SEL MARIN ET SEL GEMME
L'sAU de la mer coniient uue grande quantité d'acide et d'akali, puisque le sel qu'on en retire en la faisant éva|M>rer est composé des deux : elle est aussi imprégnée de bitume ; et c'est ce qui feit qu'elle est en même temps saline et amère. Or le bitume est composé d'acide et d'huile; et d'ailleurs la décomposition de tous les corps organisés dont la mer est peuplée produit une immense quantité d'huile. L'eau marine contient donc non seulement les acides et les alcalis , mais encore les huiles et toutes les matières qui peuvent provenir de la décomposition des corps, à l'exception de celles que ces substances prennent par la putréfaction à l'air libre; encore se formet-il à la surface de la mer, par l'action de l'acide aérien, des matières assez semblables à celles qui sont produites sur la terre par la décomposition des animaux et des végétaux.
La formation du sel marin n'a pu s'opérer qu'après la production de l'acide et de Talcali , puisqu'ils en sont les substances constituantes. L'acitle aérien a été formé , dès les premiers temps après l'établissement de l'atmosphère , ftar le simple mélange de Tair et du feu ; mais l'alcali n'a été produit que dans un temps subséquent , par la décomposition des corps organisés. L'eau de la mer n'étoit d'abord que simplement acide on même acidulé; elle est devenue plus acide et salée par l'unitm de Tacide prîmitif avec les alcalLs et les au 1res acides ; ensuite elle a pris de l'amertume par le mélange jdu bitume; et enfin elle s'est chargée de graisse et d'huile par la décomposition des cor|>s de tous les cétacés, (loissons, et amphibies, dont la substance est, comme l'on sait , plus huileuse que celle des auimaux terrestres.
Et cette sainre , celte amertume , et cette huile de l'eau de la mer, u'ontpu qu'augmenter avec le temps , parce que tous les fleuves qui arrivent à ce grand réceptacle des eiuix sont eux-mêmes chargés de parties salines, bitumineuses, et huileuses, que la terre leur fournit, et que toutes ces matièi*es étant plus fixes et moins volatiles que l'eau , l'é- >aporation ne les enlève pas ; leur quantité ne peut donc qu'augmenter, tandis querelle de l'eau reste toujours la même, puisque les eaux courantes sur la terre ramènent à la
mer tout ce que les vapeurs poussées par les veuslui enlèvent.
On doit encore ajouter a ces causes de l'augmentation de la salure des mers la quantité considérable de sel que les eaux qui filtrent dans l'intérieur de la terre dissolvent et détachent des masses purement salines qui se trouvent en plusieurs lieux, et jusqu'à d'assez grandes profondeurs. On a donné le nom de sel gemme à ce sel fossile. Il est absolument de la môme nature que c^ui qui se tire de l'eau de la mer par l'évaporation. Il se trouve sous une forme solide , concrète , et cristalisée en amas immenses, dans plusieurs régions du globe, et notamment en Pologne, en Hongrie, en Russie , et en Sibérie. On en trouve aussi en Allemagne , dans les environs de Halle près de Saltzbourg, dans quelques provinces de l'Espagne ', et spécialement en Cata-
1 . Prè« de Tillena , à quelques lieues d'Alicaiitc. il y a un marais d'où l'on tire le sel pour la cousommation des ▼illages roisins, et« à quatre lieues de là , une montagne isolée toute de sel g'emmc , couvert seulement d'une couche de plâtre de dirffrentes couleurs....
Il y a beaucoup de salines dans la juridiction de Mingranitla ; on travaille à quelques-unes et non aux antres : le sel i^emme qu'on en tire est excellent, parce que ceUe espèce est toujours plus salée que celle qui se fait par évaporation, y ayant moins d'eau dans sa cristallisation ...
A une demi -lieue de là , on descend un peu pour entrer dans un terrain de plâtre où sont quelques collines.... Au bos de la couverture • de plâtre, il y a un banc de sel gemme dont on ne sait point lo profondeur, parce que, quand les excavations passent trois cents pieds , il en .coàte beaucoup |K)nr tirer le sel , et quelquefois le terrain s'enfonce ou se retnpiit d'eau : alors on creuse de nouveaux puits ; car tout l'endroit est une masse énorme de sel inélé en certaines places avec un peu de plâtre, et, dans d'autres, pur et rongeâtre, et le plus souvent cristallin.... Dans la mine de Cardona, au contraire , il n'y a point de plâtre , et cependant le sel en est si dur et si bien cristallisé, que l'on en fait des statues, de petits autels, et des meubles curieux. Celai de Mingranilla est dur aussi, mais moins que celui de Cardona , parce qu'il se casse comme quelques spatbs fragiles ... Cette mine a dû éti-e couverte anciennement d'une épaisseur de plus de huit cents pieds de matières étrangères , que les eaux ont peu a peu entraînées dans les lieux les plus bas....
Dans une montagne où est le yillage de ValUara , on trouve une mine de sel gemme qui paroît hors de terre; du côté de l'entrée, et environ vingt pas en dedans , on voit que le sel , .qui est blanc et abondant , a pénétré dans les couches de plâtre. Cette mine peut avoir environ quatre cents pas de longuenr ; et différentes galeries latérales en ont plus de quatre-vingts , soutenues par des piliers de
SEL MARIN ET SEt GEMME.
logne , où Tûh voit , près âe la ville de Cardonoe', une moniagne entière de sel. En d'autres endroits les amas de sel gemme forment des bancs d'une très-grande épaisseur sur une étendue de deux ou trois lieues en longueur, et d'une largeur indéterminée, comme on Ta observé dans la mine de Wieliiska en Pologne, qui est la plus célèbre de toutes celles du Nord.
Les bancs de sel y sont surmontés de plusieurs lits de glaises, mêlées, comme les antres glaises, d'un peu de sable et de débris de coquilles et autres productions marines.
L'argile ou glaise contient l'acide^ et les corps marins contiennent l'alcali. On pourroit donc imaginer qu'ils ont fourni l'alcali nécessaire pour former avec Tacide ce sel fossile : mais lorsqu'on jette les yeux sur l'épaisseur énorme de ces baucs de sel , on voit
sel qui la font ressembler à ane église gothique : le sel suit la direction de la colline, en penchant nn pea an nord , comme les veines du plâtre ; ce sel n'a qu'environ cinq pieds de haut.... Il paroît avoir rongé différentes coucbos de plâtre et de mnrgue (marne) ponr se placer où il est^ quoiqu'il teste cep<>ndant assez de ces matières.
Au bout de la principale galerie.... on voit que la bande de sel descfiid jusqu'au vallon » et passe ik la colline qui est vis-à-vis.... La voûte de cette mine est de plâtre.... Ensuite il y a deux pouces (le sel blanc» séparé da plâtre par quelques filons de terre saline ; après il 7 a trois doigts de sel par et denx de sel de pierre , et ane bande de terre ; ensuite ane antre bande bleue suivie de deux poooes de sel ; après quoi il y a des bandes alternatives de terre rt de sel cristallin jusqu'au lit de la mine » qui est de plâtre : descendant au vallon et montant aux collines qui sont vis<à-vis, les baodrs de terre sont d'un bleu obscur, et les lits de sel sont de couleur blanche. Cette mine est très*élevée eu égard à la mer, parce que depuis Bayonne on monte toujours pour y arriver. {Histoire naturelle d'Espagne, par M. Bowles , pages 876 et suivantes.)
I. La ville de Cardonne est située au pied d'une monla§ne de sel qui est presque coupée pcr|)endiciilaircment du côte de la rivière : cette montagne est une masse énorme de sel solide de quatre ou cinq cents pieds de haut, sans raies ni fentes, ni couches , et il n'y a point de plâtre aux environs ; elle a une licuc de circuit.... On ignore \A profondeur du sel , qui pour l'ordinaire est blanc; il y en a aussi du rouge.... d'autre d'un bleu clair : mais ci's couleurs disparoissent lorsque le sel est écrasé, car dans cet état il est blanc...
I^a superficie de la montagne est grande , cependant les pluies ne font pas diminuer le sel : la rivière qui coule au pied est néanmoins salée; et quand il pleut, la salaison anjjmente et fait mourir II- poisson ; mais ce mauvais effet ne s'étend pas à plus de trois lieues, après quoi le poisson se porte aussi bien qu'ailleurs. {Iliiloire nature/le d'Espagne, par M. Dowles, pages 410 et suivantes.) Les anciens ont parlé de ces montagnes de sel de l'Espa};nc. Est , dit Aulu-Gclle, in kis regionibus {Hispaniœ) mons ex sale mero magntu ; quantum demas , tantum adrescit, (Auiu-Gelte» livre II, chap. 22, ex Catone.)
que , quand même la glaise et les corps marins qu'elle renferme se seroient entièremeat dépouillés de leur acide et de leur alcali, ils n'auroient pu produire que les dernières couches superficielles de ces bancs, dont l'épaisseur elonne encore plus que leur étendue. Il me semble donc que , pour concevoir la formation de ces masses immenset de sel pur , il faut avoir recours à une cause plus puissante et plus ancienne que celle de la stillalion des eaux et de la dissolution des sels contenus dans les terres qui surmontent ces salines. Elles ont c<Mnmeticé par être des marais salam , où l'eau de la mer en stagnation a produit successivement les couches de sel qui composent ces bancs , et qui se sont déposées les unes sur les autres à mesure qu'elles se formoient par l'évaporation des eaux qui arrivoient pour remplacer les premières , et qui laissoieiit de même déposer leur sel après l'évaporation ; en sorte que, dans le temps où la chaleur du globe étoit beaucoup plus grande qu'elle ne Test aujourd'hui , le sel a dà se former bien plus promptement et plus abondamment qu'il ne se forme dans nos marais salans : aussi ce sel gemme est - il communément plus solide et plus pur que celui que nous obtenons en faisant évaporer les eaux salées ; il a retenu moins d'eau dans sa cristallisation; il attire moins l'humidité de l'air, et ne se dissout qu'avec beaucoup de temps dans l'eau , à moins qu'on n'aide la dissolution par le secours de la chaleur.
On vient de voir, par les notes précédentes , que ces grands amas de sel gemme se trouvent tous oti sous des couches de glaise et de marne , ou sous des bancs de plâtre , c'est-à-dire sous des matières déposées et transportées par les eaux , et que par conséquent la formation de ces amas de sel est à peu près contemporaine aux dernières alluvions des eaux , dont les dépôts sont eu effet les glaises mêlées de craie et les plâtres , matières dont la substance est analogue à celle du sel marin , puisqu'elles contiennent en même temps l'adde et l'alcali qui font l'essence de sa composition. Cependaiil , je le répète, ce ne sont pas les parties salines contenues dans ces bancs argileux, marneux, et plâtreux , qui seules ont pu produire ces énormes dépôts de sel gemme , quand même ces bancs de terre aUroient été de huit cents pieds plus épais, comme le dit M. r.owles; et ce ne peut être <pie par des alternatives d'alluvion et de dessèchement, et par une évaporation prompte, que ces gdhides niasses de sel ont pu s'accumuler.
3^4 MiNÉ&AUSI;
Foiir micHis. faire entendre cette formation •acee«$i^'e4 supposons que le sol sur lequel porte le dernière cooclie saline fût alterna- Uveroeni beigué par les marées» et que pendant Itrs six heureé de l'alluYÎon du flux la ebaleur fùX alon assez grande, comme elle rétoit en eflet, pour causer, dans cet intervalle de six heures, la prompte éTaporation dis quelques pouces d'éjtaisseur d'eau : il se iera dès Ion formé sur ce soi une première touche dé nd de quelques lignes d*ê|)aisseur, et, douze heures après, cette première couche aura été surmontée d'une autre, produite par la même cause; en sorte que dans les lieux où la marée s'élevoit à une grande hauteur les amas de sel ont pu prendre presque autant d'épaisseur. Cette cause a certainement produit un tel effet dans plusieurs lieux de la terre, et particulièrement dans ceux où les amas de sel ne sont pas d'une très -grande épaisseur, et quelques-uns de ces amas semblent offrir encore la trace des ondes qui les ont accumulés; mais dans les lieux où ces amas sont épais de cinquante et |M!ut-ètre de cent pieds , comme à* Wielitska en Pologne , et à Cardonne en Catalogne, on peut encore supposer très-légitimement une seconde circonstance qui a [lu conitiurir comme cause avec la première.
Cette circonstance s'est trouvée dans les lieux où la mer formoit des anses ou des bassins, dans lesquels son eau stagnante devoit s'évaporer presque aussi vite qu'elle se renouveloit, ou bien s'évaporoit en entier lorsqu'elle ne pquvoit être renouvelée. On peut se former une idée de ces anciens bassins de la mer et de leur produit en sel par les lacs salés que nous connoissons en plusieurs endroits de la surface de la terre : une chaleur double de celle de la température actuelle causeroit en peu de temps l'entière évaporation de l'eau , et laisserott au fond toute la masse de sel qu'elle tient en dissolution , et l'épaisseur de ce dépôt salin seroit proportionnelle à la quantité d'étui contenue dans le bassin et enlevée par l'évaporation ; en sorte, par exemple, qu'en supposant huit cents brasses ou quatre mille pieds de profondeur au bassin , on aiiroit au moins cent pieds d'épaisseur de sel après l'évaporation de cette eau, qui , comme l'on sait , contient communément un quarantième de sel relativement à son poids. Je dis ceut pieds au moins, car ici le volume augmente plus que proportionnellement à la masse. Je ne sais si cette augmentation relative a été déterminée ^ar de^ expériences ; mais Je suis persuade qu'elle est considérable , tant par la
quantité d'ean que le ad retieiit.<)tBa
talli>ation , que par les matières grasses et terreuses dont l'eau de la mer est toujours chargée* €|t (|ue l'évaporation ne peut enlever. Quoi qu'il en so.it, les vues que je viens de présenter sont sufUsantes pour concevoir la foimation de ces prodigieux détiôts de sel , sur lesquels nous croyons devoir donner encore quelques détails importans. Yoici l'ordre des difft^rens bancs de terre et de pierre qu'on trouve avant de parvenir au sel dans les mines de Wielitska. <• Le premier lit, celui qui s'étend jusqu'à rintcriear de la mine, est de sable, c'est-à-dire un amas de grains lins arrondis, blancs , j;tunàtrès, et ntème rougeâti-es. Ce banc de sable est suivi de plusieurs lits de terre argiieuse plus ou moins colorée; mais le plus ordinairement ces terres ont la couleur de rouille de fer. Ces lits de terre , à une certaine profondeur, sont sénat es par des lames de pierre que leur peu d'épaisseur, jointe à leur couleur noirâtre, feroit regarder connue des ardoises; ce sont des pierres feuilletées...
On descend d'abord dans le premier étage par une espèce de puits de huit pieds eo carré, ayant deux cents pieds de France de profondeur, au lieu de six cents, comme on a %'onlu le dire... On y trouve une chapelle taillée dans la masse du sel, et qui peut avoir environ trente pieds de longueur sur vingtquatre de lanceur et dix-huit de hauteur.
Tous jes ornemens et les images de cette chapelle sont aussi faits avec du sel... Il n'y a que neuf cents pieds de profondeur depuis ie sommet de la mine jtisque dans l'endroit
le plus profond Et il est étonnant qu'on
ait voulu persuader le public qu*il y avoit dans cette mine une espèce de ville souterraine, puisqu'il n*y a dans les galeries que quelques petites chambres qui sont destinées à enfermer les outils des ouvriers lorsqu'ils s'en vont le soir de la mine... Plus on pénètre profondement dans ces salines , plus on trouve le sel abondant et pur ; si l'on rencontre quelques couches de terre, elles n'ont ordinairement que deux à trois pieds d'épaisseur et fort peu d'étendue. Toutes ces couches sont d'une glaise plus ou moius sableuse.
« On n'a trouvé jusqu'à présent dans ces mines aucune production volcanique, telle que soufre , bitume, charbon minéral, etc., comme il s'en trouve dans les salines de Halle, de la haute Saxe, et du comté de Tyrol. On y trouve >l)eaucoup de coquilles, principalement des bivalves et des madrépores....
SEL MAKtTV ET SEL GEMME.
« Je ii*af;sur(>rni pas que ces mines aient, comme on le dil, trois lieues d'étendue en tous sens.... Mais il y a lieu de croire qu'elle» cominuinquent à celles de T^ocliiiia (ville à cinq milles au levant de Wielitska), où l'on exploite le môme sel. Le travail de Wielilska a toujours été dirigé du côté de Rochnia, et celui de Bochnia du côté de Wielitska, jusqu'en 1772, qu*on se trou i»a arrêté de part et d'autre par un Ut de terre marneuse, ne contenant pas un atome de sel....
Mais Tadministralion avant dirigé l'exploitation du roté du midi, on trouva du sel beaucoup plus pur..,.
« On dt'iarhe ce sel de la masse en blocs qui ont ordinairement sept à huit pieds de lo!i{;ueur sur quatre de largeur et dfux d'épaisseur; on emploie pour cela des coins de fer, et on opère à peu près de la manière qu'on le fait dans nus carricrf s pour en tirer la pierre de taille.... Lorscpie ces gros blocs sont ainsi dctaclics, on les divise en trois ou quatre parties , dont on fait des cylindres pour en faciliter le transport.
« Les morceaux de sel que l'on trouve quelquefois dans cette mine de Wielitska se rencontrent par cubes isolés dans les couches de glaise, sans affecter de marche régulière, et quelquefois formant des bandes de deux à trois pouces d'épaisseur dans la masse du sel; mais celui qni se trouve en grains dans la glaise est toujours le plus beau, et on conduit presque tout ce sel blanc dans l'endroit que l'on appelle ta chance tlcrie , qui est un bureau où travaillent quatre commis pendant la journée. Tout ce qui orne cette chancellerie, conmie tables , armoires, etc., est en sel... Avec les morceaux de sel blanc les plus transjiarens , on travaille de jolis ouvrages qui ont différentes formes, comme des cruciûx , des tables , des chaises , des tasses à café , des canons montés sur leurs aH'ûts, des montres, des salières, etc. »
Nous ne pouvons douter qu'il n'y ait en France des mines de sel gemme, puisque nous y connoissons un grand nombre de fontaines salées, et dans nos provinces même les plus éloignées de la mer : mais la recherche de ces mines est prohibée, et même l'usage de l'eau qui en découle nous est intej'dil par une loi fiscale, qui s'oppose au droit si légitime d'user de ce que la naliu'e nous offre avec profusion ; loi de proscription contre l'aisance de l'homme et la santé
des
animaux, qui.
comme nous , doivent
participer aux bienfaits de la mère commune, et qui , faute de sel , ne vivent et ne se multiplient qa'à demi; loi de malheur, ou plu-
tôt sentence de mort cotilre le» généralions à venir, ((ui n'est foudé«)quesur le mécompte et sur l'ignorance, puisque le libre usage de cette denrée , si nécessaire à l'homme et à tous les êtres vivans , ferait plus de bieii et devieudroit plus utile à l'État que le produit de la prohibition; car il soutiendroit et augmeuteroit la vigueur , la santé , la propagation, \fL multiplication des hommes et de tous les animaux utiles. La gabelle fait plus de mal à l'agriculture que la grêle et la gelée : les birufs, les chevaux, les moutons, tous nos premiers aides dans cet art de première nécessité et de réelle utilité, ont encore plus besoin que nous de. ce sel qui leur étoit offert comme l'assaisoBnement de leur insipide herbage , et comme un préservatif contre l'humidité putride dont nops les voyons périr ; tristes réflexions que j'abrège en disant ijue l'anéantissement d un bienfait de la nature est un crime dont l'Iiomme ne se fut jamais rendu coupable s'il eût entendu ses véritables intérêts.
Les mines de sel se présentent dans tous les pays où l'on a la liberté d'en faire usage; il y en a tout autant en Asie qu'en Europe; et le despotisme oriental, qui nous paroit si pesant pour l'humanité , s'est cependant abstenu de peser sur la nature. Le sel est commun en Perse et ne paie aucun droit; les salines y sont en grand nombre, tant i la surface que dans l'intérieur de la terre.
On voit aux en\ irons d'AsIracan une montagne de sel gemme, où les habitans du pays, et même les étrangers, ont la lil>erté d'en prendre autant qu'il leur plaît. Il y a aussi des plaines immenses qui sont pour ainsi dire toutes couvertes de sel : on voit uqe semblable plaine de sel en Nalolie. Pline dit que Ptolémée , en plaçant son camp près de Péluse , découvrit sous le sable une couche de sel que Ton" trouva s'étendre de l'Egypte à l'Arabie. La mer Caspienne et plusieurs autres lacs sont plus ou moins salés *. Ainsi, dans les terres les plus éloignées de l'Océan, l'on ne manque pas plus de sel que dans lés contrées maritimes, et partout il ne coûte que les frais de l'extraction ou de l'évaporation. Eu Afrique, il y a peut-être encore
I. Pline, en parlant de rividres stiléci, qu'il place prà» de la mer Caspienne, 4>t que le sel forme une croûte à la surface, sous laquelle te AtMive coule , comme s'il étoit glacé; ce qu'on ne peut néanmoins entendre que des mers et des anses, où l'eau tranquille vet donnante, et baissant daits les chaleurs , donnoit lieu à la Toùte d» sel de le former.... Sed 9I summa fluminum duranlur in iatem» amne re/iguo ve/ufi sub gelu Jluente ^ ut apud Caspias porUUi giu9 salis flumioa appeiantur.
plus de mines de sel qu*eii Europe et en Asie : les voyageurs citent les salines du cap de Bonne- Espérance; Kolbe surtout s*étend beaucoup sur la manière dont s*y forme le sel , et sur les moyens de le recueillir. En Abyssinie , il y a de vastes plaines toutes couvertes de sel , et Ton y couuoit aussi des mines de sel gemme ; ils*en trouve de même aux îles du cap Vert , au cap Blanc ; et comme la chaleur est excessive au Sénégal, en Guinée , et dans toutes les terres basses de TAfrique, le sel s*y forme par une évaporation prompte et presque continuelle. Il s^n forme aussi sur la côte d'Or , et il y a des mines de. sel gemme au Congo. En général , TAfrique , comme la région la plus chaude de la terre , a peu d'eau douce , et presque tous les lacs et autres eaux stagnantes de cette partie du monde sont plus ou moins salés.
L'Amérique, surtout dans les contrées méridionales, est assez abondante en sel marin il s*en trouve aussi dans les îles , et notamiient à Saint-Domingue et sur plusieurs ^tes du continent, ainsi que daus les terres de l'isfthme de Panama , dans celles du Pérou , de la Californie, et jusque dans les terres Magellaniques.
Il y a donc du sel dans presque tous les
Îtays du monde , soit eu masses solides à 'intérieur de la terre, soit en poudre cristaUi.sée à sa surface, soit en dissolution dans les eaux courantes ou stagnantes. Le sel en masse ou en poudre cristallisée ne coûie que la peine de le tirer de sa mine , ou celle de le recuellir sur la terre : celui qui est dissous dans l'eau ne peut s'obtenir que par l'évaporaiion; et dans les pays où les matières combustibles sont rares , on peut se servir avantageusement de 1 1 chaleur du soleil, et même l'augmenter par des miroirs ardens lorsque la masse de l'eau salée n'est pas considérable; et Ton a observé que les vents secs font autant et peut-être plus d'effet que le soleil sur la surface des marais salans. On voit , par le témoignage de Pline, que les Germains et les Gaulois tiroient le sel des foutaines salées par le moyen du feu ; mais le bois ne leur coûtoit rien , ou si peu , qu'ils n'ont pas eu besoin de recourir à d'autres moyens : aujourd'hui, et même depuis plus d'un siècle , on fait le sel en France par la seule évaporation, en attirant Teau de la mer dans de grands terrains qu'on appelle des marais sa/ans, M. Montel a donné une descripiion trèsexacte des marais salans de Peccais dans le bas Languedoc. On ne fait à Peccais qu'une
MINERAUX
récolte de sel chaque année, et le temps nécessaire à l'évaporatioii est de quatre ou cinq mois, depuis le commencement de mai jusqu'à la Hn de septembre.
Il y a de même des marais salans en Provence, dans lesquels on fait quelquefois deux récoltes chaque année, |)arce que la chaleur et la sécheresse de l'été y sont plus grande«; et comme la mer Médiierraiiée n'a ni flux ni reflux , il y a plus de sûreté et moins d'inconvéniens à établir des marais salans dans son voisinage que dans celui de rOcéan. Les seuls marais salans de Peccais, dit M. Montel, rapportent à la ferme générale sept ou huit millions par an. Pour que la récolte du sel soii regardée comme bonne, il faut que la couche de sel produite par l'évaporation successive, pendant quatitt a cinq mois, soit épaisse de deux pou* es et demi ou trois pouces. Il est dit dans la Gazette (t agriculture « Qu'en 1775 il y a voit plus de quinze cents hommes employés à recueillir et entasser le sel dans les marais de Peccais : indépendamment de ces salines et de celles de Saint-Jean et de Roquemaure , où le sel s'obtient par industrie , il s'en forme tout naturellement des quantités mille fois plus considérables dans les marais qui s'étenden jusqu'auprès de Martigu^j en Provence. L'imagination peut à peine se figurer la quantité étonnante de sel qui s'y trouve cette année : tous les /tommes, tous les bestiaux de CEtwope ne pourraient la consommer eu plusieurs années , et il s'en forme à peu près autant tous les ans.
« Pour garder , ce n'est pas dire conserver, mais bien perdre, tout ce sel, il y aura une brigade de gardes à cheval, nommée dans le pays du nom sinistre de brigade notre , laquelle va campant d'un lieu à un autre, et envoyant journellement des détachemens de tous les côiés. Ces gardes ont commencé à camper vers la fin de mai ; ils resteront sur pied , suivant la coutume , jusqu'à ce que les pluies d'automne aient fondu et dissipé tout ce sel naturel. »
On voit , par ce récit , qu'on pourroit épargner le travail des hommes , et la dépense des digues et autres constructions nécessaires au maintien des marais salans, si l'on vouloit profiter de ce sel que nous offre la nature : il faudrait seulement l'entasser comme on entasse celui qui s'est déposé dans les marais salans , et le conserver pendant trois ou quatre ans , pour lui faire perdre son ameriurae et son eau superflue. Ce n'est pas que ce sel, trop nouveau, soit nuisible à la santé, mais il est de man-