Marcgravc dit positivement crura longa
l’espèce de l’yacou : car j’y trouve plusieurs rapports marqués avec le guan de M. Edwards , dans la grosseur, la couleur du plumage , la forme totale , à la huppe près , que la femelle ne doit point avoir; dans le port du corps, la longueur de la queue, le cercle de peau rousse autour des yeux 2, l’espace rouge et nu sous la gorge , la conformation des pieds et du bec, etc. J’avoue que j’y ai aussi aperçu quelques différences ; les pennes de la queue sont en tuyaux d’orgue , connue dans le faisan, et non point toutes égales , comme dans le guan d’Edwards , et les ouvertures des narines ne sont pas aussi près de l’origine du bec. Mais on ne seroit pas embarrassé de citer nombre d’espèces où la femelle diffère encore plus du mâle, et où il y a des variétés encore plus éloignées les unes des autres.
M. Aublet , qui a vu cet oiseau dans son pays natal, m’assure qu’il s’apprivoise aisément, et que sa chair est délicate et meilleure que celle du faisan, en ce qu’elle est plus succulente. Il ajoute que c’est un véritable dindon, mais seulement plus petit que celui qui s’est naturalisé en Europe; et c’est un trait de conformité de plus qu’il a avec l’yacoù d’avoir été pris pour un dindon.
Cet oiseau se trouve non seulement à Cayenne, mais encore dans le pays qu’arrose la rivière des Amazones, du moins à en juger par l’identité du nom ; car M. Barrère parle d’un marail des Amazones comme d’un oiseau dont le plumage est noir, le bec vert, et qui n’a point de queue3. Nous avons déjà vu dans l’histoire du hoeco proprement dit, et du pierre de Cayenne, qu’il y avoit dans ces espèces des individus sans queue, qu’on avoit pris pour des femelles : cela seroit-il vrai aussi des marails? Sur la plupart de ces oiseaux étrangers et si peu connus , on 11e peut, si l’on est de bonne foi, parler qu’en hésitant et par conjecture.
LE CARACARA4.
J’appelle ainsi, d’après son propre cri, ce
2. Cette peau nue est bleue dans l’yacou et rouge dans le marail; mais nous avons déjà observé la même variation de couleur d’un sexe à l’autre dans les membranes charnues de la pintade.
3. Phasianus mger, aburus , viridi rostro. Je crois que cet auteur a entendu par le mot latin barbare aburus, sans queue ; ou qu’il aura écrit aburus au lieu de abrutus , qui , comme erutus , pourroit signifier arraché , tronqué.
4 Cet oiseau est le même que l’agami.
LES HOCCOS. 24 x
bel oiseau des Antilles, dont le P. D11 Tertre a donné la description. Si tous les oiseaux d’Amérique qui ont été pris pour des faisans doivent se rapporter aux hoceos , le earacara doit avoir place parmi ces derniers, car les François des Antilles , et d’après eux le P. Du Tertre , lui ont donné le nom de faisan. «Ce faisan, dit-il, est un fort bel oiseau, gros comme un chapon, plus haut monté , sur des pieds de paon ; il a le cou beaucoup plus long que celui d’un coq, et le bec et la tète approchant de ceux du corbeau; il a toutes les plumes du cou et du poitrail d’un beau bleu luisant, et aussi agréable que les plumes des paons ; tout le dos est d’un gris brun ; et les ailes et ia queue, qu’il a' assez courtes, sont noires.
« Quand cet oiseau est apprivoisé, il fait le maître dans la maison , et en chasse à coups de bec les poules-d’Iude et les poules communes, et les tue quelquefois; il en veut même aux chiens, qu’il becque, en naître. J’en ai vu un qui éloit ennemi moriel des nègres, et n’en pouvoit souffrir un seul dans la case qu’il ne becquât par les jambes ou par les pieds jusqu’à en faire sortir le sang. « Ceux qui en ont mangé m’ont assuré que sa chair est aussi bonne que celle des faisans de France.
Comment M. Ray a-t il pu soupçonner qu’un tel oiseau fût l’oiseau de proie dont parle Marcgrave sous le même nom de caracara? Il est vrai qu’il fait la guerre aux poules, mais c’est seulement lorsqu’il est apprivoisé, et pour les chasser, en un mot, comme il fait aux chiens et aux nègres : on reconnoît plutôt à cela le naturel jaloux d’un animal domestique qui ne souffre point ceux qui peuvent partager avec lui la faveur du maître, que les mœurs féroces d’un oiseau de proie qui se jette sur les autres oiseaux pour les déchirer et s’en nourrir ; d’ailleurs il n’est point ordinaire que la chair d’un oiseau de proie soit bonne à manger, comme l’est celle de notre earacara. Enfin il paroît que le earacara de Marcgrave a la queue et les ailes beaucoup plus longues à proportion que celui du P. Du Tertre.
LE CHACAMEL.
Fernandès parle d’un oiseau qui est du même pays , et à peu près de la même gros-
seur que les précédens , et qui se nomme , en langue mexicaine, chachalacamelt , d’où j’ai formé le nom de chacamel , afin que du moins on puisse le prononcer. Sa principale propriété est d’avoir le cri comme la poule ordinaire, ou plutôt comme plusieurs poules ; car il est, dit-on, si fort et si continuel, qu’un seul de ces oiseaux fait autant de bruit qu’une basse-cour entière; et c’est de là que lui vient son nom mexicain, oiseau criard. ! ! est brun sur le dos , blanc tirant au brun sous le ventre, et le bec et les pieds sont bleuâtres.
Le chacamel se tient ordinairement sur les montagnes , comme la plupart des hoccos , et y élève ses petits.
VIIÏ.
LE PARRAKA ET L’HOITLALLOTL x.
Autant qu’on peut en juger par les indications incomplètes de Fernandès et de Barrère, on peut . ce me semble, rapporter ici, i° le parraka du dernier, qu’il a| pelle faisan , et dont il dit que les plumes de la tête sont de couleur fauve, et lui forment une espèce de huppe; 20 1 hoitlallotl ou oiseau long du premier, lequel habite les plus chaudes contrées du Mexique. Cet oiseau a la queue longue, les ailes courtes et le vol pesant, comme la plupart des précédens; mais il devance à la course les chevaux les plus vites. Il est moins grand que les hoccos, n’ayant que dix -huit pouces de longueur, du bout du bec au bout de la queue: sa couleur générale est le blanc tirant au fauve ; les environs de la queue ont du noir mêlé de quelques taches blanches; mais la queue elle-même est d’un vert changeant, et qui a des reflets à peu près comme les plumes du paon.
Au fond , ces oiseaux sont trop peu connus pour qu’on puisse les rapporter sûrement à leur véritable espèce : je ne les place ici que parce que le peu que l’on sait de leurs qualités les rapproche plus des oiseaux dont nous venons de parler que de tous autres; c’est à l’observation à fixer leur véritable place : en attendant, je croirai avoir assez fait, si ce que j’en dis ici peut inspirer aux personnes qui se trouvent à portée l’envie de les eonnoître mieux, et d’en donner une histoire plus complète.