DU MARBRE
masse même de ces marbres ; car les coquilles et les débris des madrépores répandus dans celte masse , ayant été dissous par l'intermède de Teau , ont laissé dans plusieurs endroits de ces marbres des cavités qui n'ont conservé que le contour de leur figure , et Ton voit que ces petites cavités ont été ensuite remplies par une matière blanche ou colorée , qui forme des taches d*une figure semblable à celle de ces corps marins dont elle a pris la place; et lorsque cette matière est blanche, elle est de la même naitu^e que celle du marbre blanc ; ce qui semble indif]uer que le marbre blanc lui-même est de seconde formation, et a été, comme les albâtres, produit par la stillation des eaux.
Cette présdtnption se confirme lorsque Ton considère qu'd ne se trouve jamais d'impressions de coquilles ni d'autres corps marins dans le marbre blanc , et que dans ses car* rièrcs on ne remarque point les fentes, perpendiculaires ni même les délits horizontaux cjiii sé]iarent et divisent par bancs et |)ar blocs les autres carrières de pierres calcaires ou de marbres d'ancienne formation : on voit seulement sur ce marbre blanc de trèspetiies gerçures qui ne sont ni régulières ni suivies ; Ton en tire des blocs d'un trèsgrand voluQie et de telle épaisseur que l'on veut , tandis que ^ dans les marbres d'ancienne formation, les blocs ne peuvent avoir que l'épaisseur du banc dont on les tire , et la longueur qui se trouve entre chacune des fentes perpendiculaires qui traversent ce banc. L'inspection même de la substance du marbre blanc, et les grains spathiques que Ton aperçoit à sa cassure , semblent démontrer qu'il a été formé par la stillation des eaux ; et l'on observe de plus que, lorsqu'on le taille, il obéit au marteau dans tous les sens, suit qu'on l'entame horizontalement ou verticalement, au lieu que, dans les marbres d'ancienne formation , le sens horizontal est celui dans lequel on les travaille plus facilement que dans tout autre sens.
Les marbres anciens sont donc composés :
1° Des débris de pierres dures ou de marbres encore plus anciens et réduits en plus ou moins petit volume. Dans les brèches, ce sont des morceaux très-distincts, et qui ont depuis quelques lignes jusqu'à quelques pouces de diamètre. Ceux que les uomeuclateurs ont appelés marbres oolUhes, qui sont composés de petits graviers arrondis, semblables à des œufs de poissons, peuvent être mis au rang des brèches, ainsi que les poudingues calcaires, composés de gros graviers arrondis.
7? D'un ciment pierreux , ordinairement coloré , qui lie ces morceaux dans les brèches , et réunit les parties coquilleuses avec les graviers dans les autres marbres. Ce ciment, qui fait le fonds de tous les marbres, n'est qu'une matière pierreuse anciennement réduite en poudre, et qui avoit acquis son dernier degré de pétrification avant de se réunir, ou qui Ta pris depuis par la susception du liquide pétrifiant.
Mais les marbres de seconde formation ne contiennent ni galets ni graviers arrondis , et ne présentent aucune impression de coquilles; ils sont, comme nous l'avons dit, uniquement composés de molécules pierreuses, chaiTiées et déposées par la stillation des eaux , et dès lors ils sont plus uniformes dans leur texture et moins variés dans leur composition ; ils ont ordinaire* ment le grain plus fin et des couleurs plus brillantes que les premiers marbres , desquels néanmoins ils tirent leur origine : on peut en donner des exemples dans tous les marbres antiques et modernes; ceux auxquels on donne le nom d'antiques ne sont plus connus que par les monumens où ils ont été employés ; car les carrières dont ils ont été tirés sont perdues, tandis que ceux qu'on appelle marbres modernes se tirent encore actuellement des carrières qui nous sont connues. Le cipoUiii , parmi ces marbres antiques , et le sérancoUn , parmi les marbres modernes , sont tous deux de seconde formation ; le jaune et le vert anti ques et modernes, les marbres blancs et noirs , tous ceux , en un mol , qui sont nets et purs , qui ne contiennent point de galets ni de productions marines dont la figure soit apparente , et qui ne sont, comme l'albâtre, composés que de molécules pierreuses très-petites et disposées d'une manière uniforme, doivent être regardés comme des marbres de seconde formation , parmi lesquels il y en a , comme les marbres blancs de Carrare , de Paros , etc. , auxquels on a donné , mal à propos , le nom de marbres salins , uniquement à cause qu'ils of&ent à leur cassure , et quelquefois à leur surface, de petits cristaux spathiques en forme de grains de sel ; ce qui a fait dire à quelques observateurs superficiels ' que ces marbres contcnoient une grande quantité de sels.
I. Le doctenr Targioni Tozzetti rapporte trè8-8ë< rieuseinent ane observation de Leeawrenhceck , qui prétend aroir découvert dans Talbàtre une trèsgrande quantité de sel ; d'où ce docteur italien conjecture que la plus grande partie de la pâte blaacbc qui compose l'albâtre est une espèce de sel
Ea général , tout ce que nous avons dit des pierres calcaires ancietmes et modernes doit s'appliquer aux marbres; la nature a emplojé les mêmes moyens pour les former : elle a d'abord accumulé et superposé les débris des madrépores et des coquilles; elle en a brisé , réduit en poudre la plus grande quanlité; elle a déposé le tout par lits horizontaux : et ces matières, réunies par leur force d'affinité, ont pris un premier degré de consistance qui s'est bientôt augmenté dans les lits inférieurs par l'infiltration du suc pétrifiant qui n'a cessé de découler des lits supérieurs ; les pierres les plus dures et les marbres se soni , par cette cause, trouvés au dessous des autres bancs de pierre : plus il y a eu d'épaisseur de pierre an dessus de ce banc inférieur , plus la matière en est devenue dense ; et lorsque le suc pétrifiant, qui en a rempli les pores, s'est trouvé fortement imprégné des couleurs du fer ou d'autres minéraux, il a donné les mêmes couleurs à hi masse entière de ce dernier banc. On peut aisément reconnoitre et bien voir ces couleurs dans la carrière même ou sur des blocs bruts ; en les mouillant avec de l'eau , elle fait sortir ces couleurs et leur donne , pour le moment , au- ' tant de lustre que le poli le plus achevé.
Il n'y a que peu de marbres, du moins en grand volume , qui soient d'ime seule couleur; les plus beaux marbres blancs ou noirs sont les seuls que l'on puisse citer , et encore sont-ils souvent tachés de gris et de brun : tous les autres sont de plusieurs couleurs, et l'on peut même dire que toutes les couleurs se trouvent dans les marbres ; car on en connoit des ronges et rougeàtres, des orangés , des jaunes et jaunâtres , des verts et verdâtres, des bleuâtres plus ou moins foncés , et des violets. Ces deux dernières couleurs sont les plus rares; mais cependant elles se voient dans la brèche violette et dans le marbre appelé 6leu turquin ; et du mélange de ces diverses couleurs il résulte une infmité de nuances différentes dans les marbres gris, isabelles, blanchâtres, bruns ou noirâtres. Dans le grand nombre d'échantillons qui composent la collection des marbres du Cabiuet du Roi , il s'en trouve plusieurs de deux , trois , et quatre couleurs , et quelques - uns de cinq et six.
fossile Kçsày Tenant à être rongé par les injure5 de l'air ou par l'eau , laisse à découvert les cristallisations en forme d'aiguilles. « 11 y a toujours , dit*il, dans les albâtres une grande quantité de sel ; on le ▼oit tout-à'fait ressmmblant k celui de la mer, dans certains morceaux que je garde dans mon cabinet. »
MINÉRAUX
Ainsi les marbres sont plus variés que les albâtres, dans lesquels je n'ai jamais vu du bleu ni du vert.
On peut augmenter par l'art la vivacité et l'intensité des couleurs que les marbres ont reçues de la nature ; il suffit pour cela de les chauffer : le rouge deviendra d'un rouge plus vif ou plus foncé, et le jaune se changera en orangé ou en petit rouge. Il faut un certain degré de feu pour opérer ce changement, qui se fait en les polissant à chaud ; et ces nouvelles nuances de couleur , acquises par un moyen si simple , ne laissent pas d'être permanentes, el ne s'altèrent ni ne changent par le refroidissement ni par le temps : elles sont durables parce qu'elles sont profondes , et que la masse entière du marure prend , par cette grande chaleur , ce surcroît de couleur qu'elle conserve toujours.
Dans tous les marbres on doit distinguer la partie du fond , qui d'ordinaire est de couleur uniforme , d'avec les autres parties, qui sont par lâches ou par veines , souvent de couleurs différentes; les veines traversent le fond, el sont raremeut coupées par d'autres veines, parce qu'elles sont d'une forraalion plus nouvelle que le fond , et qu'elles n'ont fait que remplii* les fentes occasionées par le dessèchement de cette matière du fond. Il en est de même des taches : mais elles ne sont guère traversées d'autres taches, sinon par quelques filets d'herborisations qui sont d'une formation encore plus récente que celle des veines et des taches ; et l'on doit remarquer que toutes les lâches sont irrégulièrement terminées et comme frangées à leur circonférence, tandis que les veines sont au contraire sans dentelures ni franges , et nettement ti'anchées des deux côtés dans leur longueur.
Il arrive souvent que dans la même carrière, et quelquefois dans le même bloc, on trouve des morceaux de couleurs différentes, et des taches ou des veines situées différemment; mais, pour l'ordinaire, les marbres d'une contrée se ressemblent plus entre eux qu'à ceux des contrées éloignées, et cela leur est commun avec les autres pierres calcaires , qui sont d'une texture et d'un grain différent dans les différents pays.
Au reste, il y a des marbres dans presque tous les pays du monde; et dès qu'on y voit des pien'es calcaires , on peut espérer de trouver des marbres au dessous. Dans la seule province de Bourgogne , qui n'est pas renommée pour ses marbres comme le Languedoc ou la Flandre, M. Guellard en
'OU MARBRK
compte cinquante -quatre variétés; mais nous devons observer que ,^ quoiqu'il y ait de vrais marbres dans ces ciuquanle-quatre variéiés, le plus grand nombre mérite à peine ce nom; leur couleur terne, leur grain grossier , leur poli sans éclat , doivent les faire rejeter de la liste des beaux marbres, et ranger parmi ces pierres dures qui font la nuance entre la pierre et le marbre '.
Plusieurs de ces marbres sont d'ailleurs sujets à un grand défaut ; ils sont terrasseux^ c'est-à-dire parsemés de plus ou moins grandes cavités remplies d'une matière terreuse qui ne peut recevoir le poli. Les ouvriers ont coutume de pallier ce défaut en remplissant d'un mastic dur ces cavités ou terrasses : mais le remède est peut-être pire que le mal; car ce mastic s'use au frottement et se fond à la chaleur du feu : il n'est pas rare de le voir couleur par gouttes contre les bandes et les consoles des cheminées.
C^mme les marbres sont plus durs et plus denses que la plupart des autres pierres calcaires, il faut un plus grand degré de chaleur pour les convertir en chaux ; mais aussi cette chaux de marbre est bien meilleure, plus grasse, et plus tenace que la chaux dé pierre commune : on prétend que les Romains n'employoient pour les bâtimeus publics que de la chaux de marbre , et que c'est ce qui donnoit une si grande consistance à leur mortier, qui devenoit, avec le temps , plus dur que la pierre.
Il y a des marbres revèches dont le travail est très - difficile : les ouvriers les appellent marbres fiers, parce qu'ils résistent trop aux outils, et qu'ils ne leur cèdent qu'en éclatant ; il y en a d'autres qui, quoique beaucoup moins diu's, s'égrènent au lieu de s'éclater. D'autres, en grand nombre, sont, comme nous l'avons dit, parsemés de cavités ou terrasses, d'autres sont traversés par un très-grand nombre de fils d'un spath tendre , et les ouvriers les appellent marbres filandreux.
Au reste , toutes les fois que l'on voit des morceaux de vingt à trente pieds de longueur et au dessus , soit en pierre calcaire , soit en marbre , on doit être assuré que ces pierres ou ces marbres sont de seconde formation; car dans les bancs de marbres anciens, et qui ont été formés et déposés par le transport des eaux de la mer, on ne peut tirer que des blocs d'un bien moindre volume.
I. J'ai fait exploiter pendant vingt ans la carrière de marbre de Montbard , et ce que je dis des autres marbres de Bourgogne est d'apràs mes proprès obsenrations.
Les pierres qui forment le fronton de là façade du Louvre, la colonne de marbre qui est auprès de Moret, et toutes les autres longues pièces de marbre ou de pierre employées dans les grands édifices et dans les monumens, sont toutes de nouvelle formation.
On ne sera peut-être pas fâché de trouver ici l'indication des principaux lieux, soit en France, soit ailleurs, où l'on trouve des marbres distingués; on verra, par leur énumération, qu'il y en a dans toutes les parties du monde.
Dans le pays de Hainaut . le marbre de Barbançon est noir veiné de blanc, et celui de Rance est rouge sale , mêlé de taches et de veines grises et blanches.
Celui de Givet , que l'on tire près Charlemont, sur les frontières du Luxembourg , est noir veiné de blanc, comme celui de Barbançon ; mais il est plus net et plus agréable à l'œil.
On tire de Picardie le marbre de Boulogne, qui est une espèce de brocatelle, dont les taches sont fort grandes et mêlées de quel* ques filets rouges.
Un auti'e marbre , qui tient encore de la brocatelle, se tire de la province de Champagne; il est taché de gris , comme s'il étoit parsemé d'yeux de perdrix. Il y a encore, dans cette même province , dies marbres nuancés de blanc et de jaunâtre.
Le marbre de Caen en Normandie est d'un rouge entremêlé de veines et de taches blanches : on en trouve de semblables près de Cannes en Languedoc.
Depuis quelques années on a découvert dans le Poitou , auprès de la Bonardelière , une carrière de fort beaux marbres ; il y en a de deux sortes : l'un est d'un assez neau rouge foncé , agréablement coupé et varié par une infinité de taches de toutes sortes de formes, qui sont d'un jaune pâle ; l'autre, au contraire , est uniforme dans sa couleur; les blocs en sont gris ou jaunes , sans aucun mélange ni taches.
Dans le pays d'Aunis , M. Peluchon a trouvé , à deux lieues de Saint-Jean-d'Angely, un marbre coquilliér, qu'il compare, pour la beauté, aux beaux marbres coquilfiers d'Italie : il est en eouches dans sa carrière , et il se présente en blocs ou en plateaux de quatre à cinq pieds en carré. II est composé , comme les lumachelles , d'une infinité de petits coquillages. II y en a du jaunâtre et du gris , et tous deux reçoivent un très-beau poli.
Dans lo Lannncdof, on trouve aussi di«
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verses sortes de marbres , qui mcriteiit d'être employés à roroeraent des édifices par la beauté el la variété de leurs couleurs ; on eu lire une foit grande quantité auprès de la ville de Cannes, diocèse dcNarboune : il y en a d'incarnat ou d'un rouge pâle, marques de veines et de taches blanches; d'autres qui sont d'un bleu turquin ; et dans ces marbres turquins il y en a qui sont mouchetés d'un gris clair.
il y a aussi , dans les environs de Cannes, une autre sorte de marbre que l'on appelle griote , parce que sa couleur approche beaucoup de celle des cerises de ce nom ; il est d'un rouge foncé , mêlé de blanc sale. Un autre marbre du même pays est appelé cervelas, parce qu'il a des taches blanches sur un fond rougeâtre.
En Provence, le marbre de la Sainte-Baume est renommé ; il est taché de rouge, de blanc, et de jaune ; il approche de celui que l'on appelle brocateUe d'Italie : ce marbre est un des plus Idéaux qu'il y ait en France.
Eu Auvergne , il se trouve du marbre rougeâtre mêlé de gris, de jaune, et de verl.
En Gascogne, le marbre séraucolin, daus le val (Va tue , ou Dallée d'Âure , est d'im rouge de sang , ordinairement mêlé de gris et de jaune; mais il s'y trouve aussi des parties spathiques et transparentes. Ses carrières , qui éioienl de seconde formation , et dont on a tiré des blocs d'un très-grand volume , sont actuellement épuisées.
Près de Comminges , dans la même province de Gascogne , on trouve à Saint-Bertrand un marbre verdâtre, mêlé de taches rouges et de quelques taches blanches.
Le marbre Campaii vient aussi de Gascogne : on le tire près de Tarbes. Il est mêlé plus ou moins de blanc , de rouge , de vert , et d'isabelle. Le plus commun de tous est celui qu'on appelle vert-campan , qui , sur un beau vert , n'est mêlé que de blanc. Tous CCS mai4)res sont de seconde formation , et on en a tiré d'assez grands blocs pour en faire des colonnes.
Maiuteuant, si nous passons aux pays étrangers , nous trouvons qu'il y a dans le Groenland, sur les bords de la mer, beaucoup de marbres de toutes sortes de couleurs ; mais la plupart sont noirs et blancs , parsemés de veines spathiques : le rivage est aussi couvert de quartiers informes de mar^ bre rouge avec des veines blanches, vertes, et d'aut]*es couleurs.
En Suède et en Angleterre, il y a de même des marbres dont la plupart varient par leui-s couleurs.
En Allemagne , on en trouve aux environs de Sallzbourg et de Lintz différentes variétés : les uns sont d'un rouge lie de vin ; d'autres sont olivâtres , veinés de blanc ; d'autres rouges et rougeâtres , avec des veines blanches ; et d'autres sont d'un blanc pâle, veiné de noirâtre. Il y en a quelquesuns à Bareith, ainsi qu'en Saxe et en Silésie, dont on peut faire des statues; et on tire des environs de Brème du marbre jaune, taché de blanc.
A Altorf , près de Nuremberg , on a découvert depuis peu une sorle de marbre remarquable par la quantité de bélemnites et de cornes d'ammon qu'il contient. Sa carrière est située dans un endroit bas et aquatique : la couche en est horizontale, et n'a que dix-huit à dix-neuf pouces d'épaisseur ; elle est recouverte par dix -huit pieds de terre , et se prolonge sous les collines sans changer de direction : elle est divisée par une infinité de fentes perpendiculaires, qui ne sont éloignées l'une de l'autre que de trois , quatre , et cinq pieds , et ces fentes se multiplient d'autant plus que la couche de marbre s'éloigne davantage des terrains humides ; ce qui fait qu'on ne peut pas obtenir de grands blocs de ce marbre. Sa couleur , lors(^u'il est brut , paroît être d'un gris d'ardoise ; mais le poli lui donne une couleur verte , mêlée de gris brun , qui est agréablement relevée par les difTérentes figures que le mélange des coquilles y a dessinées.
Le pays de Liège et la Flandre fournissent des marbres plus ou moins beaux et plus ou moins variés dans leurs couleurs.
On en tire de plusieurs sortes aux environs de Dînant : l'une est d'un noir très-pur et très-beau ; une autre est aussi d*uu très-beau noir , mais rayée de quelques veines blanches ; une troisième est d'un rouge pâle avec de grandes plaques et quelques veines blanches; une quatrième est de couleur grisâtre et blanche , mêlée d'un rouge couleur de sang ; et une cinquième , qui vient aussi de Liège , est d'un noir pur , et reçoit un beau poli.
On tire , aux environs de Namur , un marbre qui est aussi noir que ce dernier marbre de Liège; mais il est traversé par quelques filets gris.
Dans le pays des Grisons , il se trouve à Puschiavio plusieurs sortes de marbres :
l'un est de couleur incarnate; un autre, qui se tire sur le mont Jule , est très-rouge ; un autre , qui est de couleur blanche , forme un grand rocher auprès de Sauada : il y a
uii autre marbre à Tiranô , qui est entièremeut noir.
A Vaimara, dans la Valteline, il y a du marbre rouge , mais en petites masses et seulement propre à faire des mortiers à piler. .
Dans le Valais , on trouve , près des sources du Rhin, du marbre noir veiné de biauc.
Le canton de Olaris a aussi des marbres noirs veinés de blanc : on en tire de semblable auprès de Guppenl>erç, de Schwanden , et de Psefers , où il se trouve un autre marbre qui est de couleur grise-brune, parsemée de lentilles striées et convexes des deux côtés.
Le canton de Zurich fournit du marbre noir veiné de blanc , qui se tire à Yendenchwil : un autre , qui est aussi de couleur noire, mais rayé ou veiué de jaune, se trouve à Albisrieden.
Le canton de Berne renferme aussi différentes sortes de marbres : il y en a dont le fond est couleur de chair à Sctieuznach; et tout auprès de ce marbre couleur de chair, on en voit du noir. Entre Aigle et Olon , on lire encore du marbre noir. A Spiez , le marbre noir est veitié de blanc , et à Grindelwald , il est entièrement noir.
Les marbres d^Italie sont en fort grand nombre et ont plus de réputation que tous les autres marbres de l'Europe : celui de Carrare, qui est blanc , se tire vers les côtes de Gènes , et en blocs de telle grandeur que Ton veut , son grain est cristallin , et |)eul être comparé , pour sa blancheur , à Tancien marbre de Paros.
Le marbre de Saravezza , qui se trouve dans les mêmes montagnes que celui de Carrare, est d*un grain encore plus fin que ce dernier : on y voit aussi un marbre rouge et blanc , dont les taches blanches et rouges sont quelquefois tellement distinctes les unes des autres , que ce marbre ressemble à une brèche , efe^ qu'on peut lui donner le nom de brocatelle; mais il se trouve de temps en temps une teinte de noirâtre mélangée dans ce marbre. Sa cairière est en masse presque continue comme celui de Carrare , et comme celle de tous les autres marbres cristallins blancs, ou d'autres couleurs, qui se trou- -vent dans le Siennois et dans le territoire de Gènes : tous sont disposés en ti*ès-grandes masses, dans lesquelles on ne voit »ucun indice de coquilles, mais seuleunut quelques crevasses qui sont remplies par une cristallisation de spath calcaire. Ainsi il ne
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Les environs de Carrare fournissent aussi deux sortes de marbres verts : l'une, que Ton nomme improprement vert d* Egypte ^ est d'un vert foncé, avec quelques taches de blanc et de gris de lin ; 1 autre , que Ton nomme vert de mer, est d'une couleur plus claire, mêlée de veines blanches.
On trouve encore un marbre sur les côtes de Gènes, dont la couleur est d'un gris d'ar* doise mêlée de blanc sale ; mais ce marbre est sujet à se tacher et à se jaunir api^ avoir reçu le poli.
On tire encore sur le territoire de Gênes le m^Thve- portO'Venere , -ou porte-cuivre, dont la couleur est noire, veinée de jaune, et <\\x\. est moins estimé lorsqu'il esi veiné de blanchâtre.
Le marbre de Margore , qui se lire da Milanez, est fort dur et assez comrun; sa couleur est un gris d'ardoise mêlé de quelques veines brunes ou couleur de fer.
Daus4'île d'Klbe, on trouve à Saiute-Catheriue une carrière abondante de marbre blanc veiné de vert-nuirâtre.
Le beau marbre de Sicile est d'un rougebrun, mêlé de blanc et Isabelle; ces couleurs sont très-vives et disposées par taches carrées et longues.
Tous les marbres précédens sont modernes ou nouvellement connus ; les carrières de ceux que l'on appelle antiques sont aujourd'hui perdues, comme nous l'avons dit^ et réellement (perdues à jamais, parce qu'elles ont été épuisées , ainsi que la matière c|ui les formoit : on ne compte que treize ou quatorze variétés de ces marbres antiques, août nous ne ferons pas l'énumération , parce qu'on peut se passer de décrire daus une histoire naturelle générale les détails des objets particuliers qui ue se trouvent plus dans la nature.
Le marbre blanc d^e Paros est le plus fameux de tous ces marbres antiques; c'est celui que les grands artistes de la Grèce ont employé pour faire ces belles statues que nous admirons encore aujourd'hui, non seulement par la perfection de l'ouvrage, mais encore par sa conservation depuis plus, de vingt siècles : ce marbre s'est trouvé daus les îles de Paros , de Naxos , et de Tinos.
11 a le grain plus gros que celui de Carrare, et il est mêlé d'une grande quantité de petits cristaux de sjialh; ce qui fait qu'il s'é* grène aisément en le ti'avaiilant ; et c'est ce même spath qui lui donne un degré de transparence presque aussi grande que celle.
paroit pas douteux que tous ces marbres ne de l'albâtre, auquel il ressemble encore par soient de seconde formation. 'sou peu de dureté : ce marbre e&t donc evi»
BliFFÛM. II.
demment de soronde fon nation. On le lir^ encore «ujoir-d'lnii des grandes grottes ou cavernes «|iii se trouvent sous la luonlagne
Sue tes anciens ont nommée Marpesia. Pline it quMls donuoient à ce marbre l'épitlicte de lychnites , parce aue les ouvriers le travailîoient sous terre à la lumière de flambeaux. Dapper, dans sa Description dus îles de {Archipel^ rapporte que dans cette moi\tagne Marpesia il y a des cavernes extraordinairement profondes , où la lumière du jour ne peut pénétrer , et que le grand-seignetir , ainsi que \e& grands de la Porte , n^eniploient pas d'autre marbre que celqi qu^on en tire , pour décorer leurs plus somptueux bàtimens.
Il y a dans l'île de Thasos, aujourd'hui Ttuso , quel<pies montagnes dont les rochers sont d'un marbre fort blanc, et d'autres rochers d'un marbre tacheté et parsemé de veines d'un beau jaune. Ce marbre éloit en grande estime chez les Romains , comme il fest encore dans tous les pays voisins de cette île.
En Espagne , comme en Italie et en Grèce , il y a des collines et même des montagnes entières de marbre blanc. On en tire aussi dans les Pyrénées, du côlé >\e Rayonne , qui est semblable au marbre de Carrare , à Texception de son grain , qui est plus gros , et qui lui donne beaucoup plus de rapport au marbre blanc de Paros : mais il est encore plus tendre que ce dernier, et sa cx)u!eur blanche est sujette à prendre une teinte jaunâtre. Il se trouve aussi dans les mêmes montagnes un autre marbi'e d'un veit brun , taché de rouge.
i/l, Bowles donne 1 dans les termes snivans, la description de la montagne de JViabrei , près d'Almeria , qui est tout entière dç marbre blanc : •< Pour se former, dii-il, une justii idée de cette montagne , il faut se figurer uii bloc ou une pièce de maibre blanc d*une lieue de circuit, et de deux mille |)ied8 de hauteur, sans aucun mélange d'autres pierres ni lerres; le sommet est presque plat, et on découvre en différens endroits le marbre , sans que les vents , les eaux , ni les autres agens qui décomposent les rychers les plus durs, y fassent la moindre impression. . . Il y a up côté de cette montagne coupé presque à-plomb, et qui, depuis le vallon, jiarotl connue une énorme muraille de plus de mille pieds de hauteur, toute d'une seule pièce solide de marbrr, avec si peu de fentes, et si |>etîtes, que la plus grande n'a
MINÉRAUX
On trouve, aux environs de Molina , du marbre couleur de chair et blanc; et à un quart de lieue du même endroit il y a une colline de marbre rongeâtre, jaune, et blanc, i^ui a le grain comme le marbre de Carrare.
Ija carrière de niarb,re de N^quera , à trois lieues de Valence , n'est pas en niasses épaisses^ ce marbre est d'un rouge obscur, orné de veines capillaires noire^ qui lui donnent une grande beauté. Quoiqu'on le tire à fleur de terre, et que ses couches i\e soient pas profondes, il est assez dur nqur en faire des tables épaisses et solides , qui reçoivent un beau poli.
Pn trouv^ à Guipuscoa en Ifavarre, et dans la province de Barcelppe, un marbre semblable au sérancolin.
En Asie, il y a certainement encore beaucoup plus de marbres qu'en Europe : mais i|§ sont peu connus \ et peni-^lre |a plupart i^e sont pas découverts. Le docteur Shaw parie du marbre herborise du mont Sinaï, et du marbre rougeâtre qui se tire aux eu- TÎrons de la mer Rouge. (Chardin assure qu'il y a de plusieurs sortes de marbres en Perse, au b(anc , du noir , du rougCi et du mi^rbré de blanc et de rouge.
A la Chine , disent les voyageurs , le marbre est si commun ^ que plusieurs ponts eo sont bâtis; on y voit aussi nombre d'édifices oiî le marbre blanc est emplojé, et c'est surtout dans \a province de Scliqng- Tung qu'on en trouve en quanti tç : maii on prétend que les Chinois n'ont pas les arts nécessaires pour travailler le marbre aussi parfaitement qu'on le fait en Europe. Il se trouve, a douze ou quinze lieues de Pékin, des carrières de marbre blanc, don! on tire des masses d'une grandeur énorme , et dont on voit de très-hautes et de très-grosses CO' tonnes dans quelques cours du palais de l'empereur.
11 y a aussi à Siom, selon La Loubère, une carrièj'e de beau marbre blanc; et comme ce marbre blanc est plus remarc^uable que les marbies de couleurs, les vo)ageins n'ont guère parlé de ces derniers qui doivent être encore plus communs dans les pays qu'ils ont parcourus. Ils en ont reconnu quelques-uns en Ah'ique, et le marbre africain étoit très-estimé des Romains-, mais le docteur Shaw, qui a visité les côtes d'Alger, çle Tunis , et de l'ancienne Carthage en obser\ateur exact , et qui a recherche les carrières de ces anciens uiarhres, assure qu'elles sont entierenteut perdues, et que le plus
p%s six pieds de loug, ni plus d'une hguc^ beau marbre qu'il ait pu trouver d^ns tout de large. » le pays u étoit qu'une pierre assez semblable
DU MARBRBé
k U vi^i^ de l4aviDgtaa m Angletene. Gcr peojiiiol fthinAsl iiark d'un marbra blanc qui SQ trouve ikm la vioataçne d*Ueotèle, V^ioi» de& plus haïUtt» de l\àlJ» ; «t Ton v<it| dans 1« viili; de Maroc de ginads pBieF& et des bassins d'ua marbre blauc fort fia doi^ les carriènA aonl; voiaiaas de celle ville.
Dans le Nouveau-Monde on trouve aussi du «aarlire en plusieurs erdr^ils* M. Giiettard parle d*ua marbre blanc et rouge qui ae tire près du portoge. talon de la petite rU vière au Canada, et qui prend un trèsrbeau poli, quoiqu'il soit parsemé d^tia grand nombre de pointe de plomb qû pourroieni faire prendre ce marbre pour une mine de plomb.
Pbisieurs voyageurs ont parlé des marbces du diocèse de l<a Pa2 au Pérou, dont il y a des carrières de diveifscs coulei^ AU pbonse Barba ôte le pays ^Ataccma , et dit qtt*ea y trouve des marbres de diverses couleurs et di'ua grand édal. « Duis la villia impériale de Poto^i, il y avoit, dit-ii, un grand morceau de> ce marbre iaitié en forme de table de six palmes el six doigts de longueur, cinq palmes et six doigts de larga^ et deux doigts d'épaisseur. Ce gram^ morceau représeirtoit une espèee de treillage ou Cisie , formé d'un beau mélange de oous très-vives en rouge clair, brun , noir, jaune, vert, et blanc. ... A une lieue des miues de Ferengtteh il y a d'autres marbres qui ne sont pas lufiBrieiirs à ceux d'Atacama pour le lustre , sans avoir néanmoies les mêmes variétés de eoutetirs ; car ik sof»t blancs et transparens en que^ues eiKkoi& comme Talbâtre. »
A la vue de cette émiméralîon que nous venons de feiie de tous tes marbres des di^ iârens pays, on pouij:oit (3'oire que, dans la nature , les marbres de seconde formation sont bien pKis communs que les autres, parce qu'à peïne s'en Irouve-t-il deux ou trois dans les({uels il soit dit qu'on ait vu àits impressions de cocfuiUes; mais ce silence sur les marbres de première formation ne vient que de ce qu'ils ont été moins reebercbés que les seconds, parce que ceux-ci sont e» (^fet plus beaux, d'un grain plus fin, de couleurs plus décidées , et ((u'ils peuvent se tirer en volume bien plus grand et se travailler plus aisément. Ces avantages ont feit que, dans tous les temps, on s'est attaché à ^ploiter ce» carrières de seconde formation dé préférence à celles des premiers marbres, v dont les bancs horizontaux sont toujours surmontés de pliisieura autres bancs de pierre qu'U faut (oniller el débiter auparavant, tandia. que ki plupail des marbres de se-
eonde feniuiiion s^ tseuvuiA , cemme les alj bàtres, ou diems dés cavérnea aoMtenain^ ou dans des lieux déeoueertse& plus batqiii ceux ou sont situés l^aucieus marbcta; ow quand il se trouve des mièbres de scoeado formatioQ jttsqa'audatusdescfldinéa, eomiM dans l'exemple de b montagne de éunèrt blanc cité par. M. Bowles, il hxA utût* lemeat en conclure que jadis o» soauiMtt dé colline u'étoit que le fond d*uiie oavcrno 4ans laquelle ce marbre s^t ferqié, el que .
Fancien sommet étoit j^us étevè él 'iocoui»rt de plusieurs banos de pierre ou da marbre qui ont été détruits aptes lu fonm^ tion du nouveau marbre. Nous avons cité im exemple à peu près paniil , au sujet des bancs de pierres cjâeaifês dureaqui se trouvent quelquefois au sommet des collines ».
Bans les marbres aiiciens il n*y a que de la matière pierreuse en masse comiMie ou en morceaux séparés, avec d«» spaUk en ipeines ou en cristaux et des ÎMMSsions de coquilles; ils ne eontienaenfr d'antres su^ stances béléipogènes que eeltes qui leur ont donné des couleurs, ce qui ne fâitt qu^ne quantité infiniment pelile rekiyvem^Bl à eelle de knir masse; en sorte qu'on peulre-' gsffder ces premiers mmrbces, qtioiqUe colofés, comme enitèrement composé)^ ds matières calcaires : aussi domiâit-^ do k chaux qui est ordinairement grise, et qui, quoique colorée , est aussi bonne' et m^ne meilleure que celle de ki pierre commune.
Mais dans les marbres de seconde Amnation il y a souvent pl«is ou moins de' mélange d'argile ou de terre limoneuse a'veo Ib làittière calcaire >. Oft reconneîtFa, par Vk-
Voyez ci-devant Vwpéàm d» ki Miur^ oW-
». Lea TQÎnes xerU^ qcii sa re^u^Q^t^n^ <|ai^k ta marbre Campan sont dues, selon M. Bayen, à une matière sctiisteuse. fl en esl de ipéme'de cellà qui so trouvent dan» i« murbre eipottin ;' et,' paq Km expériences qu'il ft fait«$8 sur ce dnwifec muAffi *. il: a lecoiiiiQ que les veines Itlanchi^ coif^oieii[t %a^i une |>etite portion de quartz.
La matière verte d'un autre morceaa de clpollin, •ooiuise à l'expérience étoi^t une sorte de ' micd qui, selon M. Daubenton , étotl le vrai tq^mie* '
Un inoïK^eau de v^rt ao^qu^, 60ua»is 4^ Vfi^f ^ l'expérience, a fourni une matière talqueus^.
Un éctiantitlon de marbre rouge appelé pioUa a fourni à M. Bajen d|i schisM couleur de lie âe Vin.
Un échantillon e|iiH^4 4;A.uUwi *. ^QUf lf;U9m «• mifràre noir nntique t. avoit 4« ts dispos.itioq 4»ffc«^parer par couches , et son grajn n'avoit au<;uh raj^* port avec celui des .marbres proprement dit» : m. Bayen a reconna que ce marbM lépandeil «q^ forte odeur bitumineuse , et qu'U n^swt hiei^ n^if^ avec les bitumas » ou du ipoii)^ i^v^ç Içs ^(^^(;fl bitumineux.
preuve delà calcinalion, la quantité plus ou tiioiiis grande df* ces deux substances hétérogènes; car si les marbres contiennent seulement autant d^argile qu'en contient la marne, ils ne feront que de la mauvaise chaux , et s'ils sont composés de plus d'argile, de liiuon, de lave, ou d'autres substances vitreuses , que de matière calcaire , ils ne se convertiront ])oint en chaux , ils réûsterout à Tartion des acides ; et , n'étant marbres qu'en partie, on doit, comme je l'ai dit , les rejeter de la liste des vrais marbres , et les placer dan& celle des pierres miparties et composées de substances diftérentes.
Or l'on ne doit pas être étonné qu'il se trouve de ces mélanges dans les marbres de isecoude formation. A la vérité, ceux qui auront été produits précisément de la même matière que les albâiras, daus des cavernes uniquement surmontées de pierres calcaires ou de marbres, ne contieudi-out de même que des substances pierreuses et spathiqnes, et ne différeront des albâtres qu'en ce qu'ils seront plus deuses et plus uniformément remplis de ces mêmes sucs pierreux : mais ceux qui se seront formés soit au dessous des collines d argile surmontées de rochers calcaires, soit dans des cavités au dessus desquelles il se trouve des matières mélangées, des marnes , des tuffeaux , des pierres argileuses, des grès, ou bien des laves et d'autres matières volcaniques, seront tous également mêlés de ces différentes matières; car ici la nature passe , non pas par degrés et nuances d'une même matière, mais par dases différentes de mélange , du marbre et de la pierre calcaire la plus pure à la pierre argileuse et au schiste.
Mais, en renvoyant à un article particulier les pierres mi - parties et composées de matière vitreuse el de substance calcane, nous pouvons joindre aux marbres brèches une grande partie des pieiTes ap|)elées/70«dingues, qui sont formées de morceaux arrondis et liés ensemble par un ciment qui , comme dans les marbres brèches, fait le fonds de ces sortes de pierres. Lorsque les morceaux arrondis sont de marbre ou de pierre calcaire, et que le ciment est de cette même nature, il n'est pas douteux que ces poudingues entièrement calcaires ne soient des espèces de marbres brèches ; car ils n'en diffèrent que par quel(|u&( caractères accidentels, comme de ue se trouver qu'en plus {)etits volumes et en masses assez iii*cguiéres, d'être plus on moins durs ou susceptibles de poli, d'éti'e moins iiouiogeues
MINÉRAUX
dans leur composition , etc. \ mais , étant au reste formés de méihe et eatièmnent composés de matière calcaire , on ne doit pas les séparer des marbres brèches, pourvu toutefois qu'ils aient à un certain degré la qualité qu'on exige de tous les marbres, c'est- ê^- dire qu'ils soient susceptibles de poli.
Il n'en est pas de même des poudingues dont les morceaux arrondis sont de la na-
ture du silex ou du caillou , et dont le ciment est en même temps de matière vitreuse, tels que les cailloux de Rennes' et d'Angleterre; ces poudingues sont, comme Ton voit, d'un autre genre, et doivent être réunis aux cailloux eu petites masses, et souvent ils ue sont que des débris du quartz, du jaspe, et du porphyre.
Nous avons dit que toutes les pierres arrondies et roulées par les eaux du Rhône, que M. de Réaumur prenoit pour de vrais cailloux , ne sont que des morceaux de pierre calcaire : je m'en suis assuré non seulement par mes propres observations, mais encore par celles de plusieurs de mes correspoudans. M. de Morveau, savant phy* sicieu , et mon très-digne ami , m'écrit , au sujet de ces prétendus cailloux, daus les termes suivans:« J'ai observé, dit -il, ^\it ces cailloux gris noirs, veinés d'un beau blanc, si communs aux bords du Rhône, qu'on a regardés comme de vrais cailloux , ne sont que des pierres calcaires roulées el arrondies par le frottement , qui toutes me paroissent venir de MiUei'y en Suisse , seul endroit cpie je connoisse où il y ait une carrière analogue; de sorte que les masses de ces pieiTes , qui couvrent plus de quarante lieues de pays, sont des prives non équivoques d'un immense transport par les eaux '. » Il est certain tfue des eaux aussi rapides que celles du Rhône peuveut transporter d'assez grosses masses de piirres à de très-grandes distances; mais l'origine de ces pierres aiTondies me paioît bien plus ancienne que l'action du courant des fleuves et des rivières, puisqu'il y a des montagnes presque entièrement comix>sécs de ces pierres arrondies, qui n'ont pu y être accumulées que par les eaux de la mer : nous en avons déjà donné quelques exemples.
M. Gueltard rapporte « qu'entre Saint- Chaumont en Lyonnols et Rives-de-Gier les rochers sont entièrement composés de cailloux routés... que les lits des montagnes ne sont faits eux - mêmes que de ces amas
I. XjeiUti flf M. de Morveau n M. dr BufToii, datée (I« Itoiirç eii-JJt-esM , 1« 22 seplvmbre 1778.
de caillmix entassés... que le cbemin qui est au bas des fnontagnes est é|;alenieiit
rempli de ces rai Houx roulés qu^on en
retrouve après Bourgnais; qu'où n*y voit que de ces piètres dans les chemins , de même que dans les campagnes voisines et dans les coupes des ftissés qu'ils ressemblent à ceux qui sont rotdés par le Rhône
que des coupes de montagnes assez hautes , telles que celles qui sont à la porte de Lyon, en Font voir abondamment ; qu'ils sont au dessous d'un lit qu'on preîidroit pour un
sable marneux que le chemin qui con*
dûit de Lyon à Saint -Germain est également rempli de ces cailloux; qu'avant d'arriver à Fontaine on passe une montagne qui en est composée; que ces cailloux sont de la grosseur d*une noix , d*un melon , et de plusieurs autres dimensions entre ces deux'ci ; qu'on en voit des masses qui forment de mauvais poudingues que ces
cailloux roulés se volent aussi le long du chemin qui est sur le bord de la Saône; que les montagnes en sont presque entièrement foi*mf'es, el qu'elles renferment des poudingues semblables à ceux qui sont de l'autre côté de la rivière. »
M. de La Oalissonnière, cité par M. Guettard , dit « qu'en sortant de Lyon , à la droite du Rliône, on rencontre des poudingues; qu'on trouve dans quelques endroits du Languedoc de ces mêmes pierres; que tous les bords du Rhône en Dan phi né en sont garnie et même à une très-grande élé\'ation au dessus de son lit, et que tout le terrain est rempli de ces cailloux roulés, mais qui me paroisseni, ajoute M. de La Galissooiiière, plutôt des pierres uoires calcaires que de vrais cailloux ou silex : ils forment dans plusieurs endroits des poudingues. Le plus grand nombre sont noirs : mais il y en a aussi de jaunes, de rougeàtres, et très-peu de blancs. »
M. Guettant fait encore mention de plusieurs autres endroits où il a vu de ces cailloux î^oidés, el des poudingues formée, par leur assemblage, en assez grosses ma^^ses.
« Après avoir passé Luzarches et la Morlaix on monte, dit -il, une montagne dont les pierres sont blanches, calcaires, remplies de pierres nttmismaies, de peignes, et de différentes autres coquilles mal conservées, et d'un si grand nombre de cailloux roulés, petits et de moyenne grosseur, qu'on pourroit regarder ces rochers comme des poudingues co<|uilliers. En suivant cette grande