‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 122 sur 361 · LE FAISAN DORÉ · texte numérisé non relu

LE FAISAN DORÉ

longue : les couleurs de son plumage sont fort ordinaires, et encore moins agréables que celles de noire faisane; mais quelquefois elle devient avec le temps aussi belle que le mâle ; on en a vu une en Angleterre , chez miladv Essex, qui , dans l’espace de six ans, avoit graduellement changé sa couleur ignoble de bécasse en la belle couleur du mâle, duquel elle ne se dislinguoit plus cpie par les yeux et par la longueur de la queue. Des personnes intelligentes , qui ont été à portée d’observer ces oiseaux, m’ont aussi assuré que ce changement de couleur avoit lieu dans la plupart des femelles; qu’il commençoit lorsqu’elles avoienl quatre ans, temps où le mâle commençoit aussi à prendre du dégoût pour elles et à les maltraiter; qu’il leur venoil alors de ces plumes longues et étroites qui dans le mâle accompagnent les plumes delà queue; en un mot, que plus elles avançaient en âge, plus elles de\enoient semblables au mâle, comme cela a lieu, plus ou moins, dans presque tous les animaux.

1Y3. Edwards assure qu’on a vu pareillement chez le duc de Leeds une faisane commune dont le plumage éloit devenu semblable à celui du faisan mâle; et il ajoure que de tels changemens de couleur n’ont guère lieu que parmi les oiseaux qui vivent dans la domesticité.

Les œufs de la faisane dorée ressemblent beaucoup à ceux üe la pintade, et sont plus petits à proportion que ceux de la poule domestique, et plus rougeâtres que ceux de nos faisans.

Le docteur Hans Sloane a conservé un mâle environ quinze ans ; il paroît que c’est un oiseau robuste, puisqu’il vit si long-temps hors de son pays; il s’accoutume fort bien au notre, et y multiplie assez facilement; il multiplie même avec notre faisane d’Europe. M. Leroy , lieutenant des chasses de Versailles , ayant mis une de ces faisanes de la Chine avec un coq-faisan de ce pays-ci, il en a résulté deux faisans mâles, fort ressemblans aux nôtres, cependant avec le plumage mal teint , et n’ayant que quelques plumes jaunes sur la tète, comme le faisan de la Chine. Ces deux jeunes mâles métis ayant été mis avec des faisanes d’Europe , l’un d’eux féconda la sienne la seconde année, et il en a résulté une poule faisane qui n’a jamais pu devenir féconde ; et les deux coqs métis n’ont rien produit de plus jusqu’à la quatrième année, temps où ils trouvèrent le moyen de s’échapper à travers leurs filets.

Il y a grande apparence que le tricolor huppé dont il s’agit dans cet article est ce beau faisan dont on dit (pie les plumes se vendent à la Chine plus cher que l’oiseau même , et que c’est aussi celui que Marco- Paolo admira dans un de ses voyages de la Chine , et dont la queue avoit deux ou trois pieds de long.

Page 1