SEPTIÈME
sent froidement sur la terre, tandis qu'entre les mains de Tbomme ils servent d'aliment k rélément du feu, et deviennent les causes secondaires de toute chaleur particulière. Pans les pays de prairie, avant la récolté des herbes, on a toujours des rosées abondantes, et très-souvent de petites pluies qui cessent dès que ces herbes sont levées. Ces petites pluies devieudroient donc plus abondantes , et ne eesseroient pas , si nos prairies, comme les savanes de l'Amérique, étoient toujours couvertes d'une même quantité d'herbes , qui , loin de diminuer , ne peut qu'augmenter par l'engrais de toutes celles qui se dessèchent et pourrissent sur la lerre.
Je dunikâ>ois aisément plusieurs autres exemples .qui tous con^courent k démontrer que l'homme peut modifier les influences du climat qu'il habite ^ et en fixer , ]pour ainsi dire,, la température au poiiit qui lut convient. Et ce qu'il y â de singulier , c'est qu'il lui seroit plus difficile de refroidir la terre que de ht réchauffer : maître de l'élément du feu 1 qu'il peut augmenter et propager à son gré, il ne l'est pas de l'élément du froid, qu'il ne peut saisir ni communiquer. Le principe du firoid n'est pas même une substance. réelle i mais une simple privation , ou plutôt une diminution de chaleur , diminution (|ui doit être très-grande dans les hautes régions de l'air, et qui l'est assez à imé liene de distance de la terre pour y convertir en grâe et en neige les vapeurs aqueuses; car les émanations de la chalem* propre du globe suivent la même loi que tbotes les autres quantités ou qualités physiques qui partent d'un centre commun; et leur intensité décroissant en raisod invei-se da carré de la distance, il paroît cer< tain qu'il fait quatre fois plus froid à deuA lieues qu'à une Keue de hauteur dans notre atmosphère, «n prenant diaque point de la surface de la terre pour centre. D'autre part, la chaleur intérieure du globe est constante, daiis toutes les saisons, à lo degrés an dessus de la congélation; ainsi tout froid plus grand, ou plutôt toute chaleur moindre de lo degrés, ne peut arriver sur la terre que pdr la chute des matières refroidies dans la régifin supérieure de l'air^ où les effets de cecte chaleur propre du globe -diminuent d'autant plus qu'on s'élève plus haut. Or la puissance de l'homme ne s'étend pas si loin ; il ne peut faire descendre te froid comme il tait monter le chaud ; il n'a d'auire moyen pour se garan^ tir de la trop grande ardeur du soleil que
dé ciréér de f ombre ; hàSÀ il ert bien plus aisé d'abattre des tbrêts k la Guiane pour en réchauffer la terre hiimide que d'en planter en Arabie pour en rafraîchir les sables, arides; cependant iine seule forêt dans le milieu de ces déserts brùlans sufifiroit pour les tempérer , pour y ramener les eaux du ciel , pour rendre à la terre tous les principes de sa fécondité, et par (Conséquent pour y faire jouir l'homme de toutes les douceurs d'un climat tempéré.
C'est de la différence de température que dépend la plus ou moins grartde énergie de la nature ; Taccroissement, le développement, et la production même de tous les étre§ organises I ne sont que des effets particuliers de cette cause générale : ainsi 1 bomme eni la modifiant peut en même temps détruire ce qui lui nuit , et faire éclore tout ce qu2 lui convient. Heureuses les contrées où tous les éUimens de la température se trouvent balancés , et assez avantageusetnent combinés pour n'opérer que de bons effets ! Mais en est-il aucune qui, dès son origine, ait eu ce privilège ? aucune où la puissance de l'homme n'ait pas secondé celle de la nature, soit en attirant ou détournant les eaux, soit en détruisant les herbes inutiles et les végétaux nuisibles ou superflus, soit en se conciliant les animaux utiles et les mul(i« pliant? Sur trois cents espèces d'animaux quadrupèdes et quinze cents espèces d'oi- , seaux qui peuplent la surface de la teri'e , l'homme en a choisi dix-neuf ou vingt * ; et ces vingt espèces figurent seules plus grandement dans la nature , et font plus de bieii sur la teiTC , que toutes les autres espèces réunies. Elles figurent plus grandement, parce qu'elles sont dirigées par l'homme, et qu'il les a prodigieusement multipliées :
elles opèrent de concert avec lui tout le bien qu'on peut attendi'e d'une sage administra- | tion de forces et de puissance pour |a cul- i ture de la terre^ pour le transport et le com- '^ merce de ses productions , pour Tanginentation des subsistances ; en un mot., pour tous les besoins, et même pour les plaisirs d'un seul maître qui puisse payer leurs services par ses soins. . i .
Et dans ce petit nombre d*espèces. d'anir maux dont l'homitiè a liit choix « ôeîles de fa poule et du eochon ^ qni sont les plus léfcandes , sont aussi les plus généFalemêiit
•.. 1. L'él^phaQt, leqbameau, le cheral, l'iinc, le bœnf , Id brebis , la chèvre , le cecnon , le chieii , le cfaat , le lama , la vigogne, le buffle. Lm poules , les oies, les dindons, les CMMfds, les pionf, Im fu>saos , les pigeons.
,8q des époques
répandues, comme si l'aptitude à la plus grande muliiplication éioit accompagnée de cette vigueur de tempérament qui brave tous les inconvéuiens. On a trouve la poule et le cochon dans les parties les moins fréquentées de la terre, à Otahiii, et dans les autres îles de lout temps inconnues et les plus éloignées des continens : il semble que ces espèces aient suivi celle de l'homme dans toutes ses migrations. Dans le continent isolé de l'Amérique méridionale, où nul de nos animaux n'a pu pénétrer, on a trouvé le pécari et la poule sauvage, qui, quoique plus petits et un peu diftérens du cochon et de la poule de noire continent, doivent néanmoins être regardés comme espèces très- Toi<ines, qu'on pourroit de même réduire en domesticité : mais Thomme sauvage n'ayant point d'idée de la société n'a pas même cherché celle des animaux. Dans toutes les terres de l'Amérique méridionale, les sau- Tages n'ont point d'animaux domestiques ; ils détruisent indifféremment les bonnes espères comme les mauvaises; ils ne font choix d'aucune pour les élerer et les multiplier, tandis qu'une seule espèce féconde, comme celle du liocco ', qu'ils ont sous la main, leur fonrniroit sans peine, et seulement avec un peu de soin , plus de subsistances qu'ils ne peuvent s'en procurer par leurs chasses pénibles.
Aussi le premier trait de l'homme qui commence à se civiliser est l'empire qu'il sait prendre sur les animaux ; et ce premier trait de son intelligence devient ensuite le plus grand caractère de sa puissance sur la nature : car ce n'est qu'après se les être soumis qu'il a, par leur secours, chaugéla face de la terre, converti les déserts en guérets et les bruyères en épis. En multipliant les espèces utiles d'auimaux , l'homme augmente sur la terre la quantité de mouvement et de vie; il ennoblit en même temps la suite entière des êtres, et s'ennoblit luimême, en transformant le végétal en animal, et tous deux en sa propre substance, qui se répand ensuite par une nombreuse multiplication : partout il produit l'abondance , toujours suivie de la grande population ; des millions d'hommes existent dans le même espace qu'occupoient autrefois deux ou trois cents sauvages , des milliers d'animaux ou il y avoit à peine quelques individus; par lui et pour lui les germes précieux sont les seuls développés, les productions de la classe la plus noble les seules cultivées; sur l'arbre
I. Gros oiseau tràs'fécund , et dont la chair est aoMi bonne que celle du faisan.
DE LA NATURE
immense de la fécondité les branches à fruit seules subsistantes et toutes perfectionnées.
Le grain dont l'homme fait son pain n'est point un don de la nature, mais le grand , l'utile fruit de ses recherches et de sou intelligence dans le premier des arts ; nulle part sur la terre on n'a trouvé de blé sauvage , et c'est évidemment une herbe prefeclionnée par ses soins : il a dune fallu reconnoître et choisir entre mille et mille autres cette herbe précieuse; il a fallu la semer , la recueillir nombre de fois pour s'apercevoir de sa multiplication, toujours proportionnée à la culture et à l'engrais des terres. Et cette propriété , pour ainsi dire uni(|ue , qu'a le froment de résister , dans son premier âge, au froid de nos hivers, quoique soumis, comme toutes les plantes annuelles, à périr après avoir donné sa graine ; et la qualité merveilleuse de cette graine , qui convient à tous les hommes , a tous les animaux, à presque tous les climats, qui d'ailleurs se conserve long- temps sans altération , sans perdre la puissance de se reproduire; tout nous démontre que c'est la plus heureuse découverte que l'homme ait jamais faite, et que, quelque ancienne qu'on veuille la supposer, elle a néanmoins été précédée de l'ait de l'agriculture, fondé sur la science et perfectionné par l'observation.
Si l'on veut des exemples plus modernes et même récens de la puissance de l'homme sur la nature des végétaux , il n'y a qu'à comparer nos légumes, nos fleurs, et nos fruits, avec les mêmes espèces telles qu'elles étoient il y a cent cinquante ans : cette comparaison peut se faire immédiatement et très-précisemeut en parcourant des yeux la grande collection de dessins coloriés, commencée dès le temps de Gaston d'Orléans, et qui se continue encore aujourd hui au Jardin du Roi : on y verra peut - être avec surprise que les plus belles fleurs de ce temps, renoncules, œillets, tulipes, oreilles-d'ours , etc. , seroient rejeiées aujour^ d'hui, je ne dis pas par nos fleuristes, mais par les jardiniers de village. Ces fleurs , quoique déjà cultivées alors , n'étoient pas encore bien loin de leur état de nature : un simple rang de pétales , de longs pistils , et des. couleurs dures ou fausses, sans velouté, sans. variété, sans nuances, tous caractères agrestes de la nature sauvage. Dans les plantes potagères, une seule espèce de chicorée et deux sortes de laitues , toutes deux assez mauvaises; tandis qu'aujourd'hui uous ))ouvons compter plus de cinquante laitues et