‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémensChapitre 50 sur 161 · SIXIÈME · texte numérisé non relu

SIXIÈME

les fourrures sont Irès-précieuses. On avoil coniintssaiire de ces îles, même des ]»ins orieiiiaies dans celle dernière chaîne, avant Tannée 1750': Tune de ces îles porte le nom dn commandeur Beltring^ une autre assez voisine s'appelle Viie JUaienoi; ensuite on trouve les qufitre îles Aleutes 00 Aléoules, les deux premières situées un peu au dessus et les dernières un peu au acssons du 55^ degré; ensuite on trouve environ au 56* degré les îles Atkhou et Amlaîgh , qui sont les prehiières de la chaîne des îles aux Renards , laquelle s*étend vers le nord-est jusqu'au 61* degré de latitude:

le nom de ces îles est venu du nombre prbdigieux de renards qu^on y a trouvés. Les deux îles du commandeur Keliring et de Medenoi étoSent itihabitées lorsqu'on eh fit la découverte : mais on a trouvé dans les llej Alcuies, quoique plus avancées vers Torient, plus d'une soixantaine de familles dont la langue ne se rapporte ni à celle de Kamtschatka ni à aucune de celles de l'Asie orientale , et n*est qu'im dialecte de la langue que l'on parle dans les auii*ei Mes vbisines de l' Amérique; ce qui scmhleroit indiquer qu'elles ont été peuplées par l'es Américains, el non par les Asiaticpies.

Les îles nonuné(*s par 1 éipiipage de Behring IV/« Saint-Julien, Saiitt-Thèodote^ Saînt-Ahraham , sont les mêmes (|ue celles qu'on appelle aujourd'hui les lies Aleutet ; et de môme l'île de Ghoromaghin , de Saiot- Dolmat, indiquées par ce navigateur, font partie de celles qu'on ap))elle nés aux Renards,

« La grande distance, dit M. de t)omascheuefT, et la iner ouverte et profonde qui se trouve entre les îles Aleutes et les îles aux Kenards, jointes au gisement différent de ces dernières, peuvent faire présumer que ces Iles ne forment pas une cnalne marine continue ; mais que les premières , avec celles de Medenoi et de Behring, font une chaîne marine qui vient de Kamtschatka, et que les îles aux Renards en représentent une autre issue de T Amérique ; que Tune et Pautre de ces chaînes vont généralement se perdre daus Ui profondeur de la grande mer, et sont des promontoires des deux continens. La suite des îles aux Renards, dont quelques-unes sont d'une grande étendue, est entremêlée d'écueib et de brisans,et se continue sans interruption jusqu'au continent de l'Amérique ; mais celles qui sont les plus voisines de ce continent sont trèspeu fréquentées par les barques des chasseurs ruises , parce qu'elles aont fort pen-

ÉPOQUB. ' %^t

pléest et qui] aereit dati^prein dV aéleiir* uer. il y a |)lusieurt de ces îles voisines de la terre- ferme de l'Amériiiue, qui ue sont pas eru'ore bien re<t>ninies. Quelques navires ont eependani fiénétré jusqu'à Pile de Kadjak , qui est très-voisine du continent de rAmérujue ; Ton en est assuré tattt sur le rapport des insulaires que par d'autres raisous : une de ces raisons est qu'au lieu que toutes les îles plus occideotales ne produisent que d<« arbrisseaux rabougrià et rampans , que les venis de pleine hier empêchent de s'élever, l'île de Kadjak, au contraire, et les petites îles voisines, produisent des bosquets d'aunes, qui Semblent indiquer qu'elles Se trouvent moins à découvert, et qu'elles sont garanties au tiord fet à l'est par un continent voisin. De plus, on y a trouvé des loutrei i'eau douce, qui ne se voient point aux autres iles, de même qu'une petite es-

' pèce de tliarmotte, qui paraît être la marmotte du Canada; enfin l'on y a reman|ué deft traces d'ours et de loups , et tes habitans

' sont vêtus dfe peaux de rennes, qui leur viennent du continrent de l'Amérique, dont ifs Aont trè^-vpisins.

« On voit , par la nelalion d*un voyage poussé jusqu'à Vtlè de Kadjak, sous la cotiduiie d'un certain Geottuf, que les insulaires nomment Atnkihan le rontinetlt de l'Amérique : ils disent cpie cette grande terre est montagneuse et toute couverte de forêts ; ils placent cette grande terre au nord de leur île, el nomment l'embouchure d'un grand fleuve, JUaghschah, qiii s*y trouve. .. D'antre part , l'on ne satirott douter que Behring, aussi bien que Tschirikow, uait effectivement touché à ce grand contïjient ,

fuisqu'au cap Élie , où sa frégate mouilla , on vii> des bords de la mer le terrain s'élever en montagne continue et toute revêtue d'éfiaisses foràts : le terrain y étoit d'une nature toute différente de celui de Kamtschatka; nombre de plantes américaines y furent recueillies par Steiler. »

M. de Domascheneff observe de plus que toutes les iles aux Renards , ainsi que les îles Aleutes, et celle de Behring, sont montagneuses; que leurs côtes sont, pour la plupart, hérissées de rochers, coupées par des précipices , et environnées d'écueils jusqu'à une assez grande distance ; que le terrain s'élève depuis les côtes jusqu'au milieu de ces lies en montagnes fort roides , qui forment de petites chaînes dans le sens de la longueur de chaque île : au reste , il y a eu et il y a encore des volcans dans plusieun de ces Sles, et celles où ees vulcans loot

i^a DES ÉPOQUES

«idAls ont des sources d*eau ohaude. Od ne trouve point de métaux dans ces Ue$ à. volcans, mais seulement des calcédoines et quelques autres pierres cuiorées, de peu de valeur. On n'a d'autre bois dans ces îles que les tiges ou branches d'arbi-es flottées par la mer, et qui n'y arri%'ent pas en grande quantité ; il s'en trouve plus sur Tile Behring et sur les Aleutes : il paroit que ces bois flottés viennent, pour la plupart, des plages méridionales ; car on y a observé le bois de camphre du Japon.

Les habitans de ces îles sont assez nombreux ; mais , comme ils mènent une vie errante, se transportant d'une île à Tautre, il n'est pas possible de fixer leur nombre.

On a généralement observé que plus les îles sont grandes, plus elles sont voisines de rAnicriqiie , et plus elles sont peuplées. Il paroit aussi que tous les insulaires des îles aux Renards sont d'une même nation, à laquelle les habitans des Aleutes et des îles d'Andrien peuvent aussi se rapporter, quoiqu'ils en diffèrent par quelques coutumes.

Tout ce peuple a une très grande ressemblance pour les mœurs , la façon de vivre et de se nourrir, avec les Esquimaux et les Groenlandois. Le nom de Kctna^hUt, dont ces insulaires s'appellent dans leiu* langue , peut-être corrompu par les marins , est encore très-ressemblant à celui de Karalit , dont les Esquimaux et leurs frères les Groenlandois se nomment. On n'a trouvé aux habitans de toutes ces îles, entre l'Asie et rAraérique, d'autres outils que des liaches de pierre, des cailloux taillés en scalpel , et des omoplates d'animaux aiguisées pour couper rherbe; ils ont aussi des danls, qu'ils lauceiit de la main à Taide d'une palette, et desquels la pointe est armée d'un caillou pointu et arlistement taillé : aujourd'hui ils ont beaucoup de ferrailles volées ou enlevées

DE LA NATURE

aux Russes. Ils font des canots et des espe ces de pirogues comme les Esquimaux : il y en a d'assez grandes pour contenir vingt personnes ; la charpeutc en est de bois léger, recouvert partout de peaux de phoques et d'autres animaux marins.

Il paroit, partons ces faits , que de temps immémorial les Tscbutschis qui habitent la pointe la plus orientale de l'Asie, entre le 55* et le 70* degré , ont eu commerce avec les Américains , et que ce commerce éioit d'autant plus facile pour ces peuples acroutumcs à la rigueur du froid, que l'on peut faire le voyage , qui n'est peut-être pas de cent lieues , en se reposant tous les jours d'ile en l'île, et dans de simples canots , conduits à la rame en été, et peul-être sur la glace en hiver. L'Amérique a doiie pu èlre peuplée par l'Asie sous ce parallèle; et (oui semble indiquer que, quoiqu'il ) ait aujourd'hui des interruptions de mer eut re les titres de ces îles, elles ne faisoieut aulnfui> qu'un même continent, par lequel l'AuiiM-ique étoit jointe à l'Asie : cela semble indiquer aussi qu'au delà de ces îles A nadir ou Andrien, c'est-à-dire entre le 70* et Je 75* degré, les deux continens sont absolument réunis par un terrain où il ne se trouve plus de mer, mais qui est peut-èlre entièreuient couvert de glace. La recounoissauce de ces plages au delà du 70* degré est une entreprise digne de l'attention de la grande souveraine des Russics , et il fatidroit la confier à un navigateur aussi cour<igeiix que M. Phipps. Je suis bien persuadé qu'on tiouveroii les deux continens réunis ; et s'il en est autrement , et qu'il y ait une nier ouverte au delà des îles Andrien , il me pai oit certain qu'on trouveroit les appendices de la grande glacière du pôle à 81 ou 8a degrés, comme M. Phipps les a trouvés à la même hauteur entre le Spitzberg et le Groenland.

»»»fc%)«,»»vfc%i%»»%%«w%*o«<'V>4i *i ^v»>»%»»»i m *4»w»»l<%

Page 1