LE PAON PANACHÉ
reste, il est comme le paon ordinaire, si ce n’est que les miroirs de la queue ne sont ni si larges, ni si ronds, ni si bien terminés. Tout ce que je trouve dans les auteurs sur l’histoire particulière de cet oiseau, se réduit à ceci, que leurs petits ne sont pas aussi délicats à élever que ceux du paon blanc.
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LE FAISAN
Frisch croit que le paon panaché n’est autre chose que le produit du mélange des deux précédens, je veux dire du paon ordinaire et du paon blanc ; et il porte en effet sur son plumage l’empreinte de cette double origine , car il a du blanc sur le ventre , sur les ailes , et sur les joues ; et dans tout le
lu suffit de nommer cet oiseau pour se rappeler le lieu de son origine : le faisan 1 , c’est-à-dire l’oiseau du Phase, étoit, dit-on, confiné dans la Colchide avant l’expédition des Argonautes; ce sont ces Grecs qui , en remontant le Phase pour arriver à Colchos,
. virent ces beaux oiseaux répandus sur les : bords du fleuve, et qui, en les rapportant ! dans leur patrie, lui firent un présent plus | riche que celui de la toison d’or.
Encore aujourd’hui les faisans de la Coli chide ou Mingrélie, et de quelques autres • contrées voisines , sont les plus beaux et les plus gros que l’on commisse 2 : c’est de là qu’ils se sont répandus d’un côté par la t Grèce à l’Occident , depuis la mer Baltique . jusqu’au cap de Bonne-Espérance et à Mail dagascar; et de l’autre par la Médie dans l’Orient jusqu’à l’extrémité de la Chine et
j. N° iai , le mâle; et n° 123, la femelle, a. Marco Paolo assure que c’est dans les pays I soumis aux Tartares qu’on trouve les plus gros faisans , et ceux qui ont la plus longue queue.
au Japon, et même dans la Tartarie. Je dis par la Médie; car il paroît que cette contrée, si favorable aux oiseaux , et où l’on trouve les plus beaux paons , les plus belles poules, etc. , a été aussi une nouvelle patrie pour les faisans, qui s’y sont multipliés au point que ce pays seul en a fourni à beaucoup d’autres pays. Ils sont en fort grande abondance en Afrique, surtout sur la côte des Esclaves, la côte d’Or, la côte d’ivoire, au pays d’Is« sini, et dans les royaumes de Congo et d’Angola, où les Nègres les appellent galigno/es . On en trouve assez communément dans les différentes parties de l’Europe, en Espagne, en Italie, surtout dans la Campagne de Rome, le Milanez , et quelques îles du golfe de Naples ; en Allemagne, en France, en Angleterre : dans ces dernières contrées ils ne sont pas généralement répandus. Les auteurs de la Zoologie britannique assurent positivement que dans toute la Grande-Bretagne on ne trouve aucun faisan dans l’état de sauvage. Sibbald s’accorde avec les zoologistes , en di-
LE FAISAN
sant qu’en Écosse quelques gentilshommes élèvent de ces oiseaux, dans leurs maisons. Boler dit encore plus formellement que l’Irlande n’a point de faisans. M. Limueus n’en a fait aucune mention dans le dénombrement des oiseaux de Suède. Ils éloient encore très-rares en Silésie , du temps de Schwenckfeld : on ne faisoit que commencer à en avoir en Prusse , il y a vingt ans, quoique la Bohème en ail une très-grande quantité : et s’ils se sont multipliés en Saxe, ce n’a été que par les soins du duc Frédéric, qui en lâcha deux cents dans le pays, avec délense de les prendre ou de les tuer. Gesner, qui avoil parcouru les montagnes de Suisse, assure n’y en avoir jamais vu. Il est vrai que Stumpsius assure au contraire qu’on en trouve dans ces mêmes montagnes : mais cela peut se concilier; car il est fort possible qu’il s’en trouve en effet dans un certain canton que Gesner n’auroit point parcouru, tel, par exemple, que la partie qui confine au Milanex, où Olina dit qu’ils sont fort communs. Il s’en faut bien qu’ils soient généralement répandus en France ; on n’en voit que très-rarement dans nos provinces septentrionales, et probablement on n’y en verroit point du tout, si un oiseau de cette distinction ne devoit être le principal ornement des plaisirs de nos rois : mas ce n’est que par des soins continuels, dirigés avec la plus grande intelligence , qu’on peut les y lixer , en leur faisant , pour ainsi dire , un climat artificiel convenable à leur nature ; et cela est si vrai , qu’on ne voit pas qu’ils se soient multipliés dans la Brie, où il s’en échappe toujours quelques-uns des capitaineries voisines, et où même ils s’apparient quelquefois, parce qu’il est arrivé à M. Leroy, lieutenant des chasses de Versailles d’en trouver le nid et les œufs dans les grands bois de cette province : cependant ils y vivent dans l’état de liberté , état si favorable à la multiplication des animaux, et néanmoins insuffisant pour ceux mêmes qui, comme les faisans , paroissent en mieux sentir le prix lorsque le climat est contraire : nous avons vu en Bourgogne un homme riche faire tous ses efforts et ne rien épargner pour en peupler sa terre , située dans l’Auxois, sans en pouvoir venir à bout. Tout cela me donne des doutes sur les deux faisans que Regnard prétend avoir tués en Bothnie , ainsi que sur ceux qu’Olaüs Magnus dit se
i. C’est à lui que je dois la plupart de ces faits; il est peu d’hommes qui aient si bien observé les animaux qui sont à leur disposition , et qui aient
communiqué leurs observations avec plus de zèle.
trouver dans la Scandinavie, et y passer l’hiver sous la neige sans prendre de nourriture : celte façon de passer l’hiver sous la neige a plus de rapport avec les habitudes des coqs de bruyère et des gélinottes qu’avec celles des faisans , de même que le nom de gallte sylvestres , qu’Olaùs donne à ces prétendus faisans, convient beaucoup mieux aux tétras ou coqs de bruyère; et ma conjecture a d’aulanl plus de force, que ni M. Liunæus, ni aucun bon observateur, n’a dit avoir vu de véritables faisans dans les pays septentrionaux, en sorte qu’on peut croire que ce nom de faisan aura été d abord appliqué par les habitans de ces pays à des. tétras ou des gélinottes , qui sont en eflet très-répandus dans le Nord, et qu’ ensuite ce nom aura été adopté , sans beaucoup d’examen , par les voyageurs, et même par les compilateurs, tous gens peu attentifs à distinguer les espèces.
Cela supposé, il suffit de remarquer que le faisan a l’aile courte , et conséquemment le vol pesant et peu élevé, pour conclure qu’il n’aura pu franchir de lui-même les mers interposées entre les pays chauds ou même tempérés de l’ancien continent , et l’Amérique ; et cetle conclusion est confirmée par l’expérience ; car dans tout le Nouveau- Monde il ne s’est point trouvé de vrais fui- , sans, mais seulement des oiseaux qui peuvent, à toute force, être regardés comme leurs représentans : car je ne parle point de ces faisans véritables qui abondent aujourd’hui dans le: habitations de Saint-Domingue , et qui y ont été transportés par les Européens, ainsi que les paons et les pintades.
Le faisan est de la grosseur du coq ordinaire i. 2 , et peut , en quelque sorte , le dis- • i puter au paon pour la beauté ; il a le port t aussi noble, la démarche aussi lière, et le plumage presque aussi distingué ; celui de la Chine a même les couleurs plus éclatantes; mais il n’a pas, comme le paon, la faculté d’étaler son beau plumage , ni de relever les longues plumes de sa queue ; faculté qui suppose un appareil particulier de muscles moteurs dont le paon est pourvu, qui manquent au faisan, et qui établissent une différence assez considérable entre les deux espèces ; d’ailleurs ce dernier n’a ni l’aigrette du paon, ni sa double queue, dont
2. Aldrovande , qui a observé et décrit cet oiseau avec soin, dit qu’il en a examiné un qui pesoit trois livres de douze onces (lib ras très duodecini unciarum ) ; ce que quelques-uns ont rendu par trois livres dbuze onces : c’est une différence de vingt-quatre onces sur trente-six.
LE FAISAN
'*une, plus courte, est composée des véritables pennes directrices, et l’autre, plus longue, n’est formée que des couvertures de celles-là : en général, le faisan paroît modelé sur des proportions moins légères et moins élégantes , ayant le corps plus ramassé , le cou plus raccourci, la tète plus grosse, etc.
Ce qu’il y a de plus remarquable dans sa physionomie ce sont deux pièces de couleur écarlate, au milieu desquelles sont placés les yeux, et deux bouquets de plumes d’un vert doré, qui, dans le temps des amours, s’élèvent de chaque coté au dessus des oreilles ; car dans les animaux il y a presque toujours, ainsi que je l’ai remarqué , une production nouvelle, plus ou moins sensible, qui est comme le signal d’une nouvelle génération : ces bouquets de plumes sont apparemment ce que Pline appeloit tantôt des oreilles, tantôt de petites cornes ; on sent à leur base une élévation formée par leur muscle rele- ! veur. Le faisan a outre cela à chaque oreille des plumes dont il se sert pour en fermer à son gré l’ouverture , qui est fort grande.
Les plumes du cou et dw croupion ont le bout échancré en cœur , comme certaines plumes de la queue du paon.
Je n’entrerai pas ici dans le détail des couleurs du plumage : je dirai seulement qu’elles ont beaucoup moins d’éclat dans la femelle que dans le mâle , et que dans celui-ci même les reflets en sont encore plus fugitifs que dans le paon , et qu’ils dépendent non seulement de l’incidence de la lumière , mais encore de la réunion et de la position respective de ses plumes ; car si ou en prend une seule à part , les reflets verts s’évanouissent , et l’on ne voit à leur place que du brun ou du noir. Les tiges des plumes du cou et du dos sont d’un beau jaune doré , et font l’effet d’autant de lames d’or. Les couvertures du dessus de la queue vont en diminuant , et finissent en espèces de filets : la queue est composée de dix-huit pennes, quoique Schwenckfeld n’en compte que seize ; les deux du milieu sont les plus longues de toutes , et ensuite les plus voisines de celles-là. Chaque pied est muni d’un éperon court et pointu, qui a échappé à quelques descripteurs , et même au dessinateur de nos planches enluminées, n° 12 1; les doigts sont joints par une membrane plus large qu’elle 11’est ordinairement dans les oiseaux pulvérateurs ; celte membrane interdigiiale, plus grande, semble être une première nuance par laquelle les oiseaux de ce genre se rapprochent des oiseaux de rivière ; et en effet, Aldrovande remarque que le fai-
sau se plaît dans les lieux marécageux; et il ajoute qu’on en prend quelquefois dans les marais qui sont aux environs de Bologne. Glina, autre Italien, et M. Leroy, lieutenant des chasses de Versailles, ont fait la même observation : ce dernier assure que c’est toujours dans les lieux les plus humides et le long des mares qui se trouvent dans les grands bois de la Brie , que se tiennent les faisans échappés des capitaineries voisines; quoique accoutumés à la société de l’homme, quoique comblés de ses bienfaits , ces faisans s’éloignent le plus qu’il est possible de toute habitation humaine ; car ce sont des oiseaux très-sauvages, et qu’il est extrêmement difficile d’apprivoiser. On prétend néanmoins qu’on les accoutume à revenir au coup de sifflet 1 , c’est-à-dire qu’ils s’accoutument à venir prendre la nourriture que ce coup de sifflet leur annonce toujours : mais dès que leur besoin est satisfait, ils reviennent à leur naturel, et ne commissent plus la main qui les a nourris; ce sont des esclaves indomptables qui 11e peuvent se plier à la servitude , qui ne connoissent aucun bien qui puisse entrer en comparaison avec la liberté, qui cherchent continuellement à la recouvrer, et qui n’en manquent jamais l’occasion : les sauvages qui viennent de la perdre sont furieux ; ils fondent à grands coups de bec sur les compagnons de leur captivité, et n’épargnent pas même le paon.
Ces oiseaux se plaisent dans les bois en plaine , différant en cela des tétras ou coqs de bruyère, qui se plaisent dans les bois en montagne; pendant la nuit ils se perchent au haut des arbres, ils y dorment la tête sous l’aile : leur cri , c’est-à-dire le cri du mâle , car la femelle n’en a presque point , est entre celui du paon et celui de la pintade, mais plus près de celui-ci, et par conséquent très-peu agréable.
Leur naturel est si farouche , que non seulement ils évitent l’homme , mais qu’ils s’évitent les uns les autres, si ce n’est au mois de mars ou d’avril, qui est le temps où le mâle recherche sa femelle, et il est facile alors de les trouver dans les bois , parce qu’ils se trahissent eux-mêmes par un battement d’ailes qui se fait entendre de fort loin. Les coqs-faisans sont moins ardens que les coqs ordinaires : Friscli prétend que dans l’état de sauvages ils n’ont chacun qu’une seule femelle ; mais l’homme , qui
1. I! y a grande apparence que c’étoit tout le savoir-faire de ces faisans apprivoisés qu’on nourrissoit , selon Élien, dans la ménagerie du roi des Indes.
LE FAISAN
fait gloire de soumettre l’ordre de la nature à son intérêt ou à ses fantaisies, a changé, pour ainsi dire, le naturel de cet oiseau, en accoutumant chaque coq à avoir jusqu’à sept poules, et ces sept poules à se contenter d’un seul mâle pour elles toutes ; car on a eu la patience de faire toutes les observations nécessaires pour déterminer cette combinaison , comme la plus avantageuse pour tirer parti de la fécondité de cet oiseau : cependant quelques économistes ne donnent que deux femelles à chaque mâle, et j’avoue que c’est la méthode qui a le mieux réussi dans la conduite d’une petite faisanderie que j’ai eue quelque temps sous les yeux. Mais ces différentes combinaisons peuvent être toutes bonnes selon les circonstances, la température du climat, la nature du sol, la qualité et la quantité de la nourriture, l’étendue et l’exposition de la faisanderie, les soins du faisandier ; comme seroit celui de retirer chaque poule aussitôt après qu’elle est fécondée par le coq ; de ne les lui présenter qu’une à une , en observant les intervalles convenables; de lui donner pendant ce temps du .blé sarrasin et autres nourritures échauffantes , comme on lui en donne sur la fin de l’hiver, lorsqu’on veut avancer la saison de l’amour.
La faisane fait son nid à elle seule; elle choisit pour cela le recoin le plus obscur de son habitation; elle y emploie la paille, les feuilles , et autres choses semblables ; et quoiqu’elle le fasse fort grossièrement en apparence, elle le préfère, ainsi fait, à tout autre mieux construit, mais qui ne le seroit point par elle-même : cela est au point que si on lui en prépare un tout fait et bien fait , elle commence par le détruire et en éparpiller les matériaux , qu’elle arrange ensuite à sa manière. Elle ne fait qu’une ponte chaque année , du moins dans nos climats : cette ponte est de vingt œufs selon les uns, et de quarante à cinquante selon les autres, surtout quand on exempte la faisane du soin de couver; mais celles que j’ai eu occasion de voir n’ont jamais pondu plus de douze œufs, et quelquefois moins, quoiqu’on eût l’attention de faire couver leurs œufs par des poules communes. Elle pond ordinairement de deux ou trois jours l’un; ses œufs sont beaucoup moins gros que ceux de poule, et la coquille en est plus mince que ceux mêmes des pigeons ; leur couleur est un gris verdâtre, marqueté de petites taches brunes, comme le dit très-bien Aristote, arrangées en zones circulaires autour de l’œuf; chaque faisane en peut couver jusqu’à dix-huit.
Si l’on veut entreprendre en grand utm éducation de faisans, il faut y destiner un parc d’une étendue proportionnée , qui soit en partie gazonné et en partie semé de buissons, où ces oiseaux puissent trouver un abri contre la pluie et la trop grande chaleur, et même contre l’oiseau de proie : une partie de ce parc sera divisée en plusieurs petits parquets de cinq ou six toises en carré, faits pour recevoir chacun un coq avec ses femelles ; on les retient dans ces parquets', soit en les éjointant , c’est-à-dire en leur coupant le fouet de l’aile à l’endroit de la jointure, ou bien en couvrant les parquets avec un filet. On se gardera bien de renfermer plusieurs mâles dans la même enceinte ; car ils se batfroient certainement , et finiroient peut-être par se tuer : il faut même faire en sorte qu’ils ne puissent ni se voir ni s’entendre ; autrement les mouvemens d’inquiétude ou de jalousie que s’inspireroient les uns aux autres ces mâles si peu ardens pour leurs femelles et cependant si ombrageux pour leurs rivaux, ne rnanqueroient pas d’étouffer ou d’affoiblir des mouvemens plus doux , et sans lesquels il n’est point de génération. Ainsi , dans quelques animaux, comme dans l’homme, le degré de la jalousie n’est pas toujours proportionné au besoin de jouir.
Palladius veut que les coqs soient de l’année précédente ; et tous les naturalistes s’accordent à dire qu’il ne faut pas que les poules aient plus de trois ans. Quelquefois, dans les endroits qui sont bien peuplés de faisans, on ne met que des femelles dans chaque parquet, et on laisse aux coqs sauvages le soin de les féconder.
Ces oiseaux vivent de toutes sortes de grains et d’herbages, et l’on conseille même de mettre une partie du parc en jardin potager , et de cultiver dans ce jardin des fèves, des carottes, des pommes de terre, des oignons, des laitues, et des panais, surtout des deux dernières , dont ils sont trèsfriands; on dit qu’ils aiment aussi beaucoup le gland, les baies d’aubépine, et la graine d'absinthe : mais le froment est la meilleure nourriture qu’on puisse leur donner, en y joignant les œufs de fourmis. Quelques-uns recommandent de bien prendre garde qu’il n’y ait des fourmis mêlées , de peur que les faisans ne se dégoûtent des œufs; mais Edmond King veut qu’on leur donne des fourmis mêmes , et prétend que c’est pour eux une nourriture très-salutaire , et seule capable de les rétablir lorsqu’ils sont foibles et abattus : dans la disette, on y substitue avec
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succès des sauterelles, des perce-oreilles, des mille-pieds. L’auteur anglois que je viens de citer assure qu’il avoit perdu beaucoup de faisans avant qu’il connut la propriété de ces insectes, et que depuis qu’il avoit appris à en faire usage, il ne lui en étoit pas mort un seul de ceux qu’il avoit élevés. Mais, quelque nourriture qu’on leur donne, il faut la leur mesurer avec prudence , et ne point trop les engraisser; car les coqs trop gras sont moins chauds , et les poules trop grasses sont moins fécondes, et pondent des œufs à coquille molle et facile à écraser.
La durée de l’incubation est de vingt à vingt-cinq jours , suivant la plupart des auteurs et ma propre observation. Palladius la fixe à trente : mais c’est une erreur qui n’auroit pas dû reparoître dans la Maison rustique; car le pays où Palladius écrivoit étoit pins chaud que le nôtre ; les œufs de faisans n’y dévoient pas être plus de temps à éclore que dans le nôtre, où ils éclosent an bout d’environ trois semaines ; d’où il suit cpie le mot trigesimus a été substitué par les copistes au mot rigesimus.
Il faut tenir la couveuse dans un endroit éloigné du bruit et un peu enterré , afin qu’elle y soit plus à l’abri des inégalités de la température et des impressions du tonnerre.
Des que les petits faisans sont éclos, ils commencent à courir comme font tous les gallinacés : on les laisse ordinairement vingtquatre heures sans leur rien donner; au bout de ce temps, on met la mère et les petits dans une boîte que l’on porte tous les jours aux champs , dans un lieu semé de blé , d’orge, de gazon, et surtout abondant en œufs de fourmis : cette boite doit avoir pour couvercle une espece de petit toit formé de planches légères, qu’on puisse ôter et remettre à volonté , selon les circonstances ; elle doit aussi avoir à l’une de ses extrémités un retranchement où l’on tient la mère renfermée par des cloisons à clairevoie , qui donnent passage aux faisandeaux ; du reste , on leur laisse toute la liberté de sortir de la boîte et d’y rentrer à leur gré; les gloussemens de la mère prisonnière et le besoin de se réchauffer de temps en temps sous ses ailes les rappelleront sans cesse, et les empêcheront de s’écarter beaucoup ; on a coutume de réunir trois ou quatre couvées à peu près du même âge, pour n’en former qu’une seule bande capable d’occuper la mère, à laquelle elle puisse suffire.
On les nourrit d’abord comme on nourrit tous les jeunes poussins , avec un mélange
Buffon. VIL
d’œufs durs , de mie de pain , et de feuilles de laitue, hachés ensemble, avec des œufs de fourmis de près. Mais il y a deux attentions essentielles dans ces premiers temps ; la première est de ne point les laisser boire du tout, et de ne les lâcher chaque jour que lorsque la rosée est évaporée, vu qu’à cet âge toute humidité leur est contraire ; et c’est, pour le dire en passant, une des raisons pourquoi les cornées de faisans sauvages ne réussissent guère dans notre pays ; car ces faisans, comme je l’ai remarqué plus haut , se tenant par préférence dans les lieux les plus frais et les plus humides, il est difficile que les jeunes faisandeaux n’y périssent : la seconde attention qu’il faut avoir, c’est de leur donner peu et souvent , et dès le matin , en entremêlant toujours les œufs de fourmis avec les autres ali mens.
Le second mois on peut déjà leur donner une nourriture plus substantielle; des œufs de fourmis de bois, du turquis , du blé, du millet , des feves moulues, en augmentant insensiblement la distance des repas.
Ce temps est celui où ils commencent à être sujets à la vermine : la plupart des moderne'recommandent , pour les en délivrer, de nettoyer la boite, el même de la supprimer entièrement, à l’exception de son petit toit, que l’on conserve pour leur sertir d’abri ; mais Olina donne un conseil qui avoit été indiqué par Aristote , et qui me paroît mieux réfléchi et plus conforme à la nature de ces oiseaux. Ils sont du nombre des pulvérateurs , et ils périssent lorsqu’ils ne se poudrent point : Olina veut donc qu’on mette à leur portée de petits tas de terre sèche ou de sablon très-fin, dans lesquels ils puissent se vautrer, et se délivrer ainsi des piqûres incommodes des insectes.
Il faut être aussi très-exact à leur donner de l’eau nette et à la leur renouveler souvent ; autrement ils courraient risque de la pépie , à laquelle il y auroit peu de remèdes, suivant les modernes, quoique Palladius ordonne tout uniment de la leur ôter comme on l’ôte aux poulets , et de leur frotter le bec avec de l’ail broyé dans de la poix liquide.
Le troisième mois amène de nouveaux dangers : les plumes de leur queue tombent alors j et il leur en pousse de nouvelles ; c’est une espèce de crise pour eux comme pour les paons : mais les œufs de fourmis sont encore ici une ressource; car ils hâtent le moment critique et en diminuent le danger, pourvu qu’on ne leur en donne pas trop, car l’excès en seroit pernicieux.
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A mesure que les jeunes faisandeaux deviennent grands, leur régime approche davantage de celui des vieux, et des la fin du troisième mois on oeut les lâcher dans l’endroit qu’on veut peupler : mais tel est 1 et— fet de la domesticité sur les animaux qui y ont vécu quelque temps, que ceux mêmes qui , comme les faisans , ont le penchant le plus invincible pour la liberté , ne peuvent y être rendus tout d’un coup et sans observer des gradations; de même qu’un bon estomac, affoibii par des alimens trop légers, ne peut s'accoutumer que peu à peu à une nourriture plus forte. Il faut d’abord transporter la boite qui contient la couvée dans l’endroit où l’on veut les lâcher ; on aura soin de leur donner la nourriture qu’ils aiment le mieux, nais jamais dans le même endroit, et en diminuant la quantité chaque jour, afin de les obliger à chercher euxmêmes ce qui leur convient , et à faire connoissance avec la campagne : lorsqu’ils seront en état de trouver leur subsistance, ce sera le moment de leur donner la liberté et de les rendre à la nature, ils deviennent bientôt aussi sauvages (pie ceux qui sont nés dans les bois , à cela près qu’ils conserveront une sorte d’affection pour les lieux où ils auront été bien traités dans leur premier âge.
L’homme ayant réussi à forcer le naturel du faisan en l’accoutumant à se joindre à plusieurs femelles, a tenté de lui faire encore une nouvelle violence en l’obligeant de se mêler avec une espece étrangère, et ses tentatives ont eu quelques succès ; mais ce n’a pas été sans beaucoup de soins et de précautions 1 : on a pris un jeune coq-faisan (pii ne s’étoit encore accouplé avec aucune faisane, on l’a renfermé dans un lieu étroit et foiblement éclairé par en-haut; on lui a choisi de jeunes poul s dont le plumage approchoil de celui de la faisane; on a mis ces jeunes poules dans une case attenant à celle du coq-laisan, et qui n’en éloit séparée (pie par une grille, dont les mailles éloien! assez grandes pour laisser passer la tête et le cou , mais non le corps de ces oiseaux ; on a ainsi accoutumé le coq-faisan à
i. Jamais les faisans libres ne cochent les poules qu’ils rencontrent : ce n'est pas que le coq ne fasse quelquefois des avances, mais la poule ne les souffre point.
C’est à M. Leroy, lieutenant des chasses de Versailles , que je dois cette observation , et beaucoup d’autres que j’ai insérées dans cet article. Il seroit à souhaiter que sur l’histoire de chaque oiseau on eût à consulier quelqu’un qui eut autant de CGnnoissances, de lumières et d’empressement à les Communiquer.
voir ces poules , et même à vivre avec elles, parce qn on ne lui a donné de nourriture que dans leur case, joignant la grille de séparation ; lorsque la connaissance a été faite, et qu’on a vu la saison de l’amour approcher , on a nourri ce jeune coq et ces poules de la manière la plus propre à les échauffer et à leur faire éprouver le besoin de sejoindre; et quand ce besoin a été bien marqué on a ouvert la communication : il est arrivé quelquefois que le faisan , fidele a la nature, comme indigné de la mésalliance à laquelle on vouloit le contraindre, a maltraité et même mis à mon les premières poules qu’on lui avoil données ; s’il ne s’adoucissoit point , on le domptoit en lui touchant le bec avec un fer rouge d’une part, et de l’autre en excitant son tempérament par des fomentations appropriées ; enfin le besoin de s’unir augmentant tous les jours, et la nature travaillant sans cesse contre ellemême, le faisan s’est accouplé avec les poules ordinaires, et il en a résulté des œufs pointillés de noir comme ceux de la faisane, mais beaucoup plus gros, lesquels oni produit des bâtards qui participoient des deux especes, et qui étoient même , selon quelques-uns, j lus délicats et meilleurs au goût que les légitimes, Thais incapables, à ce qu’on dit, de perpétuer leur race, quoique, selon Longolius, les femelles de ces mulets, jointes avec leur père, donnent de véritables faisans. On a encore observé de ne donner au coq-faisan que des poules qui n’avoient jamais été cochées , et même de les renouveler à chaque couvée, soi i pour exciter davantage le faisan (car l’homme juge toujours des autres êtres par lui-même), soit parce qu’on a prétendu remarquer que, lorsque les mêmes poules étoient fécondées une seconde fois par le même faisan , il en résultoit une race dégénérée.
On dit que le faisan est un oiseau stupide, qui se cioil bien en sûreté lorsque sa tète est cachée, comme on la dit de tant d’autres, et qui se laisse prendre à tous les pièges. Lorsqu’on le chasse au chien courant, et qu’il a été rencontré, il regarde fixement le chien tant qu’il est en arrêt, et donne tout le temps au chasseur de le tirer à son aise. Il suffit de lui présenter sa propre image , ou seulement un morceau d’étoffe rouge sur une toile blanche, pour l’attirer dans le piège ; on le prend encore en tendant des lacets ou des filets sur les chemins où il passe le soir et le matin pour aller boire ; enfin on le chasse à l’oiseau de proie , et l’on prétend que ceux qui sont
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pris de cette manière sont plus tendres et de meilleur goût. L’automne est le temps de l’année où ils sont le plus gras : on peut engraisser les jeunes dans l’épiuette pu avec la pompe, comme toute autre volaille; mais il tant bien prendre garde, en leur introduisant la petite boulette dans le gosier, de ne leur pas renverser la langue, car ils mourroienl sur-le-champ.
Un faisandeau bien gras est un morceau exquis, et en même temps une nourriture
très-saine : aussi ce mets a-t-il été de tout temps réservé pour la table des riches ; et l'on a regardé comme une prodigalité insensée la fantaisie qu’eut Héliogabale d’en nourrir les lions de sa ménagerie.
Suivant Olina et M. Leroy, cet oiseau vit comme les poules communes , environ six à sept ans, et c’est sans aucun fondement qu’on a prétendu connoître son âge par le nombre des bandes transversales de sa queue.
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