‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémensChapitre 132 sur 161 · ALUN · texte numérisé non relu

ALUN

L'acide aérien s'étaiit d*abord combiné avec les poudres du quartz et des antres , verres primitifs, a produit Tacide vitriolique . par son union avec cette terre vilriûée , laquelle s^étant ensuite convertie et réduite en argile par cette action même de Tacide et de Teau , cet acide vitriolique s'y est conservé et s*y manifeste sous la forme d*alun, et Ton ne peut douter que ce sel ne soit composé d'acide vitriolique et de terre argileuse. Mais celte terre de Talun est-elle de l'argile pure, comme M. !Bergman et d'après lui la plupart des chimistes récens le prétendent ? Il me semble qu il y a plusieurs raisons d'en douter, et qu'on peut croire avec fondement que cette argile qui sert de base à Talun n'est pas pure , mais mélangée d'une certaine quantité de terre limoneuse el calcaire , qui toutes deux contiennent de Talcali.

1° Deux de nos plus savans chimistes, MM. Macquer et Baume , ont reconnu des indices, de substances alcalines dans cette terre. .« Quoique essentiellement argileuse, dit. M. Macquer, 'la terre de l'alun paroit cependant exiger un certain degré de calciuation, eimêm^le concours des sels alcalis, pour former facilement et abondamment dé l'alun avec de l'acide vitriolique ; et M. Bau-, mé est parvenu à réduire l'alun en une espèce de sélénite , en combinant avec ce sel la plus grande quantité possible de sa propre terre. » Gela me paroît indiquer assez clai- . rement que cette terre qui sert de base à l'alun n'est pas une argile pure , mais une terre vitreuse mélangée de substances alca-' lines et calcaires.

a° M. Fougeroux de Bondaroy , l'un de nos savans académiciens , qui a fait une trèsbonne description de la carrière dont on tire l'alun de Rome , dit expressément : » Je regarde cette pierre d'alun comme calcaire, puisqu'elle se ealcine au feu ... . La chaux que l'on fait de cette pierre a la propriété de se durcir sans aucun mélange de sable ou d'autres terres , lorsque après avoir été humectée on la laisse sécher. » Cette obser- ^ Tation de M. de Bondaroy semble démontrer

3ue les pierres de cette carrière de la Tolfa, ont on tii'e l'alun de Rome, seroient de la même nature que nos pierres à plâtre , si la matière calcaire n'y étoit pas mêlée d'une phis grande quantité d'argile. Ce sont, à mon avis, des marnes plus argileuses que

calcaires , qui ont été pénétrées de Facide vitriolique , et qui par conséquent peuvent fournir également de l'alun et de la sélénite.

3° L'alun ne se tire pas de l'argile blanche et pure, qui est de première formation, mais des glaises ou argues impures , qui sont de seconde formation, et qui toutes contiennent des corps marins , et sont par conséquent mélangées de substances calcaires , et souvent aussi de terre limoneuse.

40 Comme l'alun se tire aussi de» pyrites, et même en grande quantité , et que les pyrites contiennent de la terre ferrugineuse et linu)neuse , il me semble qu'on peut en inférer que la terre qui sert de base à l'alun est aussi mélangée de terre limoneuse ; et je ne sais si le grand boursouflement que ce sel prend au feu ne doit être attribué qu'à la réfraction de son eau de cristallisation, et si cet effet ne provient pas , du moins en partie, de la nature de la teiTe limoneuse, qui , comme je l'ai dit , se boursoufle au feu , tandis que l'argile pure y prend de la retraite.

50 £tce qui me paroit encore plus décisif, c'est que l'aciae vitriolique, même le plus conceuti é, n'a aucune action sur la terre vitrifiable pure, et qu'il ne l'attaque qu'autant qu'elle est mélangée de parties alcalines. Il n'a donc pu former l'alun avec la terre vitrifiable simple ou avec Targile pure, puisqu'il n'auroit pu les saisir pour en faire la base de ce sel, et qu'en effet il n'a saisi l'argile qu'à cause des substances calcaires ou limoneuses dont cette terre vitrifiable s'est trouvée mélangée. .

Quoi qu'il en soit, il est certain que toutes les matières dont on tire l'alun ne sont ni purement vitreuses ni purement calcaires ou limoneuses , et que les pyrites , les pierres d'alun , et les terres alumineuses , contiennent non seulement de la terre vitrifiable ou de l'argile en grande quantité , mais aussi de la terre calcaire ou limoneuse en petite quantité. Ce n'est que quand cette terre de 1 alun a été travaillée par des opérations qui en ont séparé les terres calcaires ou limoneuses , qu'elle a pu dévenir une argile pure sous la main de nos chimistes. Cependant M. le baron de Dietrich prétend «< que la pierre qui fournit l'alun et que l'on tire à la î?olfa est une véritable argile qui ne contient point, ou très-peu, de parties calcaires; que la petite quantité de sélénite qui se forme

AlUTN*.

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pendant la manipulation ne prouve pas qu*il y ait de la terre calcaire dans la pierre d'alun. . . . , et que la chaux qui produit la sélénite peut très-bien provenir des eaux avec lesquelles on arrose la pierre après l'avoir calcinée. >• Mais quelque confiance que puissent mériter les observations de cet habile minéralogiste , nous ne pouvons nous empêcher de croire que la terre dont on retire l'alun ne soit composée d'une grande quantité d'argile et d'une certaine portion de terre limoneuse et de teire calcaire. Nous ne croyons pas qu'il soit nécessaire d'insister sur les raisons que nous venons d'exposer , et qui me semblent décisives : l'impuissance de l'acide vitriol i que sur les matières vitrifiables suffit seule pour démontrer qu'il n'a pu former l'alun avec l'agile pure. Ainsi l'acide vitriolique a existé long-temps avant l'alun , qui n'a pu être produit qu'après la naissance des coquillages et des végétaux , puisque leurs détrimens sont entrés dans sa composition.

La nature ne nous offre que très-rarement, et en bien petite quantité, de l'alun tout formé. On a donné à cet alun natif le nom Xalun de plume, parce qu'il est cristallisé en filets qui sont arrangés comme les barbes d'ùnejplume. Ce sel se présente plus souvent en efUorescence de formes différentes sur la surface de quelques minéraux pyriteux ; sa saveur est acerbe et styptique , et son action très-astringente. Ces effets , qui proviennent de l'acide vitriolique , démontrent qu'il est plus libre et moins saturé dans l'alun que dans la sélénite, qui n'a point de saveur sensible ; et en général le plus ou moins d'action de toute matière saliue dépend de cette différence : si l'acide est pleinement saturé par la matière qu'il a saisie, comme dans l'argile et le gypse , il n'a plus de' saveur; et moins il est saturé , comme dans l'alun et les vitriols métalliques , plus il est corrosif. Cependant la qualité de la base dans chaque sel influe aussi sur sa saveur et son action; car plus la matière de ces bases est dense et pesante, plus elle acquiert de masse et de puissance par ' son union ' avec l'acide , et plus la saveur du sel qui en résulte a de force. ' '

n n'y a point de mines d'alun proprement dites , puisqu'on ne trouve nulle part ce sel en grandes masses, comme le sel marin, ni même en petites niasses , comme le vitriol ; mais on le tire aisément des argiles qui portent le nom de terres alitmineuses , parce qu'elles sont plus chargées d'acide , et peutêtre plus mélangées de terre limoneuse ou

calcaire que les autres argiles. Il en est de même de ces pierres d'alun dont nous venons de parler, et qui sont argiio-ca/caires: on le retire aussi des pyrites, dans lesquelles l'acide vitriolique se trouve combiné avec la terre ferrugineuse et limoneuse.' La 'simple lessive à l'eau chaude suffit pour extraire ce sel des terres alumineuses ; mais il faut laisser effleurir les pyi^tes à l'air, ainsi que ces pierres d'alun , ou les calciner au feu et les réduire en poudre avant de les lessiver pour en obtenir l'alun.

L'eau bouillante dissout ce sel plus promptement et en bien plus grande quantité que l'eau froide ; il se cristallise par l'évaporation et le refroidissement. La figure de ces cristaux varie comme celle de tous les autres sels. M. Bergman assure néanmoins que quand la cristallisation de l'alun n'est pas troublée, il forme des octaèdres parfaits > , transparens et sans couleur, comme l'eau.

Cet habile et laborieux chimiste prétend aussi s'être assuré que ces cristaux contiennent trente-neuf parties d'acide vitriolique, seize parties et demie d'argile pure, 'et quarante-cinq parties et demie cTeau. Mais je soupçonne que dans sou eau , et peut-être même dans son acide vitriolique, il est resté de la terre calcaire ou limoneuse ; car il est certain que la base de l'alun en contient.

L'acide , quoique en si grande quantité relativement à celle de la terre qui lui sert de

' base , est néanmoins si fortement uni avec cette terre, qu'on ne peut l'en séparer par le feu le plus violent : il n'y a d'autre moyen

' de les désunir qu'en offrant à cet acide des alcalis , ou quelques matières inflammables

' avec lesquelles il ait encore plus d'affinité qu'avec sa terre. On retire par ce moyen l'acide vitriolique de l'alun calciné ; on en forme du soufre artificiel, et du pyrophoie

' qui a la propriété de s'enflammer par le seul

■ contact de l'air. •

' L'alun qui se tire des matières pyriteuses s'appelle dans le commcarce alun de glace

, ou alun de roche : il est rarement pur, parce au'il retient presque toujours quelques par-

' ties métalliques , et qu'il est mêlé de vitriol de fer. L'alun connu sous le nom d'a/wi ele

. Rome est plus épuré et sans mélange sensible de vitriol de fer,' quoiqu'il soit un peu

I. M. Desmeste dit, arec plss de fondement m me semble , « que ce sel se cristallise en efTet en octaèdres rectangles lorsqu'il est arec excès d'acide, mais que la forme de ces octaèdres rarie beau* coup ; que leurs côtés et leurs angles sont sonyent tronqués , et que d'ailleurs il a TÙ des onttaux d'alun parfaitement cubiques , et d'antres rco* tangles. »

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MlBréRAUX.

rpug^ : P|k I« tire eii It^e des pierres alumioeuses de la carrière d^ la Xolfa. Il y a de semblables carrières de pierres d'alun en Angleterre, particulièrement à Wbitby, dans le comté dTcrk, ainsi qu'en Saxe, en Suède , en Norwège , et dans les pays de Hesse e( de Liège , de même que dans quelques provinces d'Espagne. Qn extrait Talun dans ces différentes mines à peu près par les mêmes procédés qui consistent à faire efQeurir à Tair, pendant un temps suffisant, la terre ou pierre alumineuse , à la lessiver ensuite, et à faire cristalliser l'alun par l'évaporation de l'eau ^ L'alun de Roipe est celui qui est le plus estimé, et qu'on assure cire le plus pur. Tous les aluns spnt, comme l'on voit , des productions de notre art, et le seul sel de cette espèce que la nature nous offre tout formé est l'alun de pluq^e , .qui ne se trouve que dans les cavités où suintent et s'évaporeut lereaux chargées de ce sel en dissolution. Cet alun est très-pur ; mais nulle part il n'est en assez grande quantité pour faire un objet de commerce, et encore moins pour fournir à la consommation que l'on fait de l'alun dans plusieurs arts et métiers.

Ce sel a eu effet des propriétés utiles, tant pour la médeciue que pour les arts , et surtout pour la teinture et la peinture. La plupart des pastels ne sont que des terres d'alun teintes de différentes couleurs. Il sert . à la teinture en ce qu'il a la propriété d'ouvrir les pores et d'eutamer la surface des laines et des sojes qu'on veut teindre, et de fixer les couleurs jusqi^e daus leur substance; il sert aussi à la préparation des cuirs, à lisser le papier, à argeuter le cuivre, à blanchir l'argent, etc. ; mis en suffisante quantité sur la poudre à canon , il la préserve de l'humidité et même de rioflamm'itioq ; il s'oppose aussi k l'action du feu sur le bois et sur les autres matières combustibles , et les empêche de brûler si elles en sont fortement imprégnées : on le mêle

I. Dans qnelques-anes de ces exploitations on fait griller le minerai ; mais , comme le remarque très- bien M. Jars, cette opération n'est bonne que po4ir celles de ces mines qui sont très-pyriteuses , et seroit pernicieuse dans les autres, où la com< bustion détrniroit une portion de Talun , et qn'il suffit de laisser efflewer à f air, oii«lles s'échaunent d'elles-mêmes.

avec le suif pour^rendre les chandelles plus fermes : on frotte d'alun calciné les formes qui servent à imprimer les toiles et papiers , pour y faire adhérer les couleurs; on en frotte de même les balles d'imprimerie pour leur faire prendre l'encre, etc.

Les Asiatiques ont , avant les Européens , fait usage de l'alun ; les plus anciennes fabriques de ce sel étoient en Syrie et aux environs de Copsiantinople et de Smyrne, dans le temps des califes , et ce n^est que vers le milieu du quinzième siècle que les Italiens transportèrent l'art de fabriquer l'alun dans leur pays , et que l'on découvrit les mines alumiqeuses d'Jschia , de Yiterbe, etc. Les Espagnols établirent ensuite , dans le seizième siècle, une manufacture d'alun près de Carthagène, à yélmazaran, et cet établissement flibsiste encore. Depuis ce temps, qn a fabriqué de l'alun en Angleterre , en Bohème, et dans d'autres provinces de l'Allemagne ; et aujourd'hui on en connoit sept manufactures en Suède, dont la plus considéral^le est celle de Garpkyttau dans la Noricie.

Il y a en France assez de mines pyriteusea et même assez de terres alumineuses pour qu'on pût y faire tout l'alun dont on a besoin sans l'acheter de l'étranger; et néanmoins je n'en connois qu'une seule petite manufacture en Roussillon , prés des Pyrénées : cependant on en pourroit fabriquer de même ep Franche-Comté, ou il y a une grande quantité de terres alumineuses à quelque distance de Norleau. M. de Gensanne , qui a reconnu ces terres , en a anssi trouvé en Yivarais, près de la Gorce. « Plusieurs veines de cette teripe alumineuse sont, dit-il , parsemées de charbon jajret, et l'on y trouve par intervalles de l'alun natif. *» Il y a aussi près de Soyons des mines de eouperose ej d'alun. Ou voit encore beaucoup de terres alumineuses aux environs de Roquefort et de Cascaslel ; d'autres près de Cornillon, dans le diocèse d'Uzès, dans lesquelles Talun se forme naturellement : mais combien n'avons-nous j^as d'autres richesses que nous foulons aux pieds, 4ion par dédain ni par défaut d'industrie , mais par les obstacles qu'on met ou le 'peu d encouragement qife l'on donne à topte entreprise nouvelle !

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