X. Voyez 1m AMtiont de Buffon , |^|« l|jl
iam^ FWr JW« WW Mrefl^CBt qu'à reeonnp$tjre îeifr existence passée. Llnven^ioii de la formuie d'après laquelle les braoïe* calcMlent les éclipses suppose autant de science , que la ponstruction de nos éphémérides * et cependant ces wèoies brames u'oni pas la moindre idée de ta composiiioii de Tunivers; ils n'eu onl que de fausses sur le mouvement , la grandeur, et la position des pla* nèleii ; ils raUrulent les éclipses sans en conpoitre la tbéorie, guidés comme des macbi* nés par une gamme fondée sur des formulef savantes qu'ils ne comprennent pas, et que prol>ablemeni leurs ancêtres n'ont |)oint laveulées , puisqu'ils n'ont rien |>er(eclionné , et qu'ils n'ont pas transmis le moindre rayoa de la science à leurs descendans : ces formu* les ne sout entre leurs mains que des méthodes de pratique; mais elles supposent des connoissances profondes dont ils n'ont paf les élémens , dont ils n'ont pas même con?
serve les moindres vestiges, et qui par conséquent ne leur ont jamais appartenu. Ces raéiliodes ne |ieuvent donc venir que de cet ancien peuple savant qui avoit réduit en for> mules les niouvemeus des astres , et c|ui, par une longue suite d'observations, etoi( parvenu non seulement à la prédiction des éclipses, mais à la connoissance bien plus difiicile de la période de six cents ans, et de tous les faits astronomiques que celle coi^ noissance exige et suppose nécessairement.
Je crois être fondé à dire que les brames n'ont pas imaginé ces foimuies savantes , puis<|ue toutes leurs idées physiques sont contraires à la théorie dont hs formules dépendent, et que s'ils eussent compris cette tbéorie même dans le temi^s qu'ils en ont reçu les résultuts , ib eussent conservé la science, et ne se trouveroteiit |ias réduits aujourd'hui à la plus grande ignorance, et livi-és aux préjugés IfS plus ridicules sur le système du monde : car ils croient que la terre est inmiobile, et appuyée sur la cime d'une montagne U'or; ils|»eusent que laluoje est éclipsée par des dragons aériens , que les planètes sont plus prtiles que la lune, etc. Il eKt donc évident qu'ils n'ont jainaîs eu les premiers élémens de la théorie astronomique, ni même la moindre connoissance des princi|)es que ^jpitosent les méthodes dont ils se servent* Mais je dois renvoya ici à 1 excellent ouvrage que M. Bailly vient de publier sur Tancienne astronomie, dai)s lequel il discute à fond tout ce qui est rela- 'tif à l'origine et au nragrèsde relie science : .pu verra que ses idées s'accordent avec Un miennes ; et d'ailleurs il a traité ce si\jet
important Avecu^esagicUé di^fhm^ vm profondeur d'érudition oui mettent des élo-l ges de tous ceux qui sintéresseqt au progrès des sciences.
Les Chinois , un peu plus éclairés que les brames, calculent assez grossièrement le^ éclipses, et 'es calculent toujours de mémç depuis deux 9U trois mille ans : puis(|u'ils nç perfectiQuneut rien, ils n'ont jamais rien inventé ; la science n'est donc pas plus née à la Chine qu'aux Indes. Quoique aussi voisins que les Indiens du premier peuple savant, les Chiuois ne paroissent en avoir rien tiré; ils n'ont pas même ces formules astro* nomiques dont les brames ont conservé l'usage, et qui sont néanmoins les pre^ icrs et grands monumeiis du savoir et du b> nheur de l'homme. Il ne paroi t pas non pi }s que les Chaldéens, les Perses, les Égypii< us, et les Gi«c$ , aient rien reçu de ce pi emier peuple éclairé ; car , dans ces contn es du |!^vant. la nouvelle astronomie n'est di qu'à l'opiniâtre assiduité des observateurs chaldéens , et ensuite aux travaux des Gr, es ' , qu'on ne doit dater que du tem^ts Je la fondation de l'école d'Alitxandrie. Néanmoins cette science étoit encore bien imparfaite après deux mille ans de nouvtlle culture , et même jusqu'à nos derniers siècles. Il me paroit donc certain que ce premier peuple^ qui avoit inventé et cultivé si heureusement et $i long-temps l'astronomie, n'en a laissç que des débris et quelques résultats qu'on pouvoit retenir de mémoire, comme celui de la période de six cents ans, que l'historien Josèphe nous a transmise sans la comprendre.
La |)erte des sciences, cette première plaiç faite à l'humanité par la hache de la barbarie , fui sans doute l'effet d'une malheureuse révolution qui aura réduit peut être en peu d'années l'ouvrage et les travaux de plusieurs siècles; car nous ne pouvons douter que ce premier peuple, aussi puissant d'abord que savant, ne se soit long-temps jnainlenu dans sa splendeur, puisqu il a fait de si grands progrès dans les sciences, et par conséquent dans tous les arts qu'exige leur étude. Mais il y a toute ajinareuce que quand les terres situées au nord de celte heureuse contrée ont été trop refroidies, les hommes qui It s habitoient , encore ignorans, farouches , et Imii bares , auront reflué vers cette même contrée riche, abondante^ et cultivée par les arts; il est même assez étonnant qu'ils s'en soient emparés , et qu'ils j
z. Voyet les AdtUtioiu d* Buffon , page 348* »
aient détruit non senlement les germes, mais même la mémoire de toute science; en sorte que trente siècles d'ignorance ont peul-êlre suivi les trente siècles de lumières c|ui les {«voient précédés. De tous ces beaux et premiei-s fruits de Tesprit huiuaiii il nVst resté que le marc; la métaphysicpie relrgieuse, ne pouvant èlre comprise, u*avoit pas besoin d élude, et ne devoil ni s'altérer ni se perdre que faute de mémoire, Ia(|uel1e ne manque jamais quand elle est frappée du merveilleux. Aussi celle métaphysique s'esl-elle répandue de ce premier centre des sciences à toutes les parties du monde; les idoles de Calicut se son' 'rouvces les mêmes que celles de Se- Icgi nsk oi. Les pèlerinages vers le grand TiHuia établis à plus de deux mille lieues de distant»; l'idée de la métempsycose portée c:icor pins loin , adoptée comme article de foi pf r les Indiens, les Ethiopiens, les Atlante ; ces mêmes idées défigurées , reçues par I » Chinois, les Perses, les Grecs, et parv nues jus(|u'à nous , tout semble nous îlém mirer que la première soui'he et la tige comumne des counoissances humaines appartient à celte terre de la haute Asie», et que les rameaux stériles ou dégénérés des nobles branches de cette ancienne souche se sont étendus dans toutes les parties de la terre chez les peuples civilisés.
Et que pouvon>-nous dire de ces siècles de barbarie qui se sont écoulés en pure perte pour nous? ils sont ensevelis pour jamais dans une nuit profonde; l'homme d'alors, replongé dans les ténèbres de l'ignorance , a pour ainsi dire cessé d être homme : car la grossièreté, suivie de l'oubli des devoirs, commence par relâcher les liens de la société, la barbarie achève de les rompre; les lois méprisées ou proscrites , les mœurs dégénérées en habitudes farouches^; l'amour de l'humanité, quoique gravé en caractères sacrés, effacé dans les cœurs; l'homme enfin sans éducation , sans morale, réduit à mener une vie solitaire et sauvage, n'offre, au lieu de sa haute nature, que celle d'un être dégradé au dessous de l'animal.
Néanmoins, après la perte des sciences, les arts utiles aux(]ueis elles avoient donné naissance se sont consi rvés : la culture de la terre devenue plus nécessaire à mesure que
T. Les cultures, les arts, les bourgs épars dans cette région (dit le savant naturaliste M. Pallas) , sont les restes encore vivans d'un empire ou d'une société florissante, dont l'histoire même est ense* relie OYec ses cités , ses temples , ses armes , et ses monumens ,' dont on déterre à cbaque pas d'énormes débris ; ces peuplades sont les membres d'oiM ënorwe nation , à bqnelle il manque tue tête.
DES ÉPOQUES DE LA NAtUBE.
les hommes se trouToîent ptm iiô rob r^ jt ^ plus serrés; toutes les pratiques qu*exige celte même culiture, tous les arts qt)e supposent la conslruction des édifices, la fabrication des idoles et des armes , la texture des étoffes, etc., ont survécu à la science; ils se soni répandus de proche en proche, per* f^ciiounés de loin en loin ; ils ont suivi le coins des grandes populatiuns : Taneien empire de la Chine s'est élevé le premier, et presque en même temps celui des Atlantes en Afrique; ceux du continent de l'Asie, celui de l'Egypte , d'Ethiopie, se sont successivement établis, et enfin celui de Rome, auquel noire Europe doit son existence ci* vile. Ce n*es! donc que depuis environ trente siècles que la puissance de l'homme s^est réunie à celle de la nature et s'est étendue sur la jilus grande partie de la terre : les trésot*s de sa fécondité jusqu'alors étoieni enfouis , l'homme les a mis au grand jour ; ses autres richesses, encore plus profondément enterrées, n'ont pu se dérober à ses recherches , et sont devenues le prix de ses travaux. Partout, lorsqu'il s'est conduit avec sagesse , il a sui\i les lois de la nature, profilé de ses exemples, employé ses moyens , et choisi dans son immensité tous les objets qui pouvoient lui servir ou lui plaire. Par son intelligence les animaux ont été apprivoisés, subjugués, domptés, réduits à lui obéir à jamais ; par ses travaux les marais ont été desséchés, les fleuves contenus, leurs cataractes effacées, les forêts éclaircies, les landes cultivées; par sa réflexion les tentps ont été comptés, les espaces mesurés, les mouvemens célestes reconnus , combinés, représentés, le ciel et la terre comparés, l'univers agrandi, elle Créateur dignemetit adoré ; par son art émané de la science les mers ont été traversées, les montagnes franchies, les peuples rapprochés, un nouvean monde découvert, mille autres terres isolées sont devenues son domaine ; enfin la £ace entière de la terre porte aujourd'hui l'empreinte de la puissance de l'homme, laquelle, quoique stibordonnée à celle de la nature , souvent a fait plus qu'elle, ou du moins l'a si merveilleusement secondée, que c'est à l'aide de nos mains qu'elle s'est développée dans toute son étendue , et qu'elle est arrivée par degrés au point de perfection et de magnificence où nous la voyons aujourd'hui.
Compai^z en effet la nature brute à la nature cultivée * ; comparez les petites na-
3. Voyez le discours qui a pour titre de la Jfa» 'tur€f première Vu*.