LE JEAN-LE-BLANC
da minent à sa subsistance pendant tout le temps de l’incubation et même pendant le temps qu’elle soigne et élève ses petits. Il fréquente de près les lieux habités et surtout les hameaux et les fermes : il saisit et enlève les poules, les jeunes dindons, les canards privés, et, lorsque la volaille lui manque, il prend des lapereaux, des perdrix, des cailles et d’autres moindres oiseaux : il ne dédaigne pas même les mulots et les lézards. Comme ces oiseaux , et surtout la femelle, ont les ailes courtes et le corps gros, leur vol est pesant, et ils ne s’élèvent jamais à une grande hauteur; on les voit toujours voler bas et saisir leur proie plutôt à terre que dans l’air. Leur cri est une espèce de sifflement aigu qu’ils ne font entendre que rarement ; ils ne chassent guère que le matin et le soir, et ils se reposent dans le milieu du jour.
On pourroit croire qu’il y a variété dans cette espèce; car Belon donne la description d’un second oiseau « qui est, dit-il, encore « une autre espèce d’oiseau saint-martin , « semblablement nommé blanche queue , de « même espèce que le susdit Jean-le-blanc, « et qui ressemble au milan royal de si près, «qu’on n’y feroit aucune différence, si ce « n’étoit qu’il est plus petit et plus blanc «dessous le ventre, ayant les plumes qui «touchent le croupion et la queue, tant « dessus que dessous , de couleur blanche. » Ces ressemblances , auxquelles on doit en ajouter encore une plus essentielle, qui est d’avoir les jambes longues , indiquent seulement que cette espèce est voisine de celle du Jean-le-blanc : mais comme elle en diffère considérablement par la grandeur et par d’autres caractères, on ne peut pas dire que ce soit une variété du Jean-le-blanc ; et nous avons reconnu que c’est le même oiseau que les nomenclateurs ont appelé le lanier cendré, duquel nous ferons meniion dans la suite sous le nom d’oiseau saint-martin, parce qu’il ne ressemble en rien au lanier.
Au reste , le Jean-le-blanc , qui est trèscommun en France, est néanmoins assez rare partout ailleurs, puisque aucun des naturalistes d’Italie, d’Angleterre, d’Allemagne et du Nord, n’en a fait mention que d’après Belon ; et c’est par cetté raison que j'ai cru devoir m’étendre sur les faits particuliers de l’histoire de cet oiseau. Je dois aussi observer que M. Salerne a fait une forte méprise, en disant que cet oiseau étoit le même que le ringtail ou queue blanche des Anglois, dont iis appellent le mâle henharrow ou henharrier, c’est-à-dire ravisseur de
poules. C’est ce caractère de la queue blanche et cette habitude naturelle de prendre les poules , communs au ringtail et au Jean-le blanc, qui ont trompé M. Salerne et lui ont fait croire que c’éloit le même oiseau ; mais il auroit dû comparer les descriptions des auteurs précédées, et il auroit aisément reconnu que ce sont des oiseaux d’espèces différentes. D’autres naturalistes ont pris l’oiseau appelé par M. Edwards blue-hawk , épervier ou faucon bleu, pour le henharrier, ou déchireur de poules, quoique ce soient encore des oiseaux d’espèces différentes. Nous allons tâcher d’éclaircir ce point, qui est un des plus obscurs de l’histoire naturelle des oiseaux de proie.
O11 sait qu’on peut les diviser en deux ordres, dont le premier n’est composé que des oiseaux guerriers, nobles et courageux, et tels que les aigles, les faucons, gerfauts, autours, laniers, éperviers, etc.; et le second contient les oiseaux lâches, ignobles et gourmands, tels que les vautours, les milans, les buses, etc. Entre ces deux ordres si différens par le naturel et les mœurs, il se trouve, comme partout ailleurs, quelques nuances intermédiaires, quelques especes qui tiennent aux deux ordres ensemble et qui participent au naturel des oiseaux nobles et des oiseaux ignobles. Ces espèces intermédiaires sont: i° celle du Jean-le-blanc, dont nous venons de donner l’histoire, et qui, comme nous l’avons dit, tient de l’aigle et de la buse ; 20 celle de l’oiseau saintmartin, que MM. Brisson et Frisch ont appelé le lanier cendré , et que M. Edwards a nommé faucon bleu , mais qui tient plus du Jean-le-blanc et de la buse que du faucon et du lanier; 3° celle de la soubuse, dont les Anglois n’ont pas bien connu l’espèce , ayant pris un autre oiseau pour le mâle de la soubuse, dont ils ont appelé la femelle ringtail (queue annelée de blanc) et le prétendu mâle henharrier (déchireur de poules) : ce sont les mêmes oiseaux que M. Brisson a nommés faucons à collier ; mais ils tiennent plus de la buse que du faucon ou de l’aigle. Ces trois espèces, et surtout la dernière, ont donc été ou méconnues, ou confondues, ou très-mal nommées; car le Jean-le-blanc ne doit point entrer dans la liste des aigles. L’oiseau saint-martin n’est ni faucon, comme le dit M. Edwards, ni un lanier, comme le disent MM. Frisch et Brisson, puisqu’il est d’un naturel différent et de mœurs opposées. Il en est de même de la soubuse , qui n’est ni un aigle ni un faucon, puisque ses habitudes sont toutes
OISEAUX DE TROIE
différentes de celles des oiseaux de ces deux genres : on le reconnoilra clairement par les faits énoncés dans les articles où il sera question de ees deux oiseaux.
Mais il me paroît qu’on doit joindre à l’espèce du Jean-le-blanc, qui nous est bien connue, un oiseau que nous ne connoissons que par des indications d’Aldrovande, sous le nom de laniarius, et de Schvvenckfeld , sous celui de milvus albus. Cet oiseau, que M. Brisson a aussi appelé lanier , me paroit encore plus éloigné du vrai lanier que l’oiseau saint-martin. Aldrovande décrit deux de ces oiseaux , dont l’un est bien plus grand et a deux pieds depuis le bout du bec
jusqu’à celui de la queue : c’est la même grandeur que celle du Jean-le-blanc ; et si 1 on compare la description d’Aldrovande avec celle que nous avons donnée du Jeanle-blanc, je suis persuadé qu’on y trouvera assez de caractères pour présumer que ce laniarius d’Aldrovande pourroit bien être le Jean-le-blanc, d’autant que cet auteur, dont l’ornithologie est bonne et très-complete , surtout pour les oiseaux de nos climats, ne paroît pas avoir connu le Jean-leblanc par lui-même , puisqu’il n’a fait que l’indiquer d’après Belon, duquel il a emprunté jusqu’à la figure de cet oiseau.
" iaVWWV\\W\\‘VWV%\V\%\\>V%WV\WVWM(V\WVVAAVW HV.^ V.VVn-VVt'V' «c*VVl •'i tHWYUMUVUUA^
OISEAUX ÉTRANGERS
QUI ONT RAPPORT