‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémensChapitre 39 sur 161 · SECONDE · texte numérisé non relu

SECONDE

laires de ces prolongemens de la roche intérieure du globe; et enfin il resteroit les trous, les anfi-actuosités , et toutes les cavités intérieures de cette roche qui en est la base, et qui sert de soutien à toutes les matières terrestres amenées ensuite par les eaux.

Et comme ces fentes occasionées par le refroidissement coupent et tranchent le plan vertical des montagnes non seulement de haut en bas , mais de devant en arrière , ou d'un côté à Tautre, et que dans chaque montagne elles ont suivi la direction générale de sa première forme, il en a résulté que les mines, surtout celles des métaux précieux « doivent se chercher à la boussole, en suivant toujours la direction qu'indique la découverte du premier filon; car dans chaque montagne les fentes perpendiculaires qui la traversent sont à peu près parallèles : néanmoins il n'en faut pasponclure, comme l'ont fait quelques minéralogistes , qu'on doive toujours chercher les métaux dans la même direction , par exemple sur la ligne de onze heures ou sur celle de midi; car souvent une mine de midi ou de onze heures se trouve coupée par un filon de huit ou neuf heures, etc. , qui étend des rameaux sous différentes directions; et d'ailleurs on voit que, suivant la forme différente de chaque montagne , les fentes perpendiculaires la traversent, à la vérité, parallèlement entre elles , mais que leur direction , quoique commune dans le même lieu , n'a rien de commun avec la direction des fentes perpendiculaires d'une autre montagne, à moins ([ue cette seconde montagne ne soit parallèle ù la première.

Les métaux et la plupart des minéraux métalliques sont donc l'ouvrage du feu, puisqu'on ne les trouve que dans les fentes de la roche vitrescible , et que , dans ces mines rimordiales, l'on ne voit jamais ni coquiles ni aucun autre débris de la mer mélangés avec elles. Les mines secondaires , qui se trouvent au contraire , et en petite quantité , dans les pierres calcaires, dans les schistes, dans les argiles, ont été formées postérieurement, aux dépens des premières et par l'intermède de l'eau. Les paillettes d'or et d'argent que quelques rivières charrient viennent certainement de ces premiers filons métalliques renfermés dans les montagnes supérieures : des particules métalliques encore plus petites et plus ténues peuvent , en se rassemblant , former de nouvelles petites mines des mêmes métaux; mail tel mines paitiites » qui prennent mllto

formes différentes , appartiennent ,' comme je l'ai dit , à des temps bien modernes en comparaison de celui de la formation des premiers filons qui ont été produits par Taction du feu primitif. L'or et l'argent , qui peuvent demeurer très-long-temps en fusion sans être sensiblement altérés , se présentent souvent sous leur forme native : tous les autres métaux ne se présentent communément que sous une forme minéralisée, parce qu'ils ont été formés plus tard par la combinaison de l'air et de l'eau qui sont entrés dans leur composition. Au reste, tous les métaux sont susceptibles d'être volatilisés par le feu à différens degrés de chaleur ; en sorte qu'ils se sont sublimés successivement pendant le progrès du refroidissement.

On peut penser que s'il se trouve moins de mines d'or et d'argent dans les terres septentrionales que dans les contrées du du midi , c'est que communément il n'y a dans les terres du nord que de petites montagnes en comparaison de celles des pays méridionaux : la matière primitive , c'est-àdire la roche vitreuse, dans laquelle seule se sont formés l'or et l'argent , est bien plus abondante, bien plus élevée, bien plus découverte , dans les contrées du midi. Ces métaux précieux paroissent être le produit immédiat du feu : les gangues et les autres matières qui les accompagnent dans leur mine sont elles-mêmes des matières vitrescibles ; et comme les veines de ces métaux se sont formées soit par la fusion , soit par la sublimation , dans les premiers temps du refroidissement , ils se trouvent en plus

Srande quantité dans les hautes montagnes u midi. Les métaux moins parfaits , tels que le fer et le cuivre , qui sont moins fixes au feu , parce qu'ils contiennent des matières que le feu peut volatiliser plus aisément, se sont formés dans des temps postérieurs :

aussi les trouve-t-on en bien plus grande quantité dans les pays du nord que dans ceux du midi. Il semble même que la nature ait assigné aux différens climats du globe les différens métaux ; l'or et l'argent aux régions les plus chaudes, le fer et le cuivre aux pays les plus froids , et le plomb et l'étain aux contrées tempérées : il semble de même qu'elle ait établi l'or et l'argent dans les plus hautes montagnes , le fer et le cuivre dans les montagnes médiocres , et le plomb et l'étain dans les plus basses. Il paroit encore que , quoique ces mines primordiales des dibërens métaux se trouvent toutes dans la roche vitrescible , celles d'or et d'argent sont quelquefois mélangées d'autres

^ t<fi DES ÉPOQUES

métaiix ; ii|ue le fér et le cuivre «ont souvent accoittM|;nés de matières qui supposent Hd' tcnnèie de Teau, ce qui éemble prouver qu'ils n*onl pas été produits en même temps ; et à l'égard de Tétain, du plomb, et du mercure, il y a des diflerences qui semblent indiquer qu'ils ont été produits dans des temps très-diftereas. t^ plomb est le plus vitrescible de tous les métaux, et l'étain l'est le moins ; le mercure est le plu5 volatil de tous ; et cependant il ne diffère de Tor , qui est le plus fixe de tous , que par le d^ré de îeu que leur sublimation exige ; car l'or , ainsi que tous les autres métaux , peuvent également être volatilisés par une pîus ou moins grande chaleur. Aiosi tous les métaux ont été sublimés et volatilisés successivement pendant le progrès du refroidissement. Bt comme i<l ne faut qu'une très-légère cha1eu«* pour volatiliser le mercure , et qu une cnajeur médiocre suffit pour fondre Tétain et le plomb , ces deux métaux sont demeurés liquides et coulans bien plus long-temps qu(e les quatre premiers; et le mercure l'est encore , parce que la chaleur actuelle de la terre est plus que sii^ffisante pour le tenir en lusioQ : il ne deviendra solide que quand le globe âera refroidi d'un dnquième de plus qu'il ne l'est aiijourdliui, puisqu'il faut 197 degrés au dessous delatemj>éraiune actuelle de la teire pour que ce métal Quide se consolide ; ce qiii fait à peu près la cinquième partie des i^oo degrés au dessous de la congélation.

Le plomb, rétain, et le ntercure, ont donc coulé successivement, par leur fluidité, dans les parties les plus basses de la roche du globe, et Ils ont été ,. comme tous les autres métaux, sublimés dans les Fentes des montagnes élevées. Les matières ferrugineuses qui pouvaient supporter une Irès-vîolent^ chalem', sans se fondre assez pour couler, ont forméf, dans les pays du nord , des «mas métalliques si considérables, qu'il s'y trouve des montagnes entières ide fer < , c'est à-dire d'une pierre vitrescible f^ruglneuse , qui rend souvent soixante-dix livres de fer par quintal : oe sont là les mines de fer priniitives; elles occupent de très-vastes espaces dans les contrées de notre nord; et leur 6u}>stance nétant que du fer produit par Taction du feu , .ces mines sont demeurées susceptibles de l'attraction nu^étiq^ue, comme le sont toutes les matières l^rii^ne^aeç ^ ont siibi le ieu, L'aûmpt^&t 4/^ cette jgaê^e. n^turiç; -^

DE LA NATURC

n'est qu'une pierre ferrugineuse, dpnt il 9e trouve de grandes masses et même des montagnes dans quelques contrées , et particulièrement dans celles de notre nord > : c'est p»r cette raison que l'aiguille aimantée se diiige toujours vers ces contrées , où toutes les mines.de fer sont magnétiques. Le magné^sme est un effet constant de l'électricité constante, produite par la chaleur intérieure et par la rotation du globe ; mais s'il dépendoit uniqnemetit de cette cause générale, Taiguille aimantée pointeroit toujours et partout directement au pôle : or {es différentes déclinaisons suivant les différens pays, quoique sous le même parallèle, démontrefiftiue le magnétisme particulier des montagnes de 1er et d'aimant influe considérableinent sur la direction de l'aiguille , puisqu'elle s écarte nlus ou moins à droite ou à gauche du pôle, selon le tiev où elle se trouve, tu selon la distance plus on moins grande de ces montagnes de fer.

Mais revenons à notre objet principal, 6 la topographie du globe antérieure à la chute des eaux. Nous n'avons que quelques indices encore snbsistans de la première forme de sa surfiice ; les plus hautes montagnes , com- • posées de matières vitrescibles , sont les ^ufs témoins de cet ancien état : t4les éiotetyt alors encore plus élevées qu'elles ne le sont aujourd'hui; car, depuis pe temps, et eprè!^ rétablissement des eaux , les monvémeni de la mer , et ensuite les pluies , les vents , les gelées , les courans d*eau , la cf^ute tSes tor» tens, enfin tontes les. injures des élémens de l'air et de l'eau , et tes secousses des moirvtBmens souterrains , n'ont pa$ cessé de les dégrader, de les trandher, et m^me d'en renverser les parties les moins solides ; et nous me pouvons douter que les vallées qui sont au pied de ces .montagnes ne fussent bien plus profondes qu'elles ne le sont aujourd'hui.

Tâchons de donner un aperçu pîutôi qu'une ■énumération de ces émînences primitives dn globe, i** La chaîne des Gordiliéres on des montagnes de f Amérique, qui s'étend depuis la pointe de la Terre-de-Feu jusqu'au iiorA du Nouveau-Mexique , et aboutit enfin a des riions septentrionales que l'on n^a pas encore reconnues. On peut regarder cettediaine de montagnes comme 'Continue dans une lonj[ueur de plus de xao degi-és , c'est-à-dire de ti'ois mille lieues ; car fe détroit de Magellan n*es't qu'une coupure accîdentdte et posté*rienre « l'ëtabUsseqient local de cette diaîne^

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