‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémensChapitre 137 sur 161 · SEL MARIN ET SEL GEMME · texte numérisé non relu

SEL MARIN ET SEL GEMME

vais goùl ; et tout celui qu'on débite au public dans les greniers à sel doit , par les régleoiens , avoir été facturé deux ou trois ans auparavant.

MaJgré Tinconvénient des marées, on o*a pas laissé d'établir des marais salans sur rOeéan romme sur la Méditerranée, surtout dans le bas Poitou , le pays d'Aunis , la Saintonge, la Bretagne, et la Noroiandie : Je sel s'y fait de même par Tévaporation de l'eau marine. <« Or on facilite cette évapora» * lion , dit M. Guettard , en faisant circuler l'eau autour de ces marais , et en la recevant ensuite dans de petits carrés qui se forment au moyen d'espèces de vannes : l'eau , |4ar son séjour, s'y évapore plus ou moins promptement, et toujours proportionnellement à la force de la chaleur du soleil; elle y dépose ainsi le sel dont elle est chargée. » Cet académicien décrit ensuite avec exactitude les salines de Normandie dans la baie d'Avranches , sur une plage basse où le mouvement de la mer se fait le moins sentir , et donne le temps nécessaire à Tévaporation. Voici l'extrait de cette description : On ramasse le sable chargé de ce dépôt salin , et cette récolte se fait pendant neuf ou dix mois de Tannée ; on ne la discontinue que depuis la fin de décembre jusqu'au commencement d'avril. ... On transporte ce sable mêlé de sel dans uu lieu sec , où ou en fait de gros tas en forme de spirale; ce qui donne la facilité de monter autour pour les exhausser autant qu'on le juge à propos : on couvre ces tas avec des fagots , sur lesquels on met uu enduit de terre grasse pour empêcher la pluie de pénétrer. . . . Lorsqu'on veut travailler ce sable salin, on découvre peu à peu le tas; et à mesure qu'on enlève le sable , on le lave dans une fosse enduite de glaise bien battue et revêtue de planches, entre les joiuts desquelles l'eau peut s'écouler. On met dans cette fosse cinquante ou soixante boisseaux de ce sable salin , et on y verse trente ou trente-cinq seaux d'eau; elle pass.^ à travers le sable et dissout le sel qu'il contient : on la conduit par des gouttières dans des cuves carrées de trois pieds, qui sont placées dans un bâtiment qui sert à Tévaporaiion ; on examine avec une éprouvette si cette eau est asse% chargée de sel ; et si elle ne l'est pas assez , on enlève le sable de la fosse et on y en remet de nouveau. Lorsque l'eau se trouve suffisamment salée, on la transvase dans des vaisseaux de plomb qui n'ont qu'un ou deux pouces de profondeur sur vingtûx pouces de longueur et vingt-deux de lar-

geur ; on place ces plombs sur un fourneau qu'on échauffe avec des fagots bien secs :

l'évaporation se fait en deux heures. Oa remet alors de la nouvelle eau salée daQ) les vaisseaux de plomb, et on la fait év;aporer de même. La quantité de sel que Ton retire en vingt-quatre heures, au moyen de ces opérations répétées, est d'environ cent livres dans trois vaisseaux de plomb des dimensions ci - dessus. On donne d'abord m feu assez fort , et on le continue ainsi jusqu'à ce qu'il se forme une petite fleur de sel sur l'écume de cette euu ; on enlève alors cette écume et on ralentit le feu. L'évaporation étant achevée, on remue le sel avec une pelle pour le dessécher; on le jette dans des paniers en forme d'entonnoir, où II peut s'égoutter. Ce sel, quoique tiré par le moyen du feu , et dans un pays où le bois est cher , ne se vend guère que 3 livres 10 sous les cinquante livres pesant. Il y a aussi en Bretagne soixante petites fabriques de sel par évapora tion , tiré des vases et sables de la mer , dans lesquels on mêle un tiers de sel gris pour le purifier et porter les liqueurs à quinze sur cent.

On fait aussi du sel en grand dans quelques cantons de celte même province de Bretagne; on tire des marais salans de la baie de Bourgneuf seize ou dix-sept mille muids de sel , et l'on estime que ceux de Guérande et du Croisic produisent , année commune, environ vingt-cinq mille muids.

Eu Franche-Comté , en Lorraine, et dans plusieurs autres contrées de l'Europe et des autres parties du monde, le sel se tire de l'eau des fontaines salées. M. de Montigny, de l'Académie des Sciences , a donné une bonne description des salines de la Franche- Comté , et du travail qu'elles exigent. Yoici l'extrait de ses observations. « Les eaux , dit M. de Montigny, de tous les puits salés, tant de Salins que de Montmorot, contiennent en dissolution, avec le sel marin ou sel gemme y des gypses ou sélénites gypseuses; des sels composés de l'acide vitriolique engagé dans une base terreuse; du sel de Glauber ; des sels déiiquescens , composés de l'acide marin engagé dans une base tet reuse ; une terre alcaline très-blanche , que l'on sépare du sel gemme lorsqu'on le tient long- temps en fusion dans un creuset; enfin une espèce de glaise très -fine, et quelques parties grasses, bitumineuses, ayant une forte odeur de pétrole. Tontes ces eaux portent un principe alcalin surabondant....

Elles ne sont point mêlées de vitriols métalliques ....

MINÉRAUX

« Les tels en petits grains , ainsi que les sels en pain, se sont également trouvés chargés d'un alcali terreux.... Ainsi ces seb ne sont' pas, comme le sel marin, dans lui état de neutralité parfaite.

* L« sel à gros grains de Montmorot est )• seul que nous ayons trouvé parfaitement neutre. ... Ce sel à gros grains est tiré des mêmes eaux que le sel à petits grains; mais il est formé par une évaporation beaucoup plus lente : il Tient en cristaux plus gros , tres-réguIiers , et en même temps beaucoup

{jlus purs .... Si les eaux des fontaines saées ne contenoient que du sel gemme en dissolution, révaporai ion de ces eaux, plus lente ou plus prompte , n^inHueroit en rien sur la pureté du sel ... . On ne peut donc séparer les matières étrangères de ces sels de Franche -Comté que par une très -lente éTapôration * et cependant c'est avec les sels à petits grains , fftits par une très-prompte éva|ioratlon , que Ton fabrique tous les sels en pain, dont 1 usage est général dans toute la Franche -Comté. ... On met les pains de sel qu^on vient de fabriquer sur des lits de braises ardentes, où ils restent pendant vingtcinq, trente, et même quarante heures, jusqu'à ce qu ils aient ac(|uis la sécheresse et la dureté nécessaires pour résister au transport » . . . . Le mélange du sel de Olauber, de, gypse , de bitume , et de sel marin à base terreuse, ijui vient par la réduction de ces eaux , est d'une amertume inexprimable....

« La saveur et la qualité du sel marin Tont fort altérées par le mélange du gypse Oi'sque les eaux ne reçoivent pas assez de .taleur pour en opérer la séparation, et la Juantité du gypse est fort considcrahie dans

jes eaux de Salins Le gjpse de Salins

rend le sel d'un blanc opaque , et le gypse de Montmorot lui donne sa couleur grise....

t. Kong drrons observer que cette pratique de mettre te sel à l'exposUion du Teu pour le durcir, est tr^-pr^udiciabie à la pureté el à la qualité du sel :

1* Parce que pour mouler le sel , il faut qu'il soit humecté de son eau-mère que le feu ne fait que dessécher en agglutinant la masse saline , et cette eau<mèfe est une partie impure qui reste dans le sel.

a" Une partie du gypse se décompose; son acide TÎtriolique agit sur la hase du sel marin , le déuature, et le rend amer.

3° |,e sel marin le plus pur reçoit une altératioik très-spusible par ia calcination ; il devient plus caustique ; une partie de l'uciJp s'en dissipe , et laisst; une hase terreuse qui procède de Ja (l«coinposilion de l'acide minéral. La décomposition diï sel est si 8ensil)le, que l'on ne peut rester dans les étuves du grilUi(,'e, à cause des vai>eurs acides qui aflcetoal la poitrine et les yeux.

Lorsque les eaux sont foibles en salure, comme celles de Montmorot, on a trouvé le moyen de les concentrer par une méthode ingénieuse et qui multiplie l'évaporatioii sans fen. »

Ces fontaines salées de la Franche-Comté, qui fournissent du sel à toute oette province et à une partie de la Suisse , ne .sont pas plus abondantes que celles qui se trouvent en Lorraine , et qui s'exploitent dans les petites villes de Dieuze , Moveuvic , et Château-Salins, toutes situées le long de la vallée qu'arrose la rivière de Seille. A Rosières , dans la même province , étoit une saline des plus belles de l'Europe par l'étendue de son bâtiment de graduation ; mais cette saline est détruite depuis environ vingt ans. A Dieuze , non plus q^i'à Moyenvic et à Châteati-SaUns, on n'a pas besoin de ces grands bâtimens ou hangars de graduation pour évaporer l'eau, parce que d'elle-même elle est assez chargée pour qu'on puisse, en la soumettant immédiatement à l'ébullition , en tirer le sel avec profit.

Il se trouve aussi des sources et fontaines salées dans le duché de Bourgogne et dans plusieurs autres provinces , où la ferme générale entretient des gardes pour empêcher le peuple de puiser de l'eau dans ces sources. Si l'on refuse ce sel aux hommes , on devroil au moins permettre aux animaux de s'abreuver de celte eau, en établissant des bassins dans lesquels ces mêmes gardes ne laisseï oient entrer que les bœufs et les moutons, qui ont autant et peuf-êire plus besoin que l'homme de ce sel pour prévenir les maladies de pourriture qui les font pé rir; ce qui, je le répète, cause beaucoup pins de perte à TÉtat que la vente du sel ne donne de profit.

Dans quelques endroits ces fontaines salées forinent de petits lacs; on en voit un aux environs de Courlezon, dans la principauté d'Orange. « Des hommes, dit M. Guettard, intéressés à ce qu'où ne fasse point d'usage de celte eau, ordonnent de trépigner et mêler ainsi avec la terre le sel qui peut , dans la belle saison, se cristalliser sur les bords de cet étang. L'eau en est claire et limpide, un peu onctueuse au toucher, d'un goût passablement salé. Ce petit lac est éloigne de la mer d'environ vingt lieues.

S'il n'étoit dû qu'à une niasse d'eau de mer restée dans cet emiroit, bientôt la seule évaporation anroit sulTi pour le tarir. Ce lac ne reçoit point de rivière ; il faut donc nécessairement qu'il sorte de son fond des soui'ces d'eau salée pour lentretenir. »

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