‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémensChapitre 41 sur 161 · SECONDE · texte numérisé non relu

SECONDE

parties du globe où le mouvement de rotation étoit plus lent, et le refroidissement plus prompt. Aussi trouve-t-on sous cette zone les plus hautes montagnes, les mers les plus entrecoupées, semées dVn nombre infini d'iles, à la vue desquelles on ne peut douter que , dès son origine , celte partie de la terre ne fût la plus irrégulière et la moins solide de toutes.

Et quoique la matière en fusion ait dû arriver également des deux pôles pour renfler réquateur, il paroit, en comparant les deux hémisphères, que noire pôle en a un peu moins fourni que l'autre , puisqu'il y a beaucoup plus de terres et moins de mers depuis le tropique du Cancer au pôle boréal, et qu'au contraire il y a beaucoup plus dé mers et moins de terres depuis celui du Capricorne à Tauire pôle. Les plus profondes vallées se sont donc formées dans les zones froides et tempérées de Thémisphère austral, et les terres les plus solides et les plus élevées se sont trouvées dans celles de l'hémisphère septentrional.

Le globe étoit alors , comme il Test encore aujourd'hui, renflé sur l'équateur, d'une épaisseur de près de six lieues un quart ; mais les couches superficielles de cette épaisseur y étoient , à l'intérieur , semées de cavités , et coupées à l'extérieur d'éminences et de profondeurs plus grandes que partout ailleurs : le reste du globe étoit sillonné et traversé en différeus sens par des aspérités toujours moins élevées à mesure qu'elles approchoient des pôles ; toutes n'étoient composées que de la même matière fondue dont est aussi composée la roche intérieure du globe; toutes doivent leur origine à Faction du feu primitif et à la vitrification générale. Ainsi la surface de la terre, avant l'arrivée des eaux , ne présentoit que ces premières aspérités qui lorment encore aujoiu'd'hui les noyaux de nos plus hautes montagnes; celles qui étoient moins élevées ayant été dans la suite recouvertes par les sédimens des eaux et par les débris des productions de la mer, elles ne nous sont pas aussi évidemment connues que les premières : on trouve souvent des bancs calcaires au dessus des rochers de granité , de roc vif , et des autres masses de matières vitrescibles; mais Ton ne voit pas de masses de roc vif au dessus des bancs calcaires. Nous pouvons donc assurer , sans craindre de nous tromper, que la roche du globe est continue avec toutes les éminences hautes et basses qui se trouvent être de la même nature , c'est-àdire de matières vitrescibles : ces éminences

ÉPOQUE. ,og

font masse avec le soUde du ^obe; elles n'en sont que de très<petits prolongemens , dont les moins élevés ont ensuite été recouverts par les scories du verre , les sables , les argiles , et tous les débris des productions de la mer amenés el dé[X)sés par les eaux dans les temps subséquens, qui font l'objet de notre troisième époque.

ADDITIONS DE BUFFON

{Siw iajMge 104.)

« Les veines métalliques , dit M. Eller , se trouvent seulement dans les endroits éle- , vés , en une longue suite de moutagnes :

cette chaîne de montagnes suppose toujours pour son soutien une base de roche dure.

Tant que ce roc conserve sa continuité , il n'y a guère apparence qu'on y découvre quelques filons métalliques; mais, quand on rencontre des crevasses ou des fentes, on espère d'en découvrir. Les physiciens minéralogistes ont remarqué qu'en Allemagne la situation la plus favorable est lorsque la chaîne de montagnes s'élevant petit à petit, se dirige vers le sud-est , et qu'ayant atteint sa plus grande élévation elle descend insensiblement vers le nord-ouest

« C'est ordinairement un roc sauvage ^ dont l'étendue est quelquefois presque sans bornes, mais qui est fendu et entr'ouvert en divers endroits, qui contient les métaux quelquefois purs , mais presque toujours minéralisés : ces fentes sont tapissées pour l'ordinaire d'une terre blanche et luisante, que les mineurs appellent quartz j et qu'ils nomment spath lorsque cette terre est plus pesante, mais mollasse et feuilletée à peu près comme le talc : elle est enveloppée ea dehors , vers le roc , de l'espèce de limon qui paroîl fournir la nourriture à ces terres quartzeuses ou spatheuses ; ces deux enveloppes sont comme la gaine ou l'étui du filon; plus il est perpendiculaire, et plus on doit en espérer ; el toutes les fois que les mineurs voient que le filon est perpendiculaire , ils disent qu'il va s'ennoblir.

« Les métaux sont formés dans toutes ces fentes et cavernes par une évaporation continuelle et assez violente : les vapeurs des mines démontrent cette évaporation encore subsistante ; les fentes qui n'en exhalent point sont ordinairement stériles : la marque la plus sûre que les vapeurs exhalantes portent des atomes ou des molécules minérales , et qu'elles les appliquent partout aux parois

110 DES ÉPOQCSS

da crevuseft du roe, c^est cette inerostalioii sneefssife qu'on remarque dans toute la eirconférence de ces feittes on de ces creux de rodies , jusiinl^ ce que la capacité en soit entièrement remplie et le filon solidement formé; ce qui est encore confirmé par les outils qu'en oublie dans les creux , et qu'on retrouve ensuite couverts et incrustés de fat mine, plusieurs année» après.

« Les fentes du roc qui fournissent une veine métaliiqae abondante indinenl toujours ou poussent leur direction vers la perpendiculaire de la terne ; i mesure que les mineurs de -icendent, ils rencontrent une température d'air toujours ptns chaude, et quelquefois des exhalaisons si abondantes et si nuisibles à la respiration , qu'ils se trouvent forcée de se retirer au plus vite vers le puits ou vers la galerie, pour éviter la suffocation» que les parties sulfureuses et arsenicales leur catiseroient à l'instant. Le soufre et l'arsenic se troirrent généralement dans toutes les mines des quatre métaux imparfaits et de tons les deroi-métaux , et c'est par eux qu'ils sont minéralisés.

« II n'y a que l'or, et quelquefois l'argent et le cuivre , qui se trouvent natifs eu petite quantité; mais , pour l'ordiuaire , le cuivre, le fer, le plomb , et Tétain , lorsqu'ils se tirent des filons, sont minéralisés avec te soufre et l'arsenic. On sait , par expérience, que les métaux perdent leur forme métallique à un certain degré de chaleur relatif à chaque espèce du métal : cette destruction de la forme métallique, que subissent les quatre métaux imparfaits, nous apprend que la base des métaux est une matière terrestre; et comme ces chaux métalliques se vitrifient à un certain degi*é de chaleur, ainsi que les terres calcaires, gypseuses, etc., nous ne pouvons pas douter que la terre métalli(|ue ne soit du nombre des ferres vitrifiables. » ( Extrait du Mémoire de M. El- 1er sur l'origine et la génération des métaux^ dans le recueil de l'Académie de Berlin , année 1753.)

{Sur la paga 104.)

M. Lehman , célèbre chimiste, est le seul qui ait soupçonné une double origine aux mines métalhciues ; il distingue judicieusement les montagnes à filons des montagnes à couches. «L'or et l'argent, dit-il, ne se trouvent en masse que dans les montagnes à filons ; le fer ne se trouve guère que dans les montagnes à couches : tous les morceaux ou petiies parcelles d'or et d'argent qu'on trouve dans les montagnes à couches n'y

DÉ lA *ATUllE.

scmt que répanditi, et ont été détachés des âlons qui sont dans les montagnes supérieures et voisines de ces couches.

« L'or n'est jamais minéralisé ; il se trouve toujours natif ou vierge, c'est-à-dire tout Ibmié dans sa matrice, quoiqiie souvent il y soit répandu en particules si déliées , qu'on cfaercheroit vainement â le reconnoîtret même avec les meilleurs microscopes. On ne trouve point d*or dans les montagnes à couches; il est aussi assez rare qu'on y trouve de l'argent; ces deux métaux appariienneat de préférence aux montagnes à filous : on a néanmoins trouvé quelquefois de l'argent en petits feuillets ou sous la forme de cheveux dans de l'ardoise : il est moins rare de trouver du cuivre natif sur de l'ardoise ^ et conmaunément ce cuivre natif est aussi en forme de filets ou de cheveux.

« Les mines de fer se reproduisent peu d'années après avoir été fouillées; elfes ne se trouvent point dans les montagnes à filons, mais dans les montagnes à couches :

on n'a point encore trouvé de fer natif dans les montagnes à couches , ou du moins c'est une chose très-rare.

« Quant à l'étain natif , il n'en existe point qui au été produit par la nature sans le secours du feu; et la chose est aussi très-dou-^ teuse pour le plomb , quoiqu'on prétende qtie les grains de plomb de Masse! en Silésie sont de plomb natif.

« On trouve le mercure vierge et coulant dans les couches de terre argileuses et grasses ou dans les ardoises.

« Les mines d'argent qui se trouvent dans les ardoises ne sont pas , à beaucoup près , aussi riches que celles qui se trouvent dans les montagnes à filons : ce métal ne se trouve guère qu'en particules déliées , en filets, ou en v^eiations , dans ces couches d'ardoises ou de schistes, mais jamais en grosses mines ; et eucore faut-il que ces couches d'ardoises soient voisines des moniagnes à filons. Toutes les mines d'argent qui se trouvent dan^ les couches ne sont pas sous une forme solide et compacte ; toutes les autres mines qui contiennent de l'argent en abondance se trouvent dans les montagnes à filons. Le cuivre se trouve abondamment dans les couches d'ardoises, et quelquefois aussi dans les charbons de terre.

<c L'étain est le métal qui se trouve le plus rarement répandu dans les couches* Le plomb s'y trouve plus communément : on en rencontre sous la fonue de galène » attaché aux ardoises ; mais on n'en trouve que très I .ir.'iii; n! avec les charbons de terre.

panda « et se trouve àmïâ tes eouebé» soi»

un grand nombre de formes différentes,

« î^ cinabre 4 le cobaU « le bkitiiilb , et Itt cftlamine se trouviînt ftdssi mex commtfnck ment dan» les couche». » (L«hm«i, tottie If Ij pages 38 X et suit.)

«c Le* ckarbont de tèive, le jâyet « le soO' cin, kl terre «luiâiiièilM) ottt été ]^^odull» par dti TégétéuXt et AitrlOut fwàêi Arbre»

réftia^ux fui ont été ettsefelîs daAs lè sein de la terre, et qui ont Mwffert une déeoui* pcsiiion plas ou moins graïkle ; eâr on trouve, au dessus des mines de ehftrbo» de terre , très-souvent du bois qui n'est pfoitit du tout décomposé , et qui Test davantage à mesure qti*il est plus enfoncé en terre. L'ardoise , qui sert de toit on de couverture an eharbon, est souvent remplie des empreintes de plantes qui accompagnent ordinairement les forêts, telles que les fougères, tes capillaires, etc. Ce qu'il j a de remarqual/ie , c'est que ceà plantes dont on troufe les empreintes sont toutes étrangères, et tes bois paroissent aussi des bois étrangers. Le soccin, qu'on doit regarder comme une résine végétale, i'enfeHne souvent des insectes qui, considétés attentivement, n^apparliennent point au dlmat où on les rencontre présentement : enfin la terre alumineuse est souvent feuilletée , et ressemble à du bois , tantôt plus, tantôt moins décomposé. » {léiet., ibid.)

«Le sonftv, Talun, le sel ammoniac, se trouvent dans les couches formées par les volcans,

«( Le pétrole, !e napfate, indiquent un feti actuellement allumé sous fa terre, qtii met, pour ainsi dire, le charbon de terre en dis" tillation : on a des exemples de ces embrasemens souterrains, qui n'agissent qu'en si- Ittice dans les mines de clwrbon de terre , en Angleterre et en Allemagne , lesquelles brûlent depuis trèt-long-temps sans explosion ; et c*est dans le voisinage de ces embrasemens souterrains qu'on trouve les eanx chaudes thermale^.

« Les montagnes qui contiennent des filons ne renferment point de charbon de terre, ni des substances bitumineuses et combustibles ; ces substances ne se trouvent jamais que dans les montagnes à couches. ■»

(Note sur Lehman, par M. le baron d'Hol< bach,t. ra,p, 435.)

{Sur tapage (06.)

Je dterai pour exemple la mme de fei^

pi>èB ée TaJbe^gr «» Steiand, panie de Ptlé do Ooilifeul 00 Suède : c'est l\iae des pin»

reUMiliqiiablos de «es mines ou plutôt de ces mottiagnes do Isf^ ^»i to«ites ont Is propriété do cèd<»» à l'attraclioti de faimant, ce qni prouve qu'elle» ont été formées par le feu.

Cotte montogne est dans un sol de sable extrlfflèiMnt an | sa bautettr est de plus de 400 pteds, et son oirenli d'nno lieue i elle est en ontiu' oomposéo d'une matière ferragineusè trèMcbo, et ftm y trouve même du fec natif; «ntro preuve qu'elle a épitmvé l^Mtion d*un feu violent. Cette mine étant brisée ttlontre à sa fritctnre de petites parties brillantes, qui tantôt se croisent et tantôt sont disposées par écailles : les petits rochers le» plus voisins sont de rœ pur {saxoj^uro).

On travaille k cette mine depuis environ deox cent^ ans; on se sert pour l'exploiter de poudre à eamm, et la montagne paroit fort peu diminuée, excepté dans les puits qui sont au pied du côté dn Talion.

Il paraît i{\!ke cette mine n'a point de lits régtïtiers ; le fer n'y est point non pins partout delà même bonté. Toute la montagne a beaueoup de fentes, tantôt perpendiculaires et tantôt norisoutales : eHes sont toutes remplies de saMe qui ne contient aucun for ; ce sable est aussi pur et de même espèce qne celui des bords de la mer : oti trouve quelquefois dans ce sabte des os d'animaux et des cornes de cerf,» ce qui prouve qu'il a été amené par les eanx , et que ce n'est qu'après la formation de la montagne de fer par le feii ^ue les sables en ont rempli les crevasses et tes fontes perpendiculaires et horizontales.

Les masses de mine que Fon tire tombent aussitôt au pied de la montagne , au lieu que, dans les autres mines, il feint souvent tirer le minéral des entrailles de la terre ; On doit concasser et griller cette mine avant de la mettre au fourneau , od on la fond avec la pierre calcaire et du charbon de bois.

Celte eolKne de fSer est ^tuée dans un endroit montagneux fort élevé, éloigné de h mer de près de 80 lieues : il paroil qu'elle étoit autrefois entièrement couverte de sable. (Extrait d'un article de l'ouvrage périodique qui a pour titre : Nordhclie Bey^ tra^', etc. Contribution du liord pour tes progrès de ta pkjrsit^ue , des sciences , et des arts, A Alloue, chez David Ifers , 1756.)

[Sur fa page 106.)

On vient de voir, par l'exemple cité dans là note {>récédente , que la monlajgne de for

Il»

DES ÉPOQUES DE LA NATURE

de Taberg s'élève de plus de 400 pieds au dessus de la surface de la terre. M. Gmelin, H^nfi son Voyage en Sièérie, assure que, dans les contrées septentrionales de l'A^sie , presque .toutes les mines des métaux se trouvent à la surface de la terre , tandis que dans les autres pays elles se trouvent profondément ensevelies dans son intérieur. Si ce fait étoil généralement vrai , ce seroit une nouvelle preuve que les métaux ont été formés par le feu primitif, et que le globe de la terre ayant moins d^épaisseur dans les parties septentrionales , ils s*y sont formés plus près de la surface que dans les contrées méridionales.

Le même M. Gmelin a visité la grande montagne d'aimant qui se trouve en Sibérie, chez les Baschkirs : cette montagne est divisée en huit parties , séparées par des vallons : la septième de ces parties produit le meilleur aimant ; le sommet de cette portion de montagne est formé d'une pierre jaunà- .re , qui paroît tenir de la nature du jaspe. On y trouve des pierres que Ton prendroit de loin pour du grès, qui pèsent deux mille cinq cents ou trois milliers, mais qui ont toutes la vertu de l'aimant. Quoiqu'elles soient couvertes de mousse , elles ne laissent pas d'attirer le fer et l'acier, à la distance de plus d'un pouce ; les côtés exposés à l'air ont la plus forte vertu magnétique, ceux qui sont enfoncés en terre en ont beaucoup moins : ces parties les plus exposées aux injures de l'air sont moins dures , et par conséquent moins propres à être armées. Un gros quartier d'aimant de la grandeur qu'on vient de dire est composé de quantité de petits quartiers d'aimant, qui opèrent en diftérentes directions. Pour les bien travailler, il faudroit les séparer en les sciant, afin que tout le morceau qui renferme la vertu de chaque aimant particulier conservât son intégrité; on obtiendroit vraisemblablement de cette façon des aimans d'une grande force : mais on coupe des morceaux à tout hasard, et il s'en trouve plusieurs qui ne valent rien du tout, soit parce qu'on travaille un morceau de pierre qui n'a point de vertu magnétique , ou qui n'en renferme qu'une petite portion, soit que dans un seul morceau il y ait deux ou trois aimans réunis. A la vérité, ces morceaux ont une vertu magnétique ; mais , comme elle n'a pas sa direction vers un même point , il n'est pas étonnant que l'effet d'un pareil aimant soit sujet à bien des variations.

L'aimant de cette montagne, à la réserve de celui qui est exposé à l'air, est d'une

grande dureté, taché de noir, et rempli de tttbérosités qui ont de petites parties anguleuses, comme on en voit souvent à la surface de la pierra sanguine, dont il ne diffère aue par la couleur ; mais souvent , au lieu e ces parties anguleuses, on ne voit qu'une espèce de terre d'ocre : en général, les aimans qui ont ces petites parties anguleuses ont moins de vertu que les autres. L'endroit de la montagne où sont les aimans est presque entièrement composé d'une bonne mine de fer, qu'on tire par petits morceaux entre les pierres d'aimant. Toute la section de la montagne la plus élevée renferme une pareille mine ; mais plus elle s'abaisse moins elle contient de métal. Plus bas, au dessous de la mine d'aimant , il y a d'autres pierres ferrugineuses , mais qui rendoient fort peu de fer, si on vouloit les faire fondre : les morceaux qu'on en tire ont la couleur de métal, et sont très-lourds; ils sont inégaux en dedans , et ont presque l'air de scories : ces morceaux ressemblent assez par l'extérieur aux pierres d'aimant ; mais ceux qu'on tire à huit brasses au dessus du roc n'ont plus aucune vertu. Entre ces pierres , on trouve d'autres morceaux de roc qui paroissent composés de très-petites particules de fer ; la pierre par elle-même est pesante , mais fort molle; les particules intérieures ressemblent à une matière brûlée, et elles n'ont que peu ou point de vertu magnétique.

On trouve aussi de temps en temps un minerai brun de fer dans des couches é|uiisses d'un pouce; mais il rend peu de métal. (Extrait de V Histoire générale des 'voyages, tome XYIII, pages 141 et suiv.)

Il y a plusieurs autres mines d'aimant en Sibérie dans les monts Poïas. A 10 lieues de la route qui mène de Gatherinbourg à Solikamskaia est la montagne de Galazinski j elle a plus de vingt toises de hauteur, et c'est entièrement im rocher d'aimant , d'un brun couleur de fer dur et compacte.

A 20 lieues de Solikamskaia on trouve un aimant cubique et verdàtre ; les cubes en sont d'un brillant vif : quand on les pulvérise , ils se décomposent en paillettes brillantes, couleur de feu. Au reste, on ne trouve l'aimant que dans les chaînes de montagnes dont la direction est du sud au nord.

(Extrait de V Histoire générale des 'voyages , tome XIX, page 47a.)

Dans les terres voisines des confins de la Laponie , sur les limites de la Bothnie , à deux lieues de Gokluanda, on voit une mine de fer dans laquelle ou tire des pierres d'aimant tout-à-fait bonnes. « r^ous admirâmes

tSBCOTWfSL ÉPOQUE.

aVec bien du pbisîr, dit le relateur, les effets surprenans de cette pierre, lorsqu'elle est encore dans le lieu natal : il fallut faire beaucoup de violence pour en tirer des pierres aussi considérables que celles que nous voulions avoir; et le marteau dont on se servoit, qui étoit de h grosseur de la cuisse, demeuroit si fixe en tombant sur le ciseau qui étoit dans la. pierre , que celui qui frappoit avoit besoin de secours pour le retirer. Je voulus éprouver cela moi-même; et ayant

pri» une grosse pince de fer, pareille à ceHe dont on se sert à remuer les corps les plus pesans, et que j'a\ois de la peine à soutenir^ je rapprochai du ciseau , qui l'attira «vee une violence extrême, et la souienoit avee une force inconcevable. Je mis une boussole au milieu du trou où étoit la mine , et Taipiille tournoit continuellement d'une vitesse incroyable. » {Oeuvres de Âe^nard, Paris^ 17 4a, tomel, page i85.)

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TROISIEME ÉPOQUE

Lorsque les eatix ont couvert nos continens.

A la date de trente ou trente^ànq mille ans de la formation des planètes , la terre se trouvoit assez attiédie pour recevoir les eaux sans les rejeter en vapeurs. Le chaos de l'atmosphère avoit commencé de se débrouiller : non seulement les eaux, mais toutes les matières volatiles que la trop grande chaleur y tenoit reléguées et suspendues , tombèrent successivement ; elles remplirent toutes les profondeurs , couvrirent toutes les plaines , tous les intervalles qui se trouvoient entre les éminences de la surface du globe, et même elles surmontèrent toutes celles qui n'étoient pas excessif vement élevées. On a des preuves évidentes que les mers ont couvert le continent de l'Europe jusqu'à quinze cents toises du niveau de la mer actuelle , puisqu'on trouve des coquilles et d'autres productions marines dans les Alpes et dans les Pyrénées jusqu'à

montagnes sont plus élevées qu'en Europe , on a trouvé des coquilles marines à plus de deux mille toises de hauteur au dessus du niveau de la mer du Sud. Il est donc certain

3 ne, dans ces premiers temps, le diamèti*e u globe avoit deux lieues de plus, puisqu'il étoit enveloppé d'eau jusqu'à deux mille toises de hauteur. La surface de la teiTe en général étoit donc beaucoup plus élevée qu'elle ne l'est aujourd'hui; et, pendant une longue suite de temps, les mers l'ont recouverte en entier, à l'exception peut-être de 3uelques terres très^levées et des sommets es hautes montagnes, qui seuls surmon-

BUFPOK. IL

toient cette mer universelle, dont l'élévation étoit au moins à cette hauteur ou l'on cesse de trouver des coquilles : d'où l'on doit inférer que les animaux auxquels ces dé- Souilles ont appartenu peuvent être regarés comme les premiers habitans du globe; et cette population éioit innombrable , à en juger par l'immense quantité de leurs dépouilles el de leurs détriniens , puisque c'est de ces mêmes dépouilles et de leurs détrimens qu'ont été formées toutes les couches des pierres calcaires, des marbres, des craies, et des tufs qui composeui nos collines, et qui s'étendent sur de grandes contrées dans toutes les parties de la terre.

Or, dans les commencemens de ce séjour des eaux sur la surface du globe, u'avoient elles pas un degré de chaleur que nos puis^ sons et nos coquillages actuellement existant n'auroient pu sup|)orier P et ne devons nous pas présumer que les pi-emières productions d'une mer encore bouillante étoient différentes de. celles qu'elle nous offre aujourd'hui ? Cette grande chaleur ne pouvoit convenir qu'à d'autres natures de coquillages et de poissons ; et par conséquent c'est aux premiers temps de cette époque, c'est à-dire depuis trente jusqu'à quarante raille, ans de la formation de la terre, que l'on doit rapporter l'existeuce des espèces perdues dont on ne trouve nulle part les analogues vivaus. Ces premières espèces, maintenant anéanties, ont subsisté pendant les dix ou quinz mille ans qui ont suivi le temps auquel les eaux venoient de s'établir.

Et l'on ne doit point être étonné de c e que j'avance ici , qu'il y a eu des poissons

«14 DES Époqq»

tt é^téêê nàxoÊiÊx aqottiqint opables do rapporter un degré de chaleur beauooup plus grand que celui de la température aotuelle de nos mers méridionales, puisqu*en- 9ore aujourd'hui nous oonnoissons de$ e»* pères de poissons et de plantes qui vÎTeni et végètent dans des eaui prasque bouil« tantes , ou du moins chaudes jusqu'à So on 6tf degrés du thermomètre <•

Mais , pour ne pas perdis le fil des grands et nombreux phénomènes que nous avous à exposer, reprenons ces temps antérieurs où les eaux, jusqu'alors réduites en vapeurs, se sont condensées , et ont commencé de tomlyer sur la terre brûlante, aride, desséchée « crevassée par le feu. Tâchons de nous représenter les prodigieux effets qui ont accom|)agné et suivi cette chute précipitée des matières volatiles, toutes séparées, combinées, sublimées , dans le temps de la consolidation, et pendant le progrè» du premier refroidiascmeol. La séparation de Tdément de Tair et de l'élément de Teau , le choc des v«nt» et des flots qui tomboient en tourbillons sur une terre fumante ; la dépuration de l'atmosphère qu'auparavant les ravons du soleil ne pouvoient pénétrer; celte* même atmosphère obscurcie de nouveau par lesnuages d'une épaisse fumée ; la cohobation mille fois répétée , et le bouillonnement oontinuei des eaux tombées et rejetées al-, temativement ; enfin la lessive de l'air, par l'abandon des matières volatiles préoédemment sublimées, qui toutes s'en sé|)arèrent et descendirent avec plus ou moins de précipitation : quels mouv<*mens, quelles tempêtes ont dû précéder , accompagner, et suivre , rétablissement local de chacun de ces élémens! et ne devons-nous pas rapporter à ces premiers momens de choc et d'agitation les bouleversemens , les premières dégradations, les irruptions, et les changcmens qui ont donné une seconde forme à la plus grande partie de la suriace de la terre P II est aisé de sentir que les eaux qui la couvroient alors presque tout entière, étant continuellement agitées par la rapidité de leur chute , par l'action de la lune sur l'atmosphère et sur les eaux dcjà tombées, par la violence des Tents, etc., auront obéi à toutes ces impulsions , et que , dans leun mouvemens , elles auront commencé par sillonner plus à fond les vallées de la terre, par renverser les éminences tes moins solides, rabaisser les crêtes des montagnes, percer leura chaînes dans les points les plus foibles; et qu'après

». Toyecks MUtions de Bi^/f^^ p,-« ia4>

DB liA. RâTtJRE.

Itut établisseaiëBt «ai ngéiÉafe aÉta m anl ouvert des routes souterraines^ qxi'^es ont miné las voûtes des ca vérités « ks ont hk écrouler, et que par conaéqueni ces mêmes eaux se sont abaissées sucoessiveiDent pour remplir hsa nouvelles profondeun qu^slles venoient de former. Les cavernes étaient l'ouvrage du feu : l'eau , dès son arrivée ^ a eommencé par les attaquer ; elle les a dé* truites , et continue de les détruire encore. Nous devons donc attribuer l'abaiseement des eaux à Taffaissement des cavernes , comme la seule cause qui nous soit démontrée |)ar les faits.

Voilà les premiers effets produits par la masse , par le poids , et par le volume de l'eau ; mais elle en a produit d'autres par sa seule qualité : elle a saisi toutes les matières qu'elle ^louvoit délayer et dissoudre; elle s'est combinée avec l'air, b terre, et le feu, pour former les acides, les sels, etc. ; elle a converti les scories et les poudres du verre primitif en argiles; ensuite elle a, par son mouvement , transporté de place en place ces mêmes scories et toutes les matières qui se trouvoieut réduites en petits volumes. Il s*est donc fait dans œtte seconde période , depuis trente-cinq jusqu'à cinquante mille ans, un si graud changement à la surfaoe du globe, que la mer universelle, d'abord très-élevée , s'est successivement abaisaéà pour remplir les profondeurs occasionées par i'aifaissement des cavernes, dont les voù-j tes naturelles , sapées ou percées par l'action et le feu de ce nouvel élément, ne pouvoient plus soutenir le poids cumuké des terres et des eaux dont elles étoient chargées. A me* sure qu'il se ftiisoit quelque grand affaisse* ment par la rupture d'une ou de pliisieura cavernes , b suiiace de la terre se déprimant an ces endroits , l'eau arrivoit de toutes parts pour remplir cette nouvelle profondeur , et par conséquent la hauteur générale des men diniinuoit d'autant; en sorte qu'étant d'à* bord à deux mille toises d'élévation la mer a successivement baissé jusqu'au niveau où ■ous la voyons aujourd'hui.

On doit présumer que les coquilles et les autres productions marines , que l'on trouve à de grandes hauteun an dessus du niveau actuel des niera, sont les espèces les plus anciennes de la nature; et il seroit impor tant pour l'histoire naturelle de recueillir un assez grand nombra de ces productions de la mer, qui se trouvent à cette plus grande hauteur, et de les comparer avec telles qui aont dans les terrains plus bas. Nous sommes assurés que les ooqumes dont nos oolUoas

THOISlàMS ÉPOQUE. t%^

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espèces dfttit aucune tatier frt^iwntée aeoous oStre les anâlo^es tivaQi. Si jaoUM oa fait un recoKil de ces pétrifications priseï à la pitis grande élévation dans les montagnes , on sera peut-être en état de prononcer sur l'ancienneté plus ou moins grande des espèces rdativeihent aux autres. Tout ce ()ue nous pouvons en dire aujourd'hui c'est que quelques-uns des mcmumens qui nous démontrent Texistenoe de certams animaux terrestres et marins dont nous ne tonnoissoUs pas les analogues vivans, nous montrent en même temps que ces aniâiaux étoietat beaucoup plus gràndà qu*aucuUe espèce do même genre actuellement subsistante» Ces gtosses dents molaires à pointes mousses, du poids de onze ou douze livres ; ces cornes d^ammon , de sept à huit pieds de diamètre sur un pied d'épaisseur , dont on trouve les moules pétrifiés , sont certain^nent des êtres gigantesques dans le genre des animaux qua* drupèdes et dans celui des coquillages. La nature étoit alors dans sa première force, et travailloit la matière organique et vivante avec une puissance plus active dans une température plus chaude : cette matière organique étoit plus divisée, moins combinée avec d'autres matières, et pouvoit se réunir et se combiner avec elle-même en plus grandes masses, pour se développer en plus grandes dimensions. Cette cause est suiBsanté pour rendre raison de toutes les productions gigantesques qui paraissent avoir été fréquentes dans ces pi'emiers âges du monde ^

En fécondant les mers , la nature répandoit aussi les principes de vie sur toutes les terres que l'eau n'a voit pu surmonter, ou qu'elle avoit promptement abandonnées ; et ces terres, comme les mers, ne pouvoient être peuplées que d'animaux et de végétaux capables de supporter une chaleur plus grande ^ue celle qui convient aujourd'hui à la naïuire vivante. Nous avons des monumens tirés du sein de la *erre , et particulièrement du fond des minières de charbon et d'ardoise, qui nous démontrent que quelquesuns des poissons et des végétatix que ces matières contiennent ne sont pas des espè* ces actuellement existantes K On peut donc croire que la population de la mer en animaux n'est pas plus ancienne que celle de la terre en végéuux : les monum^is et les

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