‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémensChapitre 146 sur 161 · DU FEE · texte numérisé non relu

DU FEE

renoe de pins de trente-cinq livres par pied cube, c*eftt-à-dire d*un douzième environ, sur la pesanteur spécifique de la fonte de ier ; et comme sa résistance est tout au moins proportionnelle à sa densité, il s'ensuit que tes pièces de canon de cette fonte dense résisteront à la charge de douze livres de poudre, tandis que celles de fonte blanche et légère éclateront par l'effort d'une charge de dix à onze livres. Il en est de même de la pureté de la fonte : elle est , comme sa résistance , plus que proportionnelle a sa densité; car, ayant comparé le produit en fer de ces fontes, j'ai vu qu'il falloit quinze cent cinquante des premières, et seulement treize cent vingt de la fonte épurée qui pesoit cinq cent douze livres le pied cube, pour faire un millier de fer.

Qudque grande que soit cette différence, je suis persuadé qu'elle pourroit l'être encore plus, et qu'avec un fourneau construit exprès pour couler du gros canon, dans lequel on ne verseroit que la mine bien préparée, et à laquelle on donneroit en effet quarante-huit heures de séjour dans le creuset avec un feu toujours égal , on obtiendroit de la fonte encore plus dense , plus résistante , et qu'on pourroit parvenir au point de la rendre assez métallique pour que les pièces, au lieu de crever en éclats, ne fissent que se fendre , comme les canons de bronze, par une trop forte charge.

Car la fonte n'est dans le \Tai qu'une matte de fer plus ou moins mélangée de matières viti-euses : il ne s'agiroit donc que de purger cette matte de toutes les parties hétérogènes, et l'on auroit du fer pur ; mais comme cette séparation des parties hétérogènes ne peut se faire complètement par le Feu du fourneau , et qu'elle exige de plus le travail de l'homme et la percussion du marteau , tout ce que l'on peut obtenir par le régime du feu le mieux conduit , le plus long-temps soutenu, est une fonte en régule encore plus épurée que celle dont je viens de parler. Il laut pour cela briser en morceaux cette première fouie , et la faire refondre. Le produit de cette seconde fusion sera du régule, qui est une matière mitoyenne entre la fonte et le fer. Ce régule

cubiques de fonte de quatre pouces , c'est-à»dire de ■oixante'quatre pouces cubes , tons également tires du milieu des gueuses • et ensuite ajustés par la mine à ces dimensions. M* Brisson , dans sa table des pesanteurs spécifiques, donne duq cent quatre lirres sept onces six gros de poids à un pied cube de fonte, cinq cent quarant»cinq livres deux onces quatre gros au fer forgé » et cinq cent quarante-sept livres quatre onces à l'acier.

BUFVOK. U.

approche' de l'état de métallisation : il est un peu ductile , ou du moins il n'est ni cassant, ni aigre, ni poreux, comme la fonte ordinaire ; il est au contraire très - dense , très-compocte, très-résistant, et par conséquent très-propre à faire de bons canons.

C'est aussi le parti que l'on vient de prendre pour les canons de notre marine. On casse en morceaux les vieux canons ou les gueuses de fonte, on les refond dans des fourneaux d'aspiration à réverbère : la fonte s'épure et se convertit en r^le par cette seconde fusion. On a confié la direction de ce travail à M. Wilkinson , habile artiste anglois, qui a très -bien réussi. Quelques autres artistes franoois ont suivi la même méthode avec succès , et je suis persuadé qu'on aura dorénavant d'excellens canons, pourvu qu'on ne s'obstine pas à les tourner; car le ne puis être de l'avis de M. le vicomte de Morogues ' , dont néanmoins je respecte le^ lumières , et je pense qu'en enlevant par le tour l'écorce du canon , on lui ôte sa cuirasse , c'est-à-dire la partie la plus dure et la plus résistante de toute sa masse *.

t. Voyex la noie précédente

a. Voici ce que m'a écrit à ce sujet M. de La Belonze, conseiller au parlement de Paris, qui a fait des expériences et dû travaux très*tttilcs dans sea forgea du Mivemois : « Voas regardez » monsieur, comme fait certain , que la foute la pins dense est la meilleure pour faire des canons ;■ j ai hésité longtemps sur cette vérité, et j'avois pensé d'abord que la fonte premiÂre , comme étant plus légère , et conséquemment plus élastique, cédant plus fa« cilement à l'impulsion de la poudre , devroit être moins sujette à casser que la fonte seconde , c'està-dire la fonte refondue qui est beaucoup plus pesante.

«Je n*ai décidé le sieur Frérot à les faire de fonte refondue , que parce qu'en Angleterre on ne les fait que de cette façon ; cependant en France on ne les fond que de fonte première.... La fonte refondue est beaucoup pins pesante ; car elle pèse cinq cent vingt A cinq cent trente livres , au lien que l'autre ne pèse que cinq cents livres le pied cube....

« Vous avec grande raison , monsieur, de dire qu'il ne faut pas tourner les canons.... La partie extérieure des canons , c'est-à-dire l'enveloppe , est toujours la plus dure, et ne se fond jamais au fourneau de réverbère ; et sans le ringard on retireroit presque les pièces figurées a>mme elles étoient lorsqu'on les a mises au fourneau. Cette enveloppe se convertit presque toute en fer à l'affinerie ; car avec onze cents ou onze cent cinquante livres- de fon:e on fait un millier de très-bon fer.... tandis qu'il faut quatorze cents ou quinze cents livres de notre fonte première pour avoir un millier de fer....

«cYous désireriez, monsieur, qu'on pût couler les canons avec la fonte d'un seul fourneau ; mais le poids en est trop considérable, et je ne crois pas que le sieur Wilkinson les coule à Indret avec le jet d'un seul fourneau , surtout pour les canons de vingt-quatre. Le sieur Frérot 04 coule que d^

iU

MriïÉRAtIX.

Cette fonte refondue, ou ce régule de fer , pe»e plus de cina cent trente livres le pied cube; et comme le fer forgé pèse cinq cent quarante -cinq ou cinq cent quarantesix InrreSi et qiie la meilleure fonte ne pèse que cinq eent douze • on Toit que le régule est dans l'état intermédiaire et moyen entre la fonte et le fer. On peut donc être assuré que les canons laits avec ce régule non seufement résisteront à Teffort des charges ordinaires, mais qu'ayant en même temps un S eu de ductilité I ils se fendront au lieu 'éclater à de trop fortes charges.

On doit préférer ces nouveaux fourneaux d'aspiration à nos fourneaux ordinaires,' parce au'il ne seroit pas possible de refondre la tonte en gros morceaux dans ces derniers , et qu'il y a un grand avantage à se servir des premiers , que l'on peut placer ou l'on veut , et sur des plans élevés , où Ton a la facilité de creuser des fosses profondes pour établir le moule du canon sans craindre l'iiumidité; d'ailleurs il est plus court et plus facile de réduire la fonte en régule par une seconde fusion que par un très - long séjour dans le creuset des hauts fourneaux : ainsi l'on a très - bien fait d'adopter eette méthode pour fondre les pièces d'artillerie de notre marine >.

Là fonte épurée autant qu'elle peut l'être dans on creuset , ou refondue une seconde fois , devient donc un régule qui fait la nuimee on l'état mitoyen entre la fonte et le fer : ce r%ule , dans sa première fusion , coule à peu près comme la fonte ordinaire; mais lonqu'il est une fois refroidi , il devient presque aussi infusible que le fer. lie feu des volcans a quelquefois formé de ces jrégules de fer , et c'est ce que les minéralogistes ont appdé |mal à propos fer natif ; eàr, eomnie nous l'avons dit, le fer de na* lai% est toujours mêlé de matières vitreuses, et n'existe que dans les roches ferrugineuses produites par le fou primitif.

La fente de fer tenue très-long-^erops dans

etoons de dix'hnit avec le jet de deux foameaax , de pareille grandeur et dans la même exposition ; il coule arec un seul fourneau les canons de douze*: mais il a toujours un fourneau près de la fonte , duquel il peut se servir pour achever le canon , et le surplus de la fonte du second fourneau s'em-

Sloie à couler de petits canons; on ne fait pour ela que détourner le jet lorsque le plus gros canon est coulé. » ' X. La fonderie royale que le ministre de la marine Tient de faire établir près de Nantes en Bretagne démontre la supériorité de cette méthode knt toutes celles qui étoient en usase anpararant , ii qû! étoient sujettes aux inconTéiienS dont nous fènôbt de fair* thèntioh.

le creuset , sans être agitée et fentiiée do temps en temps, forme quelquefois des boursouuures ou cavités dans son intérieur, oè la matière se cristallise >. M. de Grignon est le premier qui ait observé ces cristallisations du régule de fer, et l'on a reconnu depuis que tous les métaux et les régules des dêmimétaux se cristallisoient de même à tm feu bien dirigé et assez long-temps sonCètiu , en sorte qu'on ne peut plus douter qné Id cristallisation , prise généralement ,, ne puisse s'opérer par l'élément dà feii cottiinè pBt celui de Peau.

Le fer est , de tous les métaux , celui dottt rétat varie le plus ; tous les fluides , à l'exception du mercure, l'attaquent et le rongent; l'air sec produit à sa surface une rouille légère, qui, en se durcissant, fait l'effet d'un vernis impénétrable et assez ressemblant au vernis des bronzes antiques; l'air humide forme une rouille plus forte et plus profonde, de couleur d'ocre; Teaa

{)roduit avec le teinps, sur le fer qu'on y aisse plongé , une roiiille noire et légère.

Toutes les substances salines font de grandes impressions sur ce tnétal , et le convertissent en rouille : le soufre fait fondre en un instant le fer rouge de feu, et le change en pyrite. Enfin l'action du feu détruit le fer, ou du moins l'altère, dès qii'il a pris sa parfaite métallisation : un feu tt^-véhément le vitrifie; un feu nioins violent, mais long-temps continué , le réduit en colcotar pulvérulent; et lorsque le feu est à tin moio-

». J'ai fait un essai sur la cristallisation de la fonte de fer, que je crois devoir rapporter ici. Cet <âsai a été fait, dans un très-grahd creuset de molybdène, sur une masse d'environ deux cent trinquante Uvres de fonte: on avoit pratiqué vers le bas de ce creuset un trou de huit à neuf lignes de diamètre « que l'on avoit ensuite bouché avec de la terre de coupelle : ce creuset fut placé sur Une grille et entouré an bas de charbons ârdens , tandis que la partie supérieure étoit défendue de la chaleur par une table circulaire de briques ; on remplit ensuite le creuset de fonte liquide ; et quand la surface supérieure de cette fonte , qui étoit exposée à l'air, eut pris de la consistance , on ouvrit promptenent le bas du creuset : il coula d'un seul jet plus de moitié de la fonte encore rouge , et qui laissa une grande cavité dans l'intérieur de toute ia masse. Cette cavité se trouva hérissée de trèspetits cristaux dans lesquels on distingiloit , à la loupe, des faces disposées en octaèdres ; mais la plupart étoient comme des trémies ereases , pui»* qu'avec une barbe de plume elles se détachoieat M tomboient en petits feuillets comme les mines de fer micacées; ce qui néanmoins est éloigné des belles cristallisations de M* de Grignon , et annonce que, dans cette opération, le refroidissement fat 'encore trop prompt; car, il est bon de le répéter, 6e '''n'est que par un refroidissement très-lent que Is fonte en fusion peut prendre ans fwme cristallisés

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en 'éÊiçfé 4 il ne laliM pas d'attaquer à la longue la substaïkie do fer, et ea réduit la surface en lames minces et ea écailles. La fonte de fet* est également susceptible de destruction par les mêmes élémèns; cependaht Teau n-à pas autant d'action sur la tonte ^ue sur l6 fër, et les nias mauvaises fontes, 3'est-À-dil% celles qui fcontieniient le piqs de parties vitreuses, sont i^les stv lesoueites l'air humide at TieâU font le moins dHmpression.

Après avoir exposé les difTéfentes qualités de la foute de fer, et les diffî6reutes altérations que la seule action du feu peut lui faire subir jusqu'à sa destruction, il faut reprendre cette fonte au point oà nott*e ait la convertit en une nouvelle matière què la nature ne nous offre nulle part sous cette forme, c'est-à-dire en fer et en acier, qui, de toutes les substances métalliques, sont Its plus difficiles à traiter, et doivent pour ainsi dire toutes leurs qualités à la main et au travail de l'homme : mais ce sont aussi les matières qui, comme par dédommagement, lui sont plus utiles et plus nécessaires que tous les autres métaux , dont les plus précieux n'ont de valeur que par nos conventions, puisque les hommes qui ignorent cette valeur de convention donnent volontiers un morceau d'or pour un clou. En effet, St l'on estime les matières par leur utilité physique, le sauvage a raison ; et si nous les estimons par le travail qu'elles coûtent , nous trouverons encore qu'il n'a pas moins raison. Que de difQcidtés à vaincre! que de problèmes à résoudre! combien d'arts accumulés les uns sur les autres ne faut-il pas pour faire ce clou ou cette épingle dont nous faisons si peu de cas! D'abord, de toutes les substances-métalliques, la mine de fer est la S lus difficile à fondre < : il s'est passé bien es siècles avant qu'on en ait trouvé, les moyens. On sait que les Péruviens et les Mexicains n'avoient en ouvrages travaillés

3 ne de l'or, de l'argent, du cuivre, et point e fer; on sait que les armes des anciens

I. Il y a qa«]qiM)s ibiaM d« «vivre pytftMâec qui •onl flBoote phM iongnes à traiter que la raine fie fer } il faat neuf ou dix jjrillaget préparatoires k ces mines de cuivre pjnteases , arant de les rédu ire en mattei , et faire sabir à cette matle l'action sucf^essive de trois, qoatre, et doq fenx avant d'obtenir dn evivre noir; enfin il faat encore fondre «t purifier ce cnÎTre noir, avant qu'il devienne cuivre ronge , et tel qu'on poisse le verser dans le commerce : ainsi certaines mines de cuivre exigent encore plus de travail que les minet de fer pour être réduitei en métal { mais ensuite le cuivre se

fyréte bien plus aisément que lé fer à toutes les ormes qn*on veut lui donner.

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