‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémensChapitre 79 sur 161 · DES ARGILES ET DES GLAISES · texte numérisé non relu

DES ARGILES ET DES GLAISES

L*ARGii:.E, comme nous venons de Tavancer , doit sou origine à la décomposition des matières vitreuses qui« |)ar Timpression des élénieus humides , se sont divisées , atténuées , et réduites en terre. Cette vérité est démontrée |)ar les faits, x^ Si Ton examine les cailloux les plus durs , et les autres matières vitreuses exposées depuis long-temps à lair, on verra que leur surface a blautbi, et que dans cette partie extérieure le caillou s^est ramolli et détomposé, taudis que Tintérieur a conservé sa dun;té , sa sécheresse, et sa couleur. Si Fou recueille cette matière blanche en la raclant , et qirou la détrempe avec de reau,ron verra que c*est une matière qui a déjà pris le caractère d'une terre spongieuse et ductile, et qui appro' liede la nature de l'argile. a° Les laves des volcans et de tous nos verres factices , de quelque qualité qu'ils soient, se convertissent en terre argileuse '. 3® Nous voyons les sables des granités et des grès , les paillettes du mica , et même les jaspes et les cailloux les plus durs , se ramollir, blanchir par Timpression de Pair, et prendre à leur surface tous les caractères de cette terre; et Targile pénétrée par les

z. « Une partie des laves de la solfatare près de Naples est coiivertie en argile ; il y a drs morceaux dont une partie est encore tare, et l'autre partie est changée en argile.. . On y voit encore des schoris blancs en forme de grenat , dont quelques* uns sont également couTertis en .argile.... Ce chan» gement des matières vitreuses en argile par l*intermâde de l'acide sulfureux (on vilriolique), qui les a pénétrées» en quelque laçou dissoutes, est sJans doute un phénomène rfmarqnable et très» intéressant pour t'bistoirct naturelle, w {Lettres de M. Feràer sur ta minéralogie , page aâ9.)

M. Ferber ajoute qu'une partie de cette ai^ile est molle comme une terre, et que l'autr» est dure, pierreuse, et asses semblable à une pii-rre à chaux blanche ; c'est vraisemblablement cette fausse ap-

Sarence qui a fait dire à M- Fougeruux de Bonaroy {Mémoires de i-* Académie des Seteuees . année 1766) que les pierres de la solfatare étnient calcaires. M. Hamilton a fait la même méprise; mais il paroii certain, dii le savant Iraducieiir des lettres de Ferber» que le plancher de la Koifalare et tes coltines qui l'environnent ne sont composés que de produits volcaniques convertis par les vapeurs du soufre en terre argileuse.

pluies, et mêlée avec le limon des rosées et avec les débris dès végétaux , devient bientôt une terre féconde.

Tous les micas , toutes les exfoliaiions du quartz, du jaspe, du feld-s|)ath, et du schori, tous les dérimens des porphyres, des granités et des grès, perdent peu à peu leur sécheresse et leur dureté; iln s'atlé'nuent et se ramollissent par l'humidité, et leurs molécules deviennent à la fin spongieuses et ductiles par la même impression des éléiuens humides. Cet effet, qui se passe en petit sous nos yeux , nous représente rancienne et grande formation des argiles après la pieniiere chute des eaux sur- la surface du globe : ce nouvel élément saisit, alors toutes les poudres des verres primitifs.; et c'est dans ce temps q'ue se fit la cond>inaison qui produisit Tacide universel par laction du feu dont la terre et Teau étoient également é* néirées, puis(|iie la terre étoil encore brillante . et l'eau plus que bouillante. ,

L'aride se trotive en effet dans toutes les argiles, et ce premier produit de la combinaison du feu, de la terre, et de reau, in* diquea.ssez clairement le tenips de la chute des eaux , et fixe l'épocfue de ce premier Ira* va il ; car atteinte des antiques matières vivreuses en grandes masses , telles que les quartz, les jasiies, ni même les granités, ne comient I acide : par conséquent auctuie de ces matières antérieures aux argiles n'a été touchée ni travaillée |>ar Teau , dont le seid contact ei)t produit Tacide par la combinai son néeessaire de cet élément avec le feu qui embrasoit encore la terre '.

a. Cette origine peut setile expliquer la triple afGnilé de l'acifle avec le feu, la terre, et l'eau, et sa formation par la combinaison de ces trois été* mens, iVau n'ayant pu s'unir à la terre vitreuse sans se joindre en mente l«>mps à La portion de feu dont cette terre éloit enipremte ; j'observai de plut l'affinité inarqn«M> et .ubsistanle entre les matières vitrescibles et l'acide argileux ou vilriolique, qui,, de tous les acides, est le seul qui ait quelque prisa sur ces substances : on a tenté leur analyse, au moyen de cet acide; mais cette analyse ne prouvera rien de plus que la grande analogie étublio entre le principe acide et la t«rre vjtrescible , dès le

iy.

aSo MINER A^mc.

L^ln^^ seroit donc |»ar elle - même une terre Iràhpure, si, peu de temps après sa formation , elle n'eût été mêlée , par le mouvement des eaux , de tous les débrU des produdions qu*elles firent bientôt éclore; «Qsuite , après la reiraite des eaux , toutes J«« argiles dont la surface étoit découverte n^çureni le dépôt des poussières de l'air et du limon des pluias. Il n'est donc resté d'argdes pures que celles qui dès lors se troutolent recouvertes par d'autres couches, qui les ont défendues de ces mélanges étrangers.

La plus pure de ces argiles est la blanche ; c'est la seule terre de celte espèce qui ne •oit pas mélangée de matières hétérogènes :

c*eil un simple détriment du sable quarizeux, ^iii est aussi réfractaire au feu que le quartz néme duquel cette argile lire son origine.

La belle argile blanche de Limoges, celle de Normandie , dont on fait les pipes à ftimer, et quelques antres argiles pures , quoiqu'un ffin colorées, et dont on tait les creusets et |K>t8 de verrerie , doÎTeot être regardées eomme dei argiles pures, et sont à peu près également réfraetaires à l'action du feu :

tontes ies audres argiles sont mélangées de diverses matières qui les rendent fusibles et leur donnent des qualités diiférentfes de celles de l'argile pure; et ce sont ces argiles mélangées auxqueUes on doit donner le nom degkUtêt.

La nalitte a suivi pour la formation des argiles les mêmes procédés que pour celle des grès : les grès les plus purs et les plus blancs sont formés par la simple réunion ée» sables quartzeux sans mélange, tandis

Sue les grès impurs ont été composés de ifléirentes matièreB mâées avec ces sables quaiteettjL et transportées ensemble par les eaux ; de même lea argiles blancnes et pures ne sont ferméea que des détrimens ultérieurs des sables du ooartz, du grès, et du mieat dont Va molécules, très* atténuées par l'eau , sont devenues spongieuses et ont pris la nature de œtte terre » au lieu que les glaises, c'est-à-dire les argiles impures , sont composées de plusieurs matières hétérogènes que l'eau y a mêlées , et qu'eUe a transportées ensemble pour en for-

feOkpê «a fl f et i i iw. r wl l«D— t éngeadré dans ettte «erre à ta première ciiaia ées eaux. Ces greadcB Tuée de l'IiiBtoire ■etavelle confinneat admirabtement les idées A» rHtasiM Stakl, qui, de la te«le force des arnUygiee, «t du nembre «lés oombhtaisons oè il SToit v« l'acide TÎtnaliqua se tra- Tcatir et prendre la feitae de presi|ue toas i«s aalres «ddes, «Ttrft déjà «anolu qu'il était le principe •«Hn priiftftir, priMipal , fnmcnsl. (AmmraM de M. ra6b0 Btxon.)

mer les couches Immenses oni recouvrent presque partout la masse inténeure du globe.

Ces glaises servent aussi de fondement et de base aux couches horizontales des pier»

res calcaires ; el de même qu'on ne trouve que peu de grès purs en comparaison des grès mélangés, on ne trouve aussi que raremen! des argiles blanches et pures , au lieu que les glaises ou argiles impures sont universellement répandues.

Pour recoiinoître par mes yeux dans quel ordre sont établis les dépôts successifs et les différentes couches de ces glaises , j'ai fait £ûre une fouille < à cinquante pieds de pro-

z. La ville de Montbard est située an milieu d'un Talion, sur une montagne isolée de toutes parts, et œ monticule forme, entre les deux cbaines de noutagnes qui bornent ce vallon dans sa longueur, deux espèces de gorges : ce fut dans l'une de ces gorges , qui est du côté du midi , qu'au mois d'aoàt 1774 M. de BufTon fit faire une fouille de cinqoaute pieds de profondeur et de six pieds de large eu carré. Le terrain où l'on creusa est inculte de temps immémorial , c'est un espace Tague qui sert de pâturage ; et quoique oe terrain paroisse à l'ail à peu près au airean du rallon, il est cependaot plus élevé que la rivière qui l'arrose, d^nviron trente pieds , et de huit pieds seulement pins qu'un petit étang qui n'est éloigné de cette foaiUe que de cinquante pas.

Après qu'on eut enlevé le gasoo , on trouva une couche de terre brune , d'un pied d'épaisseur , sous laquelle étoit une autre couche de terre grasse, ductile , d'un jaune foncé et rougeStre , presque sans auctin gravier, qui étoit épaiase d'environ trois pieds.

L'argile étoit stratifiée immédiatement sous ces couches limoneuses , et les premiers lits , qui n'avoient que deux ou trois pouces d'épaisseur, étoient formés d'une terre grasse d'un gris bletiStre, mais tnarbré d'an jaune fcacé» de la couleur de la couche supérieure , ces lits paroissoient exactement horizontaux « et étoient coupés , comme ceux des carrières , par des fentes perpendiculaires qui étoient si près les unes des autres, qu'il n'y avoit pas entre les plus éloignées un demi-péuce de distance : cette terre étoit très-humide et molle ; on 7 trouva des bélemniles et une très-grande quantité de petits peignes ou coquilles de Sainl-Jacques , qui n'avoient guère plus d épaisseur qu'une feuille de papier, et pas plus de quatre ou cinq lignes de diamètre : ces coquilles étoient cependant tontes très-entières et bien conservées, et Fa plus grande partie éloil adhérente & une matière terreuse qui augmentoit leur épaisseur d'environ une ligne ; mais cette croûte terreuse , qui n'étoit qu'à la partie convexe de la coquille , s'en séparoit en se desséchant , et on la distinguoit alors facilement de la vraie coquille. On 7 trouva encore de petites pétoncles de l'espèce de celles qu'on nomme cuaei' « et ces coquilles étoient placées non pas dans les fentes horizontales des couches, mais entre leurs petites stratifications , et elles étoient toutes à plat et dans une situation parallèle aux couches. 11 j avoit aussi dans ces mêmes couches des pyrites Titrioliques ferrugineuses qui étoient aplaties et terminées irrégulièrement, et qui n'étoient point formées intérieiurement par des rayons tendant au

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