‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémensChapitre 55 sur 161 · SEPTIEME · texte numérisé non relu

SEPTIEME

• chicorées, tontes très-bonnes au goût. Nous pouvons de même donner la date très-moderne de nos meilleurs fruits à pépin et à noyau , tous différeus de ceux des anciens , auxquels ils ne ressemblent que de nom.

D^ordinaire les choses restent, et les noms changent avec le temps; ici c'est le contraire , les noms sont demeurés et les choses ont changé : nos pèches , nos abricots , nos poires, sont des productions nouvelles auxquelles on a conservé les vieux noms des productions antérieures. Pour n'en pas douter, il ne faut que comparer nos fleurs et nos fruits avec les descriptions ou plutôt les notices que les auteurs grecs et latins nous en out laissées ; toutes leurs . fleurs étoient simples, et tous leurs arbres fruitiers n'étoient que des sauvageous assez mal choisis dans chaque genre, dont les petits fruits, âpres ou secs , n'avoient ni la saveur ni la beauté des nôtres.

Ce n'est pas qu'il y ait aucune de ces bonnes et nouvelles espèces qui ne soit ori- . ginairement issue d'un sauvageon ; mais combien de fois n'a-t-il pas fallu que l'homme ait tenté la nature pour en obtenir ces espèces excelleijies ! combien de milliers de germes u'a-t-il pas été obligé de contier à . la terre pour quelle les ait enfin produits!

ce n'est qu'en semant , élevant , cultivant, et mettant à fruit un nombre presque infini . de végétaux de la même espèce, ({u'il a pu .

reconuoitre quelques individus portant des fruits plus doux et meilleurs que les autres : et celle première découverte, qui suppo.se déjà tant de soins, seroit encore demeurée .

stérile à jamais s'il n'en eût fait une seconde, qui suppose autant de génie (|ue la première exigeoit de patience ; c'est d'avoir trouvé le moyen de multiplier par la greffe ces indi- . vidus précieux qui malheureusement ne peuvent faire une lignée aussi noble qu'eux , ni propager par eux-mêmes leurs excellen- .

tes qualités : et cela seul prouve que ce ne sont en effet que des qualités purement individuelles , et non des propriétés spécifiques; car les pépins ou noyaux de ces exrel- . lens fruits ne produisent, comme les autres, que de simples sauvageons , et par conséquent ils ne forment pas des espèces qui en soient essentiellement différentes : mais, au . moyen de la greffe , l'homme a , pour ainsi dire, créé des espèces secondaires qu'il peut . propager et multiplier à son gré. Le bouton ou la petite branche (pi'il joint au sauva- . geon renferme cette qualité individuelle qui ne peut se transmettre par la graine , et qui n'a besoin que de se développer pour pro-

EPOQUE. i8i

duire les mêmes fruits que J'individu dont ou les a séparés pour les unir au sauvageon, lequej ne leur communique aucune de ces mauvaises qualités , parce qu'il n'a pas contribué à leur formation, qu il n'est pas une mère, mais une simple nourrice qni ne sert qu'à leur développement par la nutrition.

Dans les animaux , la plupart des qualités qui paroissent individuelles ne laissent pasf de se transmettre et de se propager par la même voie que les propriétés spécifiques :

il étoit donc plus facile a Ihomme d'influer sur la nature des animaux que sur celle des végétaux. Les races, dans chaque es|)èce d'animal, ne sont que des variétés constantes, qui se perpétuent par la génération, au lieu que , dans les espèces végétales , il n'y a point de races , point de variétés assez constantes pour être perpétuées |>ar la reproduction. Dans les seules espèces de la poule et du pigeon, l'on a fai> naître trèsrécemment de nouvelles races en grand nombre, qui toutes i)euveut se propager d'ellesmêmes : .tous les jours, dans les autres es* {)èces, on relève, on ennoblit les races en es croisant ; de temps en temps on acclimate, on civilise quelques espèces étrangères ou sauvages. Tous ces exemples modernes et récens prouvent que l'homme n'a connu que tard retendue de sa puissance, et que même il ne la connoit pas encore assez ; elle dépend en entier de l'exercice de son intelligence : ainsi plus il observera , plus il cultivera la nature, plus il aura de moyens pour se la soumettre, et de facilités pour tirer de son sein des richesses nouvelles, sans diminuer les trésors de son inépuisable fécondité.

Et que ne poiirroit-il pas sur lui-même, je veux dire sur sa propre espèce , si la volonté étoit toujours dirigée par l'intelligence ! Qui sait jusqu'à quel point l'homme poun'oit perfectionner sa nature, soit au moral, soit au physique? Y a-t-il une seule nation qui puisse se vanter d'être arrivée au meilleur gouvernement possible, qui seroii de rendre tous les hommes non pas également heureux , mais moins inégale»

ment malheureux, en veillant à leur conservation, à l'épargne de leurs sueurs et eu leur sang par la paix, par l'abondance des subsistances, par les aisances de la vie, et les facilités pour leur propagation? Voilà le but moral de toute société qui cherche à s'améliorer. Et, pour, le ph)si(|ue, la médecine et les autres arts dont l'objet est de nous conserver sont-ils aussi avancés , aussi

,(a DES ÉPOQUES

cOQDUf, que les art» dejtrut

far ù gii«rr«i' Il temMe que i)e loin Irnipi honinie ait fait moins de réfleiîoni sur le bien que de rëcfaerclies pour le aai : touU SDcietiç esl mêlée de l'un et de l'autre; «I romme de tous les sentimens qui «fîeetenl ifi iiiiiltilude. la crainte eit le ptu9 piHuant, tes grands laleni dans l'art de faire du mal ont été im premiers qui aient frappé Tesprlt Je |'fiomine|' eiistjit^ ceiii qui Foiit amusé oiit occupé son coetir; et ce n'est iju'aprè» un trop long usage de ces deux moj-eiu de failli libnueur et de plaisir stérile qu'enfin il a reeonmi c|ue sa vraie gtoife est la science,

AVOUIONS pe BUFFOH.

ns doDt Josèphe

DE LA HATDRE.

eorantés le délu^, s'il est bien n

"r^ceU

Hcig jours II

La pi'riode de six cen 'dit mih se lervoient les (iv^n) le déluge est une des nlui muo ci ucs

Iilus eiacles que l'on ait jamais inventées.

I est Ar. fail que , prenant le mais lana'ire 11 heures il, minutes 3 secondes,

L mille 146 jours ijiifonl tairet ; et ce même rtom-

Are de ajg nùîU i^^ joars i/l donne 600 s , chacune de Î65 jours 5 Iles Î6 secondes, d'oit résulte : {I une seconde près , td que I modernes l'ont délenniné, ré plus jiiste iju'Hipparque et int donuée plus de deux mille iluEe. Josèpne a cité, comme trietbon , Bêrose , et plusieurs

auteurs dont les écKis sont

fcdut il J a loog-lemps. . . Quel que soit roiideinent sur lequel Josèpbe a parié de «fl)e 'période , il fiiut qu'il j ail eu réelle- ■■^-' ■ -' ■' - ne,,i|epè-

'oit oubnée

la grandeur de ceUes qui conposeDt la gnode période de six cents ant dont il est iaïi meitlîoD dius les BDtiquitéi des Juits, écrite»

par Josèphe Nous ne trouvons dans les moDumens qui noui restent de toutes les ■uu'ea nations uicua vestige de cette période de ûi cents ans, qui euunedes plus bellei que l'on ait eocnre inventées. >

M. CaHini l'en rapporte, comme on TCHt, 1 Jo«èphe, e* Josèphe avait pour garans les historiognphes ègjiptiens. babyloniens, ph^ niciens , et grecil MaoéthoD, fiérote, Mochus, Hestiéus, Jérâme l'^^^yptien , Hésiode, Kécalée, otc, dont les écrits ponvoient subsister et subsistoient Tnisemblablement de son tempi.

Or , cela posé , et qugi qu'on puisse opposer au témoignage de cea auteurs, U. de Mairsn dit , avec raison, que l'incompétence des juges ou des témoins ne ssuroit avoir lieu ici. Le fait dépose par lui-même son authenlicilé : il suffit qu'uue semblable période ait été nommée, il luFfit qu'elle «it exiilé, pour qu'on toil en droit d'en conclure qu il aura donc aussi existé des siècles d'observations et en grand nombre , qui l'ont précédée; que l'oubli dont rilefut £ui- Tie est aussi bien anden , car on doit regarder comme temps d'oubli tout celui où l'on a ignoré la justesse de cette période, et où l'on a dédaigné d'en approfondir les élémens et de s'en servir pour rectifier la théoavisé d'j en substituer de moins exactes.

Donc, si Hipparque , Méton, Pjthagore, Tbalès, et tous les anciens aslronomes de

non seulement cbei les Grecs , mais aussi en Egypte, dans la Phénieie, et duis |a Cbald|e; où les Grecs (voient tous été puiser leur grand savoi

seroient fervi» préférablemeDl i d'autres liypothèses moins exactes pour la détermi-

— ■__ '- "nuée solaire et ' ' '

Is l'av.

it fait

, s'ils l'iivoient imaginée.

Dominique Cassini , que dès le premier âge du inonde , les hommes avoirni déjà fait de grands ^grès dans la sdence du mouveraenf des astres : on pourroil même avancer qu'ils «1 avoient beaucoup plu; de cannoissauces que l'on n'en a eu lonç-Iemps depuis

Les astronomes et ies [Ailosopbes grecs ■voient puisé en Egypte et aux Indes la plus . grande }uirtie de leurs connoissances. les Grecs éloient donc des gens très-nouveaux en astronomie en comparaison des Indiens , des (Minois . et des Atlantes habiuns de l'Afrique occidentale; Uranus et Atlas chei ces derniers peuples , Fo-bi il la Chine , Mercure en Egypte, Zoroosire en Perse, etc.

Les Atlantes , chez q<d r^oit Allas, |ia

roissent être les plus

IS peuples de 1 A.

fiique ,>t }>6aacoiip •fAm ^ciens que 1(9 j^gyptiem. La théogonie de? Allantes, rapportée par Diodope de Sicile , s'est proba- P^ement intpoduite en Egypte , en Ethiopie, jet en Phéiiicie , dans le temps de cette grande irruption dont i) pst parlé dans le Timée dje ]?|atoa, d'un peuplé innombrable qui sortit de Vile Atlantide et se jeta sur une grande partie de VEurope, d^ l'Asie , et de TAfri-

D^ns Toccident de l'Asie, dans l'Europe, 4ans l'Afrique, tout est fondé sur les conpoiss^nces des Atlantes , tandis que les peuples orientaux , chaldéens , indiens , et chinois, n^ont été instruits que plus tard^ et ont toujours formé des peuples qui n'ont pa^ eu de jrelation avec les Atlantes , dont l irruption est plus ancienne que la première date d'aucun de ces derniers peuples.

Atlas , fils d'Uranus et frère de Saturne , vivoit , selon Manéthon et Dicéarque , 3 mille 900 ans environ avant l'ère chrétienne.

Quoique Diogène-Laërce , Hérodote, Diodore de Sicile , Pomponius Mêla , etc. , donnent à l'âge d'Uranus , les uns 48 mille 860 ans, les autres a3 mille ans , etc. , cela n'empêche pas qu'en réduisant ces années à la vraie mesure du temps dont on se servoit dans différens siècles chez ces peuples , ces mesures ne reviennent au même, c'està-dire à 3 mille 890 ans avant l'ère chrétienne.

Le temps du déluge, selon les Septante, a été a mille a56 ans après la création.

L'astronomie a été cultivée en Egypte plus de trois mille ans avant l'ère chrétienne ; on peut le démontrer par ce que rapporte Ptolémée sur le lever heliaque de Sirius : ce lever de Sirius étoit très-important chez les Égyptiens , parce qu'il annonçoit le débordement du Nil.

Les Chaldéens paroissent plus nouveaux dans la carrière astronomique que les Égyptiens.

Les Égyptiens connoissoientle mouvement du soleil plus de 3 mille ans avant Jésus- Christ, et les Chaldéens plus de a mille 47^ ans.

Il y avoit chez les Phrygiens un temple dédié à Hercule qui paroit avoir été fondé

2 mille 800 ans avant l'ère chrétienne, et l'on sait qu'Hercule a été dans l'antiquité l'emblème du soleil.

On peut aussi dater les connoissances astronomiques chez les anciens Perses plus de

3 mille aoo aus avant Jésus-Christ.

L'astronomie chez les Indiens est tout

aussi ancienne; ils admettent quatre âges,

ÉPDQUp. i83

et c'est au commencement da quatrième qu'est liée leur première époque astronomique : cet âge duroit en 176a depuis 4 mil^ 863 ans, ce qui remonte à l'année 3ioa avant Jésus-Christ. Ce dernier âge des Id- ~diens est réellement composé d'annèn sollaires : mais les trois antres , dont le premier est de I million 728 mille années', le second de i million 296 mille, et le troisième de 864 mille années, sont évidemment composés d'années ou plutôt de révolutions de temps beaucoup plus courtes que les années solaires.

U est aussi démontré par les époques astronomiques que les Chmois avoieut cultivé l'astronomie plus de 3 mille ans avant Jésus- Christ, et dès le temps de Fo-hi.

U y a donc une espèce de niveau entre ces peuples égyptiens , chaldéens ou perses , indiens, chinois, et tartares. Ils ne s'élèvent pas plus les uns que les autres dans l'antiquité, et cette époque remarquable de trois mille ans d'ancienneté pour Tasironomie est à peu près la même partout.

« Ceux qui résident depuis long-temps dans la Pensylvanie et dans les colonies voisines ont observé, dit M. Hugues Williamson , que leur climat a considérablement changé depuis quarante ou cinquante ans, et que les hivers ne sont point aussi froids

« La température de Fair dans la Pensylvanie est différente de celle des contrées de l'Europe situées sous le même parallèle.

Pour juger de la chaleur d'un pays , il faut non seulement avoir égard à sa latitude, mais encore à sa situation et aux vents qui ont coutume d'y régner , puisque ceux-ci ne sauroient changer sans que le climat change aussi. La face d'un pays peut être entièrement métamorphosée par la culture ; et l'on se convaincra , en examinant la cause des vents, que leur cours peut pareillement prendre de nouvelles directions

« Depuis l'établissement de nos colonies , continue M. Williamson, nous sommes par-^ venus non seulement à donner plus de chaleur au terrain des cantons habités , mais encore à changer en partie la direction des vents. Les marins , qui sont les plus intéressés à celte affaire , nous ont dit qu'il leur falloit autrefois quatre ou cinq semaines pour aborder sur nos côtes, tandis qu'aujourd'hui ils y abordent avec la moitié moins de temps. On convient encore que le froid est moins rude , la neige moins abondante et moinf continue qu'elle ne l'a jamais été , depuis que nous sommes établis dans cette province

« Il y a plusieura autres causes qui peuvent augmenter et diminuer la chaleur de Tair ; mais on ne sauroit m*alléguer cependant un seul exempte du diangemeut de .climat, qu'on ne puisse attribuer au défrichement du (lays où il a lieu. On m'objectera celui qui est arrivé depuis dix-sept cents aas dans l'Italie et dans quelques contrées de l'Orient , comme une exception à cette . jègle générale. On nous dit que l'Italie étoit mieux cultivée du temps d'Auguste qu'elle uc l'est aujourd'hui, et que cependant le climat V est beaucoup plus tempéré. ... Il Cil vrai que l'hiver étoit pfiis ruJe en Ilalie il y a dix -sept cents ans qu'il ne Test aujourd'hui .... mais on peut eu atlribucr la tause aux vastes foréis dont l'AUemague , qui est au nord de Rome, étuit couverte dans ces

DE LA NATURE

temps là. . . . n s'élevoit de ces déserts incultes des vents du nord perçans, qui se répandoient comme un torrent dans l'Italie, et y causoient un froid excessif. . . et l'air étoit autrefois si froid dans ces régions incultes , qu'il devoit détruire la balance dans ratmosplière de l'Italie , ce qui n'est plus de nos jours. . . .

« On peut donc raisonnablement conclure que dans quelques années d'ici, et lorsque nos desrendans auront défriché la |iartie intérieure de ce pays , ils ne seront presque plus sujets à la gelée ni à la neige, et que leurs hivers seront extrêmement tempérés. »

Ces vues de M. Wilh'amson sont tres-justes, el je ne doute pas que notre postérité ne les voie confirmées par l'expérience.

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