‹ Œuvres complètes de Buffon avec les supplémensChapitre 80 sur 161 · DES AKCILES ET DES GLAISES · texte numérisé non relu

DES AKCILES ET DES GLAISES

fondeur dans le milieu d*uii. vallon sui monté des deux côtés par des coUiues de même glaise, couronnées de rocher^ calcaires juscentre coinnie elles le sont ordinairement : la coupe de ces terres s'étant ensuite desséchée, les couches Jimoneu!>es se séparèrent, par une grande gei-v'ure, des couches argileuses.

A huit pieds de profondeur, on s'aperçut d'une petite source d'eau qui avoit son issue du côté de l'étang dont on a parlé, in.'iis qui disparut le lendemain : on remarc|ua qu'à cette profondeur tes couches commençoient à avoir une plus grande éj>aisseur, que leur couleur étoit plus brune , et qu'elles n'étoient plus marbrées de jaune intériearement, comme les premières : cette couleur ne paroisfoil plus qu'à la superficie, et ne pénétroit dans les couches que de l'épaisseur de quelques lignes, et les fentes perpendiculaires étoiént plus éloignées les unes des autres. La superficie des couches parut , à cette profondeur, toute parsemée de paillettes brillantes, transparentes, et séléniteuses; ces paillettes, à la chaleur du soleil, devenoient presque dans l'instant blanches et opaques. Ces couches contenoient les mêmes espèces de coquillages que les précédentes , et à peu près dans la même quantité. On y trouva aussi un grand nombre de racines d'arbres aplaties et pourries , dans lesquelles les fibres ligneuses éteient encore trèsapparentes» quoiqu'il n'y ait point actuellement d'arbres dans ce terrain , et jusque là on n'aperçut, dans ces couches > ni sable » ni gravier, ni aocone sorte de terre.

Depuis huit pieds jusqu'à douze, les couches d'argile se trouvèrent encore un peu plus brunes,

5 lus épaisses, et plus dures* Outre les coquilles es couches supérieures dont on a parlé , il y avoit une grande quantité de petites pétoncles à stries demi circulaires, que les naturalistes nomment fasciati, dont les plus grandes n'avoient qu'un pouce de diamètre, et qui étoient parfaitement conservées entre ces couches ; et à aix pieds de profondeur, on trouva un lit de pierre très-mince, coupé par un gr^nd nombre de fentes perpendiculaires ; et cette pierre , semblable à 1» plupart des pierres argileuses, étoit brune, dure, aigre» et d'un grain très-fin.

A la profondeur de douze pieds jusqu'à seize , l'argile étoit à peu près de la -même qualité ; mais il 7 avoit plus d'humidité dans les fentes horizontales , et la superficie étoit hérissée de petits grains un peu allongés , brillans , et transparens , qui , dans un certain sens , s'exfolioient comme le gypse, et qui, vus à la loupe, paroissoient avoir six faees, comme les aiguilles de cristal de roche, mais dont les extrémités étoient coupées obliquement et dans le même sens. Après avoir lavé une certaine quantité de ces concrétions et leur avoir fait éprouver une chaleur modérée, elles devinrent très-blanches; broyées et détrempées dans l'eau, elles se durcirent promptement comme le plâtre , et on reconnut évidemment que cette matière étoit de véritable pierre spéculaire , le germe , pour ainsi dire , de la pierre à plâtre. Comme j'examinois un jour les différentes matières qu'on tiroit de cette fouille , un troupeau de cochons que le pâtre ramenoit de la campagne passa près de là , et je ne fus pas peu surpris de Toir tout à coup ces animaux se jeter brusquement sur la terre de cette fouille la plus nouTellemeat tirée et U plus molle, et la dévorer avec avidité } ce qui arriva encore en ma présence plusiews ùh» ^ suite. Outre les coquillages dos prsmiàras ai«-

qu'à trois cent cinquante oo qii9tre cents pieds de liauteur , et j*ai prié qn de Qos bons observateurs en ce genre 4e tenir re-

ches , celle-ci contenoit des limas de mer lisses , d'autres limas hérissés de petits luberrules , des tellines, des cornes d'ammon de la plus petite es» pèce, et quelques autres plus grandes qui avoient environ quatre pouces de diamètre i elles étoient tontes extrêmement minces et aplaties, et ce|M>n' dant très-entières , malgré leur extrême délicatesse. Il y avoit surtout une grande quantité de béleqa» ni tes , toutes conoides , dont les plus grandes avoient jusqu'à sept et huit pouces de longueur s elles étoient pointues comme un dard à l'une des extrémités , et l'extrémité opposée à leur base étoit terminée irrégulièrement et aplatie comme si elle eût été écrasée ; elles étoient brunes au dehors et au dedans, et formées d'une matière disposée inté« rieurement en forme de stries transversales ou rayons qui se réunissoient à l'axe de la béleinnite. Cet axe étoit dans toutes un peu ejfcentrique » et marqué , d'une extrémité à l'autre , par une ligne blanche presque imperceptible ; et lorsque la oé> lemnite étoit d'une certaine grosseur, la base ren* ferinoit on petit cône plus on moins long , composé d'alvéoles en forme de plateaux , emboîtés les uns dans les autres comme les nautiles, au sommet duquel se terroinoit alors la ligne blanche : ce petit cône étoit revêtu, dans toute sa longueur, d'une pellicule crustacée , jaunâtre , et très-mince, quoique formée de plusieurs petites couches , et la corps de la bélenanite , disposé en rayons qai recouvroient le tout, devenoit d'autant plus mince que le petit cône acquéroit un plus grand diamètre. Telles étoient à pecf près les bélemnites que l'on trouva éparses dans la terre que l'on avoât tirée de la fouille ; ce qui est commun à tontes celles de cette espèce.

Pour savoir d«ns quelle situation ces bélemnites étoient placées dans les couches de la terre» on en délita plusieurs morceaux avec précaution», et on reconnut qu'elles étoient toutes couchées à plat et parallèlement aux différens lits ; mais ce qui novs surprit , et ce qui n'a pas encore été observé , c'est qu'on s'aperçut alors que l'extrémité de la hase de toutes ces bélemnites étoit toujours adhérente à une sorte d'appendice de couleur jaunAtre * d'une substance semblable à celle des coquilles, et qui avoit la forme de la partie évasée d'un entonnoir qui auroit été aplatie , dont plusieurs avoient près de deux pouces de longueur, un pouce de largefr à la partie supérieure, et environ six lignes à l'endroit on ils étoient adhérens à la base de la hé* lemnite : et en examinant de près ce prolongement testaoé ou criutacé, qui est si fragile, qu'on ne peut presque le toucher sans le rompre , je remarquai que cette partie de la bélemnite qu'on n'a pas jusqu'ici connue n'est autre chose que la continuation de la coquille mince ou du têt qui couvre le petit cône chambré dont j'ai parlé ; en sorte qu'on peut dire que toutes les bélemnites qui sont actuellement dans les cabinets d'histoire naturelle ne sont point entières , et que ce que l'on en connnît n'est en quelque façon que l'étui ou l'enveloppe d'une partie de la coquille ou du têt qui renCermoit autrefois l'animal.

Jusqu'à présent les aoteurs ja'ont pu m cmncilier sur la nature des bélemnites : les uns , tels que VToodwards {Uistoirt naturelle de lu terre) , les ont regardées comme une matière mUnérale dn fente

MIffARAUl.

|tttre euct dé cé que cette fouille présente- par la note qu*îl m'en a remise, et qui sufroit. Il a eu la bonté de le foire avt« la plus tira pour donner une idée de la disiiosition grande attention , cumme on peut le voir des difTérens lits de glaise et de la nature

ST^tenda qu'elles n'aient aatre chose que des ents lie ces poissoos qu'on nomme sennieurt , et d'autres les ont prises poar des cornes d animaux pétrifiées; mais la Truie forme de la bélemnite mieux connue, et surtout cette partie crnstacée qui est à sa base lorsqu'elle est entière , pourront ocut'ètre contribuer i fixer les doutes des liatura* listes, et à la faire mettre au rang des. crustacés ou des coquilles fossiles ; ce qui me paroti d'autant plus évident qu'elle est calcina ble clans toutes ses parties , comme le tét des oursius et des coquilles , et au même degré de feu.

Depuis seize pieds jusqu'à vingt , tes lits d'argile aToient jusqu'à dix pouces d'épaisseur ; ils étoient beaucoup plus dnrk que les précédeiis , d'une cou> leur encore plus brune, et toujours coupés par des fentes perpendiculaires , mais plus éloignées les unes des autres que dans les lits supérieurs : leur superficie étoit d'un jaune couleur de rouille qui ne péoétroit pas ordinairement dans l'intérieur oes couches ; mais , lorsque les stillations des eaux avoient pu y introduire cette terre jaune qui avoit coloré leur superficie, on trouvoit souvent, entre leurs stratifications, des e&nèces de concrétions |>yriteuscs plates , rondes , d uu jaune brun , d'envi* ron lin pouce ou un ponce et demi de diamèire , et qui n'avoient pas uu quart de pouce d'épaisseur : ces sortrs de pyrites étoient placées dans les cou« ches , sur la même ligne , à un pouce on deux de distance , et se commuiiicpiant par un cordon cylîn> drique de même matière, un peu aplati , et de deux à trois lignes d'épaisseur.

A cette profondeur , on continua de trouver , «ntre les couches . du gypse ou pierre spéculaire , dont les grains étoient plus gros , plus transparens, et plus réguliers: il s'en trouva même des mor* eeaux de la longueur d'un écu , qui étoient formés par des rayons tendant an centre. On commença aussi a apercevoir entre oes coudies et dans leurs feutes perpendiculaires quelques concrétions de charbon de terre on plutôt de véritable jayrt, sous la forme de petites lames minces , dures . cassantes , très-noires , et très-luisantes ; ces couches contenoient encore h peu près les mêmes espèces de co> quilles que les couches supérieures , et on trouva de plus dans celles-ci quantité de petites pinnes et de petits buccins. A la profondeur de seize pieds , l'eau se répandit dans la fouille, et die paroissoit sortir de toute sa circonférence par de petites sources qui foumissoient dix à onze pouces d'eau pendant la nuit.

A vingt pieds, même quantité d'argile, dout tes cooches avoient augmenté encore en épaisseur et en dureté , et dont la couleur étoit plus foncée : elles «mntenoient les mêmes espèces de coquilles , et tonjoors des concrétions de piètre.

A vingt-quatre pieds , mêmes matières , sans aucun changement apparent ; on trouva à cette pro» fondear une pinne de près d'un pied de longueur. A vingt-huit pieds, la terre étoit presque aussi dure que la pierre, et on n'aperçut presque plus de gypsu on pierre spéculaire; ou en tr«Hi"a cependant etiei»re un morceau de la longueur de la main t oes couches contenoient une grande quantité de co<|nilles fossiles, et surtout différentes es|ièues de cornes d'anmon dont les plus grandes avoient près «l'un pied de diamètre.

Ba Twgt>knit pieds à trente-six , mêmes m«ttèr«B

et de même qualité t h cette profondeur, on troura un lit de pîfrres argileuses trèk-bfmties et de la

' couleur des couches terreuses, dans lesquelles on cessa absolument d'apercevoir du gypse ; il y en avoit ce|M>ndant encore quelques veines dans l'intérieur de celte pierre, mais qui n'avoient plus la tranftpareiioe de la sélénite ou pierre spéculaire. Cette pierre conlenoit aussi d'autres petites veines de charbon de terre; il s'en sépara même, en la cassant , quelques morceaux de la grandeur d'environ cinq ou six pouces en carré, et d'un doigt d'épaisseur, parmi lesquels il y en avoit plusieurs qui étoient traversés de quelques filets d'un jaune brillant. Ce lit de pierre avoit trois ou quatre poures d'épaisseur ; il couvrait toute la fouille , et étoit coupé, comme les couches terrenses , par des fentes perpendiculaires : la terre qui étoit dessous, dans l'espace de quelques pieds de profondeur, étoit un peu moins brune que celle des couches précédentes, et on y apercevoit qael(|ttrs veines jauiiAtres. On trouva ensuite un autre lit de la même espèce de pierre sous lequel l'argile étoit très- noire, très-dure, et remplie de co<|nilles comme les couches supérieures : plu&ieurs de ces coquilles étoient revêtues , d'un côté , par une incrustation terreuse, disposée par rayons on filets brillans, et 1rs coquilles elles-mêmes britluiiMit d'une belle couleur d'or, surtout les béiemnites, qui étoient aussi la plupart bronzées, particulièrement d'un côté. Cette couleur métallique , que les naturalistes ont nommée armature » est produite, à mon avis, sur la superficie des coquilles fossiles , par des sucs pyriteux dont les stillations des eaux se trouvent char-

' gées, et l'acide vitriolique ou alomineux qui entre toujours dans la conip«>sition des pyrites y fixe la terre métallique qui sert de base à ces concrétioiis , comme l'alun , dans les teintures , attache la ma* tière col ante sur les étoffes , de sorte que la dissolution d'une pyrite ferrugineuse communique une couleur de rouille , ou quelquefois de fer (loli , aux matières qui en bont imprégnées; une pyrite rni-

- Treuse , en se décomposant , teint en jaune brillant et couleur d'or la surface de ces mêmes matières, et la couleur des talcs dorés peut être attribuée à la même cause.

On n'aperçut plus, dans la suite, ni plâtre ni charbon de terre : l'eau continuoit toujours à se ré-

Eandre; et rou\rage «yant été discontinué pendant uit jours, la fouille étant aloirs profonde de trentesix pieds , elle s'éleva à la hauteur de dix , et lorsqu'on l'eut épuisée pour continuer le travail , les ouvriers en trnnvoient le matin on peu plus d'un

tned , qui tomboit pendant la nuit au tond de la ouille, de dirTérentes petites sources.

A quarante pieds de profondeur, on trouva une couche de terra d'environ un pied d'épaisseur, à peu près de la couleur des couches précédentes , mais beaucoup moins dure, sur laquelle, au pramier coup d'œil, on croyoit aperaevoir une infinité d'impressions de feuilles de plantes du geora des capillaires, qui paroissoient former sur cette terra une es|ièce de broderie d'une couleur moins biuiie que celle du fond de la couche , «lont toutes les feuilles ou petites stratifications portoii-nt de pa< reilles impreKsious , eu quelque nombre de lames qu'on les divisât ; mais , en exumiimut avec attention ««!4te espèce de schiste , il me parut que ce que je prenois d'abord pour des impresstoDs de feuims

DES ARGaES ET DES GLAISES.

des matières qnî s'y troiirent mêlées, ainsi qut^ des roncrélioJis qui se fonnenl entre les coiirlies ou daas tes t'entes perpendiculaires qui eu divisent la masse.

On voit que je n'admets ici que deux sortes d argiles, I une pure, l'autre impure, à laquelle j'applique spécialement le nom de glaise, pour qu'on ne puisse la'ronfondre avec la première; de même qu'il faut distinguer les argiles simples ei pures des glaises ou argiU^s mélangées , Ton ne doit pas confondre, comme on Ta fait souvent , Targile bl'tnche avec la marne, qui en diffère essentiellemeni , en ce qu elle est toujours plus ou moins mélangée de matière calcaire , ce qui la rend plus chi moins susceptible de calcination et d'elTervescence avec les acides ; au lieu que Targile blanche résiste à leur action, et que, loin de se calciner, elle se durcit au feu. Au reste, il ne faut pas prendre dans un sens absolu la distinction que je fais ici de Tai^ile pure et de la glaise ou argile impure : car, dans la réalité, il n'y a aucune argile qui soit absolument pure, c'est-à-dire parfaitemeTit uniforme et homogène dans toutes ses parties. L'argile la plus ductile et qui paroît la plus simple est encore mêlée de particules qnartzeuses ou d'autres sables vitreux qui n'ont pas subi toutes les altérations qu'ils doivent éprouver pour se convertir en argile. Ainsi la plus pure des argiles sera seulement celle qui contiendra le moins de ces sables; mais, comme la subslanci^ de Targile et celle de ces sables vitreux est au fond la même, on doit distinguer , comme nous le faisons ici, ces argiles dont la substance est simple, de ttmtf s les glaises qui toujours sont mêlées de matières étrangères. Ainsi, toutes les fois qu'une ar-

de plantes n'étoit qa'une sorte de régétation minérale qui ii'avoit |>as la n^gularité que laisse l'impression des planirs sur les terres molles ; cette matière s'enfljunmoit dans le feu, et exhatoit une odear bitumineuse très-pén^rante : aussi la regardet-on ordinairement comme une anuouce de la mine de charbon de terre.

De quarante A cinquante pieds, on ne troaT%

Ïlus de cette sorte de terre , mais une argile noire raucoup plus dure encore que celle des lits supé> përieurs , qu'on ne pouToit arrucber qu'à l'uide des coins et de la masse , et qui se levoil en trèsgrandes lames : cette terre contenoit beaucoup moins de coquilles que les antres coucbes , et , malgré sa grande dureté, elle s'amollissoit assez promptemeut à l'air, et s'exfulioit comme l'ardoise |>ourrie. En ayant mis un morceau dans le feu , elle ypètilla jusqu'à ce qu'elle rùt été réduite en poussière , et elle exbala une odeur bitumineuse trèsforte ; mais elle ne produisit cependant qu'une flamme très-foible. A cette profondeur, on cessa de creuser, et t'eau s'éleva peu A peu à la hauteur de trente pieds. {Mémoire rtdigé parM. Ifudatttt.)

gile ne sera mêlée que d'une petite quantité de particules de quartz , de jaspe , de feldspath , de scborl , et de mica , ou peut la regarder coiiune pure , pan'e qu'elle ne cootietit que des matières qui sont de sa même essence; et au contraire toutes les argiles mêlées de matières d'essence différente, telles 4|ue les substances calcaires, pyriteuses, et métalliques , seront des glaises ou argiles impures.

Ou trouve les argiles pures dans les lieux dont le fond du terrain est de sable vitreux, de quartz , de grès , etc. On trouve aussi de celle argile en petite quantité dans quelques glaises : mais Torigine des argiles blanches oui gisent en grandes masses ou en couches doit être attribuée a la décomposition immédiate des sables quartzeux ; au lieu que les petites masses de cette argile qu'on trouve dans ta glaise ne sont que (Ks sécrétions de ces mêmes sables décomposés , qui éloient contenus et mêlés avec les autres matières dans cette glaise , et qui s'en sont séparés par la Gltration des eaux.

Il n'y a point de coquilles ni d'autres productions marines dans les masses d'argile blanche , tandis que toutes les couches de gbise en contiennent en grande quantité ; ce qui notis démontre encore pour les argdes les mêmes procédés de formation que pour les grès. L argile et le grès pur ont donc également été formés par la simple agrégation ou |)ar la décomposition des sables quarizeux , tandis que les grès impurs et les glaises ont été composés de matièi«s mélangées « transportées et déiMisées par le mouvement des eaux.

Et ce qui prouve encore que l'argile blan che est une terre dont l'essence est simple, et que la glaise est une terre mélangée de matières d'essence difTérente , c'est que la première résiste à tous nos feux , sans éprouver aucune altération, et même sans prendre de la cotileur ; au lieu (|ue toutes les glaises deviennent rouges par l'impression d'un premier feu , et peuvent se fondre dans nos fourneaux ; de plus , les glaises se trouvent également dans les terrains calcaires et dans les terrains vitreux , au lieu qtie les argiles pures ne se rencontrent qu'avec les matières viin'uses : elles sont doue formées di* leurs déirimens sans autre mélange, et il paroit qu'elles n'ont pas été traaspor tées par les eaux , mais produites dans la place même où elles se Irouveni , au lieu que toutes les glaises ont subi les altérations que le mélange et le transiiort n'ont pu manquer d'occasioner.

HméRAinc

' De la même manière qu'il ne faut paa confondre la marne ni la craie avec Targile blanche, on ne doit pas prendre pour des glaises les terres limoneuses , qui, quoique grasses et ductiles , ont une autre origine et des qualités dilTéranles de la glaise : car ces terres limoneuses proviennent de la couche universelle de la terre végétale qui s*estfor* fflée des résidus ultérieurs des animaux et des végétaux; leurs détrimensse convertis' sent d'abord en terreau ou terre de jardin , et ensuite en limon aussi ductile que l'argile : mais cette terre limoneuse se boursoufle au feu , au lieu que l'argile s'y res* serre ; et , de plus , cette terre limoneuse fond bien plus aisément que la glaise même la plus impure.

il est évident, parle grand nombre de coquilles et autres productions marines qui se trouvent dans toutes les glaises , qu'elles ont été transportées avec les dépouilles de-s animaux marins, et qu'elles ont été déposées et stratifiées ensemble par couches nO' rizontales dans presque tous les lieux de la terre par les eaux de la mer ; leurs couleurs indiquent aussi qu'elles sont imprégnées de parties minérales , et particulièrement de fer, qui paroit leur donner toutes leurs différentes couleurs. D'ailleurs on trouve presque toujotu's entre les lits de glaises des pyrites martiales , dont les parties constituantes ont été entraînées de la coucbe de terre végétale par rinfillration des eaux , et se sont réunies sous celte forme de pyrites entre les lits de ces argiles impures.

Le fer en plus ou moins grande quantité donne toutes les couleurs aux terres qu'il pénètre. La plus noire de toutes les argiles est celle qu'on a improprement appelée crela nigra faoïiUs , et que les ouvriers connoissent sous le nom de pierre noire : elle contient plus de parties ferrugineuses qu'aucune autre argile ; et la teinte rouge ou rougeàtre qu'elle prend , ainsi que toutes les glaises , à un certain degré de feu, achève de démontrer que le Ter est le principe de leurs différentes couleurs.

Toutes les glaises se durcissent au feu , et peuvent y acquérir une si grande dureté qu'elles étincellent par Le choc de l'acier; dans cet état elles sont plus voisines de celui de la liquéfaction, car on ))eut les fondre et les vitrifier d'autant plus aisément qu'elles sont plus recuites au feu. Leur densité augmente à mesure qu'elles éprouvent une chaleur plus grande ; et lorsqu'on les a bien fait sécher au soleil, eUes ne perdent ensuite que très-pèu de leur poids spécifi-

que, au feu même le plus violent. On t observé , en réduisant en poudre une masse d'argile cuite , ()ue ses molécules avoient perdu leur qualité spongieuse , et qu'elles ne i)euveut reprendre leur première ductilité.

Les hommes ont très-anciennement employé l'argile cuite en briques plates pour bàtir, et en vaisseaux creux pour contenir l'eau et les autres liqueurs ; et il paroît, par la comparaison des édifices antiques., que l'usage de l'argile cuite a précédé celui des pierres calcaires ou des matières vitreuses, qui , demandant plus de temps et de travail pour être mises en œuvre , n'auront été employées que plus tard et moins généralement que l'argile et la glaise, qui se trouvent partout , et qui se prêtent à tout ce qu'on veut en faire.

La glaise forme l'enveloppe de la masse entière du globe ; les premiers lits se trouvent immédiatement sous la couche de terre végétale , comme sou^ les bancs calcaires auxquels elle sert de base : c'est sur celte terre ferme et compacte que se rassemblent tous les filets d'eau qui descendent par les fentes des rochers , ou qui se filtrent à travers la terre végétale. Les couches de glaise comprimées par le poids des couches supérieures , et étant elles-mêmes d'une grande épaisseur, deviennent imp^énétrables à l'eau,

Î[ui ne peut qu'humecter leur première suràce : toutes les eaux qui arrivent à cette couche argileuse , ne pouvant la pénétrer, suivent la première pente qui se présente , et sortent en forme de sources entre le dernier banc des rochers et le premier lit de glaise. Toutes les fontaines proviennent des eaux pluviales infiltrées et rassemblées sur la glaise ; et j'ai souvent observé que l'humidité retenue par cette terre est infiniment favorable à la végétation. Dans les étés les plus secs, comme celui de cette aunée 1778, les plantes agrestes, et surtout les arbres, avoient perdu presque toutes leurs feuilles dès les premiers jours de septembre , dans ^toutes les contrées dont les terrains s<Hit de sable , de craie , de tuf, ou de ces malièrei mélangées, tandis que, dans les pays dont le fond est de glaise , ils ont conservé leur verdure et leurs feuilles. Il n*est pas même nécessaire que la glaise soit immédiatement sous la terre végétale pour qu'elle puisse produire ce bon effet; car, dans mon jardin, dont la terre végétale n'a que trois ou quatre pieds de profondeur , et se trouve posée sur un plateau de pierre calcaire de cin-' quanite-quatre pieds d'épaisseur , le^ char^

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