ANIMAUX DE L'ANQEN CONTINENT
Les plus grands animaux sont ceux qui sont les mieux connus, et sur lesquels, en général , il y a le moins (l*équivoque ou d'incertitude : nous les suivrons donc dans cette éuumération , en les indiquant à peu près par ordre de grandeur.
Les élophans appartiennent à Tancien continent , et ne se trouvent pas dans le nouveau. Les plus grands sont en Asie, les plus petits en Afrique : tous sont originaires des elimais les plus chauds ; et qnoiqu'ib puissent vivre dans les contrées tempérées, ils ne peuvent y multiplier; ils ne multiplient pas même dans leur pays natal lorsqu'ils ont perdu leur liberlé : cependant Tespèce en est assez nombreuse, quoique entièrement confinée aux seuls climats méridionaux de Tan» cien continent; et non seulement elle n'est point en Amérique, mais il ne s'y trouve même aucun animal qu'on puisse lui comparer, ni pour la grandeur, ni poiu* la figure.
On peut dire la même cbose du rhinocéros , dont l'espèce est beaucoup moins nombreuse que celle de l'éléphant; il ne se trouve 5[ue dans les déserts de l'Afrique et dans les brèis de l'Asie méridionale, et il n'y a en Amérique aucun animal qui lui ressemble.
L'hippopotame habile les rivages des grands fleuves de l'Inde et de l'Afinque: l'espèce en est peut-être encore moins nombreuse que celle du rhinocéros , et ne se trouve point en Amérique, ni même dans les climats tempérés de l'ancien continent.
Le chameau et le dromadaire, dont les espèces, quoique très-voisines, sent différentes , et qui se trouvent si communément en Asie, en Arabie et dans toutes les parties orientales de l'ancien continent , étoient aussi iuconnus aux Indes occidentales que réléphant, l'hippopotame et le rhinocéros. L'on a très-mal à propos donné le nom de chameau au lama et au pacos du Pérou , qui sont d'une espèce si différente de celle du chameau , qu'on a cru pouvoir leur donner aussi le nom de moutons f en sorte que les uns les ont appelés cliameaux, et les autres moutons du Pérou ^ quoique le pacos n'ait nen de commun que la laine avec notre
mouton , et que le lama ne ressemble a chameau que par l'allongement du cou. lJ Espagnols transportèrent autrefois de \TaiJ chameaux au Pérou ; ils les avoieut d'aboi4 déiK)sés aux îles Canaries , d'où ils les tiré* renl ensuite pour les passer en Araéiique; mais il faut que le climat de ce nouveau monde ne letir soit pas favorable ; car, quoiqu'ils aient produit dans cette terre étrangère, ils ne s'y sont pas multipliés, et ils nyl ont jamais été qu'en très-peiit nombre. i
La girafe ou le cametopardalis , animal | très -grand, très-gros et très - remarquable tant par sa forme singulière que par la hauteur de sa taille , la longueur de son cou et celle de ses jambes de devant, ne s'est point trouvé efi Amérique; il habite en Afrique, et surtoyt en Ethiopie , et ne s'est jamais répandu au delà des tropiques, dans les climats tempérés de l'ancien continent.
Nous verrons dans l'article du lion , que cet animal n'existoit {loint en Aménqne, et que le puma du Pérou est un animal d'une espèce différente: nous verrons de même que le tigre et la panthère ne se trouvent que dans l'ancien continent, et que les animaux de TAmérique méridionale auxquels on a donné ces noms , sont d'espèces différentes. Le vrai tigre, le seul qui doive conserver ce nom, est un animal tei-rible, et peut-être plus à craindre que le lion : sa férocité n'est comparable à rien; mais on peut juger de sa force par sa taille; elle est ordinairement de quatre à cinq pieds de hauteur sur neuf, dix et jusqu'à treize et quatorze pieds de longueur, sans y comprendre la queue. Sa peau n'est pas tigrée, c'est-à-dire parsemée de taches arrondies; il a seulement, sur un fond de poil fauve, des bandes noires qui s'étendent transversalement sur tout le corps, et qui forment des anneaux sur la queue dans toute sa longueur : ces seuls caractères sufûsent pour le distinguer de tous les animaux de proie du Nouveau-Monde, dont les plus grands sont à peine de la taille de nos mâtins ou de nos lévriers. Le léopard et la panthère de l'Afrique ou de l'A^sie n'approchent pas de la grandeur du tigre , et cependant sont encore
ANIMAUX DE L*ANaElîî CONTINENT.
plus grands que les animaux de proie < parties méridionales de TAmérimie. Plii
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des 'Amériqtie. Pline, dont on ne peut ici révoquer le témoignage en doute, puisque les panthères étoienl si communes , qu'on les exposoit tous les jours en grand nombre dans les spectacles de Home : Pline, dis-je, en indique les caractères essentiels , en disant que leur poil est blanchâtre cl que leur rol)e est variée partout de taches noires , semblables à des yeux ; il ajoute que la seule différence qu'il y ail entre le mâle et la femelle, c'est que la femelle a la robe blanche. Les animaux d'Amérique auxquels on a donné le nom de tigres, ressemblent beaucoup plus à la panthère qu'au tigre ; mais ils en diffèrent encore assez pour qu'on puisse reconnoître clairement qu'aucun d'eux n'est précisément de Tesf cce de la panthère. Le i)remier est le jaguar ou jnguara ou janoKVura, qui se trouve à la Guiane, au Brésil et dans les autres parties méridionales de l'Amérique. Ray avait , avec quelque raison , nommé cet animal pard ou lynx du Brésil; les Portugais l'ont appelé once on onçtty parce (pi'ils avoient précédemment iionné ce nom au lynx, par corruption, et ensuite à la petite panthère des Indes; et les François, sans fondement de relation, l'ont appelé tigre, car il n'a rien de commun avec cet animal. Il diffère aussi de la panthère par la grandeur du corps , par la position et la ligure des taches, par la couleur et la longueur du poil, qui est crêpé dans la jeunesse , et qui est toujours moins lisse que celui de la panthère; il- en diffère encore par ]e naturel et les mœurs; il est plus sauvage et ne peut s'apprivoiser, etc. Ces différences cependant n'empêchent pas que le jaguar du iprésil ne ressemble plus à la panthère qu'à aucun autre animai de l'ancien continent. Le second est celui que nous appelons couguar, par contraction de son nom brasilien cu' gttacu-ara, que l'on prononce cougouacouara , et que nos François ont encore mal à propos appelé tigre rouge ; il diffère en tout du vrai tigre, et beaucoup de la panthère, ayant le poil d'une couleur rousse, uniforme et sans taches; ayant aussi la tête d'une forme différente , et le museau plus allongé 4\wc le tigre ou la panthère. Une troisième espèce, à laquelle on a encore donné le nom de tigre , et qui en est tout aussi éloignée que les précédentes, c'est le Jaguarète, qui est à peu près de la taille au jaguar, et qui lui ressemble aussi par les habitudes naturelles , mais qui en diffère par quelques caractères extérieurs : on l'a. appelé tigre noir, parce qu'il a le poil noir sur tout le corps, avec
des taches encore plus noires, qui sont séparées et parsemées comme celles du jaguar. Outre ces trois espèces, et peut-être une quatrième qui est plus petite que les autres, auxquelles on a donné le nom de tigres, il se trouve encore en Amérique un animal qu'on peut leur comparer, et qui me paroît avoir été mieux dénommé : c'est le chat-pard , qui tient du chat et de la panthère , et qu'il est en effet plus aisé d'indiquer par cette dénomination composée que par son nom mexicain tlacoosclotl ; il est plus petit que le jaguar, le jaguarète et le couguar; mais en même temps il est plus grand qu'un chat sauvage, auquel il ressemble par la figure; il a seulement la queue beaucoup plus courte et la robe semée de taches noires, longues sur le dos, et arron^lies sur le ventre. Le jaguar, le jaguarète , le couguar et le chatpard sont donc des animaux d'Amérique, auxquels on a mal à propos donné le nom de ' tigre. Nous avons vu vivans le couguar et le chat-pard ; nous nous sommes donc assurés qu'ils sont chacun d'une espèce différente entre eux, et encore plus différente de celles du tigre et de la panthère ; et à l'égard du puma et du jaguar, il est évident, par les descriptions de ceux qui les ont vus , que le puma n'est point un lion , ni le jaguar un tigre : ainsi nous pouvons prononcer sans scrupule que le lion, le tigre et même la panthère, ne se sont pas plus trouvés en Amérique que l'éléphant, le rhinocéros, l'hippopotame, la girafe et le chameau. Toutes ces espèces ayant besoin d'un climat chaud pour se propager, et n'ayant jamais habité dans les terres du nord, n'ont pu communiquer ni parvenir en Amérique. Ce fait général, dont il ne paroit pas qu'on se fût seulement douté, est trop important pour ne le pas appuyer de toutes les preuves qui peuvent achever de le constater. Continuons donc notre énumération comparée des animaux de Pancien continent avec ceux du nouveau.
Personne n'ignore que les chevaux , noo seulement causèrent de la surprise, mais même donnèrent de la frayeur aux Américains lorsqu'ils les virent pour la première fois. Us ont bien réussi dans presque tous les climats de ce nouveau continent , et ils y sont actuellement presque aussi communs que dans l'ancien.
Jl en est de même des ânes, qui étoient également inconnus , et qui ont également réussi dans les climats chauds de ce nouveau continent : ils ont même produit des mulets qui sont plus utiles que les lamas pour pois
ter des fardeaux dans toutes les parties montaeneuseadu Chili, du Pérou, de la Nou- Telle^Bspagne, etc.
Le zèore est encore un animal de l'ancien continent, et qui n'a peut-être jamais été transporté ni vu dans le nouveau : il paroit affecter un climat particulier, et ne se trouve guère que dans cette partie de TAfrique qui s'étend depuis Téquateur jusqu*au cap de Bonne-Espérance.
Le bœuf ne s'est trouve ni dans les îles ni dans la terre ferme de l'Amérique méridionale. Peu de temps après la découverte de ces nouvelles teiTCS , les Espagnols y transportèrent d'Europe des taureaux et des vaches. En x55o on laboura pour la première fois la terre avec des bœufs dans la vallée de Cusco. Ces animaux multiplièrent prodigieusemeut dans ce continent, aussi bien que dans les iles de Saint-Domingue , de Cuba, de Barlovento, etc.; ils devim*ent même sauvages en plusieurs endroits. L'esr pèce de bœuf qui s'est trouvée au Mexique, a la Louisiane, etc., et que nous avons appelée bcui/ sauvage ou bison , u'est point issue de nos bœufs; le bison existoit ea Améiùque avant qu'on y eût transporté le bœuf d'Europe, et il diffère assez de celuici pour qu'on puisse le considérer conmie faisant une espèce à part'. U porte une bosse entre les épaules; son poil est plus doux que la laine, plus long sur le devant du corps que sur le derrière, et crêpé sur le cou et ie long de l'épine du dos; la couleur en est brune, obscurément marquée de quelques taches blandiâtres. Le bison a de plus les jambes courtes; eUes sont, comme la tête et la gorge, couvertes d'un long poil : le mâle . a la queue longue avec une houppe de poil ■au bout, comme on le voit à la queue du ,lion. Quoique ces différences m'aient paru suffisantes, ainsi qu'à tous les autres naturalistes , pour fah-e du bœuf et du bison deux «espèces différentes, cependant je ne prétends pas l'assurei* affirmativement : comm^ i e seul caractère qui différencie ou identifie fis espèces est la faculté de produire ^des individus qui ont eux-mêmes celle de produire leurs semblables, et que personne ne 2I0US a appris si le bisou peut produire avec je bœuf, que probablement même on n'a 1 amais essayé de les mêler ensemble, nous ne sommes pas en état de prononcer sur ce lait. J'ai obligation à M. de La Nux, ancien oonseiller au conseil royal de Vile de Bourbon, et correspondant de l'Académie des
ANIMAUX
que le bison ou bœuf à bosse de l'Ile de éourbon produit avec nos bœufs d'Europe, et j'avoue que je rcgardois ce bœuf à lx)ss« des Indes plutôt comme un bison que comme un bœuf. Je ne puis trop remercier M. de La Nux de m'avoir fait part de cette obseiv vation , et il seroit bien à désirer qu'à sut exemple les personnes habituées dans Its pays lointains fissent de semblables cxpi** riences sur les animaux : il me semble qu 1 seroit facile à nos habitans de la Louisiane d'essayer de mêler le bison d'Amérique avec la vache d'Europe, et le taureau d'Europe avec la bisonne : peut-être produiroient-ib ensemble, et alors on seroit assuré que ie bœuf d'Europe, le bœuf bossu de l'île de Bourbon , le taureau des Indes orientales A le bison d'An^uérique ne feroient tous qu'une seule et même espèce. On voit , par les eipériences de M. de La Nux, que la bosse oe fait point im caractère essentiel , puisqu'elle disparoit après quelques générations; et d'ailleurs, j'ai reconnu moi-même, par uoe autre observation , que cette bosse ou loupe que l'on voit au chameau comme au bison, est un caractère qui, quoique ordinaire, n'est pas constant, et doit être regardé comioe une différence accidentelle, tlépendante peutêtre de l'embonpoint du corps : car j'ai n un chameau maigre et malade qui n'a voit pa> même l'apparence de la bosse. L'autre caractère du bison d'Amérique, qui est d'avoir le poil plus long et bien plus doux que celui de notre bœuf, paroit encore n'être qu'uae différeace qui pourroit venir de riuflueoce du climat , comme ou le voit dans nos chèvres, nos chats et nos lapins, lorsqu'on les compare aux chèvres, aux cbat& et aux kpins d'Angora, qui, quoique très-différens par le poil, sont cependant de la même espèce. On pourroit donc imaginer, avec quelque sorte de vraisemblance (surtout si le bison d'Amérique produisoit avec nos vaches d'Europe), que notre bcouf auroit autrufoii passé par les terres du nord ooutiguësà celles de l'Amérique septentrionale, et qu'easuite ayant descendu dans les régions tempérées de ce nouveau monde, il auroit |)ris avec le temps les impressions du climat , et de bœuf serait devenu bison. Mais jusqu'à ce que le fait essentiel, c'est-à-dire la foculté de produire ensemble, en soit connu, nous nous croyons en droit de dire que notre bœuf est un animal appartenant à l'andea continent , et qui n'existoit pas dans le nouveau avant d'y avoir été transporté.
Sciences, de m'avoir appris, par sa lettre II y avoit encore moins de brebis que ds iUtée de l'ile Bourbon, du 9 octobre 1759, ^; bc£u£s en Amérique ; elles f ont été traoi-
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portée» d'Europe» et eUe» ont réussi dans tous les climats chauds et tempérés de ce nouveau cootineut ; mais quoiqu'elles y soient assez prolifiques, elles y sont communément plus maigres, et les moutons ont en général îa chair moins succulente et moins tendre qu'en Europe : le climat du Brésil est apparemment celui qui leur convient le mieux, car c'est le seul du Nouveau-Monde où ils deviennent excessivement gras. L'on a tran»porté à la Jamaïque, non seulement des Brebis d'Europe , mais aussi des moulons de Guinée, qui y ont également réussi ; ces deux espèces, qui nous paroissent être différentes Tune de l'autre, apparti^uaent également et uniquement à l'ancien continent. Il en est des chèvres comme des brebis ; elles n'cxistoient point en Amérique , et celles qu'on y trouve aujourd'hui , et qui y sont en grand nombre , viennent toutes des chèvres qui y ont été transportées d'Europe. Elle» ne se sont pas autant multipliées au Brésil que las t>rebis : dans les premiers temps , lorsque les Espagnols les transportèrent au Pérou , elles y. furent d'abord si rares, qu'elles se vendoient jasqu'à cent dix ducais pièce; mais elles s'y multiplièrent ensuite si prodigieusement, qu'elles se donnaient presque pour rien , et que l'on n'eslimoit que la peau : elles y produisent ti^ois , quatre et jusqu'à cinq chevreaux d'une seule portée, tandis qu'en Europe elles n'en portent qu'un ou deux. Les grandes et les petites îles de l'Amérique sont aussi peuplées de chèvres que les teiTes du continent ; les Espagnols en ont porté jusque dans les iles de la mer du Sud; ils en avoient peuplé l'île de Juan-Fernaïkdès , où elles avoient extrêmement multi-
S lié : mais conune c'étoit un secours pour les ibustiers , qui dans la suite coururent ces mers , les Espagnols résolurent de détruii*e les chèvres dans cette île , et pour cela ils y lâchèrent des chiens qui , s'y étant multipliés à leur tour, détruisirent les chèvres dans toutes les parties accessibles de l'Ile; et ces chiens y sont devenus si féroces , qu'ae-, tuellement ils attaquent les hommes.
Le sanglier, le cochon domestique , le cochon de Siam ou cochon de la Chiue , qui tous trois ne font qu'une seule et même espèce , et qui se multi|^ient si facilement et si nombreusement en Europe et en Asie, ne se sont point trouvés en Amérique. Le tajacou^ qui a une couverture sur le dos, est l'animal de ce oonlinent qui en approche le plus : nous l'a von» eu vivant, et nous avons inuiilement essayé de le faire produire avec le cochon d'Eurofte; d'heurs il en diffère^
par hb si grand nombre d'antre» earactèm, que nous sommeà bien fondé à prononeer qu'il est d'une espèce différente. Les cochon5 trmsportés d'Europe en Amérique y oùt' encore mieux réussi et plu» multiplie que les hrelii» et les chèvres. Les premières truies, dit Garciiasso, se vendirent au Pérou encotre pkis cher que les chèvres. La, chair du bœuî et du mouton, dit Pison, n'est pas si bonne au Brésil qu'en Europe : les cochons seuls y sont meilleurs, et y multiplient beauoQop. ils sont aussi, selon Jean de Laét , devenus meilleiB'» à Saint-Domingue qu'ils ne le sont en ^irope. En général, on peut dire que, de tous les animaux domestiques qui ont été tranqx»^ d'Europe en Amérique, le cochon est celui qui a le mieux et le plus universellement réussi. En Canada comme au Brésil^ c^est-»-dire dans les dimals très-froids et très-chauds de ce nouveau monde, il produit, il multiplie, et sa chair est également bonne à manger. L'espèce de la chèvre, au contraire, ne s'est multipliée que dans les pays chauds et tempérés, et n'a pu se maintenir en Canada : il faut faire venir de temps en temps d'Europe, des boucs et des chèvres pour renouveler l'espèce, qui par cette raison y est très-peu nombreuse. L'âne, qui multiplie au Brésil, au Pérou, etc., n'a pu multipher en Canada : l'on n'y voit ni mulets , ni ânes , quoiqu'en différcns temps l'on y ait transporté plusieurs couples de ces derniers animaux , auxquels le froid semble ôter cette force de tempérament, cette ardeur naturelle, qui, dans ces climat», les distingue si fort des autres animaux. Les chevaux ont à peu près également multiplié dans les pays chauds et dans les pays froids du continent de l'Amérique ; il paroit seulo* ment qu'ils sont devenus plus petits; mais cela leur est commun avec tous les autres animaux qui ont été transportés d'Europe en Amérique ; cai' les bœufs , les chèvres , les moutons, les cochons, les chiens, sontplus petits en Canada qu'en France; et ce :qui parOftra peut-être beaucoup plus singiï* lier, c'est que tous les aittiv» animaux d'A* mérique, même ceux qui sont naturels au climat , sont beaifeoup plus petits en général que ceux de l'ancien continent. La nature semble s'être servie dans ce nouveau monde d'une autre échelle de grandeur; Thomitie est le seul qu'elle ait mesuré avec le même module. Mais avant de donner les faits stir lesquels je fonde celte observation générale, ^\ faut achever noire énuméradon.
Le cochon ne s'est donc poiul trouvé dan» ie Nouveau-Monde, il y a été traoïsporté \
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ANIMAUX
et nua leulemeai il y a multiplié dans Fétat (le domesticité , mais il est même devenu sauvage eu plusieurs endroits, et il vit et multiplie dans les bois comme nos sangliers, sans le secours de Thomme. On a aussi transporté de la Guinée au Brésil une autre espèce de cochon différente de celle dlEurope, qui s'y est multipliée. Ce cochon de Guinée, plus petit que celui d'Europe, a les oreilles fort longues et très- pointues, la queue aussi fort longue et traînant presque à terre ; il n'est pas couvert de soies longues, mais d'un poil court, et il paroit faire une espèce distincte et séparée de celle du cochon d'Europe : car nous n'avons pas appris qu'au Brésil, où l'ardeur du climat favorise la propagation en tout genre , ces deux espèces se soient mêlées, ni qu'elles aient même produit des mulets ou des individus féconds.
I^es chiens, dont les races sont si variées et si nombreusement répandues , ne se sont , pour ainsi dire, trouvés en Amérique que par échantillons difficiles à comparer et à rapporter au total de Tespèce. Il y avoit à Saint-Domingue de petits animaux appelés gosqués, semblables à de peiits chiens; mais il n'y avoit point de chiens semblables à ceux d'Europe, dit Garcilasso; et il ajoute que les chiens d'Europe qu'on avoit transportés à Cuba et à Saint-Domingue , étant ^devenus sauvages , diminuèrent dans ces iles la quantité du bétail aussi devenu sauvage ; que ces chiens marchent par troupes de dix ou douze, et sont aussi méchans que les loups. Il n'y avoit pas de vrais chiens aux Indes occidentales, dit Joseph Acosta, mais seulement des animaux semblables à de petits cliiens, qu'au Pérou ils appeloieot alcos; et ces alcos s'attachent à leurs maîtres , et ont à peu près aussi le naturel du chien. Si l'on ,en croit le P. Charlevoix , qui sur cet article ne cite pas ses garans, « les goschis « de Saint - Domingue étoient de petits M chiens muets , qui servoient d'amus^nent « aux dames' : on s'en servoit aussi à la chasse «* pour éveotrer d'autres animaux; ils étoient m bons à manger > et fivent d'une grande f« ressource dans les premières famines que •• les Espagnols essuyèrent : l'espèce auroit «manqué dans l'ile, si on n'y en avoit pas « rapporté de plusieurs endroits du conti- ; nent. Il y en avoit de plusieurs sortes : les uns avoient la peau tout-à-fait lisse, d'autres avoient tout le corps couvert d'une
I. Y aToi(-iI des dames h Saint-Domingue lors* i|u'on «n fit U découverte ?
». La cbair du chien n'est pa» bonne à manger.
«laine fort douce; le plus grand nombre « n'avoit qu'une espèce de duvet fort tendre « et fort rare. La même variété de couleur « qui se voit parmi nos chiens se renconiroit « aussi dans ceux-là , et plus grande encore , te parce que toutes les couleurs s'ytrouYoient, « et même les plus vives. » Si l'espèce des goschis a jamais existé avec ces singularités que lui attribue le P. Charlevoix, pourquoi les autres auteurs n'en font-ils pas mention ? et pourquoi ces animaux , qui , selon lui , étoient répandus non seulement dans l'île de Saint-Domingue, mais en plusieurs endroits du continent , ne subsisient-ils plus aujourd'hui, ou plutôt, s'ils subsistent, comment ont-ils perdu toutes ces belles singularités? Il est vraisemblable que le goschis du P. Charlevoix, dont il dit n'avoir trouvé le nom que dans le P. Pers , est le gosqués de Carcila^o; il se peut aussi que le gosqués de Saint-Domingue et Talco du Pérou ne soient que le même animal. Il paroit certain que cet animal est celui de l'Amérique qui a le plus de rapport avec le chien d'Europe. Quelques auteurs l'ont regardé comme un vrai chien. Jean de Laët dit expressément que dans le temps de la découverte des Indes, il y avoit à Saint-Domingue une petite espèce de chiens dont on se servoit pour la chasse , mais qui étoient absolument muets. Nous avons vu dans l'hisioira du chien, que ces animaux perdent la faculté d'aboyer dans les pays chauds; mais l'aboiement est remplacé par une espèce de hurlement, et ils ne sont jamais, comme ces animaux trouvés en Amérique , absolument muets. Les chiens transportés d'Europe ont à i)eu près également réussi dans les contrées les plus chaudes et les plus froides d'Amérique, au Brésil et au Canada; et ce sont de tous les animaux ceux que les sauvages estiment le plus : cependant ils paroissent avoir changé de nature ; ils ont perdu leur voix dans les pays chauds, la grandeur de la taille dans les pays froids, et ils ont pris presque partout des oreilles droites : ils ont donc dégénéré, ou plutôt remonté à leur espèce primitive, qui est celle du chien de berger, du chien à oreilles droites, qui de tous est celui qui aboie le moins. On peut donc regarder les chiem comme appartenant uniquement à l'ancien continent, où leur nature ne s'est développée tout entière que dans les régions tempérées, et où elle paroit s'être variée et perfectionjiée par les soins de l'homme , puisque dans tous les pays non policés et dans tous les climats excessivement chauds ou froids ili