue par les naturalistes

Ît indiquée par les nomenclateurs. L'oreilird est peut-être plus commUi^ que La chauve-souris; il pt bien plus petit de corps f il a aussi les ailes beaucoup plus courtes, te touseau moins gros et plus pointu , les oreilles d*une granoeiir (démesurée.

ta troisième espèce, que nous appellerons \à noctuUf du mol italien notula , n'étoii pas connue : cependant eUe est très-commune en France, et on la renconirè même plus fréquemment que les deux espèces précédentes. On la trouve sous les toits, sous les gouttières de plomb des châteaux , des églises « el aussi dans lès vieuX arbres creux;

àtUr.

la quatrième ., qnï neiflit ■oHesent winne : elle est plas nelile que k càaave-soorîs et que k Boctnk; cfle est â peu ores de k grandeor de rornUard; mais ak en diffère par les oralles, qn'eUe a courtes et pointues, et par k oooleiir du poil; elle a les ailes plus Boîres et k poil d'un fcran nias Ibncé.

Kous appetierods k cinquièaie espère, yn n étoit pas connue, \^ pipistrelle, du moi Italien piputrello , qui ««gô»fif missi chauvesourisw la pipistrelle ne«t pas, à beaucoup

Ews, ausâ grosse que k cbanve-souris on noctuk, ni même que k sérotine ou Toreîllard. De toutes les chauve-souris c'est k plus petite et U moins laide , quoiqu'elle ail k lèrre supérieure fort renflée, les jeux très- petits, ires-enfoiicés, et k front trèscouvert de poîL

La sixième espèce, qû n étoit pas connue , sera nommée barbasteUe , du mol italien hizrbasteUo, qui signifie encore chauvesouris. Cet animal est à peu près de la grosseur de foreillard : Q a Les oreilles aussi ki^es , mais bien moins longues. Le nom de harbastelle lui convient aautant mieux, qu'il paroit avoir une grosse moustache; ce mii cependant n*est qu'une appatrence occasionée par le renflement des joues , qui forment un bourrelet au deâus des lèvres : il a le museau très-court, k nez Cort aplati et les yeux presque dans ks oreilles.

Enfin uous nonimeron$yer-à-cA«pa/ une septième espèce qui n'étoit nulfemeift connue'; elle est très-frappante par ta singulière difformité de sa face , dont k trait k plus apparent et le plus oKirqué est un bourrelet en forme de ler à cheval autour du nez et sur la lèvre supérieure. On k trouve trèseommunément en France dans les murs et dans les éaveaux des vieux châteaux abandonnés, il y en a de petites et de grosses , mais qm sont, au reste, si Semblables par k forme, que nous les avons jugées de la même espèce; salement, comme nous en avons beaucoup vu sans en trouver de grandeur moyenne entre les grosses et les petites, nous ne décidons pas. si Tâ^e seul produit cette différence, ou si c'est une variété constant» dans k même espèce.

(Mbf dof Canussia^' fimnlUt dSv Cheifoptèrt Grnrr ChAUTf -«ourift . rn-virri

li-A IPllFÏÏ3TIHJBiL,IIjTE, 2„ ÏÏ.A BAIK!BAST]BILl[,IF.

»w^<»Hi4i*4»»<i»»»*wi>< <i«Miii»i%«4*4<<*i>»»»%*iW»*4»^w**<%«»**»%*%%»»%»^)fc^%i<»<i<<l)fc%»»»«»%%%»»^w»>%%^,»i%->%^

LA ËOtJSSETTE* ET LA ROUGETTE*.

tk rbiissetfè ef ta roùgefte flous JMlroffôènt faire ^eax espèces aistiiicteâ, iliâi qtii sont si Toisines i*uoe de l'autre, et qui se tessemblent à tant d'égards , que nous croyons devoir tes présenter ensemble : la Seconde ne diffère de la première que j^ar ta candeur du corps et les couleurs du poil. La roussette , dont le poil est d^un roux brun , a neuf pouces de longueur depuis le bout du mutseau jusqu'à l^extrémité du corps, et trois pieds a envergure lorsque les membranes qui lui servent d'ailes sont étendues : la rougette, dont le poîl est cendré brun, n'a guère que cinq pouceS et demi de longueur et deux pieds d'envergure ; efle porte sur le cou un demi-collier d'un rouge vif, mêlé d'orangé, dont on n'aperçoit aucun vestige sur le cou de la roussette. Elles nont toutes deux à peu près des mêmes climats chauds de' l'ancien continent; on les trouve à Madagascar, à File de Bourbon, à Ternate, aux Philippines et dans les autres îles de l'arcbipel indien, où il paroît qu'elles sont plus communes que dans la terre feritie des continens voisins.

* J'ai trouvé dans uâe note de M. Cornmerson qu'il a vu à l'île de Bourbon des milliers de grandes chauve-souris (roussettes et rougettes) qui voltigeoient sur le soir en bandes, comme les cqrbeaiix, et se posoient particulièrement sur les arbres dé vaccoun, dont elles mangent tes fruits. Il ajoute que, prises dans la bonne saison, elles sont bonnes à manger, que leur goût approche absolument de celui du lièvre, et ({ue leur chair est ^alemeiit noire*

Feu M. de La Nux,.qui étolt mon correspondant dan» cette même île, m'a envoyé, depuis l'impression de mon ouvrage, quelques observations,, et de très-bonnes réflexions critiques suf <$e que j'ai dit dç ees ainiinaux. Voici ^extrait d'une très-longue lettre, fort instructive, qu'il m'a écrite à ce sujet d« Pile de Bourbon, le a4 octobre 177a:

« J'aime élément, me dites^vous, mon-

« sieur, dans votre lettre du S mars 1770,

j «j'aime égalemeot ç^ueliia'un'qui m'apprend

* cr- mie néi^é ou ^ me relève d*uii6 erreur;

«ftfaisi écrivez-moi, je tous Mpplie, en

« toute liberté et toute franchise Oh î

« pour te coup, je réponds, monsieur, oft « ne peut pas mieux à volfe noble invitation. « Je n'ai point hésité de thé livrer aux déc( tails, et je ne veux point excuser ma pro- «lixité, bien fàrhé même de n'en savoir « pas plus sur les roussettes, pouf avoir à « vous en dire davantage. Les preuves ne « peuvent éire trop multipliées, me semble, « quand il s'agit de combattre des erreurs « accréditées depuis long-temps. L'on diroit « que l'on n'a vu ces animaux qu'avec les •r yeux de l'effroi ; on les a trouvés laids , «monstrueux; et, sans autre examen que «la première inspection de leur figure, où « leur a fait des mœurs, un caractère et des «c habitudes qu'ils n'ont point du tout, (c comme si la méchauceté, la férocité, la «malpropreté, étoient inséparables de ïk « laideur. » '

M. de La Nux observe que, dans ma description, le volume de la roussette est exagéré, aiiisi que le nombre de ces animaux ; que leur cri n'a rien d'épouvantable, il ajoute qu'un homme ouvrant la bouche et rétrécissant le passage de la voix en aspirant et respirant Successivement avec htdb donne à peu près le soù rauque du cri d'une roussette, et que cela n'est pas fort effrayant, n dit encore que quand ces animaux sont tranquilles sur un arbre , ils ont un gazouillement de société léger, et qui n'est poîift déplaisant.

Page 6^a. «PTine a eu raison, dit-it, de « traiter de fabuleux le récit d'Hérodote : les «roussettes, les rougettes, au moins daiîs « ces îles , ne se jettent point sqr les hom- «mes; elles les fuient, bien loin de les at- « laquer. Elles mordent, et mordent très-dur; « mais c'est à leur corps défendant , quand « elles sont abattues, soit par le court'hàtort, «soit par le coup de fusn, ou prises dans « des filets; et quiconque en est mordu ou tr égratigné n'a qu'à s'en prendre à sa mal- « adresse , et non à une férocité qiie l'animal « n'a point.

^ Le volume des poussettes est ici plus ap- « prochant du vrai.... Les cliauve-sottris iro-

z. Laro(WMM«, Tiil|;aircment le chi4it-9«Unt

^. \a riuHfittêp le chien* volant à cou roofe.

AimiAUX GARNASSIEllS.

« lent en plein jour dans le Mùlabar, Cela « est vrai des roussettes , et non des rouf gettes. Les autres volent en plein jour: « cela Teut seulement dire qu'on en Toit voler » de temps à autre dans le cours du jour, M mais une à une , et point en troupes. Alors « elles volent très-haut et assez pour que leur « ampleur paroisse moindre de plus de moi- *> tié. Elles vont fort loin et à tire-d'aile, et « je crois très-possible qu'elles traversent de « cette lie de Bourbon à Tlle-de- France en «assez peu de temps (la distance est au « moins de trente lieues). Elles ne planent « pas comme Toiseau de proie , comme la « frégate, etc. : mais dans cette grande élé- « vation au dessus de la surface de la terre, « de cent, peut-être deux cents toises et •' plus, le mouvement de leurs bras est lent ; « il est prompt quand elles volent bas , et « d'autant plus prompt qu'elles sont plus « proches de terre.

« A parler exactement , la roussette ne vit m pas en société ; le besoin d'alimens, la pâ- « ture, les réunissent en troupes, en com- « pagnies plus ou moins nombreuses. Ces «compagnies se forment fortuitement siur « les arbres de hante futaie, ou chargés ou « à proximité des fleurs ou des fruits qui «.leur conviennent. On voit les roussettes y « arriver successivement, se pendre par les « griffes de leurs pattes de derrière , et res- « ter là tranquilles fort long-temps , si rien « ne les effarouche ; il y en a cependant M toujours quelques unes, de temps en temps, « qui se détachent et font compagnie. Mais « qu'un oiseau de proie passe au dessus de « l'arbre y que le tonnerre vienne à éclater, « qu'il se tire un coup de fusil ou sur elles ou <f dans le canton, ou que, déjà pourchassées « et effarouchées, elles entrevoient au des- « soùs d'elles quelqu'un , soit chasseur ou «autre, elles s'envolent toutes à la fois, et « c'est pour lors qu'on voit en plein jour de « ces compagnies qui, quoique bien fournies, « n'obscurcissent point l'air; elles ne peu- « vent voler assez serrées pour cela : l'ex- « pression est au moins hyperbolique. Mais « dire , on voit sur les arbres tme infinité de m grandes chauve-souris qui pendent atta- « chees les unes aux autres sur les arbres , « c'est dire assez mal une fausseté, ou du « moins une absurdité. Les roussettes sont u trop hargneuses pour se tenir ainsi par la « mam ; et , en cousidérant leur forme , on « reconnoît aisément l'impossibilité d'une « pareille chaîne. Elles branchent ou au des- « sus, ou au dessous, ou à côté les unes des « autrety maii toujours une à une.

« Je dois placer id le peo que j'ai à dire « des roogettes. On n'en voit point roler de « jour. Elles vivent en société dans de grands « creux d^arbres pourris, en nombre quel- « quefois de plus de quatre cents. Elles ne « sortent que sur le soir à la grande brune, « et rentrent avant Faube. L'on assure , et il « passe en ce*te ile pour constant que , quelle « que soit la quantité d'individus qui oom- « posent une de ces sociétés, il ne s'y trouve « qu'un seul mâle. Je n'ai pu vérifier le fait. « Je dois seulement dire que ces animaux «sédentaires parviennent à une haute « graisse; que, dans le commencement de « la colonie, nombre de gens peu aisés et « point délicats , instruits sans doute par les « Madécasses, s'approvisionnoient laidement « de cette graisse pour en apprêter leur man- « ger. J'ai vu le temps où un bois de chauve- « souris (c'est ainsi qu'on appeloit les re- « traites de nos rougettes) éloit une vraie «trouvaille: U était facile, comme on en «peut juger, de défendre la sortie de ces « animaux , puis de les tirer en vie un à un, « ou de les étouffer par la fumée, et, de fa- « çon ou d'autre, de connoître le nombre de « femelles et de mâles qui composoient la « société. Je n'en sais pas plus sur cette es- « pèce.... Autre hyperbole. Le bruit que ces « animaux font pendant la nuit en dévorant «c« grande partie les fruits mûrs, qu'ils « savent discerner dans l'épaisseur des bois... « En disant cela , qui n attribuera ce pré- « tendu bruit à l'acte de la mastication T Le « bruit que l'on entend de fort loin , et de « jour comme de nuit, est celui naturel à ces « animaux quand ils sont en colère, et quand « ils se disputent la pâture; et il ne faut pas « croire que les roussettes ne mangent que « la nuit. Elles ont l'œil bon ainsi que i'o- « dorât; elles voient très-bien le jour : il « n'est point men:eilleux qu'elles discernent « dans l'épaisseur des bois les fruits, les « graines mûres, ainsi que les fleurs. D'ail- «leurs les bananes de toute espèce, dont « elles sont très-friandes , les pêches et les « autres fruits que les Indiens cultivent , ne « sont point dans l'épaisseur des bois.... La » roussette est un bon gibier.,,. Oui, pour « qui peut vaincre la répugnance qu'inspire « sa figure. La jeune surtout de quatre à cinq « mois, déjà grasse, est en son genre aussi « bonne que le pintadeau , que le marcassin « dans le leur. Les vieilles sont dures , bien «que très-grasseis dans la saison des fruits « qui leur conviennent, c'est-à-dire pendant « tout l'été et une bonne partie de l'automne. « Les mâles surtout acquièrent en vieillissant .

ILE IFffilB. A CfflliaVAIL

Ordrr /^Carnassiers- Famille (fer (Tiripqptere^.

Genre Chiiiive -souris, /chrùr/

Plia.

Page 1