‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 15 sur 361 · AUX AIGLES ET AUX BALBUZARDS · texte numérisé non relu

AUX AIGLES ET AUX BALBUZARDS

L’oiseau des grandes Indes, dont M. Brisson a donné une description exacte, sous le nom d'aigle de. Pondichéry. Nous observerons seulement que, par sa seule petitesse, on auroit dû l’exclure du nombre des aigles, puisqu’il est de moitié moins grand que le plus petit des aigles. Il ressemble au balbuzard par la peau nue qui couvre la base du bec, qui est d’une couleur bleuâtre : mais il n’a pas, comme lui, les pieds bleus; il les a jaunes comme le pygargue. Son bec cendré à son origine et d’un jaune pâle à son bout semble participer, pour les couleurs du bec, des aigles et des pjgargues; et ces différences indiquent assez que cet oiseau est d’une espèce particulière. C’est vraisemblablement l’oiseau de proie le plus remarquable de cette contrée des Indes, puisque les Malabares en ont fait une idole et lui rendent un culte; mais c’est plutôt par la beauté de son plumage que par sa grandeur ou sa force qu’il a mérité cet honneur : on peut dire en effet que c’est l’un des plus beaux oiseaux du genre des oiseaux de proie.

L’oiseau de l’Amérique méridionale, que Marcgrave a décrit sous le nom urutaurana (onroutaran) que lui donnent les Indiens du Brésil et que Fernand es a indiqué par le nom ysquauddi , qu’il porte au Mexique:

c’est celui que nos voyageurs françois ont appelé aigle d’Orénoque. Les Anglois ont adopté cette dénomination et l’appellent Orenoho eagle. Il est un peu plus petit que l’aigle commun et approche de l’aigle tacheté, ou petit aigle, par la variété de son plumage ; mais il a pour caractères propres et spécifiques les extrémités des ailes et de la queue bordées d’un jaune blanchâtre; deux plumes noires, longues de plus de deux pouces, et deux autres plumes plus petites, toutes quatre placées sur le sommet de la tète et qu’il peut baisser ou relever à sa \olonté; les jambes couvertes jusqu’aux pieds de plumes blanches et noires, posées comme des écailles; l’iris de l’œil d’un jaune vif; la peau qui couvre la base du bec et les pieds jaunes comme les aigles; mais le bec plus noir et les ongles moins noirs. Ces ddfé-

L’URTIT AUR AN À.

rences sont suffisantes pour séparer cet oiseau des aigles et de tous les autres dont nous avons fait mention dans les articles précédens ; mais il me paroit qu’on doit rapporter à celle espèce l’oiseau que Garcilasso appelle aigle du Pérou, qu’il dit èlre plus petit que les aigles d’Espagne.

Il en est de même de l’oiseau des côtes occidentales de l’Afrique, dont M. Edwards nous a donné une très-lionne figure enluminée, avec une excellente description, sous le nom d’ éagle-crowned ( aigle huppé), qui me paroit être de la même espèce ou d’une espèce très-voisine de celui-ci. Je crois devoir rapporter en entier la description de M. Edwards, pour mettre le lecteur à portée d’en juger I.

La distance entre l’Afrique et le Brésil , qui n’est guère que de quatre cents lieues , n'est pas assez grande pour que des oiseaux de haut vol ne puissent la parcourir; et dès lors il est très-possible que celui-ci se trouve également aux côtes du Brésil et sur les côtes

i. Cet oiseau, dit M. Edwards, est d’environ un tiers plus petit que les plus grands aigles qui se voient en Europe, et il paroit fort et hardi comme les autres aigles. Le bec, avec la peau qui couvre le haut du bec, et où les ouvertures des narines sont placées, est d’un brun obscur; les coins de l’ouverture du bec sont fendus assez avant jusque sous les yeux, et sont jaunâtres; l’iris des yeux est d’une couleur d’orange rougeâtre; le devant de la tète , le tour des yeux, et la gorge, sont couverts de plumes blanches, parsemées de petites taches noires ; le derrière du cou et de la tête , le dos , et les ailes, sont d’un brun foncé, tirant sur le noir : mais les bords extérieurs des plumes sont d’un brun clair. Les pennes sont plus foncées que les autres plumes des ailes; les côtés des ailes vers le haut, et les extrémités de quelques unes des couvertures des ailes sont blancs; la queue est d’un gris de cendre obscur et léger; la poitrine est d’un brun rougeâtre, avec de grandes taches noires transversales sur les côtés; le ventre est blanc, aussi bien que le dessous de la queue, qui est marquetée de taches noires; les cuisses et les jambes, jusqu’aux ongles, sont couvertes de plumes blanches , joliment marquetées de taches rondes et noires; les ongles sont noirs et très-forts , les doigts sont couverts d’écaiiles d’un jaune vif. II élève ses plumes du dessus de la tète en forme de crête ou de huppe, d’où il tire son nom. J’ai dessiné cet oiseau vivant à Londres, en i^52 : son maître m’assura qu’il venoit des côtes d’Afrique; et je le crois d’autant plus volontiers , que j’en ai vu deux autres de cette mètne espèce exactement chez une autre personne, et qui venoit de la côte de Guinée. Barbot a indiqué cet oiseau sous le nom d’aigle couronne, dans sa Description de la G m née . il en donne, une mauvaise figure dans laquelle cependant on reconnoit les plumes relevées sur sa tête d’une manière très-peu différente de celle dont elles sont représentées dans ma figure. ( Edwards , Glanures , partie ire, pages 3i et 3 2, planche enluminée 22/p )

occidentales de l’Afrique; et il suffit de comparer les caractères qui leur sont particuliers, et par lesquels ils se ressemblent, pour être persuadés qu’ils sont de la même espèce ; car tous deux ont des plumes en forme d’aigrette qu’ils redressent à volonté; tous deux sont à peu près de la même grandeur ; ils ont aussi tous deux le plumage varié et marqueté dans les mêmes endroits ; l’iris des yeux d’un orangé vif, le bec noirâtre ; les jambes jusqu'aux pieds également couvertes de plumes, marquetées de noir et de blanc; les doigts jaunes et les ongles bruns ou noirs : et il n’y a de différence que dans la distribution et dans les teintes des couleurs du plumage ; ce qui ne peut être mis en comparaison avec toutes les ressemblances que nous venons d’indiquer. Ainsi je crois être bien fondé à regarder cet oiseau des côtes d’Afrique comme étant de la même espèce que celui du Brésil; en sorte que l’aigle huppé du Brésil, l’aigle d’Oréiïoque, l’aigle du Pérou et l’aigle huppé de Guinée, ne sont qu’une seule et même espèce d oiseau, qui approche plus de notre aigle tacheté ou petit aigle d’Europe , que de tout autre.

L’oiseau du Brésil, indiqué parMarcgrave sous le nom uribïtinga , qui vraisemblablement est d’une espèce différente du précédent , puisqu’il porte un autre nom dans le même pays : et en effet, il en différé, i° par la grandeur, étant de moitié plus petit; 20 par la couleur ; celui-ci est d’un brun noirâtre, au lieu que l’autre est d’un beau gris ; 3° parce qu’il n’a point de plumes droites sur la tête; 4° parce qu’il a le bas des jambes et des pieds nus comme le pygargue ; au lieu que le précédent a, comme l’aigle, les jambes couvertes jusqu’au talon.

L’oiseau que nous avons cru devoir appeler le petit aigle d’ Amérique , qui n’a été indiqué par aucun naturaliste, et qui se trouve à Cayenne et dans les autres parties de l’Amérique méridionale. Il n’a guère que seize à dix-huit pouces de longueur ; et il est remarquable, même au premier coup d’œil, par une large plaque d’un rouge pourpré qu’il a sous la gorge et sous le cou. On pourroit croire, à cause de sa petitesse, qu’il seroit du genre des éperviers ou des faucons ; mais la forme de son bec , qui est droit à son insertion et qui ne prend de la

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courbure , comme celui des aigles , qu’à quelque distance de son origine, nous a déterminés à le rapporter plutôt aux aigles qu’aux éperviers. Nous n’en donnerons pas une plus ample description , parce que la planche enluminée représente assez ses autres caractères.

L’oiseau des Antilles , appelé le pêcheur par le P. du Tertre, et qui est très-vraisemblablement le même que celui qui nous est indiqué par Catesby sous le nom de fishing hawk, épervier-pêcheur de la Caroline. Il est, dit-il, de la grosseur d’un vautour, avec le corps plus allongé: ses ailes, lorsqu’elles sont pliées, s’étendent un peu au delà de l’extrémité de la queue; il a plus de cinq pieds de vol ou d’envergure. Il a l’iris des yeux jaune, la peau qui couvre la base du bec bleue , le bec noir, les pieds d’un bleu pâle et les ongles noirs, et presque tous aussi longs les uns que les autres : tout le dessus du corps, des ailes et de la queue, est d’un brun foncé ; tout le dessous du corps , des ailes et de la queue est blanc ; les plumes des jambes sont blanches, courtes et appliquées de très près sur la peau. « Le pécheur, dit le P. du Tertre, est tout semblable au mansfeni, hormis qu’il a les plumes du ventre blanches et celles du dessus de la tête noires; ses griffes sont un peu plus petites. Ce pécheur est un vrai voleur de mer, cjui n’en veut non plus aux animaux de la terre qu’aux oiseaux de l’air, mais seulement aux poissons, qu’il épie de dessus une branche ou une pointe de roc; et, les voyant à fleur d’eau , il fond promptement dessus, les enlevant avec ses griffes, et les va manger sur un rocher. Quoiqu’il ne fasse pas la guerre aux oiseaux, ils ne laissent pas de le poursuivre et de s’attrouper et de le béqueter jusqu’à ce qu’il change de quartier. Les enfans des sauvages les élèvent étant petits et s’en servent à la pêche par plaisir seu-

lement ; car ils ne rapportént jamais leur pèche. » Cette indication du P. du Tertre n’est ni assez précise, ni assez détaillée, pour qu’on puisse être assuré que l’oiseau dont il parle est le même que celui de Catesby, et nous ne le disons que comme une présomption. Mais ce qu’il y a ici de bien plus certain , c’est que ce même oiseau d’Amérique, donné par Catesby, ressemble si fort à notre balbuzard d’Europe, qu’on pourroit croire avec fondement que c’est absolument le même, ou du moins une simple variété dans l’espèce du balbuzard ; il est de la même grosseur, de la même forme, à très-peu près de la même couleur, et il a comme lui l’habitude de pêcher et de se nourrir de poisson. Tous ces caractères se réunissent pour n’en faire qu’une seule et même espèce avec celle du balbuzard.

L’oiseau des îles Antilles , appelé par nos voyageurs mansfeni , et qu’ils ont regardé comme une espèce de petit aigle (nisus). « Le mansfeni, dit le P. du Tertre, est un puissant oiseau de proie, qui, en sa forme et en son plumage, a tant de ressemblance avec l’aigle, que la seule petitesse peut l’en distinguer, car il n’est guère plus gros qu’un faucon ; mais il a les griffes deux fois plus grandes et plus fortes. Quoiqu’il soit si bien armé, il ne s’attaque jamais qu’aux oiseaux qui n’ont point de défense, comme aux grives, alouettes de mer et tout au plus aux ramiers et tourterelles : il vit aussi de serpens et de petits lézards. Il se perche ordinairement sur les. arbres les plus élevés : ses plumes sont si fortes et si serrées, que, si en le tirant on ne le prend à rebours, le plomb n’a point de prise pour pénétrer. La chair en est un peu plus noire, mais elle lie laisse pas d’être excellente l. »

x. Histoire des Jntilles, tome II , page a52

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