LE RATON
Quoique plusieurs auteura aient indiqué sous le nom de coaù lanimal dont il est ici question , nous avons cru devoir adopter le nom qu'on lui -a donné en Anglelen*e, afin d'ôter V>ute équivoque, et de ne pas le confondre, avec le vrai coati, dont nous donnerons la description dans l'article suivant , non plus qu'avec le cpatimondi, qui cependanl ne nou» paroit^être qu*une variété de Tespèce du coati.
Le raton .que nous avons eu vivant, et que nous.^voiis gardé pendant plus d'un an, etoit de ;W grosseur et de la forme d'un petit biaireati ; il a le corps court, et épais ; le poil doux, long, touffu, noirâtre par la pointe, c;t gris par dessous ; la télé comme le renard 1 mais les oreilles rondes et beaucoup pMts. courtes; les yeux grands, d'un, vert jaunàire ; un bandeali noir et trausversal au dessus des yeux ; le museau effilé, le nez un peu reiroussé , la lèvre inférieure moins avancée que la supérieure ; les dents comme le chien, six incisives et deux canines en haut et en bas; la queue touffue, longue au moins comme le corps, marquée par des anneaux alternativement noirs et niancs dans touie son étendue ; les jambes de devant beaucoup plus courtes que celles de derrière, et cinq doigts à tous les pieds, armés d'ongles fermes et aigus, les pieds de derrière portant assez sur le talon pour que ranimai puisse s'élever et soutenir son corps dans une situation inclinée en avant. Il se sert de ses pieds de devant pour porter à sa gueule : mais comme ses doigts sont peu flexibles, il ne peut, pour ainsi due, rien saisir d'une seule maiu; il se sert des deux à la fois, et les joint ensemble pQur prendre ce qu'on lui donne. Quoiqu'il soit gros et trapu , il est cependant fort agile : ses ongles pointus comme des épingles lui donnent la facilité de grimper aisément sur les arbres ; il monte légèrcmenl jusqu'au haut de la tige, et court jusqu'à Textrémilé des branches ; il va toujours par sauts; il gambade plulôl qu'il ne marche, et ses mouvemens, quoique obliques, sont toujours prompts et légers.
Cet animal est originaire des contrées méridionales de l'Amérique : on ne le trouve pas dans l'ancien continent; au moins les voyageurs qui ont parlé des animaux de l'Afrique et des Indes orientales , n'en font
aucune mention: il est au contraire trèscommun dans le climat chaud de l'Amérique , et surtout à la Jamaïque , où il habite dans les montagnes, et en descend pour manger des cannes de sucre. On ne le trouve pas en Canada ni dans les autres parties septentrionales de ce continent; cependant il ne craint pas excessivement le froid. M. Klein en a nourri un à Dantztck ; et celui que nous avions a passé une nuit entière les pieds pris dans la glace î sans qu'il en ait été incommodé.
Il trempoit dans l'eau, ou plutôt il détrempoit tout ce qu'il vouloit manger : il
{'etoit son pain dans sa terrine d'eau , et ne 'en retiroit que quand il le voyoit bien imbibé, à moins qu'il ne fût presse par la faim: car alors il prenoit la nourriture sèche , et telle qu'on la lui présentoit. Il furetoit partout, mangeoit aussi de tout, de la chair crue ou cuite, du poisson , des œufs, des volailles vivantes , des grains , des racines, etc. ; il mangeoit aussi de toutes sortes d'insecTes : il se plaisoit à chercher les araignées; et lorsqu'il étoit en liberté dans un jardin , il prenoit les limaçons, les hannetons , les vers. Il aimoit le sucre, le lait et les autres nourritures douces par dessus toute chose, à l'exception des fruits, auxquels il préféroit la chair et surtout le poisson. Il se rctiroit au loin pour faire ses besoins. Au reste, il étoit familier et même caressant , sautant sur les gens qu'il aimoit, jouant volontiers et d'assez bonne grâce , leste , agile , toujours en mouvement : il m'a paru tenir beaucoup de la nature du maki, et un peu des qualités du chien.
* M. Blanquart des Salines m*a écrit de Calais, le 99 octobre 1775, au sujet de cet animal , dans tes termes suivans :
M Mon raton a vécu toujours enchaîné avant qu'il m'appartînt: dans cette captivité, il se montroit assez doux , quoique peu caressant. Les personnes de la maison lui faisoienl toutes le même accueil, mais il les recevoit différemment; ce qui lui plaisoit de la part de l'une, le revoit oit de la part d'une autre , sans que jamais il prit le change. »
(Nous avons observé la même chose au sujet du surikate.)
« Sa chaîne s'est rompue quelquefois , et la liberté le rendoit insolent; il s'emparoit
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d*iin appartoDe&t , et ne souffroit pas qa*on f aboitlâL Ce n^étoit qu*a¥ec peine ou'oq nocommodoit ses liens. Depuis son séjour diez moi, sa servitude a été fréquemment •uspendoe. Sans le perdre de vue, je le laisse promener avec sa chaine, et chaque fob mille gentillesses m'expriment sa reconnoissanœ. Il n'en est pas ainsi quand il s'échappe de loi-mèrae; alors il rôde quelquefois trois on quatre jours de suite sur les toits du voirinage, et descend la nuit dans les cours , entre dans les poulaillers, étrangle la vo-. laille, lui mange la tèle, et n'épargne pas surtout les pintades. Sa chaîne ne le rencloit pas plus humain, mais seulement plus circonspect; il employoit alors la ruse, et familiarisoit les poules avec lui , leur permetloit de venir partager ses repas; et ce n'étoit qu'après leur avoir inspiré la plus grande sécurité qu'il en saisissoit une et la mettoit en pièces. Quelques jeunes chats ont de sa part éprouvé le même sort.... Cet animal, quoique très-léger, n'a que des mouvemens obliques, et je doute qu'il puisse attraper d'autres animaux à la course. Il ouvre merveilleusement les huîtres; il suffit d'en briser la charnière , ses pattes font le reste. Il doit avoir le tact excellent Dans toute sa petite besogne, rarement se sert-il de la vue ni de l'odorat: pour une huître, par exemple, il b fait passer sous ses pattes de derrière;
Imis, sans regarder, il cherche de ses mains 'endroit le puis foible ; il y enfonce ses on« gles , entr'ouvre les écailles, arrache le poisson par lambeaux, n'en laisse aucun vestige, sans que, dans cette opération, ses yeux ni son nez , qu'il tient éloignés , lui soient d'aucun usaee.
« Si le raton n'est pas fort reconnolssant des caresses qu'il reçoit, il est singulièrement sensible aux mauvais traitemens. Un domestique de la maison l'avoit un jour frappé cle quelques coups de fouet : vainement cet homme a-t-il cherché depuis à se réconcilier; ni les œufs, ni les sauterelles marines, mets délicieux pour cet animal, n'ont jamais pu le calmer. A son approche, il entre dans une sorte de ra|;e; les yeux étincelans , il s'élance contre lui , pousse des cris de douleur; tout ce qu'on lui présente alors, il le refuse, jusqu'à ce que son ennemi disparoisse. Les accens de la colère sont chez lui singuliers; on se figureroit entendre tantôt le sifflement du courlb, tantôt l'aboiement enroué d'un vieux chien.
« Si quelqu'un le frappe , s'il est attaqué par un animal qu'il croie plus, fort que lui ,
il n'oppose aocaiie résistance; semblable à na hensMm, il oacfae sa tèie et ses pattes, forme de son corps mie boule : aiucane plainte ne loi échappe; dans oeCte position il souffriroit la mort.
« J'ai remarqué qu'il ne laissoil jamais ni foin ni paille dans sa niche; il préfère de coucher snr le bois. Quand on fan donne de la litière , il Pécarte dans l'instant même. Je ne me sois point aperça qu'il fftt sensible au froid; de trois hivers il en a passé deux opposé à toutes les r^oeurs de l'air. Je l'ai TU couvert de neige , n'ayant aucon abri et se portant très-bien.... Je ne pense pas qu'il recherche beaucoup la chaleor : pendant les gelées dernières , je lui fidsois donner séparément et de l'eau tiède et de Tean presque glacée pour détremper ses alimens; oeUe-d a constamment eu la préférence. H lui étoit libre de passer la nuit dans l'écurie, et souvent il dormoit dans un coin de ma cour.
« Le défaut de salive, ou son pea d'abondance, est, à ce que j'imagine, ce qui engage cet animal à laisser pénétrer d'eau sa nourriture. Il n'humecte point une viande fraîche et sanglante; jamais il n'a mouillé une pèche ni une grappe de raisin ; il plonge au contraire tout ce qui est sec an fond de sa terrine.
« Les enfans sont on des objets de sa haine; leurs pleurs l'irritent; il nit tous ses efforts pour s'élancer sur eux. Une petite chienne qu'il aime beaucoup est sévèi^ement punie par lui quand elle s'avise d'aboyer avec aigreur. Je ne sais pourquoi plusieurs animaux détestent également les cris. En 1770, favois cinq souris blanches: je m'avisai par hasard d'en faire crier une, les autres se jetèrent sur elle ; je continuai , elles l'étranglèrent.
« Ce raion est une femelle qui entre en chaleur au commencement de l'été. Le besoin de trouver un mâle dure plus de six semaines : pendant ce temps , on ne sauroit la fixer; tout lui déplaît; à peine se nourritelle; cent fois le jour elle passe entre ses cuisses , puis entre ses pattes de devant , sa queue touffue, qu'elle saisit par le bout avec ses dents, et qu'elle agite sans cesse pour frotter ses parties naturelles. Durant cette crise, elle' est à tout moment sur le dos, grognant et appelant son mâle; ce qui me feroit penser qu'elle s'accouple en cette attitude.
« L'entier accroissement de cet animal ne s'est guère fait en moins de denx ans et demi. »
Ordre dkr («massicrs. FatniBe dof C«rnh-or*». JîrlSe
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LE GRABIEB.
Lb bqoq de crabur, du chien*orahier, que l'on a donné à cet animal , vient de ce qu'il se nourrit principakwent de crabes. Il a irès-pen de rapport avec le diien on le renard, auxquels les voyageurs ont voulu le coniparer. Il auroit plus de rapport avec les sarigues; mais il est beaucoup plus gros; et d'ailleurs la femelle du crabier ne porte pas, comme la femelle du sarigue, ses petits dans une poche sous le ventre : ainsi le crabier nous paroit être d'une espèce isolée et différente de toutes celles que nous avon$ décrites.
Nous en donnons ici la figure, dans laquelle on remarquera la longue queue écailleuse et nue, leB gros ponce» sans ongles des pieds de derrière, et les ong^s plats des pieds de de<rant. Cet animal , que nous conservons an Ci^inet du rm, étoit encore ^une lorsqu'on nous a envoyé sa dépouille : il est mâle, et voici la description que nous en avons pu faire :
La longueur do coi^ entier, depuis le botit du nez jusqu'à l'origine de la queue y est d'environ dix-sept pouces.
La hauteur du train de devant, de six pouces trois lignes ; et celle du train de dek*rière, de six pouces six lignes.
La queue, qui est grisâtre, écailleiise et sans poil , a quinze pouces et demi de longueur sur dix lignes de grosseur à son commencement; elle est très-menue à son extrémité.
Comme cet animal est fort bas de jambes, il a de loin quelque ressemblance avec le r.liién basset : la tête même n'est pas fort différente de celle d'un chien; elle n'a que quatre pouces une ligne de longueur, depuis le bout du nez jusqu'à l'occiput. L'œil n'est pas grand ; le bord des paupières est noir, et au dessus de l'œil se trouvent de longs poils qui ont jusqu'à quinze lignes de longueur : il y en a aussi de semblables à côté de la joue vers Toreille. Les moustaches autour de la gueule sont noires , et ont jusqu'à dix-sept lignes de long. L'ouverture' de la gueule est de près de deux pouces ; la mâchoire supérieure est armée, de chaque côté, d'une dent canine crochue, et qui excède là mâchoire inférieure. L'oreille, qui est de couleur brune , paroit tomber un peu sur elle-même; elle est nue, large, et ronde à son extrémité.
Le poil da «erp$ est laineux et parmnné d'autres grands poils roides, noirâtres, qui v<mt en augmentant sur les cuisses et- vers l'épine dti dos , qui est toute couverte de ces longs poils; ce qui forme à cet animal une espèce de crinière, depuis le milieu du dos jusqu'au commencement de la <pieue. Ces poils ont trois pouces de longueur; ils sont d'un blanc sale à leur origine jusqu'au milieu , et ensuite d'un brun minime jusqu'à l'extrémité. Le poil des côtés est d'un blanc jaune, ainsi que sous le ventre; mais il tire plus sur le fauve vers les épaules, les cuisses, le cou , la poitrine et la tête , où cette teinte de fauve est mélangée de brun dans quelques endroits. Les c^s du cou sont fauves. Les jambes et les pieds sont d'un brun noirâtre. Il y a cinq doigts à chaque pied ; le pied de devant a un pouce neuf lignes , le plus grand doigt neuf lignes, et l'ongle en gouttière deux lignes. Les doigts sont un peu plies comme ceux des rats : il n'y a que le pouce qui soit droit. Les pieds de derrière ont un pouce huit Kgnes, les plus grands doigts neuf lignes, le pouce six lignes; il est gros , large et carré , comme dans les singes; l'ongle en est plat, tandis que les ongles des quatre autres doigts sont crochus et excèdent le bout des doigts. Le pouce du pied de devant est droit, et n'est pomt écarté de l'autre doigt.
M. de La Borde m'a écrit que cet animal étoit fort commun à Cayenne, et qu'il habite toujours les palétuviers et autres endroits marécageux.
«» Il est, dit-il , fort leste pour grimper sur les arbi^es, sur lesquels il se tient plus souvent qu'à terre , surtout pendant le jour. Il a de bonnes dents, et se défend contre les chiens. Les crabes font sa principale nourriture, et lui profitent; car il est toujours gras. Quand il ne peut pas tirer les crabes de leur trou avec sa patte, il y introduit sa queue, dont il se sert comme d'un crochet. Le crabe, qui lui serre quelquefois la queue, le fait crier; ce cri ressemble assez à celui d'un homme, et s'entend de fort loin; mais sa voix ordinaire est une espèce de grognement semblable à celui des petits cochons. Il produit quatre ou cinq petits, et les dépose dans de vieux arbres creux. Les naturels du pays en mangent la chair, qui a quelque rapport avec celle du lièvre. Au reste , ces
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animaux se famDiament aisément , et on les nourrit à la maison comme les chiens et les chats, c*est-à-dire avec toutes sortes d*alimens : ainsi leur goAt pour la chair du crabe n'est point du tout un goât exclusif >. >»
On prélend qu'il se trouve dans les terres de Cayenne deux espèces d*animaux auxquels on donne le même nom de erabier, parée que tous deux mangent des crabes. Le
premier est celui dont nous venons de parler ; rautre est non seulement d'une espèce différenie , mais paroit même d'un autre genre. Il a la queue toute garnie de poil, et ne prend les crabes qii*avec ses pattes. Ces deux animaux ne se ressemblent que par la téie, et différent par la forme et les proportions du corps, aussi bien que par la conformation des pieds et des ongles *.
X. Lettre de M. de La Borde à M. de Buflon ; Gayenne, la jain 1774*
». liote communiquée par MH. Aublet et Olivier.
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LE RATON-CRABIER.
Voici un animal qui nous a été envoyé de Cayenne par M. de La Borde, sous la dénomination impropre de chien-crabier, et oui n'a d'autre rapport avec le crabier que 1 habitude de manger également des crabes ; mais il tient beaucoup du raton par la grandeur, la forme et les proportions de la tête, du corps et de la queue; ei comme nous ignorons le nom qu'il porte dans son pays natal, nous lui donnerous, eu attendant que nous en soyons informé, la dénomination de raton-crabier, pour le distinguer et du raton et du crabier dont nous avons douné les figures.
Cet animal a été envoyé de Cayenne avec le nom et l'mdication suivante : chien crabier adulte , femelle prise nourrissant trois petits. Mais, comme nous venons de le dire, il n a nul rapport apparent avec le crabier; il n'en a ni la forme du corps ni la queue écail< leuse. Sa longueur, depuis le bout du museau jusqu'à l'origine de la queu*, est de vingt-irois pouces six lignes, et par couséquent elle est à peu près égale à celle du raton, qui est de vingt-deux pouces six lignes ; les autres dimensions sont proportionnellement les mêmes entre ces deux animaux, a l'exception de la queue, qui est plus courte et beaucoup plus miuce dans cet animal que celle du raton.
La couleur de ce raton-rrabier est d'un fauve mAlé de noir et de gris : le noir domine sur la tète, le cou et le dos; mais le fauve est sans mélange sur les côtés du cou ^X du corps : le bout du nez et les naseaux
sont noirs. Les plus grands poils des moustaches ont quatre pouces de longueur, et ceux du dessus de l'angle des yeux ont deux pouces deux lignes. Uue bande d'un brun noirâtre environne lés yeux , et s'étend presque jusqu'aux oreilles; elle passe sur le museau, se prolonge, et s*unit au noir du sommet de la tète. Le dedans des oreilles est garni d'un poil blanchâtre , et une bande de cette même couleur règne au dessus des yeux; il y a une tache blanche au milieu du front; les joues, les mâchoires, le dessus du cou, de la poitrine et du ventre sont d'un blanc jaunâtre; les jambes et les pieds sont d'un brun noirâtre, celles de devant sont couvertes d'un poil couit; les doigts sont longs et bien séparés les uns des autres. La queue est environnée de six anneaux noii-s, dont les intervalles sont d'un fauve grisâtre; ce qui établit encore une différence entre cet animal et le vrai raton , dont la quene longue, grosse et touffue, est seulement annelée sur la face supérieure. Ces deux espèces de ratons diffèrent encore entre elles par la couleur du poil, qui dans le raton est, sur le corps, d'un noir mêlé de gris et de fauve pâle , et sur les jambes , de couleur blanchâtre, au lieu que dans celui-ci il est d'un fauve mêlé de noir et de gi*is sur le corps , et d'un bnm noirâtre sur les jambes. Ainsi, quoique ces deux animaux aient plusieurs rapports entre eux , leurs différences nous paroissent suffisantes pour en faire deux espèces distinctes.
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LE COATI.
Plusieurs auteurs ont appelé eoati-môndi ranimai dont il est ici question: nous l'avons eu vivant ; et après l'avoir comparé au coati indiqué par Tlievet et décrit par Marcgrave, nous avons reconnu que c'éloii le même animal qu'ils ont appelé coati tout court : et il y a toute apparence que le coati-mondi nest pas un animal d'une autre espèce, mais une simple variété de celle-ci; car Marcgi*ave, après avoir donné la description du coati, dit précisément qu'il y a d'autres coatis qui sont d'un brun noirâtre, que Ton appelle au Brésil coati-mondi pour les distinguer des autres : il n'admet donc d'autres difierences , entre le coati et le coati-mondi, que celle de la couleur du poil ; et dès lors on ne doit pas les considérer comme deux espèces distinctes , mais les rc^garder comme des variétés dans la même espèce.
Le coati est très-différent du raton que nous avons décrit dans l'article précédent : il est de plus petite taille; il a le corps et le cou beaucoup plus allongés, la tête aussi plus longue , ainsi que le museau , dont la mâchoire supérieure est terminée par une espèce de groin mobile qui déborde d'un
Î>ouce ou d'un pouce et demi au delà de 'extrémité de la mâchoire inférieure; ce groin retroussé en haut, joint au grand allongement des mâchoires, fait paroitre le museau courbé et relevé en haut. Le coati a aussi les yeux beaucoup plus petits que le raton , les oreilles encore plus courtes , le poil moins long, plus rude et moins peigné, les jambes plus courtes, les pieds plus longs et plus appuyés sur le talon : il avoit, comme le raton, la queue annelée', et cinq doigts à tous les pieds.
Quelques personnes pensent que le blaireau-cochon pourroit bien être le coati , et l'on a rapporté à cet animal le taxas sui/lus dont Âldrovande. donne la figure : mais si l'on fait attention que le blaireau-cochon dont parlent les chasseurs est supposé se trouver en France , et même dans les climats plus froids de notre Europe , qu'au contraire
X. Il y a aassi des coatis dont la qaeue est d'une sente couleur ; mais comme ils ne difTAreni des auires que par ce seul caractère, crtte difTérence ne nous pareil pas snfBre ponr en faire deux espèces , et nous estimons qae ce n'est qu'une tariété dans la même espèce.
le coati ne se trouve que dans les climats méridionaux de l'autre continent, on rejettera aisément celte idée , qui d'ailleurs n'est nullement fondée; car la figure donnée par Aldrovande n'est autre chose qu'un blaireau, auquel on a fait un groin de cochon. L'auteur ne dit pas qu'on ait dessiné cet animal d'après nature, et il n'en donne aucune description. Le museau ti'ès-al longé et le groin monile en tous sens suffisent pour faire distinguer le coati de tous les autres animaux; il a, comme l'ours, une grande facilité à se tenir debout sur les pieds de derrière , qui poitent en grande partie sur le talon, lequel même est terminé par de grosses callosités qui semblent le prolonger au dehors et augmeuter l'éleudue de l'assiette du pied.
Le coati est sujet à manger sa queue, qui, lorsqu'elle n'a pas été tronquée, est plus longue que son corps; il la tient ordinairement élevée, la fléchit en tous sens, et la promène avec facilité. Ce goût singulier, et qui paroît contre nature, n'est cependant pas particulier au coati : les singes, les makis, et quelques autres animaux à queue longue , rongent le bout de leur queue , en mangent la chair et les vertèbres, et la raccourcissent peu à peu d'ua quart ou d'un tiers. On peut tirer de là une induction générale, c'est que, dans des parties Irèsallongées, et dont les extrémités sont par conséquent très-éloignées des sens et du centre du sentiment , ce même sentiment est foible , et d'autant plus foiblc que la distance est plus grande et la partie plus menue : si f l'extrémité de la queue de ces animaux étoit une partie fort sensible , la scnsatior ae la douleur seroit plus forte que celle de cet appétit, et ils conserveroient leur queue avec autant de soin que les autres parties de leur corps. Au reste, le coati est un animal de proie qui se nourrit de chair et de sang, qui , comme le renard ou la fouine , égorgti les petits animaux, les volailles, mange les œufs, cherche les nids des oiseaux; et c'est probablement par cette conformité de naturel , plutôt que par la ressemblance de la fouine, qu'on a regardé le coati comme une espèce de petit renard.
* Quelques personnes qui ont séjourné dans l'Amérique méridionale m'ont informé que les coatis produisent ordinairement trois
ANIMAtnC CARNASSIERS.
petits , qu'ils se font des tamères en terre comme les renards, que leur chair a un mauvais goût de venaison « mais qu'on peut faire de leurs peaux d'assez belles fourrures. Ils m'ont assuré que ces animaux s'apprivoisent fort aisément, qu'ils deviennent même très-caressans, et qu'ils sont sujets à manger leur queue, ainsi que les sapajous , guenons , et h. plupart des autres animaux a longue queue des climats^bauds^ Lorsqu'ils ont pris cette habitude sanguinaire, on ne
peut pas les en corriger; ils continuent de ronger leur queue, et finissent par mourir, quelques soins et quelque nourriture qu'on puisse leur donner. Il semble que cette inquiétude est produite par une vive démangeaison ; mais peut-être les présérveroit'OQ du snal AM'ils se font, en couvrant l'extrémité de la queue avec une plaque mince de métal, comme l'on couvre quelquefois les perroquets sur le ventre pour les empêcher de ^déplumer.
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