DE LA. CARTE GÉOGRAPHIQUE
sois persuadé d'avance qu'il ne reviendra pas en Europe par la mer Glaciale de l'Asie ; mais ce grand homme de mer fera peutêtre la découverte du passage au. nord-ouest depuis la mer Pacifique à la baie d'Hudson.
Nous avons ci-devant exposé les raisons qui semblent prouver que les eaux de la baie d'Hudson communiquent avec cette mer ; les grandes marées venant de l'ouest dans cette baie suffisent pour le démontrer : il ne s'agit donc que de trouver l'ouverture de cette baie vers l'ouest. Mais on a jusqu'à ce jour vainement tenté cette découverte, par les obstacles que les glaces opposent à la navigation dans le détroit d'Hudson et dans la baie même; je suis donc persuadé que M. Cook ne la tentera pas de ce côté-là , mais qu'il se portera au dessus de la côte de Californie , et qu'il trouvera le passage sur cette côte au delà du 43" degré. Dès l'année 159a, Juan de Fuca, pilote espagnol , trouva une grande ouverture sur celte côte sous les 47 et 4S' degrés , et y pénétra si loin qu'il crut être arrivé dans la mer du Nord. En 1601 , d'Aguilar trouva cette côte ouverte sous le 4^* degré; mais il ne pénétra pas bien avant dans ce détroit. Enfin on voit , par une relation publiée en anglois, qu'en 1640 l'amiral de Fonte ^ Espagnol, trouva sous le 54*^ degré un détroit ou lai^e rivière, et qu'en la remontant il arriva à un grand archipel , et ensuite à un lac de cent soixante lieues de longueur sur soixante de largeur, aboutissant à un détroit de deux ou trois lieues de largeur, où la marée portant à Test étoit très-violente , et où il rencontra un vaisseau venant de Loston : quoique l'on ait regardé cette relation comme très-suspecte , nous ne la rejetterons pas en entier, et nous avons
cru devoir présenter ici ces reconnoissances d'après la carte de M. de l'Isle, sans prétenùre les garantir; mais en réunissant la probabilité de ces découvertes de de Fonte avec ceWes de d'Aguilar et de Juan de Fuca, il en résulte que la côte occidentale de l'Amérique septentrionale au dessus du cap Blanc est ouverte par plusieurs détroits ou bras de mer, depuis le 43* degré jusqu'au 54 ou 55* , et que c'est dans cet intervalle où il est presque certain que M. Cook trouvera la communication avec la baie d'Hudson ; et cette découverte achèveroit de le combler de gloire.
Ma présomption à ce sujet est non seulement fondée sur les reconnoissances faites par d'Aguilar , Juan de Fuca , et de Fonte, mais encore sur une analogie physique qui ne se dément dans aucune partie du globe :
c'est que toutes les grandes côtes des continens sont, pour ainsi dire, hachées et entamées du midi au nord , et qu'ils finissent tous en pointe vers le midi. La côte nordouest de l'Amérique présente une de ces hachures , et c'est la mer Vermeille ; mais au dessus de la Californie nos cartes ne nous offrent sur une étendue de quatre cents lieues qu'une terre continue sans rivières et sans autres coupures que les trois ouvertures reconnues par d'Aguilar , Fuca , et de Fonte : or cette continuité des côtes , sans anfractuosités , ni baies , ni rivières, est contraire à la nature ; et cela seul suffit pour démontrer que ces côtes n'ont été tracées qu'au hasard sur toutes nos cartes, sans avoir été reconnues , et que quand elles le seront, on y trouvera plusieurs golfes et bras de mer par lesquels on arrivera à la baie d'Hudson ou dans les mers inférieures qui la précèdent du côté de l'ouest.
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t)É LÀ FIGURATIdiî DÈS AOÎtÉfeAtJX.
Comme Tordre de hds idées doit être ici le même c(ue celui de la succession des temps, et que le temps ne peut nous être repi'ésenté que par le mouvement et par ses effets , c'est-à-Klîre par la succession des opérations de la nature, nous la considérerons d'abord dans les grandes masses qui sont les résultats de ses premiers et grands travaux sur le gloDe terrestre; après quoi nous essaierons de la cuivre dans ses procédés particuliers, et tâcherons de saisir la combinaison des moyens qu'elle eitiploie pour former les petits volumes de ces matières précieuses dont elle paroit d'autant plus avare qu'elles sont en apparence plus pures et plus simples ; et quoique , en général , les substances et leurs formes soient si différentes qu'elles paroissent être variées à l'infini, nous espérons qu'en suivant de près la marche de la nature en mouvement, dont nous avons déjà tracé les plus grands pas dans ses époques, nous ne pourrons nous égarer que quand la lumière nous manquera, fauté de connoissances acquises par l'expérience encore trop courte des siècles qui nous oit précédés.
Divisons, comme l'a fait la nature, en trois grandes classes toutes les matière brutes et minérales qui composent- le globe de (a terre; et d'abord considérons-les une à une, en les coinbinant ensuite deux à deux , et enfin en les réunissant ensemble toutes trois.
La première classe embrasse les matières qui, ayant été produites par le feu primitif; n'ont point changé de nature , et dont les grandes masses sont celles de la roche intérieure du globe et des éminences qui forment les appendices extérieures de cette roche, et qui , comme elle , sont solides et vitreuses : on doit donc y comprendre le roc vif y les quartz , les jaspes , le feld-spalb , les schorls , les micas , les grès , les porpiîyres , les granités , et toutes les pierres de première et même de seconde formation qui ne sont
{>ar calcinables , et encore les sables vitreux, es argiles , les schistes , les ardoises , et toutes les autres matières provenant de la décomposition et des débris des matières primitives que Veau aura délayées , dissoutes , ou dénaturées.
La seconde classe comprend les matières qui ont subi une seconde action du feu , et
qiii àiit été fràptiéëè ^ \èi fUtid^ ^ Tëlectricité souterraine , on fdtldnès par le feu des volcans , dont les grosses masses sont les laves , les basaltes , les pierres poricei , les pouzzolanes , et les autres matières Volcaniques , qui nous présentent en petit des produits assez semblables à ceux de l'action du feu primitif : ei ces deux classes soht celles de la nature Brute ; car toutes les matières qu'elles contienuent ne pdftent que peu ou point de traces d'dfganiâatiod.
La troisième classe contient les substances calcinables , les teires v^étales , et toiltes les matières formées du oétritnent et àt^s dépouilles des animaux et des végétaux pdr Faction ou l'intermède de l'eau, dont les grandes masses sont les rbchers et les bancs des marbres , des pierres Calcaires, des craie.<, des plâtres , et la couche Universelle de terré végétale qui couvre la surface du globe, ainsi que les couches particulières de toufbes, de bois fossiles , et de charbons de terre, qui se trouvent dans son intérieul*.
Cest surtout dans cetle trdisièdicf 6las<^ que se voient tous les degrés et toutes lès nuances qui remplissent Fintervalle entré lit matière brute et lès substances otganisées ; et cette hiatière intermédiaire, pour ailisi dire mi-partie ae brut et d'organique , sert également aux productions de la nature active dans les deux empires de la Vie et de la mort : car comme la terre végétale et toutes les substances calcinables contiennent beaucoup plus de parties organiques que les autres matières produites ou dénaturées par le feu, ces parties oi^aniques, toujours actives , ont fait de fortes impressions sur la matière brute et passive; elles en ont travaillé toutes les surfaces et quelquefois pénétré l'épaisseur; l'eau développe, délaie, entraîne, et dépose ces élémens organiques sur les matières brutes : aussi la plupart des minéraux figurés ne doivent leurs différentes formes qu'au mélange et aux combinaisons de cette matière active avec l'eau qui lui sert
nement de la terre, sont encore, après b mort , ce qu'il y a de plus noble dans la nature brute : les détrimens des animaux et
FIGURATIOl!^ i)ÈS AmJÎÉRAXnC. tgt
dés végéiaut consènreht des molécules or- trop dure; eties oe pourront donc, malgré
gauiques actives, qui communiquent a cette niatîère passive les premiers traits de Torganisaiio.n eh lui donnant la fonde extérieure, tout minéral figuré à été travaillé S ai* ces molécules organiques provenant du étriment des êtres organisés , ou par les premières molécules organiaues existantes avant leur formation : ainsi les minéraux ligures tiennent tous de près ou de loin à la nature organisée ; et il n'y a de matières entièrement nrutes que celles qui ne portent aucun trait de figuration ; car Torganisation a, comme toute autre qualité de la matière, ses degrés et ses nuances , dont les caractères les plus généraux , les plus distincts , et les résultats les plus évidens, sont la vie dans les animaux , la végétation dans les plantes , et la figuration dans les minéraux. Le grand et le premier instrument avec lequel la nature opère toutes ses merveilles est cette force universelle , constante , et pénétrante , dont elle anime chaque atome de matière en leur imprimant une tendance mutuelle à se rapprocher et s^unir. Sou autre grand moyen est la chaleur, et cette seconde force tend à séparer tout ce que la première a réuni : néanmoins elle lui est subordonnée; eàr rélément du feu , comme toute autre matière, est soumis à la puissance générale de la force attractive. Celle-ci est d'ailleurs également répartie dans les substances organisées , comme dans les matières brutes; elle est toujours proportionnelle à la masse : toujours présente , sans cesse active , elle peut travailler la matière dans les trois dimensions à la fois , dès qu'elle est aidée de la chaleur, parce qu'il n'y a pas un point qu'elle ne penèire à tout instant , et que par conséquent Ja chaleur ne puisse étendre et développer, dès qu'elle se trouve dans la proportion au'exige l'étal des matières sur lesquelles elle opère. Ainsi , par la combinaison de ces deux forces actives , la matière ductile , pénétrée et travaillée dains tous sçs points , et par conséquent dans les trois dimensions à la fois , prend la forme d'un germe organisé, qui bientôt deviendra vivant ou végétant par la continuité de son développement et de son extension proportionnelle en longueur, largeur, et profondeur.
Mais si ces deux forces pénétrantes et productrices , Tatiraction et la chaleur, au lieu d'agir sur des substances molles et ductiles, viennent à s'exercer sur des matières sèches et dures qui leur opposent trop de résistance, alors elles ne peuvent agir que sur la surfacç, sans pénétrer l'intérieur de celte matière
toute leur activité, la travailler que dans deux dimensions au lieu de trois , en traçant à sa superficie quelques linéamens ; et cette matière n'étant travaillée qu'à la surface ne pourra prendre d'autre forme que celle d*un minéral Qguré. La nature Qpère ici comme l'art de l'homme , il ne peut que tracer des figures et former des surfaces ; mais dans ce genre même de travail , le seul où nous pui»siods l'imiter > elle nous est encore si supérieure , qu'aucun de nos ouvrages ne peut approdier des siens.
Le germe de l'animal ou du v^étal étant formé pur la réunion des molécnles ethniques avec une petite portion de matière ductile, ce moule intérieur une fois donné et bientôt développé par la nutrition suffit pour commuifiquer son empreinte , et rendre sa même forme à perpétuité, par toutes les voies de la reproduction et de la génération; au lieu que, dans \p minéral, il n'y a point de germe , point de moule intérieur capable de se développer par la nutrition , ni de transmettre sa forme par la reproduction.
Les animaux et les végétaux , se reproduisant également par eux-mêmes, doivent être considérés ici comme des êtres semblables pour le fond et les moyens d'organisfrtion; les minéraux, qui ne peuvent se reproduire par eux-mêmes, et qui néanmoins se produisent toujours sons la même forme, en diffèrent par l'origine et par leur.structure , dans laquelle il n'y a que des traces superficielles d'organisation. Mais , pour bien saisir cette différence originelle , on doit se rappeler < que, pour former un moule d'animal ou de végétal capable de se reproduire , il faut que la nature travaille la ma tière dans les trois dimensions à la fois , et que la chaleur y distribue les molécules organiques dans les mêmes proportions , afin que la nutrition et l'accroissement suivent cette pénétration intime, et qu'enfin la reproduction puisse s'opérer par le superflu de ces molécules organiques , renvoyées de toutes les parties du corps organisé lorsque son accroissement est complet : or , dans le minéral , cette dernière opération , qui est le supréime effort de la nature , ne se &it ni ne tend à se faire; il n'y a point de molécules organiques superflues qui puissent être renvoyées pour la reproduction. L'opération qui la précède, c'est-à-dire celle de la nutrition, s'exerce dans certains corps organisés qui ne
I. Voyez les articlet oh il est tttité de la natri* tion et de la reproduction.
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MINÉRAUX
se if«produîseiit pas, et qui ne sont produits eux-mêmes que par une génération spontanée : mais cette seconde opération est encore suppirimée flanà le minéral; il ne se nourrit nî 'S*«îCroîl |iar' fcetle intus-susception qui, HâdsT'fAus les êtres organisés , étend et dcvelappë leurs trois dimensions à la fois en é^fé portibn : iét seule manière de croître est 'une augmentation de volume par la juxta^position succesinve de ses parties constituantes,' qui toutes* n*étant travaillées que suffteux dimen.<nons, c'est-à-dire en longueur et en largeur, ne peuvent prendre d'autre forme que celle de petites lames infiniment minces et de figures semblables ou différentes ; et ces lames figurées , superposées , et réunies , composent , par leur agrégation, un volume plus ou moins grand et figuré de même. Ainsi , dans chaque sorte de minéral figuré, tes parties constituantes, quoique excessivement minces , ont une figure déterminée qui borne le plan de leur surface, et leur est propre et particulière ; et comme les figures peuvent varier à Tinfini , la diversité des minéraux est aussi graude que le nombre de ces variétés de figure.
Cette figuration dans chaque lame mince est un trait , un vrai linéament d'organisation , qui , dans les parties constituantes de chaque minéral , ne ])eut être tracé que par l'impression des élémens organiques ; et en effet , la nature , qui travaille si souvent la matière dans les trois dimensions à la fois , ne doit-eHe pas opérer encore plus souvent en n'agissant que dans deux dimensions , et en n'employant à ce dernier ti-avail qu'un petit nombre de molécules orgauiques , qui , se trouvant alors surchargées de la matière brute, ne peuvent en arranger que les parties superficielles , sans en pénétrer l'intérieur pour en disposer le fond , et par conséquent sans pouvoir animer cette masse minérale d'une y/ie animale ou végétative? et quoique ce travail soit beaucoup plus simple que le premier , et que , dans le réel , il soit plus aisé d'effleurer la matière dans deux dimensions que de la brasser dans toutes trois à la fois, la nature emploie néanmoins les mêmes moyens et les mêmes agens ; la force pénétrante de l'attraction , jointe à celle de la chaleur , produisent les molécules organiques , et donnent le mouvement à la matière brute en la déterminant à telle ou telle forme , tant à l'extérieur qu'à l'iniérieur lorsqu'elle est travaillée dans les trois dimensions, et c'est de cette matière que se sont formés les germes des végétaux et des animaux : mais, dans les minéraux, chaque pe-
tite lame infiniment mince n'étant travaillée que dans deux dimensions par un plus ou moins grand nombre d'élémens organiques, elle ne peut recevoir qu'autour de sa surface une figuration plus ou moins régulière; et si l'on ne peut nier que cette figuration ne soit un premier trait d'organisation , c'est aussi le seul qui se trouve dans les minéraux ; or, cette figure une fois donnée à chaque lame mince , à chaque atome du minéral , tous ceux qui l'ont reçue se réunissent par la force de leur affinité respeciive , laquelle , comme je l'ai dit » , dépend ici plus de la figure que de la masse ; et bientôt ces atomes en petites lames minces , tous figurés de même, composent un volume sensible et de même figure; les prismes du cristal , les rhombes des spaths calcaires , les cubes du sel marin , les aiguilles du nltre , etc. , et toutes les figures anguleuses , régulières ou irrégulières des minéraux , sont tracées par les molécules organiques , et particulièrement par les molécules qui proviennent du résidu des animaux el végétaux dans les matières calcaires, et dans celles de la couche universelle de terre végétale qui cou» vre la superficie du globe : c'est donc à ces matières mêlées d'organique et de brut que l'on doit rapporter l'origine primitive des minéraux figurés.
Ainsi toute décomposition, tout détriment de matière anim.-ile ou végétale, sert non seulement à la nutrition , au développement, et à la reproduction des êtres , mais cette même matière active opère encore comme cause efficienle la figuration des minéraux : elle seule, par son activité différeuiment dirigée , suivant les résistances de la matière inerte, peut donner la figure aux parties constituantes de chaque minéral , et il ne faut qu'un très-petit nombre de molécules organiques pour imprimer celle trace superficielle d'organisation dans le minéral dont elles ne peuvent travailler l'intérieur; et c'est par cette raison que ces corps éiant toujours bruts dans leur substance , ils ne peuvent croître par la nutrition comme les êtres organisés, dont l'intérieur est actif dans tous les points de. la masse , et qu'ils n'ont que la faculté d'augmenter de volume par une simple agrégation superficielle de leurs parties.
Quoique celte théorie sur la figuration des minéraux soit plus simple d'un degix*; que celle de l'organisation des animaux , el des végétaux , puisque la nature ne travaille